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tome 1, Chapitre 60 « Rituel » tome 1, Chapitre 60

De retour dans la grotte aux nuances bleutées, mes trois étudiants préférés se sont réunis. Jeremiah est entré en douce, car Arthus a émis des réserves à son égard, même s’il a accepté de lui laisser mener l’équipe formée pour secourir son frère. Son étude du carnet a été prometteuse, lui ouvrant des possibilités intéressantes, selon ses dires.

– Donc, résume Francis, si je comprends bien, Amaryllis serait capable, en tant qu’Amloth, de permettre à Aeternalis de se matérialiser ?

– Aeternalis est prisonnière de cet Artefact, explique Jeremiah, car elle a été grièvement blessée lors de son arrivée dans notre monde. Franck Amloth était parvenu à créer cet Artefact pour la stabiliser et un pendentif issu du même matériau pour établir le lien. Le problème, c'est que la mémoire d’Aeternalis s’altère au fil du temps. Amaryllis a récupéré la magie insufflée par Franck, en plus, tu pourras l’aider puisque tu es aussi un Amloth. Si vous parvenez à la libérer en suivant les instructions laissées par son ancêtre, peut-être que nous pouvons la soigner. C'est là que j'interviens…

– Les liens du sang, devine Francis qui avait été mis au fait par sa cousine.

– Oui. En tant que descendant de son invocateur, il semblerait que je puisse aussi “restaurer l’entité invoquée”, selon les termes de Franck. Sa théorie va plus loin, mais ce serait déjà une sacrée aubaine si on y parvient.

Je suis ébranlée par cette révélation. Jeremiah pourrait non seulement me renvoyer chez moi, mais aussi me rendre ma puissance ? Pourquoi passe-t-il sous silence cette possibilité d’inverser les effets de l’invocation ? Amaryllis reste muette, le regard rivé sur le joyau qui a remplacé mon coeur des siècles durant.

– Tu sais comment t’y prendre, alors ? relance Francis.

– C'est là que ça se corse… Il manque un passage. Mais… Je pense en être capable.

La détermination que je lis sur ses traits me rend fière et confiante. Malgré son caractère orgueilleux, il a prouvé à maintes reprises que ses paroles n'étaient jamais prononcées à la légère. Francis ne partage pas tout à fait mon opinion. Après tout, il ne connaît presque pas Jeremiah. Néanmoins, le doute se dissipe sur son visage qui s’éclaire.

– Eh bien, finit-il par s'impatienter, allons-y alors ! Que doit-on faire ?

– Moi, je sais, souffle Amaryllis. Donne-moi ta main, on doit d’abord synchroniser notre magie. Ensuite je te guiderai.

Son cousin lui donne son assentiment en saisissant sa main sur un simple hochement de tête de Jeremiah. Tous deux s’approchent de l’Artefact puis, les yeux clos, Amaryllis tend sa paume vers le rubis rougeoyant jusqu’à l’effleurer. Francis ne tarde pas à l’imiter, leurs doigts toujours entrelacés. Une myriade d’émotions m’envahit. Espoir. Craintes. Ténacité. Regrets… Une vague d’amour afflue, submergeant toute cette agitation, ne laissant derrière elle qu’une sérénité apaisante.

Soudain, j’en suis arrachée avec une violence inouïe. Un froid glacial s’insinue dans mon esprit tandis que je perds contact avec l’enceinte rassurante de ce bâtiment devenu une part de moi-même. Une douleur insoutenable me tenaille, émanant de mon torse, si bien que je ne sens pas celle provoquée par mes genoux qui heurtent le sol. Des éclats de voix étouffés me parviennent, alarmés. Ma conscience s’effiloche, s’enfuit. J’essaie de m’accrocher. Ils ont encore besoin de moi !

Alors que je désespère, une douce chaleur envahit ma poitrine. La souffrance reflue, la quiétude reprend doucement sa place. J’ouvre les paupières sur un plafond sombre, puis sur un visage familier à la mâchoire contractée, qui se relâche en un sourire. Je cille, désorientée. Jeremiah est agenouillé à mes côtés. Je prends conscience d’un liquide poisseux maculant mon thorax, du poignet qu’il tend fermement au-dessus de moi. Amaryllis se précipite pour arrêter l’hémorragie avec un bandage tandis que Francis émet des exclamations de joie. Je m’empresse de me relever en position assise. Le sang a disparu, laissant place à l'illusion d'une robe vaporeuse de ma composition. Le visage de Jeremiah est livide, cependant son sourire en coin devant les reproches de son amoureuse me rassure quant à son état. De mon côté, je croise les bras et prend un ton tout aussi réprobateur :

– Tu aurais tout de même pu prévenir de ce qu’impliquait ce rituel, Jeremiah.

– Vous auriez tenté de me dissuader, réplique-t-il en haussant les épaules.

– C’était quand même pas sympa de me mettre comme ça devant le fait accompli, boude Amaryllis. Tu es tout pâle ! Tu as perdu trop de sang !

– Mais non, j’en ai vu d'autres ma Jolie Fleur. Et puis regarde, ça a marché ! Hein, A ?

Il dépose un baiser sur sa tempe et elle baisse tout de suite les armes, se blottissant dans ses bras. Son sourire rayonnant me réchauffe le cœur. J’en ai soudain la gorge nouée et ne suis capable que de murmurer :

– Oui, merci.

Ma puissance m’est revenue, la même que lorsque je suis arrivée en ce monde. Un don corrompu. Comment mes pouvoirs guérisseurs ont-ils pu se transformer en force destructrice, ici ? Je refoule mes préoccupations. J’étais perdue, cette fois-là, tous mes repères envolés. J’avais paniqué, on m’avait attaqué, je m’étais défendue, sans savoir quel désastre j’allais provoquer ainsi. Aujourd’hui, je suis sereine et confiante. La fierté gonfle ma poitrine quand je pense à ce que ces jeunes gens ont accompli pour moi. D’ailleurs, où est Francis ? Au moment où je me pose cette question, il apparaît au détour d’un rocher. Je crois distinguer qu’il vient de s’essuyer la bouche. Son teint est presque plus cireux que celui de Jeremiah qui ne tarde pas à le narguer :

– On pourrait croire que c’est toi qui pissait le sang il y a…

– C’est bon ! le coupe sa cible. On va éviter le sujet, ok ? Mais vraiment, t’as aucune considération pour nous, mon pote !

Amaryllis ne peut s’empêcher de pouffer. Nous finissons tous par éclater de rire, même Francis qui retrouve un peu des couleurs. Plus détendus, nous reprenons vite notre sérieux cependant.

– Il est temps d’aller accomplir notre mission,lance Jeremiah. Je vous laisse prévenir Arthus, faire diversion pour que personne ne me repère. On se retrouve au point de rendez-vous !

– Sois prudent, lui intime Amaryllis en le serrant contre elle.

Après une autre accolade entre les deux amis et un dernier signe de tête, Jeremiah part de son côté. J’ai encore une mission avant qu’il parte, cependant.

– Attends !

Il se retourne, surpris, tandis que je m’approche. Sans hésiter, je pose ma main sur son épaule gauche. Une nitescence dorée s’en échappe puis s’évanouit aussitôt. Abasourdi, il abaisse son t-shirt, laissant apparaître son épiderme, exempt de toute marque. Amaryllis sautille avec enthousiasme et Francis avance ses deux pouces en l’air.

– Je… souffle-t-il. Merci, t'étais pas obligée de faire ça tout de suite…

– Je me sens en pleine forme, et je tenais à te libérer avant que nous passions à l’action. Simple sécurité supplémentaire.

Il me répond par son éternel sourire en coin avant de s’éloigner sous les hourras de ses camarades. Je songe à ce qu’il s’était produit au moment où Arthus avait activé la malédiction, soulagée d’avoir éliminé cette option.

– Bon ! s’exclame Francis en tapant des mains. Arthus doit déjà nous attendre !

– Oui, mais il y a une dernière chose que je voudrais faire. Aeternalis ?

Je comprends exactement où elle veut en venir et m’approche avec elle de l’Artefact éteint. Si nous parvenons à recréer un bijou ensemble, je pourrai l’accompagner à nouveau incognito et me matérialiser à ma guise. Nous joignons nos mains dans un sourire complice. Une lueur dorée se propage sous nos phalanges, teintée de nuances écarlates. Après un instant, elle s’éteint. Lorsqu’Amaryllis ouvre ses doigts, l’émerveillement illumine son visage.

– Waaaah… laisse échapper Francis comme pour y répondre.

Au creux de la paume de sa cousine s’est niché un magnifique pendentif, une amaryllis ciselée aux couleurs rubis dont les pétales sont bordées d’or. Amaryllis sort de sa poche gauche la chaîne restée libre depuis que la rose des Amloth avait été réduite à néant. Elle y passe avec délicatesse la nouvelle fleur et l’accroche autour de son cou. Après un dernier regard de connivence, je m’y glisse.

Maintenant, nous sommes prêts.


Texte publié par Wildflower8906, 4 septembre 2026 à 20h41
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