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tome 1, Chapitre 56 « Retour aux Sources » tome 1, Chapitre 56

Franck m’aide à avancer. Mes forces s'amenuisent bien que la douleur se soit calmée grâce à un sort de son cru. Je ne sais pas où il m’embarque, néanmoins, je lui fais confiance. La douceur et la compréhension dont cet homme fait preuve me soulagent et apaisent mon âme.

“Ne te sens pas responsable, ce sont ceux qui t'ont amené ici qui ont provoqué cette catastrophe.”

Je me raccroche à la justesse de ses mots pour ne pas sombrer en chassant quelques gouttes qui s'accrochent encore à mes cils. Le surnom qui m'a été attribué par son camarade me ramène à la sordide réalité : j'ai apporté la destruction et pris des vies innocentes. Quelle ironie, alors que je manipule les énergies pour soigner et créer dans mon monde !

La voix de Jeremiah me ramène au présent. Ces absences commencent à me peser. Je lui réponds avec précipitation, espérant dissimuler mon désarroi :

– Je t'écoute.

– J'ai eu du mal à repérer l’onde de ton esprit. Est-ce que tout va bien ?

Non, ça ne va pas du tout. Toutefois, Jeremiah a d'autres chats à fouetter. Pourquoi a-t-il choisi de me contacter moi et pas Amaryllis ? A-t-il des ennuis ?

– Oui, et de ton côté ?

– Mmmmh… J'y ai réfléchi tu sais. Cette histoire de force magique… Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, j'ai… C'est trop confus, je me souviens juste de ta détresse, pas seulement par rapport à… enfin tu sais, ce qui m’est arrivé, la flèche, tout ça… Il y avait autre chose. J'ai eu envie de venir à ton aide et je crois que ça a fonctionné. Par contre… Cet Artefact, il jouait un rôle. Le pendentif suffit-il à jouer ce même rôle maintenant que tu m'as rendu ma magie ?

Pourquoi faut-il qu'il soit si perspicace ? Sa capacité de déduction m'exaspère. Si j'avais pu rejoindre l’Artefact, peut-être que je me sentirais mieux… Cependant je ne m'en sens plus capable. La voix d’Amaryllis me surprend.

– Je suis en cours, là, on peut remettre cette conversation à plus tard ?

Je n'y avais pas songé, néanmoins si je perçois leurs conversations, il en est de même pour elle.

Ama ? s'étonne Jeremiah. Tu nous entends ?

Oui, et le son de ta voix me perturbe bien trop pour que je puisse me concentrer !

Je regrette qu’elle ait pu saisir les paroles de Jeremiah. Déjà qu’elle s’inquiète ! Le sourire de ce dernier est perceptible lorsqu’il reprend la parole :

Vu que c’est une conversation à trois, je vais m’en tenir là, s’amuse-t-il.

Je m’indigne devant son attitude légère. Quant à Amaryllis, elle pouffe, ce qui lui vaut un regard assassin de Raymond, en pleine explication des différents sorts de boucliers. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire, à part la simple vérité ? Oui, cet Artefact me maintenait en vie au prix de mes souvenirs. Oui, je suis affaiblie depuis que Jeremiah a récupéré cette énergie qui lui appartenait. Je n’abandonnerai pas pour autant. Pas tant que je ne serai pas sûre que ma protégée se trouvera hors de danger, quitte à assassiner notre ennemi une seconde fois s’il le faut. Mes pensées s’égarent, toujours si sombres. Soudain, une lueur d’espoir inattendue me surprend. C’est d’une simplicité… Pourtant je n’y ai pas pensé plus tôt. Je me sens si diminuée ! À la sortie de son cours, j’en parle tout de suite à Amaryllis.

– J’aurais besoin que tu te rendes auprès de l’Artefact, lorsque tu le pourras.

– J’ai fini mes cours pour aujourd’hui. Ce qu’a insinué Jeremiah… C’est vrai ? Et ça pourrait t’aider ?

Elle se dirige déjà vers l’atelier avec célérité. Rejoindre l’Artefact m’est impossible en l’état, toutefois peut-être qu’avec un contact… J’ignore quel résultat nous tirerons de cette expérience. Mes angoisses resurgissent. Et si c’était risqué, pour elle ?

Attends !

Amaryllis se fige sur le seuil du passage qu’elle vient d’ouvrir derrière le mécanisme secret.

– Il y a un souci ? s’enquiert-elle.

Peut-être que l’idée n’est pas si bonne.

– S’il y a une possibilité que ça t’aide, alors je ne vois pas pourquoi on devrait hésiter !

Ma protégée s’avance avec détermination. Que pourrait-il lui arriver ? Serais-je capable d’absorber involontairement son énergie ? Cette pensée m’aurait semblé si absurde avant ces réminiscences. Désormais, je suis consciente de ces dangereux pouvoirs de destruction qui dorment en moi. Et si j'en perdais à nouveau le contrôle ? Je n’ai pas le temps de réfléchir plus qu’elle s’approche déjà de l’orbe incarnat. Une pénombre angoissante enveloppe la grotte, illuminée par la seule silhouette d’Amaryllis par le biais de ses pouvoirs. Alors qu’elle se rapproche du globe inerte, je sens qu’il m’appelle et une lueur rougeoyante grandit en son centre. Peut-être ai-je visé juste, en fin de compte ?

– Comment tu le sens ? m’interroge Amaryllis. Je continue ?

Tu pourrais lancer le pendentif vers l’Artefact ? Je voudrais être sûre qu’il ne t’arrive rien de fâcheux.

– Oh, d’accord !

Amaryllis se défait de son collier et le pousse avec légèreté vers l’imposant rubis. Ses efforts sont rapidement inutiles car je me sens attirée comme un aimant, de plus en plus vite. Je crois entendre un cri de ma protégée mais tout s’évanouit dans une vive clarté. Désorientée par ce vortex vertigineux, je peine à reprendre mes esprits. La caverne baigne dans une douce nitescence fleurie. Chaque linteau, chaque lambris, chaque aura en mon sein… Je ne fais à nouveau qu’un avec les murs de cette université intemporelle. Étourdie, je peine à reprendre mes repères. Abaissant ses bras qu’elle avait levés pour protéger ses yeux, Amaryllis les écarquille à présent. De sa jolie rose ciselée ne reste plus que quelques maillons argentés fumants, échoués au sol. Le bijou a fusionné pour retrouver sa place, au cœur de l’Artefact.

– A ? tente ma protégée d’une voix enrouée.

– Je vais bien. Je fais à nouveau tapisserie.

Elle reste interdite, puis éclate de rire. Au moins, j’ai retrouvé mon sens de l’humour. Tous mes souvenirs, aussi… Cependant je dois encore les assimiler.

– J’ai eu une de ces trouilles ! Comment tu te sens ?

Beaucoup mieux. C’est pas si mal, la vie de bâtiment. Par contre…

Je fais léviter les restes de son héritage jusqu’au creux de sa paume, attristée par la perte de ce souvenir.

Je suis désolée…

– Je m’en fiche de ça ! Du moment que tu vas bien… C’est juste dommage parce que je ne pourrai plus t’embarquer avec moi, regrette-t-elle.

Attendrie par ses mots si sincères, je m’empresse de lui répondre :

Peut-être que nous trouverons une autre solution ! Avançons pas à pas.

– T’as raison ! Jusqu’ici, ça nous a plutôt réussi, non ? Et puis, je te fais entièrement confiance !

Amaryllis prend le chemin de sa chambre, bien plus sereine. Je m'en félicite. Elle est si touchante ! Soudain, je perçois un autre appel, un peu hésitant. Francis cherche à communiquer avec moi, ça tombe bien qu’il le fasse maintenant.

Oui, Francis ?

– Cool ! C’est toujours un peu surprenant mais j’aime bien pouvoir te parler.

Son rictus et le ton qu’il emploie ne trompent pas malgré le sens de ses mots. Sa tension est perceptible à des kilomètres à la ronde.

Plaisir partagé.

– Hum… Voilà… Je sais que je suis peut-être pas bien placé… enchaîne-t-il, parce qu’on se connaît depuis peu, mais… En fait je m'inquiète pour Amaryllis. Je me doute qu'elle m'a pas tout raconté, et j'espère que tout se déroule comme prévu. Enfin, je voudrais pas non plus que tu penses que j'essaie de te soutirer des infos mais…

Sa tirade m'étourdit. Du Francis tout craché.

– Francis. Stop.

Il s'arrête net, suspendu au milieu d'une phrase, comme en équilibre précaire au bord d’un précipice.

– Ah, soupire-t-il, oui, désolé, quand je stresse je peux être lourd…

Tu n'es pas lourd. Remets de l'ordre dans tes pensées. Prends ton temps. Je peux déjà te rassurer sur un point : Amaryllis va bien et pour l'instant tout se déroule comme prévu.

Un soupir s'échappe de ses lèvres, ses épaules s'abaisse et il se détend ostensiblement.

– Cool alors ! Je veux dire, merci ! Je voulais pas paraître trop envahissant, tu vois…

C'est l'heure du déjeuner, tu devrais y aller.

– Ouaip ! Merci encore ! T'es trop cool comme Université, la meilleure !

Je souris intérieurement. Sa bonne humeur est contagieuse. Je prends soudain conscience de ces personnes qui tiennent à moi. Retrouver la solidité de cet ancrage me rassure et me fait du bien, ramenant mon optimisme. Ces derniers évènements me rendent bien plus confiante en l’avenir : Rockmore n'a qu'à bien se tenir.


Texte publié par Wildflower8906, 31 mai 2026 à 21h56
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