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Tome 2, Chapitre 13 « Evy - 2 - La résolution » Tome 2, Chapitre 13
« Partir en mission ? Si tôt ? Et avec...
    
    — Oui, avec Paul Mercury », répondit Evy.
    
    Elle crut que les yeux d'Erasmus allaient lui sortir des orbites.
    
    « Evy... »
    
    Elle se redressa sur sa chaise, lissant soigneusement sa jupe ; elle se faisait l'effet d'une écolière insolente, mais ce n'était pas le moment de lâcher prise.
    
    « J'ai tout lieu de penser que notre collaboration pourrait être fructueuse », déclara-t-elle avec aplomb.
    
    Bien sûr, l'expression du directeur montrait clairement son désaccord. Il appuya ses coudes sur son bureau et joignit le bout de ses doigts.
    
    « Evelyn, déclara-t-il gravement. Je veux que tu comprennes que nous parlons de choses sérieuses...
    
    — Mais je suis sérieuse !
    
    — Au point de mettre en jeu ta sécurité ?
    
    — Et pourquoi pas mon honneur, pendant que vous y êtes ? »
    
    Elle avait marqué un point ; Dolovian se figea, pris de cours par sa remarque. Il inspira profondément avant de répondre, clairement gêné :
    
    « Ce n'est pas le propos...
    
    — Oh, si, ça l'est aussi, avouez-le ! Parce que vous voyez en lui un dépravé, en plus de tout le reste ! »
    
    Les robustes mâchoires du directeur se serrèrent convulsivement :
    
    « Il y a des précédents...
    
    — Je le sais. À une période très particulière de sa vie. Mais se sont-ils confirmés par la suite ? »
    
    Erasmus demeura silencieux un moment, avant de répondre :
    
    « Pas pour le moment, mais il est fort probable... »
    
    Evy se leva et s'avançant vers le bureau ; elle appuya les deux mains sur le bord du meuble pour regarder le directeur droit dans les yeux :
    
    « Rappelez-moi depuis combien de temps il accomplit des missions pour vous ?
    
    — Cinq ans, bougonna Dolovian.
    
    — Et avez-vous eu des raisons de vous plaindre de ses services ?
    
    — Certes, il manifeste de la compétence... Mais il a toujours eu tendance à se montrer irréfléchi et à prendre des risques inconsidérés...
    
    — Vous ne répondez pas à ma question ! »
    
    Elle avait inconsciemment haussé la voix ; Dolovian sursauta légèrement , mais se reprit très vite.
    
    « Evelyn. Je te prie de montrer un minimum de respect, ou je te renvoie chez toi ! »
    
    Elle frémit légèrement : il était capable de mettre sa menace à exécution et demander à Khaïri de la hisser de force à bord d'un zeppelin. Et elle se voyait mal résister à la grande Peul. À contrecœur, la jeune fille alla se rasseoir.
    
    « Excusez-moi, marmonna-t-elle. Mais vous devez écouter ce que j'ai à dire... il en va peut-être du destin de Gladius Irae ! »
    
    Les sourcils broussailleux d'Erasmus se haussèrent avec perplexité :
    
    « Eh bien, vas-y, parle. Je t'écoute. »
    
    Elle agrippa ses genoux de ses mains, soudain intimidée ; à présent que la conversation avait pris un tour plus raisonnable, elle allait devoir argumenter de façon convaincante.
    
    « Je ne prétends pas connaître Paul... intimement. »
    
    Elle frémit, réalisant que son choix de mots n'était pas des plus heureux.
    
    « Ce que je veux dire, c'est que j'arrive à plutôt bien le cerner. Je pense qu'il a besoin avant tout de confiance et d'encouragements... »
    
    Dolovian commençait à lever les yeux au ciel ; la jeune fille se hâta de poursuivre :
    
    « Il est systématiquement repris pour ses erreurs, ce qu'il accepte parfaitement... mais quand il se montre à la hauteur de ce qu'on attend de lui, il ne reçoit pas de félicitation, pas même de signes d'approbations. Il a fini par considérer que quoi qu'il fasse, ça ne sera jamais assez bien.
    
    — Mais cela l'encourage à s'améliorer ! objecta le directeur.
    
    — Vous n'êtes pas aussi dur avec vos autres agents, vous le savez très bien ! Soit Paul est particulièrement mauvais – mais je n'y crois pas vraiment, soit il est particulièrement bon, et vous ne voulez pas qu'il en soit trop conscient . Mais en agissant cela, vous faites courir un risque important à Gladius Irae... »
    
    Erasmus se recula légèrement, les bras croisés, légèrement goguenard :
    
    « J'aimerais bien savoir en quoi, jeune fille !
    
    — Allons, vous savez très bien que le don de Swan est exceptionnel... Au point que vous tenez à le garder à vos côtés, en dépit de la méfiance qu'il vous inspire. Sans lui, jamais Ceos n'aurait été battu... jamais mon frère n'aurait été sauvé ! Mais vous vous refusez à le lui dire ! C'est la raison pour laquelle il ne reçoit jamais la moindre félicitation, la moindre preuve de reconnaissance, n'est-ce pas ? Avec de telles capacités, la réussite est normale... Il n'a aucun mérite à vos yeux ! »
    
    La jeune fille s'enflammait ; son ton était devenu accusateur, mais peu lui importait. Cela faisait cinq ans qu'Erasmus aurait dû entendre ce discours ; sans doute Henry Mercury et sa femme ne passaient-ils pas suffisamment de temps au contact du directeur pour s'apercevoir de la façon dont il traitait leur fils... Mais peut-être Swan lui-même s'efforçait-il de dissimuler en leur présence ce conflit larvé.
    
    « Pourtant, poursuivit-elle, d'après ce que m'a dit Vesper, il n'a pu réussir que parce qu'il avait employé son don avec intelligence et bravoure. Voilà qui mérite tout de même un minimum de louanges ?
    
    —Tu devrais te reconvertir en bonne d'enfants, grommela Dolovian. Tu ferais des merveilles.
    
    — Encore une fois, voici donc toute l'estime que vous avez pour lui ? Swan ne demande pas grand-chose... Juste un peu de reconnaissance. Vous ne le réalisez peut-être pas, mais il n'est pas si différent de mon père : son enfance brisée a laissé des traces profondes.
    
    — Evy, tu ne peux comparer John à ce garçon !
    
    — Mon père ne s'en offusquerait pas. Il peut comprendre ce que Paul a vécu même si c'est différent... coupa la jeune fille. En le traitant comme vous le faites, vous ravivez ses vieilles blessures. À force de se sentir abandonné, rejeté, que pensez-vous qu'il puisse arriver ? Il n'a pas cédé aux propositions des Ceos, pas plus que son père n'avait cédé à celles de Cronos ! Mais s'il vient à affronter d'autres Titans, peut-être l'un d'entre eux se montrera plus persuasif, plus... respectueux, capable de voir sa douleur et de s'en servir pour le retourner contre vous !
    
    — C'est ainsi que tu prétends le défendre ? s'étonna Dolovian.
    
    — Il ne s'agit plus de ça ! De toute façon, vous ne m'écouteriez pas si je me contentais de le défendre. La chance que vous avez, c'est que Paul est fondamentalement bon. C'est son souci des autres et la volonté de ne laisser personne traverser ce qu'il a subi qui le retiennent à Gladius Irae. Malgré tout, le traitement qu'il subit de votre part le fragilise. Contrairement à ce que vous pensez, il n'est pas un roseau, qui ploie dans les intempéries... Il est un chêne, qui affronte les éléments, jusqu'au jour ou un coup de vent plus fort que les autres le déracinera. Si cela arrive, que se passera-t-il ? Soit il sera détruit, et ses capacités ne profiteront plus à personne... Soit il trouvera aide et soutien de la part de personnages dont les objectifs sont très différents des nôtres... Et il n'aura pas assez de recul et de force pour les refuser. Alors, je vous en prie, réfléchissez ! »
    
    Son discours lui avait mis les larmes aux yeux ; elle les frotta furtivement, en espérant que le directeur n'avait rien remarqué. Evy resta debout, légèrement tremblante, fixant une image brouillée qui ne semblait pas décidée à s'animer. Finalement, elle sentit une main prendre la sienne, quelque chose de souple et doux se glisser entre ses doigts ; elle comprit qu'Erasmus venait de lui offrir son mouchoir et essuyer ses pleurs silencieux.
    
    « Le moins qu'on puisse dire, c'est que tu es passionnée... »
    
    Il se détourna d'elle, regardant par la fenêtre le parc qui s'étendait au-dehors ; des fleurs des rhododendrons commençaient à s'ouvrir timidement, ponctuant de taches de couleur les feuillages d'un vert profond. Elle se laissa retomber sur son siège, le cœur battant, les mains jointes sur ses genoux. La jeune fille était rarement entrée dans la pièce, et jamais pour des raisons liées au travail. Elle examina les murs gris pâle, la moulure simple qui courait le long du plafond, les meubles d'acajou aux lignes sévères, les bibliothèques emplies de livres, certains nouvellement reliés de maroquin rouge ou de percaline cramoisie. Un lieu sobre et strictement utilitaire. Après tout, il s'agissait d'un bureau temporaire ; celui que le tuteur de son père employait habituellement se situait à Londres, dans un cadre plus confortable, plus convivial, avec de chaudes boiseries et un poêle de faïence. C'était l'endroit qu'elle associait à son « grand-père » de substitution. L'homme commençait à prendre de l'âge, mais sa silhouette restait inchangée, avec de larges épaules et une présence écrasante. Même si ses longs cheveux attachés sur sa nuque avaient blanchi, il demeurait fidèle ce qu'il avait toujours été.
    
    Ils partageaient depuis son enfance une complicité particulière ; elle regrettait d'autant plus cet esclandre, mais elle savait qu'Erasmus ne lui en voudrait jamais durablement ; et pour Swan, cela pourrait faire toute la différence ! Du moins, c'était ce qu'elle espérait...
    
    « Et que me conseilles-tu de faire ? Puisque tu sembles analyser si bien la situation, j'attends tes suggestions ! »
    
    La jeune fille se mordilla la lèvre, essayant de déterminer si l'homme plaisantait ou non. Mais elle n'était pas du genre à se taire quand on l'invitait à parler !
    
    « Commencez par lui témoigner un peu plus d'estime. Pas forcément de façon grandiloquente, mais par de petites attentions. Elles seront les plus appréciées. Par exemple, évitez de lui donner la plus mauvaise chambre. Ne vous contentez pas de le reprendre pour ce qu'il fait de mal, mais félicitez-le aussi pour ce qu'il fait de bien. Prenez de ses nouvelles – il a été gravement blessé à Skellet... et même si les âmes éveillées ont des capacités de guérison supérieures aux autres, il n'en a pas moins failli mourir ! Je pense qu'il se ressent encore d'avoir usé de son énergie vitale jusqu'à ses dernières extrémités. Avez-vous seulement pris soin de lui demander comment il allait, de vous inquiéter de sa santé ? Je sais que vous avez avant tout pensé à Vesper, et cela se comprend, mais sans lui, jamais nous n'aurions retrouvé mon frère... »
    
    Elle poussa un soupir :
    
    « Vous allez me dire qu'il n'était pas abandonné, qu'il avait suffisamment de gens autour de lui pour compatir à sa situation... Mais votre soutien est d'autant plus important pour lui qu'il ne l'a jamais obtenu. Je comprends qu'on ne peut apprécier tout le monde, et qu'il existe peut-être entre vous une incompatibilité de dispositions... Mais si vous ne le faites pas par amitié ni par humanité, faites-le au moins par devoir ! »
    
    Dolovian la toisa avec un mélange d'amusement, d'agacement et de résignation :
    
    « Tu aurais dû devenir avocate plutôt que magicienne, Evy. Je me sens presque coupable à t'écouter... C'est d'accord, je vais essayer. Pas d'autre doléance ? »
    
    Si, bien sûr, elle en avait une autre... La plus délicate à faire passer, en fait.
    
    « Je souhaite effectuer ma première mission avec lui ! »
    
    À l'expression du directeur, elle craignit d'avoir réduit à néant tous les progrès qu'elle avait effectués durant les minutes précédentes.
    
    « Ne poussez pas votre chance, jeune fille, gronda Erasmus. Si tu dois partir, ce sera avec quelqu'un de sûr et d'expérimenté... quelqu'un capable de te protéger !
    
    — Mais Swan est expérimenté ! Et puis, cela n'a pas besoin d'être une mission dangereuse. Je veux juste le mettre en confiance, et je pense être la seule à pouvoir le faire ! »
    
    Face au silence du directeur, elle se sentait de plus en plus seule, de moins en moins sûre d'elle :
    
    « Une simple mission de renseignement, une enquête sans danger. Nous ne partagerons pas la même chambre, si c'est ce qui vous fait peur. Et quand bien même, il est un gentleman... De toute façon, je doute qu'il me voie autrement que la petite sœur d'un ami d'enfance.
    
    — Après tout ce que tu viens de me dire, j'avais cessé de te croire naïve, à tort, visiblement ! Et quand bien même ce serait vrai, comment le vois-tu, toi ? »
    
    Elle esquissa un sourire triste :
    
    « Allons, oncle Erasmus... je suis suffisamment lucide. L'espérance de vie des âmes éveillées dépasse de loin la nôtre. Je n'ai pas l'intention d'en devenir une moi-même, pas plus que d'exiger qu'il vieillisse à mon rythme, si la vie devait nous lier. Alors... quand bien même j'aurais pour lui une affection... déplacée, cela ne débouchera pas sur grand-chose. J'ai pris le parti de le voir comme un ami très cher... ou un autre grand frère. »
    
    Elle se sentit soudain épuisée, nerveusement, physiquement, comme si elle avait mené un véritable combat. Le regard clair de Dolovian s'était adouci ; elle y lisait même une forme de pitié, peut-être... Quelque chose qu'Evy n'aurait pas voulu y voir, mais qu'y pouvait-elle ? À présent qu'elle avait quasiment avoué ses sentiments malheureux, elle ne pouvait plus revenir en arrière. Et c'était bien le problème...
    
    Parce que le plus dur désormais ne serait pas d'affronter Erasmus, mais Swan...
    
    
***

    
    Swan avait dû se demander pourquoi Evy avait pris soin de l'éviter le reste de la journée. Et surtout, pourquoi elle paraissait si tendue quand le dîner les réunit dans la salle à manger du château. Il fallait dire qu'à trois autour de cette table immense, dans cette vaste pièce, il y avait de quoi se sentir gêné, même quand les relations entre les convives étaient cordiales. Erasmus suivait les conseils d'Evy, mais, de façon prévisible, non sans maladresse. Le jeune homme blond semblait abasourdi par l'urbanité nouvelle du directeur – il devait penser que cette amabilité inattendue et parfois excessive cachait quelque chose de louche, voire de dangereux...
    
    Lorsqu'Erasmus s'était enquis de sa santé, Swan avait bien failli en avaler de travers. Quand il lui avait demandé si les conditions de son séjour lui convenaient, il s'était carrément figé sur place. Une paire d'yeux écarlates avaient fini par glisser un regard suspicieux vers Evy, soudain très absorbée par le contenu de son assiette. Le silence s'était installé autour de la table, aussi pesant qu'une chape de plomb.
    
    Tout à coup, le jeune homme laissa tomber ses couverts, renonçant à terminer son filet de poulet aux petits pois.
    
    « Qu'est-ce qui me vaut ces attentions, monsieur le directeur ? lança-t-il, sarcastique. Je suppose que lady Evelyn a plaidé ma cause et que vous n'avez pas su lui résister... »
    
    Erasmus retomba dans l'attitude pleine de froideur qui lui était coutumière dès qu'il avait affaire à Swan :
    
    « Quand on n'est pas assez attentionné envers vous, cela vous déplaît... mais quand on l'est trop, cela vous gêne ! Vous me semblez difficile à satisfaire ! »
    
    Un sourire pincé apparut sur le visage de l'intéressé :
    
    « Monsieur le directeur, bien que je sois touché par vos tentatives de conciliation, vous me haïssez sans doute toujours autant. Et si vous ne voyez rien en moi qui justifie votre respect... c'est qu'il ne doit rien y avoir, probablement. Alors, ne vous fatiguez pas davantage... »
    
    Sa voix s'étrangla légèrement ; il se leva, manquant de renverser sa chaise :
    
    « Si vous voulez bien m'excuser... »
    
    Il n'attendit pas la réponse et se dirigea droit vers la porte, sous les yeux d'un Erasmus médusé. Quant à Evy, elle avait envie de disparaître sous terre. Jamais elle n'avait imaginé, même dans ses pires prévisions, que les choses pourraient tourner si mal. Au bout d'un temps infini, Erasmus se leva à son tour en tonnant :
    
    « Ce garçon est impossible ! Jamais je n'aurais dû t'écouter ! »
    
    Il tourna les talons et quitta la salle, abandonnant Evy devant son assiette. La jeune fille ne craignait pas les discussions un peu vives comme celle qui l'avait opposée à Dolovian plus tôt dans la journée, mais ce genre de conflit la laissait tremblante, nauséeuse, au bord des larmes. Même si elle n'était pas intervenue dans l'échange entre les deux hommes, elle se sentait horriblement coupable.
    
    Evy avait l'appétit coupé. Elle se leva sur des jambes flageolantes et, sans prendre la peine de chercher un gilet, se dirigea vers le hall du château. Titubant à moitié, elle sortit dans la fraîcheur du soir, qui eut au moins la vertu de calmer son esprit enfiévré. Elle erra sans but dans la pénombre ; dans l'enceinte soigneusement sécurisée du parc, elle ne courrait aucun risque, sinon celui de se tordre une cheville. Au bout d'un moment, elle parvint à proximité du bassin qui s'étendait à l'arrière de la demeure. En apercevant une silhouette assise sur la margelle, elle s'arrêta et hésita. À la lueur d'une lune incomplète, elle reconnut la blondeur de Swan... ainsi, il avait eu la même idée qu'elle. Elle se demanda si elle devait le rejoindre ; il n'aurait sans doute pas envie de lui parler, après ce qui venait de se passer... mais en voyant ses épaules tressaillir, elle comprit qu'il devait pleurer en silence. Elle ne voulait pas le laisser seul face à ses démons. Elle s'apprêtait à le retrouver quand un pas fit criser le gravier.
    
    Evy se rabattit dans les ombres d'un vieil if, retenant sa respiration ; elle réprima un cri de surprise en découvrant la silhouette aisément identifiable d'Erasmus. Jamais elle n'aurait imaginé que le directeur irait rejoindre Swan... Elle espéra que ce n'était pas pour lui le réprimander pour son comportement. Peut-être devait-elle intervenir ?
    
    « Paul ? »
    
    La voix rocailleuse fit sursauter le jeune homme, qui s'essuya subrepticement les yeux d'un revers de manche.
    
    « Que voulez-vous ? demanda-t-il sèchement, sur la défensive.
    
    — Je suis... intrigué, admit le directeur. Je ne pensais pas que mon opinion pouvait avoir tant d'importance à vos yeux...
    
    — Qu'est-ce qui vous fait penser cela ? Mais... peu importe. Vous avez sous les yeux la preuve flagrante de mon immaturité. Vous devez en être satisfait.
    
    — Vous vous trompez, Paul. J'avoue que je tends à me méfier de vous, et vous savez bien pourquoi... mais ce n'est pas de la haine. Vous possédez clairement des dispositions... et... »
    
    Après un instant d'hésitation, Dolovian vint s'asseoir sur la margelle à côté du jeune homme avant de poursuivre :
    
    « Je veux bien reconnaître ce que mon comportement a pu avoir de cruel envers vous. Mais rien ne semble vous toucher. Vous vous conduisiez encore et toujours avec la même désinvolture. J'ai légitimement pensé...
    
    — Que je me moquais de vos avis ? Que vous n'aviez aucune prise sur moi ?
    
    — Je plaide coupable... Je ne dis pas que je pourrai, du jour au lendemain, vous traiter avec une cordialité naturelle, mais je vais faire de mon mieux pour ne plus me montrer injuste... Malgré tout... »
    
    Erasmus baissa la voix ; elle n'entendait plus ce qu'il disait, mais elle se doutait que cela la concernait de près ou de loin. « Évitez de la courtiser et tout ira bien entre nous », ou quelque chose du genre. Un peu rassurée, elle décida, avec un petit sourire, qu'il était temps de se retirer.
    
    Vu les circonstances, c'était déjà mieux que ce qu'elle avait pu espérer...
    
    

Texte publié par Beatrix, 20 mars 2019 à 01h31
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