Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 19 « Swan - 3 - Le Plan » Tome 1, Chapitre 19

    Tandis qu'Anha le guidait vers le reste de leurs compagnons, Swan lui dévoila la teneur de son entretien avec Céos. Il apprécia le calme avec lequel la jeune femme accueillit ses propos – en particulier l'ultimatum des trois heures, qui devraient à présent se rapprocher de deux. Au lieu de le mener vers les tréfonds de la ville, elle le conduisit vers le sommet de Skellet. Avec surprise, il pénétra dans une serre désertée de tous ses travailleurs ; il se rappela que la phase diurne n'avait pas encore commencé.
    
    Après avoir traversé une partie désaffectée, l'esprit le fit descendre dans une sorte de capsule à l'intérieur de laquelle les rebelles avaient aménagé leur demeure. Swan ne put s'empêcher de la comparer à l'intérieur d'un sous-marin, sans le moindre hublot vers l'extérieur. Elle était divisée en deux pièces : la première servait de salon-cuisine-chambre et tout y était agencé avec une étonnante ingéniosité. Il eut la surprise de se voir accueilli par une très vieille femme revêtue d'une robe informe, qui posa sur lui un regard placide :
    
    « Qui est ce jeune homme que vous nous ramenez, Anha ? demanda-t-elle en détaillant Swan de la tête aux pieds. Il a l'air charmant. J'espère que vous l'avez invité à dîner. »
    
    Il s'inclina élégamment devant elle :
    
    « Mon nom est Swan, madame, pour vous servir. Je suis le frère de cette charmante enfant dont vous avez sans doute déjà fait la connaissance, ajouta-t-il avec regard en direction d'Angelia, qu'il venait de repérer dans un coin de la pièce, assise à côté de Malvin. À qui ai-je l'honneur ?
    
    — Phyra, répondit-elle avec un sourire coquet. Vous êtes très bien élevé... Cela fait plaisir de rencontrer des jeunes gens aussi distingués de vous... »
    
    Angelia leva les yeux au ciel. Elle bondit sur ses pieds et avança vers lui d'un pas décidé. Swan ne s'était pas attendu à ce qu'elle lui saute au cou... Mais il fut surpris par son regard empli comme si un orage s'était allumé dans ses prunelles grises. Et tout autant par la gifle retentissante qu'elle lui assena, avant de vociférer :
    
    « J'ai cru que tu avais déguerpi ! Que tu nous avais abandonnés ! Et tu arrives là, le nez en l'air, comme si rien ne s'était passé ! »
    
    Il porta la main à sa joue cuisante en soupirant :
    
    « Je ne te comprends pas, Ange. Tu me frappes comme si je vous avais abandonnés, justement, alors que ce n'est pas le cas ! D'ailleurs, j'aurais très bien pu choisir de partir si cela s'était avéré nécessaire et c'est peut-être ce que j'aurais dû faire... »
    
    Un peu découragé par cette manifestation d'amour familial, il se laissa tomber sur le tabouret le plus proche et jeta un regard autour de lui : Phyra, debout devant la cuisinière, portait une expression choquée, tandis que Malvin était hilare. Anha avait regagné son corps de métal ; il était impossible de déterminer ce qu'elle pensait. Vesper, moitié allongé, moitié assis sur son lit, le fixait avec une concentration qui le faisait tant ressembler à son père que c'en était troublant.
    
    Angelia, les bras croisés, semblait s'être un peu calmée. Il réalisa alors seulement la peur rétrospective qui s'éteignait lentement dans ses yeux. La fillette fit la moue :
    
    « Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Ange !
    
    — Comme tu voudras », soupira-t-il, avant de faire un récit détaillé de son entrevue avec le Titan.
    
    Une fois qu'il estima avoir fait le tour de la question, il tira sa montre de sa poche et déclara :
    
    « Il nous reste... une heure et cinquante-six minutes. Je vous épargne les secondes. »
    
    Un lourd silence accueillit ce trait d'esprit. Angelia fronça les sourcils :
    
    « C'est tout ce que tu trouves à dire ?
    
    — Nous allons devoir rapidement décider d'un plan. Est-ce que les portes que vous avez ouvertes le sont toujours ?
    
    — Oui, elles sont coincées dans cette position, déclara fièrement Malvin. Aucun moyen de les débloquer tant que l'énergie n'est pas revenue. Oh, je crois qu'ils y travaillent... Mais je me demande si ce délai de trois heures déterminé par Ceos ne représente pas, en fait, le temps nécessaire pour rétablit les systèmes de la ville.
    
    — Ce n'est pas impossible, répondit pensivement Swan. Mais comme vous le savez à présent, les portes de métal ne sont pas tout... Il faut également ouvrir des portails qui mènent hors de la réalité propre de Skellet pour regagner notre monde.
    
    — Mais comment se maintient justement cette... poche de réalité ? demanda Vesper. Il doit falloir une source d'énergie pour maintenir cette existence alternative ? »
    
    Swan se tourna vers le jeune homme roux et le considéra avec un sourire appréciateur : il était bien le fils de son père.
    
    « Oui, en effet. Vous avez tout à fait raison. Je crois que la présence de Céos n'est pas seulement liée au sabotage en lui-même : son énergie maintient Skellet dans sa propre réalité, en attendant que les systèmes soient réparés...
    
    — Ce qui veut dire que si on prive la ville de cette énergie, elle va... disparaître ? demanda Anha d'une voix inquiète.
    
    — Non, pas du tout, la rassura Swan. La ville va réapparaître simplement dans notre monde. Mais rassurez-vous, elle se trouve dans un coin suffisamment déserté, quelque part dans une steppe de Mongolie... L'avantage, c'est que vous ne croiserez sans doute que quelques nomades... L'inconvénient sera le choc thermique. »
    
    Vesper hocha la tête :
    
    « Ne peut-on pas affaiblir Céos pour provoquer le retour de la vile dans notre réalité ? Nous n'aurons plus qu'à faire sortir les gens en masse.
    
    — C'est bien l'idée, rétorqua Swan. Si vous trouvez un moyen... »
    
    Anha remua, dans un léger grincement métallique.
    
    « Ash, demanda la voix mécanique, ne m'avais-tu pas expliqué que les cristaux dont l'énergie avait été épuisée étaient stockés dans un endroit particulier ? Une sorte de chambre scellée ? »
    
    Le jeune homme roux acquiesça :
    
    « En effet. Je commence à comprendre à quoi tu penses. »
    
    Il se tourna vers Swan :
    
    « En sortant du Cœur, je me suis fait agresser par une bande d'esprits qui en voulaient à mon énergie vitale. C'est Anha qui m'a sauvé. »
    
    Son visage se crispa douloureusement :
    
    « J'ai été surpris de voir combien cette avidité avait changé des êtres décents en créatures prédatrices. Si nous libérons les esprits qui ont été réduits au niveau de simples empreintes, piégés dans les cristaux épuisés... ils vont être d'autant plus assoiffés ! »
    
    L'agent blond hocha la tête, fasciné par la proposition des deux jeunes gens :
    
    « Et vous pensez briser ces cristaux et lancer les esprits sur Céos ? Compte tenu du fait qu'il est la source principale de puissance de cette ville, il va agir comme un phare sur eux... Il est même bien possible qu'ils en oublient les autres habitants de la ville. »
    
    Malvin poussa un hululement de joie :
    
    « Magnifique ! J'ai encore assez de charges explosives pour faire un beau feu d'artifice ! »
    
    Angelia leva les yeux au ciel et Vesper sourit malgré lui.
    
    « Et même s'ils s'en prennent aux habitants vivants de la ville, ils peuvent les rendre inconscients, mais pas les tuer... Il y a bien des chances que nous soyons affectés aussi, mais si cela doit neutraliser Céos, ça en vaut largement la peine, conclut Swan. Il ne nous reste plus qu'à voir comment accomplir cela... en approximativement... une heure et demie ?
    
    — Vous me faites penser au Lapin blanc d'Alice au pays des Merveilles, intervint Vesper avec une touche d'amusement.
    
    — Alice au pays de quoi ? demanda Anha avec perplexité.
    
    — C'est un conte écrit par Lewis Caroll, et... »
    
    Le jeune homme s'arrêta net. Angelia laissa échapper un rire joyeux :
    
    « Vous retrouvez des souvenirs de votre ancienne vie, Vesper ! »
    
    Il cligna des yeux, surpris ; après un instant de réalisation, son visage s'éclaira :
    
    « En effet, on dirait bien. »
    
    Cependant, il reprit très vite son sérieux :
    
    « En tout cas, vous avez raison : nous avons un délai très bref pour intervenir. Je ne sais même pas où se trouve cette chambre ni comment y rentrer. Nous manquons désespérément de temps pour obtenir cette information... À moins que je puisse revenir dans la salle du Cœur, mais elle doit être lourdement gardée à l'heure qu'il est. À moins que... »
    
    Il réfléchit un instant, avant de poursuivre :
    
    « Il y avait un bureau, dans le haut du Cœur, par lequel nous sommes sortis. Si je pouvais y entrer de nouveau, il pourrait être utile de voir ce qui s'y trouve. Nous y découvrirons peut-être la documentation nécessaire... Si ce n'est pas le cas, je tenterai d'éveiller de nouveau la perception que j'ai employée dans la salle des cristaux. Celle qui m'a permis de déterminer la présence d'une porte dérobée. J'ai juste touché la poignée de la porte principale, et j'ai reçu... les pensées de celui qui l'avait utilisée avant moi... »
    
    Swan sentit l'excitation monter en lui :
    
    « Bien sûr, s'écria-t-il, vous êtes un psychoactif ! Ce talent n'était pas le plus développé chez vous, mais vous avez toujours eu cette capacité latente. Il est fort possible qu'il se soit enfin éveillé dans une situation d'urgence !
    
    — Et si c'est gardé ? objecta Anha.
    
    — Il faut espérer que l'essentiel des forces a été posté dans la salle elle-même ou directement devant ses issues. Le bureau ne doit pas trop les préoccuper... »
    
    La femme de métal se tourna vers Vesper :
    
    « Je pense qu'on peut toujours y accéder par la fenêtre... Mais il va être difficile d'y parvenir. Tu ne peux pas vraiment employer le système de modification de gravité avec tes blessures. À la rigueur, je pourrai te porter...
    
    — Me... porter ? »
    
    Vesper déglutit péniblement.
    
    « Comme un enfant ?
    
    — Ce n'est pas comme si tu avais beaucoup le choix », ricana Malvin.
    
    Swan plaignait sincèrement le jeune homme, mais il ne put s'empêcher d'être amusé par la scène :
    
    « Nous te posons en lieu sûr, au plus près, avec Swan et Malvin pour assurer ta sécurité. J'irai avec Angelia.
    
    — On ne peut pas mettre en danger cette petite fille ! protesta Vesper.
    
    — Je ne suis pas vraiment une petite fille, déclara l'intéressée avec agacement. Et je sais utiliser une arme, si nous devons en arriver là. Peut-être pouvez-vous me fournir l'un de vos dispositifs électriques...
    
    — Je dois avoir ça ! confirma le mécanicien.
    
    — Dès que nous aurons l'information, nous devrons gagner les locaux de stockage au plus vite, intervint Swan. Quand toute la puissance de la ville disparaîtra, les habitants commenceront probablement à recouvrer leurs souvenirs ; leur conditionnement s'effacera. Il vaut mieux que quelques-uns d'entre nous se postent près des portes afin de guider ceux qui voudront sortir. Quant à toi, Angelia, tu préviendras l'équipe de soutien qui se trouve postée non loin de la zone. »
    
    La fillette toisa son frère de ses grands yeux gris, comme s'il était un adolescent qui demandait qu'on le laisse voyager seul :
    
    « Et je suppose que tu es volontaire pour aller faire sauter ces cristaux épuisés, est-ce que je me trompe ?
    
    — Tu ne te trompes pas. Je suis sans doute le seul capable de s'en sortir quand tout se déchaînera. Tu le sais parfaitement. »
    
    Il lui adressa un large sourire :
    
    « Mais cela me fait plaisir de constater que ma sœur s'inquiète pour moi... »
    
    Elle posa sur lui un regard hautain :
    
    « Si tu n'étais pas aussi inconscient, je n'aurais pas besoin de me soucier de toi de cette façon.
    
    — Je ne suis pas inconscient, répondit-il doucement. Tu le sais parfaitement, Angelia. Mais parfois, il est nécessaire de mettre sa sécurité de côté. »
    
    Vesper se redressa légèrement, frémissant quand le geste réveilla la douleur de son épaule :
    
    « Je vous accompagnerai.
    
    — Hors de question, répliqua sévèrement Swan. Vous n'êtes pas en état.
    
    — Peut-être pas, mais vous aurez besoin de moi pour entrer, pour les indications que mon don pourra vous donne... Et puis, s'il y a des portes à forcer, vous ne saurez pas vous servir des outils nécessaires, sans oublier les charges explosives... »
    
    Le jeune homme blond le regarda avec perplexité, avant d'éclater de rire : il avait peut-être l'air d'un dandy inepte, mais il était habile de ses mains. Il avait de bonnes bases en technologie ; son père et son oncle y avaient scrupuleusement veillé. Il devinait que Vertigo souffrait d'être dépossédé de son rôle de justicier, lui qui avait si longtemps lutté pour libérer les habitants de Skellet, vivants ou morts, de leur terrible situation. Il avait certes envie de ramener Vesper à peu près en état à ses parents, mais d'un autre côté, usurper son grand final le mettait mal à l'aise.
    
    « En ce qui concerne les outils, mon frère n'est pas aussi inepte qu'il en donne l'air. N'en déplaise à votre fierté masculine, déclara Angelia en croisant les bras, il est hors de question que vous vous livriez à quelque chose d'aussi dangereux, blessé comme vous l'êtes ! Et je suis sûre que tout le monde est de mon avis.
    
    — Pas vraiment, non, objecta Swan avec une fermeté à laquelle sa sœur ne s'attendait visiblement pas. Ce serait une bonne idée que Vesper et moi fassions équipe pour porter le coup décisif. »
    
    Les yeux de jade du rebelle s'élargirent de surprise, tandis que la jeune fille secouait la tête, incrédule :
    
    « Mais comment est-ce que tu peux le soutenir ? Il va aller droit à sa mort, et toi aussi, par la même occasion !
    
    — Eh bien, je ferai tout pour que ça ne soit pas le cas. »
    
    Il lut quelque chose de nouveau dans les yeux de Vesper : de l'appréciation ? C'était assez rare qu'il s'attire spontanément la sympathie ou la confiance de qui que ce soit : son attitude délibérément insouciante même quand les circonstances devenaient graves, son indépendance affichée et son bizarre regard rouge suscitaient bien souvent la froideur de son entourage. Toute bribe de reconnaissance lui était d'autant plus précieuse.
    
    Vesper se tourna vers le mécanicien :
    
    « Malvin ?
    
    — Ça ne me plaît pas, grommela ce dernier, mais il n'y a sans doute pas d'autre solution. Si le blondin revient sans toi, je peux t'assurer que je lui ferai regretter.
    
    — Le blondin reviendra avec lui, répliqua Swan, sarcastique.
    
    — Anha ? »
    
    La femme métallique baissa légèrement la tête :
    
    « J'aurais voulu vous accompagner. Je risque moins que vous, après tout. Je pourrais même vous protéger, dans une certaine mesure, mais je sais qu'on aura besoin de moi du côté des portes. Je pourrais laisser mon corps en bas et vous accompagner en tant qu'esprit. Cela ne me prendra que peu de temps pour regagner la position.
    
    — Ça me paraît une bonne idée, déclara Angelia.
    
    — Oui, ça me va aussi, renchérit le mécanicien.
    
    — C'est bon alors, déclara Swan. Il faut tout de suite nous occuper du bureau et de ce que nous pouvons y trouver. Allons nous équiper !
    
    — Avec plaisir ! déclara Malvin, qui était déjà en chemin pour le faire.
    
    — Vous ne resterez pas pour déjeuner alors ? » soupira Phyra, profondément déçue.
    
    Swan lui sourit gentiment, en lissant sa chemise tachée d'un sang qui n'était pas le sien :
    
    « Je suis désolée, madame. Nous en aurions été ravis, mais nous n'avons pas le temps. Mais à notre retour, peut-être ? »
    
    Elle posa sur lui un regard radieux, auquel il répondit par un petit hochement de tête, avant de se lever pour se préparer. Il savait que leur chance de remplir cette mission à temps était réduite. Il vit Malvin disparaître dans la pièce d'à côté, qui semblait contenir son attirail, tandis qu'Anha aidait Vesper à se relever.
    
    Swan espéra qu'il ne les entraînait pas tous à la mort. Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que tout le monde s'en sorte. Si cela s'avérait nécessaire, il affronterait de nouveau Céos...
    
    Même s'il devait y laisser la vie.
    
    

Texte publié par Beatrix, 23 septembre 2017 à 20h49
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 19 « Swan - 3 - Le Plan » Tome 1, Chapitre 19
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1016 histoires publiées
477 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Melior Silverdjane
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés