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Tome 1, Chapitre 17 « Swan - 1 - La Substitution » Tome 1, Chapitre 17
Avec un don tel que le sien, Swan aurait pu considérer que rien ne pouvait le menacer. Mais son existence avait été ponctuée de tant de catastrophes qu’il avait appris combien la vie pouvait se révéler fragile – et d’autant plus précieuse. Ce qui ne l’empêchait pas de prendre des risques, mais au moins était-il pleinement conscient des dangers encourus et des conséquences possibles. Il aimait à penser qu’il n’était pas intrépide, mais courageux, même s’il ne l’avait jamais affirmé tout haut. Il fallait bien qu’il se trouve une qualité essentielle, pour éviter que sa personnalité tout entière ne sombre dans le ridicule.
    
    Même s’il ne l’avait côtoyé qu’occasionnellement, Swan avait toujours apprécié Vesper. Il l’avait envié d'ailleurs, pour sa capacité à absorber le savoir comme une éponge, pour sa vision calme et réfléchie du monde, pourtant tempérée par un rien d’audace, d’autant plus inattendue que rien ne la laissait présager. Et il ne doutait aucunement qu’il était devenu un homme courageux. Bien plus authentiquement courageux qu’il ne l’était lui-même, probablement.
    
    « Hey, chuchota Malvin en soulevant son casque, pouvez-vous braquer la lumière vers ici, que le petit puisse voir que c’est bien moi ?
    
    — Ce n’est pas la peine, répliqua l’intéressé d’une voix fatiguée, mais soulagée, il n’y a que toi pour t’exprimer si élégamment. »
    
    Au moins Vesper avait-il acquis un sens de la répartie. À toute chose, malheur était bon, comme on disait communément. Le jeune homme se tourna vers Swan, le toisant d’un air scrutateur :
    
    « Et… qui êtes-vous ?
    
    — Je m’appelle Swan, répondit le blond plaisamment. Tout comme Angelia, je vous ai connu par le passé, mais ce n’est pas le moment de ressasser les vieux souvenirs. Je suis venu vous aider. »
    
    L'agent de Gladius Irae observa le prisonnier d’un œil critique : ils avaient tous deux la même corpulence ; si leurs traits présentaient peu de ressemblance, les geôliers n’avaient sans doute pas trop prêté attention à la physionomie de « Vertigo ». Le manque de lumière jouait en leur faveur. Il regarda autour de lui et avisa le cruchon sur la tablette.
    
    Il s’en saisit et, versant de l’eau dans sa main ouverte, il la passa sur ses cheveux pour en lisser les boucles et en atténuer la couleur trop pâle, sous les yeux éberlués de Vesper et d’Angelia.
    
    « Mais… qu’est-ce que vous faites ? demanda le prisonnier avec perplexité.
    
    — Je vais tout simplement prendre votre place.
    
    — Ma place ? »
    
    Il secoua la tête, frémissant quand le mouvement trop brusque réveilla la douleur de ses blessures :
    
    « Mais vous êtes… inconscient ! Vous savez de quoi je suis accusé ?
    
    — Ce dont vous êtes coupable, voulez-vous dire ? Eh bien, non seulement je le sais, mais je vous applaudis très fort. Maintenant, voyons les choses en face. Même si vous étiez indemne, vous auriez peu de chances d’échapper à ce qui vous attend. Contrairement à moi.
    
    — Vous pourriez simplement… me faire évader.
    
    — Oui, nous pourrions le faire. Mais dans ce cas, je ne parviendrais pas à apprendre quoi que ce soit de notre ennemi. Un individu d’une puissante épique, qui voudra très certainement qu’on traîne à ses pieds le responsable des dégâts infligés à son précieux jouet. »
    
    Vesper serra les lèvres avec réprobation :
    
    « Je n’aime pas cette idée. Êtes-vous sûrs que vous vous en sortirez ? »
    
    Swan ne put réprimer un sourire :
    
    « Moi ? Pas du tout. Mais je pense que votre état d’esprit ne devait pas être bien différent quand vous vous êtes lancé dans l’attaque sur le Cœur de la ville. Est-ce que je me trompe ? »
    
    Angelia leva les yeux au ciel, exaspérée :
    
    « Vesper, vous n’obtiendrez rien à discuter avec lui, à part des maux de tête. Autant nous dépêcher avant de nous faire surprendre.
    
    — Tu as raison. Sur toute la ligne. Est-ce que vous pouvez tenir debout ?
    
    — S’il le faut, j’y arriverai, répliqua le jeune homme avec détermination.
    
    — Très bon état esprit. Allons-y, alors. »
    
    Pour la seconde fois, Swan se déshabilla ; il récupéra la chemise tachée de sang de Vesper, et mit son bras en écharpe pour mieux faire illusion, puis plaça le blouson sur ses épaules. Il n’ôta pas le pantalon du Régulateur, semblable à celui que portait le jeune rebelle, mais noua un faux bandage autour de sa cuisse. Enfin, il enfila les bottes, alourdies par le système de modification de gravité.
    
    Quand il s’estima prêt, il aida Vesper à endosser la tenue du Régulateur, en prenant d’infinies précautions pour éviter de heurter son épaule. Il utilisa sa propre chemise pour capitonner le métal et serra les brides au minimum. Finalement, le rebelle esquissa quelques pas un peu chancelants :
    
    « Ça devrait aller, fit-il d’une voix faible, mais non dénuée de résolution.
    
    — Très bien. Allez-y alors. Tâchez de regagner votre quartier général, où qu’il soit, et attendez que je vienne vous trouver. Nous aviserons à ce moment. »
    
    Il adressa un sourire rassurant à Angelia : sa sœur adoptive avait beau jouer les fières, il savait qu’elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour lui. Ce qui était plutôt touchant. Tout comme l’était son attitude envers Vesper ; jamais il ne l’avait vue, jusqu’à présent, développer un béguin pour quiconque, ce qui rendait la chose plus drôle encore. Ce n’était pas parce que la situation était critique qu’il devait forcément broyer du noir.
    
    Angelia se pendit brièvement à son cou, grommelant au contact de ses cheveux mouillés, et déposa un léger baiser sur sa joue :
    
    « Fais attention à toi ! » souffla-t-elle.
    
    Vesper lui tendit sa main valide qu’il serra franchement.
    
    « Allez-y ! Ou je vous pousse dehors ! » finit-il par menacer.
    
    À contrecœur, la fillette et le jeune homme quittèrent la pièce, le laissant seul dans une obscurité presque absolue. Swan entendit Malvin verrouiller la porte derrière eux. Il avait l’impression qu’on venait de l’enfermer dans un caveau, ce qui n’était sans doute pas bien loin de la réalité. Machinalement, il attrapa la fine chaîne autour de son cou et pêcha son médaillon, qui représentait une clef ailée. Elle symbolisait ce don si particulier, si unique… Le jeune homme ne parvenait pas à comprendre par quel miracle il avait pu le développer, devenant le « Voyageur ». Son père lui avait appris que les dons acquis par les âmes éveillées étaient aussi aléatoires qu’inexplicables. Et surtout, que l’on n’en faisait rien si on ne les entraînait pas autant que possible.
    
    Pendant très longtemps, les âmes éveillées qui subsistaient avaient assourdi leurs capacités, au point qu’ils ne pouvaient employer qu'une fraction mineure de ces talents. Mais les temps avaient changé, le monde était devenu trop dangereux pour laisser dormir un réel potentiel, particulièrement quand certains de leurs semblables n’avaient aucun scrupule à en user.
    
    Le jeune homme avait aussi appris à ne pas l'utiliser inconsidérément : il était facile, dans l’absolu, de résoudre toutes les situations en ouvrant un portail entre les mondes. Il aurait pu en créer un dans les tréfonds de la ville, pour libérer les esprits menacés qui s’y trouvaient, ou les habitants vivants. Mais l’énergie exigée par un tel effort était considérable ; et au bout d’un moment, le portail aurait été repéré – celui par lequel il avait fait venir les êtres d’un autre plan avait attiré toute l’attention requise. Il ne pouvait donc user de son « talent » que comme d’un outil à ne mettre en action qu’avec la plus grande modération, n'était-ce que pour épargner ses propres forces… Ce qui le condamnait à attendre de longues heures, peut-être, dans le noir d’une cellule de métal. Puisqu’il n’avait rien d’autre à faire et qu’un lit se trouvait à sa disposition, il décida de piquer un léger somme.
    
    Il avait l’impression d’avoir à peine fermé les yeux quand il fut tiré du lit par deux Régulateurs, un peu rudement, mais sans hargne aucune. C’était la bonne chose – s’il fallait en trouvait une – avec ces individus. Ils ne semblent nourrir aucun sentiment personnel : pas de sympathie, mais pas de haine non plus. Swan avait suffisamment expérimenté la douleur dans sa vie pour la simuler sans grande difficulté, ce qui lui valut un peu plus de ménagement de la part des deux gardes en armure.
    
    Il se laissa emmener avec juste le bon degré de défiance, traînant la jambe comme s’il était harassé de souffrance et d’épuisement. Cependant, il gardait les yeux grands ouverts, examinant attentivement – mais discrètement – ce qui se passait autour de lui. La ville avait retrouvé un calme relatif, ce qui donnerait hélas au titan tout le loisir de s’occuper de son cas.
    
    Swan songea que s’il avait vraiment été Vertigo, ce long et tortueux chemin vers les hauteurs de la cité aurait été une véritable torture. Enfin, ils prirent pied sur un palier au-dessus de la Première côte, d’où s’élançait un passage vers la Tête. Le jeune homme s’était toujours demandé ce qu’il pouvait bien y avoir à l’intérieur. Malgré la tragédie qui avait fait basculer sa vie, peu de temps après sa visite, il avait gardé un souvenir fasciné de la tour Cyllène. Elle se dressait au cœur d’Arkady, une ville idéale déserte de toute population… une coquille vide figée sous une neige légère. Cet édifice commandait l’éclairage, le trajet de tramways et tous les systèmes automatiques qui régissaient une métropole.
    
    Swan inspira brutalement : pourquoi ces réminiscences venaient-ils encombrer son esprit ? Au fond de lui, il connaissait la réponse : quand il se trouverait face au titan, c’était une part de son passé qu’il devrait à affronter. L’histoire se répétait, mais cette fois, il était adulte et capable de lutter contre quiconque chercherait à se servir de lui, d’une façon ou d’une autre.
    
    Enfin, la lourde porte métallique qui condamnait l’accès au « cerveau » de la ville pivota devant lui. Les gardes l’entraînèrent à l’intérieur, aussi ténébreux que le reste de Skellet depuis l’attentat sur le Cœur. Dans un clair-obscur où des veilleuses orangées tiraient à peine de l’ombre ce qui l'entourait, il distingua de gigantesques engrenages. Imbriqués les uns dans les autres avec une diabolique complexité, ils étaient liés à des chaînes de transmission, de leviers et d’autres pièces mécaniques dont il ignorait le nom comme l’usage. Comme jadis à Cyllène, il avait la sensation d’avoir été rapetissé et emprisonné à l’intérieur d’une montre géante.
    
    Cependant, quelque chose manquait à tout cela… Quelque chose qui avait fait forte impression sur lui à l’époque : le bruit. Les craquements, les grincements, les tintements heurtés et apparemment chaotiques qui accompagnaient la mise en mouvement de ce type de mécanisme. Tous les systèmes demeuraient statiques, figés… comme morts. Sans doute parce que l’énergie nécessaire à leur fonctionnement faisait désormais défaut.
    
    Il éprouvait un sentiment ambivalent : d’un côté, il était satisfait de voir les machinations du titan en passe d’être réduites à néant ; d’un autre côté, malgré toute l’horreur que ses actions lui inspiraient, il ressentait une certaine admiration pour cet agencement ingénieux et complexe que représentait Skellet. Il aurait voulu avoir la vision, même très vague, de ce qu’elle était destinée à devenir. Quelque chose de bien plus impressionnant qu’Arkady, sans nul doute, mais Arkady n’avait été qu’une vitrine censée flatter les rêves utopiques d’une poignée de scientifiques. Alors que Skellet avait été construite comme une machine de mort et de destruction, aussi effrayante qu’efficace.
    
    À quoi pourrait donc ressembler ce géant de métal, une fois assemblé ? Il devrait très probablement se contenter de son imagination… certes très vaste, mais qui ne remplacerait jamais l’épreuve renversante de la réalité.
    
    Ce ne fut que quand les deux Régulateurs le poussèrent en avant que Swan compris qu’il s’était arrêté pour contempler les engrenages, au point de perdre la conscience de sa situation. Il s’admonesta en silence : il devait rester attentif, surtout sous la menace d'un tel danger. Sous ses vêtements, il sentit sa clef effleurer sa poitrine ; elle n’avait pas de pouvoir particulier, mais elle s’était chargée de son aura et sa valeur symbolique lui prêtait de la force. Heureusement pour lui, ses gardiens n’avaient pas vérifié ce qu’il portait sur lui avant de le conduire face à leur maître. Sans doute avaient-ils déjà fouillé Vesper et n’avaient pas jugé bon de refaire le travail.
    
    Au cœur de la Tête, il se trouva soudain face à une paroi de fonte incurvée, qui délimitait un espace globulaire et percée d’une porte cintrée, en bronze massif ; contrairement au reste de la ville, la sphère arborait un discret décor de moulures à sa base et son sommet. La porte, quant à elle, était particulièrement travaillée, couverte de motifs délicats et harmonieux – des rinceaux et arabesques, sans doutes empruntés au vocabulaire esthétique de différentes civilisations antiques. En son centre, dans un médaillon en bas-relief, figurait un globe céleste à l’axe penché. Il tendit instinctivement la main pour le toucher, mais les deux hommes le tirèrent brutalement en arrière ; il n’eut pas à feindre la douleur tant la manœuvre avait été brusque.
    
    Les deux gardes semblaient avoir une peur panique d’approcher ; leur conditionnement n’y était sans doute pas étranger. Deux inconnus apparurent, également en armure, mais leur casque laissait leur visage visible. Sur leur cuirasse d’argent brillant se détachait le même symbole que sur la porte. L’un d’eux actionna un levier ; le battant, au lieu de coulisser sur des gonds, s’escamota dans l’épaisseur du mur. Swan fut conduit dans une pièce vide à l’exception d’un fauteuil dans lequel ils l’obligèrent à s’asseoir. Il s’exécuta sans protester, en profitant pour regarder autour de lui. À l’intérieur du globe, l’ensemble des parois s’ornait de motifs décoratifs qui semblaient s’inspirer des axes et des rouages de la Tête. Ils se retrouvaient dans les montants du fauteuil, constitués d’une marqueterie de métal, en cuivre, bronze et acier, et le cuir marqué d’impressions en relief. Si les larges appliques de verre dépolies restaient assombries, comme mortes, des lumières de secours dissimulées dans les moulures offraient une faible lueur verdâtre.
    
    Bizarrement, la salle était coupée en deux par une paroi de verre renforcée d’un treillis de métal ouvragé. De l’autre côté, Swan pouvait apercevoir une estrade surélevée, sur laquelle étaient installés un bureau et une chaise semblable à celle où le jeune homme était assis. Sur la table, il remarqua un globe céleste avec un axe incliné, identique à celui qui figurait sur la porte. Celui qui avait fait aménager cet endroit cédait visiblement au culte de la personnalité, pour imposer ce symbole un peu partout. Ce qui était assez typique des titans, après tout…
    
    L’éveil était une procédure très particulière. Elle offrait à ceux capables de l’endurer la maîtrise totale des cycles de leur âme et de leur énergie vitale ; parfois, elle faisait apparaître des dons qui les plaçaient au-delà des humains ordinaires, comme celui de Swan. À l’époque très reculée de l’éveil des titans, il s’agissait essentiellement d’une cérémonie mystique, qui pouvait durer des jours entiers. En raison de la puissance qu’elle leur conférait, ils avaient acquis la soumission des sociétés encore balbutiantes, qui se tournaient instinctivement vers tout pouvoir susceptible de les dominer. Les titans en avaient gardé une vision du monde plutôt singulière : en bref, ils le considéraient comme leur propriété.
    
    Même s’il appartenait à une génération plus récente, son père adoptif montrait parfois une once de ce travers : une conscience intense de sa place particulière dans le monde, malgré le fait qu’il y avait renoncé depuis longtemps. Mais il ne s’était jamais départi de sa proximité avec l’humanité, à la différence de ses grands aînés. Ceux-ci n’avaient rien des géants que décrivaient les mythes, même si celui dont Swan avait été si proche arborait un physique à l’aune de ses ambitions. En dépit de ses efforts pour le tenir loin de ses pensées, il ne put s’empêcher de songer à cet homme de belle prestance, aux traits léonins, aux yeux perçants… Un monstre dominateur et manipulateur. Aussi, quand enfin une silhouette émergea d’une porte à l’arrière de la pièce fermée, il fit de son mieux pour ne pas paraître surpris.
    
    Il n’avait rien de bien impressionnant quand on le regardait objectivement : pas très grand, solide et trapu, il portait un costume brun avec une cravate bleue et des lunettes cerclées d’or. Son visage carré aux traits massifs, mais nets affichait une expression affable. Ses cheveux châtains, légèrement ondulés, avaient été soigneusement gominés en arrière. On aurait pu le prendre pour un petit chef d’entreprise ou un fonctionnaire industrieux. Mais Swan ne se laissa pas tromper par cette apparence... n’était-ce qu’en raison de l’aura de puissance qui s’échappait de lui, piégée dans ce corps d’une déconcertante banalité.
    
    Posément, l’homme s’installa dans le fauteuil et appuya ses coudes sur le dessus de cuir ciselé du bureau, avant de braquer ses yeux sombres sur le prisonnier. En dépit de la paroi de verre, le jeune agent se recula instinctivement contre le dossier. Il avait la sensation d’avoir regardé droit dans un abysse où se mouvaient des ombres inquiétantes.
    
    « Soyez le bienvenu, prononça son hôte, d’un ton affable. Par quoi commençons-nous ? »
    
    

Texte publié par Beatrix, 23 août 2017 à 13h55
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