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Tome 1, Chapitre 13 « Angelia - 2 - Le Prisonnier » Tome 1, Chapitre 13
L’alarme retentit, éveillant les cinq jeunes gens en sursaut ; exercice ou alerte réelle ? Angelia ne se posa même pas la question. Ce n’était pas la première fois, ni la dernière qu’ils étaient dérangés en pleine nuit. Cependant, les ampoules de la chambrée ne s’allumèrent pas comme à l’accoutumée ; à la faible lueur de l’éclairage de secours, elle enfila son pantalon, sa veste et ses bottes par-dessus son pyjama ; elle glissa hâtivement ses cheveux sous sa casquette avant de courir avec ses camarades au point de ralliement.
    
    En parcourant les couloirs, elle s’étonna une nouvelle fois de trouver les rampes éteintes. Seul un témoin lumineux, à intervalles réguliers, leur permit de progresser jusqu’à la salle d’intendance où leur serait remis leur matériel. Si ses compagnons en furent également surpris, ils ne l’exprimèrent pas, exécutant automatiquement les ordres.
    
    Elle croisa d’autres équipes, impressionnée par la rigueur et la discipline déployée : elle n’en avait jamais rien vu de pareil, même dans les armées les mieux encadrées de son monde. La petite troupe parvint enfin dans le vaste hall où les différentes sections d’apprentis se disposaient en rang selon leur niveau. Les superviseurs et les instructeurs s’étaient rassemblés sur l’estrade au fond de la pièce, sous le faisceau d'un spot alimenté par un groupe électrogène qui ronronnait derrière eux, répandant des effluves d’hydrocarbures. Le dirigeant du centre, une femme grisonnante aux épaules puissantes, s’avança, les mains jointes dans le dos :
    
    « Recrues. Exceptionnellement, vous allez être équipées et envoyées dans la ville. Un terrible attentat a eu lieu, touchant le Cœur même de Skellet. Un grand nombre d’esprits se sont échappés. Non seulement la ville est privée d’énergie, mais ces entités livrées à elles-mêmes constituent une menace pour les vivants, dont ils risquent d’absorber les forces vitales. C’est pourquoi tous les Capteurs, qu’ils soient apprentis ou expérimentés, vont devoir faire le nécessaire pour les rattraper et les ramener au Cœur. Nous vous attendons dans la salle d’entraînement où vous recevrez votre matériel, avant d’être affecté à une équipe. »
    
    Un attentat ?
    
    Qui pouvait, dans un univers si intégralement contrôlé, montrer assez de volonté pour se livrer à un acte de telle ampleur ?
    
    Se pouvait-il que son complice…
    
    Non, ce n’était pas possible : la discrétion était leur maître mot. Même s’ils n’avaient jamais travaillé ensemble aussi étroitement que pour cette mission, elle lui faisait pleinement confiance. L’explication était ailleurs… et peut-être à chercher auprès de cet énigmatique hors-la-loi qui entravait l’action des Capteurs.
    
    Vertigo.
    
    Les superviseurs et les instructeurs ne parlaient jamais de lui ; sans doute du fait d'une règle non dite selon laquelle il était interdit de reconnaître l’existence de ce mystérieux justicier. Malgré tout, même le conditionnement de la Haute Administration ne pouvait empêcher les rumeurs de courir, surtout quand l’infirmerie attenante au centre accueillait les Capteurs victimes de ses agressions. Ils n’étaient jamais gravement atteints, mais la seule preuve de leur vulnérabilité suffisait à détruire l’assurance des traqueurs d’esprits.
    
    Quant à Angelia, elle éprouvait des sentiments quelque peu paradoxaux à l’égard de Vertigo : d’un côté, elle ne pouvait qu’approuver le combat de l’homme et admirer son audace. Mais de l’autre, elle craignait qu’il n’en vienne à compliquer sa mission, voire à la faire louper. L’obligation de traquer les esprits la mettait déjà bien assez en péril…
    
    La jeune fille suivit son superviseur jusqu’au hangar ; elle saisit le harnais et le médaillon qu’on lui tendait, le tout avec une docilité parfaite, sinon authentique. Elle s’équipa, remarquant que contrairement aux Capteurs aguerris, elle n’avait pas droit à une armure. On la sépara des membres de sa chambrée pour l’adjoindre, avec deux apprentis plus âgés, à une équipe de quatre chasseurs d’esprits expérimentés. Puis on désigna au chef du groupe un secteur de la ville.
    
    Quand elle quitta le centre, dans les rangs de sa colonne, Angelia se trouva confrontée à un spectacle étonnant : Skellet était plongée dans la pénombre, plus dense et intense que lors des phases nocturnes qu’elle connaissait. L’enfer famboyant de la forge diffusait une luminosité d’un rouge orangé palpitant, tandis que des éclairages de secours ponctuaient ça et là le parcours des Côtes, aussi ténus que les étoiles dans le ciel du monde ordinaire. Elle se sentait saisie d’un sentiment d’isolement et de solitude, plus encore que celui qu’elle éprouvait depuis qu’elle avait pénétré dans Skellet.
    
    Mais ce qui la stupéfia fut la présence, partout où son regard portait, d’esprits translucides et vaguement phosphorescents : ils erraient le long des avenues et des passerelles, flottaient dans le vide au milieu de la ville, traversaient les murs et les niveaux… Elle en avait littéralement le tournis. Les formes éthérées se densifiaient à vue d’œil, au fur et à mesure qu’elles puisaient dans les forces vitales des habitants de Skellet.
    
    Angelia savait qu’une semblable concentration d’esprits pouvait se révéler dangereuse, surtout quand ils étaient ainsi piégés, captifs d’une barrière qui leur interdisait de partir « au-delà ». Pas au point de causer des morts, mais assez pour affaiblir de façon significative les êtres vivants de Skellet. En de telles circonstances, il semblait même légitime de les rattraper et les emprisonner de nouveau…
    
    Mais c’était sans prendre en compte le fait qu’il ne s’agissait pas de juste les enfermer, mais aussi d’employer leur énergie pour faire fonctionner les systèmes de la ville... et cet acte était impardonnable ! Pourtant, une fois encore, elle n’aurait d’autres choix que d’obéir aux ordres. Avec un malaise grandissant, elle suivit les quatre Capteurs en armures, après avoir allumé la lampe frontale dont on l’avait équipée, rattachée à la batterie de son matériel. Ici et là, les rayons des projecteurs jouaient à travers Skellet, partout où les Capteurs et sans doute un certain nombre de Régulateurs s’étaient déjà éparpillés le long des Côtes. Elle porta les yeux vers le cœur, où régnait une agitation inhabituelle : avec stupeur, elle entendit des détonations percer les ténèbres.
    
    Elle se pencha par-dessus la rambarde, cherchant à voir ce qu’il en était, mais en vain : tout était bien trop confus dans le mélange clair-obscur ; si elle s’attardait, elle risquait de perdre son groupe et de se retrouver confrontée à des esprits un peu trop gourmands. Elle ignorait si son essence particulière les attirerait – elle n’avait aucune envie de tenter l’expérience.
    
    Soudain, le chef d'équipe leur fit signe de s’arrêter, puis leur ordonna de se déployer tout du long de la passerelle, où une quantité particulièrement dense d’esprits allait et venait. Les Immobilisateurs se mirent en route, lançant l’écho de leurs « filets psychiques » ; Angelia aurait voulu pouvoir éteindre le sien : les vibrations lui provoquaient des vertiges. Mais elle n’avait pas vraiment le choix. Le grésillement prit de l’ampleur, tandis que les esprits tentaient de s’enfuir, luttant en vain contre les effets des appareils. Elle pouvait lire la stupeur et l’angoisse sur leurs traits pâles.
    
    Certains se trouvaient au-dessus du vide, mais malgré tout assez proches pour que la captation puisse opérer. Angelia choisit une femme d’une trentaine d’années à l’expression résignée, qui avait cessé de se débattre et fixait sur elle des yeux éteints. Elle ouvrit son médaillon, activa le système :
    
    « Pardon, je suis navrée, murmura-t-elle en la regardant se déformer puis migrer en longues bandes blanchâtres vers le cœur du cristal. Une fois l’opération terminée, elle retira la pierre chargée et la rangea dans la sacoche à sa ceinture, pour la remplacer par un cristal vierge tiré du même endroit. Elle répéta le processus deux fois avant que le chef d’équipe ne leur ordonne de changer se site.
    
    Alors qu’elle progressait le long d’un des passages reliant une Côte à une autre, au-dessus du puits vertigineux au centre de la ville, un étrange dégagement d’énergie psychique attira son attention en contrebas. Elle eut le temps d’apercevoir la silhouette lumineuse et immatérielle, qui projeta un rayonnement si intense qu’il égaya les esprits massés autour d’elle. Ou plutôt, autour des deux formes à ses côtés, à peine visibles à la faible lueur de leur propre éclairage : celle d’un homme en armure, tombé au sol, et de ce qui ressemblait à une femme de métal, debout et immobile. Elle secoua la tête, un peu incrédule :
    
    « Une âme éveillée ? Ici ? Mais comment… »
    
    Avant qu’elle eût pu intégrer cette donnée, elle aperçut quelque chose d’encore plus incroyable se produire. L’esprit féminin, qui avait retrouvé une apparence plus classique, pénétra à l’intérieur de la forme de métal qui s’anima aussitôt.
    
    Angelia en oublia tout : la chasse aux morts, l’équipe qui avait avancé sans elle : la scène était si étrange et fascinante… Comme dans un rêve, elle vit l’automate se pencher pour aider l’homme à se relever : son armure ressemblait à celle des Traqueurs, mais elle doutait fort qu’il en fît partie. Il ne possédait pas le matériel typique et la cuirasse semblait constituée d’un métal cuivré et non d’acier noirci comme celles de ses « collègues ». Son état d’épuisement lui fit penser qu’il était blessé ou malade ; peut-être avait-il été seulement affaibli par les esprits que sa mystérieuse compagne avait mis en déroute.
    
    Qui étaient-ils ? Avaient-ils joué un rôle dans l’attentat ? Angelia se maudit de ne pas avoir pris avec elle la mallette qui reposait dans sa chambre au Centre, mais cela n’aurait pas été assez discret. Elle allait devoir trouver un chemin qui la mènerait vers les deux étranges personnages. Alors qu’elle commençait à planifier son trajet, une troupe de Régulateurs fit son apparition, visiblement décidée à arrêter l’homme en armure et la femme-automate.
    
    Elle sentit ses mains se serrer sur la rambarde à s’en faire mal, tandis qu’elle regardait, impuissante, l’inconnu se porter en avant pour servir de bouclier à sa compagne, puis la femme de métal disparaître sous la passerelle en défiant littéralement la pesanteur. Elle sursauta quand le coup de feu retentit, précipitant l’homme au sol. Elle laissa échapper un cri, mais elle était malheureusement – ou heureusement - trop loin pour que quiconque en contrebas pût l'entendre.
    
    Les Régulateurs s’avancèrent pour ramasser le corps ; était-il mort ou inconscient ? Elle devait savoir où ils l’emportaient. Avec détermination, elle ôta le générateur sanglé sur son dos et le balança par-dessus bord, suivi de la pochette à cristaux ; en se brisant, ils libéreraient sans nul doute leurs proies, mais elle n’en avait cure : la période d’infiltration avait fait son temps ; le moment de l’action était arrivé.
    
    Elle bondit le long du passage, invoquant les capacités qui lui permettaient de se déplacer à une vitesse presque inconcevable pour les êtres humains, indifférente aux esprits désespérés qui voyaient en elle une source d’énergie, aux Capteurs et aux Régulateurs qui parcouraient la ville, aux quelques ouvriers et autres civils perdus dans cette monstrueuse pagaille. Elle s’obligea à adopter un mode de perception supérieur, qui lui donnait la possibilité de repérer l’essence individuelle de chaque membre du petit groupe : l’homme en armure était en vie, mais manifestement affaibli et blessé. Mais son aura était très différente de celle des Régulateurs autour de lui : il brillait bien plus intensément, peut-être pas comme une âme initiée, mais il n’en était pas si éloigné ; il possédait un potentiel rare, qui l’avait probablement protégé, dans une certaine mesure, du conditionnement imposé par la Haute Administration de la ville.
    
    Focalisant son attention, elle suivit de proche en proche le trajet des Régulateurs : plus rapide que les troupes lourdement équipées et chargées du blessé, elle parvint aisément à les rattraper en demeurant à quelques mètres de distance, sa lampe éteinte, dissimulée dans les ombres. Elle frémit légèrement en voyant les traces de sang sur le sol : elle espérait que l’homme en armure ne mourrait pas avant de recevoir des soins. Si même ses ravisseurs lui en prodiguaient… Mais s’il était bien le coupable des dommages subis par le Cœur, les Régulateurs le garderaient sans doute en vie afin de l’interroger, n’était-ce que pour déterminer s’il avait des complices et où les trouver.
    
    Angelia avait besoin de le savoir également, pour éviter que les autorités de Skellet ne missent la main sur eux avant que son partenaire et elle-même ne puissent le faire, mais aussi pour les empêcher de se lancer dans d’autres actions désespérées, au risque d’entraîner plus de mal que de bien. Peut-être eut-elle dû traquer l’esprit dans la femme-automate, mais contrairement à son complice, elle n’était pas en danger immédiat.
    
    Durant les phases nocturnes où elle était restée couchée dans sa chambrée, au milieu de son équipe, elle avait pris quelques heures pour explorer la ville à un niveau de conscience différent, repérant l’activité malsaine autour du Cœur, l’usage criminel de l’énergie des esprits et la chape de suggestion qu’il contribuait à entretenir. Mais elle avait aussi déterminé le schéma global de Skellet. Elle se doutait que le captif serait amené au quartier général des Régulateurs, non loin du siège de la Haute Administration, au niveau de la Sixième Côte. Le plus compliqué serait d’y rentrer, mais dans cette obscurité, il ne serait sans doute pas si ardu de suivre la troupe complète dans le bâtiment.
    
    Angelia avait vu juste ; leur suprématie quasi totale et l’état d’inconscience du prisonnier ne portaient pas les Régulateurs à la prudence. Elle n’eut aucune difficulté à se glisser dans l’espace de pénombre ignoré par les projecteurs des hommes armés. À l’intérieur du quartier général, comme dans le centre d’entraînement, seules quelques lumières de secours permettaient de parcourir les lieux.
    
    Au-delà d’une salle équipée d’un bureau qui servait de guichet de contrôle, un corridor s’enfonçait dans l’obscurité. Après que l’équipe eut décliné son matricule et fait en quelques mots le rapport de leur action aux Régulateurs de permanence, l’un des trois hommes les accompagna vers le couloir, un trousseau de clefs cliquetant à sa ceinture. Angelia avait entendu le nom « Vertigo » : elle était d’autant plus intéressée par le sort du prisonnier.
    
    Ils déverrouillèrent la première d’une dizaine de cellules vides et y traînèrent le blessé. Sans grande cérémonie, ils le déposèrent sur la couche rudimentaire qui constituait, avec une chaise scellée au sol, tout le mobilier de la pièce. Le captif n’avait pas fait mine de bouger ; la jeune fille commençait à sérieusement s’inquiéter pour lui.
    
    Angelia regarda avec appréhension, depuis sa cache de ténèbres, les formes aux visages voilés de métal se pencher vers la silhouette inconsciente, la dépouillant sans ménagement de ses armes – elle repéra des pistolets de conception simple et une dague impressionnante – comme du reste de son matériel. Quand ils eurent ôté les pièces de l’armure, elle découvrit un homme revêtu d’un blouson et d’un pantalon de cuir ainsi que de lourdes bottes. Elle aperçut un bandage de fortune, maculé de sang, attaché autour de sa cuisse.
    
    Leur tâche achevée, ils reverrouillèrent la porte. Angelia se demanda si elle parviendrait à forcer la serrure : son père et son oncle lui avaient montré comment faire, mais ce n’était pas exactement son domaine de prédilection ; elle n’était pas certaine de pouvoir le faire en toute discrétion, si même son matériel rudimentaire suffisait.
    
    La jeune fille décida de patienter ; si personne ne se présentait pour prodiguer des soins au blessé, elle pénétrerait dans la cellule pour s’en occuper. En attendant, Angelia s’assit à même le sol, le dos contre le mur de métal glacé, les bras autour de ses genoux repliés, étendant sa conscience pour tâcher de saisir l’aura du prisonnier. Il était incontestablement adulte, mais jeune cependant. Sans doute en début de vingtaine. Comme elle l’avait perçu, sans être un initié, il possédait cette brillance qui accompagnait certaines facultés rares et précieuses : le cap lui était même étrangement familier, comme si elle l'avait déjà croisé ; mais si c’était le cas, elle se serait souvenue de cette impression si particulière. Le jeune homme ne présentait pas seulement un don médiumnique ou un talent de vision… Il cumulait très probablement différentes capacités, ce qui était assez exceptionnel pour être noté.
    
    Le prisonnier lui parut physiquement robuste : suffisamment pour supporter le traitement indigne qu’on lui infligeait, du moins pendant un certain temps. Il s’affaiblissait incontestablement, sans doute en raison de l'hémorragie. Elle s’apprêtait à se lever, résolue à l’aider, quand une femme qui portait la tenue blanche du personnel médical passa devant elle, en compagnie d’un Régulateur qui lui ouvrit la porte. Il s’effaça pour elle, ce qui donna à Angelia une couverture suffisante pour se glisser à l’intérieur de la cellule, dont les effluves de rouille et de renfermé se mêlait à l’odeur douceâtre du sang. Elle se plaqua de nouveau contre le mur, décidée à ne pas se laisser repérer.
    
    Le Régulateur se plaça à côté du patient, braquant son projecteur sur l’homme inconscient. La lumière fit naître un incendie dans les cheveux courts et trempés de sueur du blessé. Les traits du visage apparurent brièvement, encadrés entre l’armure d’acier noir et la blouse de la femme.
    
    Angelia retint une exclamation, mais elle ne put empêcher ses lèvres de prononcer silencieusement un seul mot.
    
    Vesper…
    
    

Texte publié par Beatrix, 14 décembre 2016 à 00h53
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