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tome 1, Chapitre 33 « La Missive de l'Aube » tome 1, Chapitre 33

Je n'avais pas renoncé au Voyageur des Horizons. Pas encore. Pas maintenant.

Assis sur l'un de ces fauteuils confortables du wagon du personnel, je ne pensais qu'à ce trajet. Ce qu'il représentait. J'avais la sensation d'avoir fait tout ce que j'avais à faire ici, d'avoir vu tout ce que j'avais à voir. Je n'aspirais qu'à une chose, désormais. La stabilité. Un chez-moi. Du calme.

Bien sûr, j'avais songé à rentrer chez mes parents, mais ce n'était pas chez moi. Je me demandais parfois si je pouvais toujours appeler ces personnes ma famille. Il n'y avait que ma grand-mère que je qualifiai ainsi et depuis sa mort, il ne me restait plus personne. Plus personne, sauf Lena.

Assise en face de moi, une tablette entre les mains, je voyais ses yeux se froncer et ses lèvres se pincer. Son doigt descendait et remontait l'inlassablement sur l'écran, tremblant d'impatience. Haron m'avait promis que c'était aujourd'hui que le dossier paraîtrait. Depuis, nous n'avions pu nous empêcher d'actualiser la page du journal en attendant que son titre nous saute aux yeux. Je détournai mon attention pour les paysages par la fenêtre et sentis mon cœur se détendre.

Quand nous avions quitté Lirennia, Haron m'avait promis qu'il attendrait notre passage à Maridiane afin de ne pas risquer notre arrestation à Hikari, dans le nord-ouest d'Ignisoria. Et il n'avait pas menti : à la seconde où les montagnes qui séparaient les deux pays s'éloignaient de mon champ de vision, Lena poussa un cri de joie.

— C'est publié ! C'est publié !

Je souris, me levai et m'assis à ses côtés. Au même moment, mon terminal vibra dans ma poche et je consultai les deux messages que je venais de recevoir. Le premier était d'Haron qui me souhaitait une bonne lecture et un bon exil loin d'Ignisoria. Le second venait d'Ingrid qui me confirmait qu'elle venait de recevoir l'article par mail. Descendue du train à Avalon pour aider les siens dans cette période troublée où la vérité éclatait enfin, Ingrid ne cessait de me demander des nouvelles d'Haron, si bien que j'avais fini par lui donner ses coordonnées.

Visiblement, il lui avait envoyé l'article personnellement, ce qu'il n'avait pas fait pour nous. Je secouai la tête pour m'empêcher de rire.

Lena avait déjà parcouru une bonne partie de l'article quand je la rejoignis dans sa lecture. J'étais scotché aux mots d'Haron, stupéfait du style qu'il usait pour relater notre histoire et mettre en exergue toute cette vérité qui était restée enfouie, tout ce temps, dans la terre sacrée de la Forêt des Héritages, en Avalon.

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La Missive de l'Aube - Édition spéciale

L'empereur d'Ignisoria, coupable de la mort de centaines d'avalones et de la disparition de la princesse Vanya.

Les faits remontent à plus de vingt ans. Le monde avait tourné au ralenti lorsque les journaux firent les gros titres de la disparition de Vanya Brekkenbridge, la princesse d'Ignisoria, alors âgée de deux ans, le jour de l'inauguration du Voyageur des Horizons. Mais remontons plus loin dans le temps encore, lorsque l'itinéraire de ce célèbre train a été établi par l'Empereur Quinlan Brekkenbridge, alors tout juste couronné, en étroite collaboration avec la compagnie En Avant Terre. À cette époque, un clan avalone entier disparaît au profit de rails et de dispositifs ferroviaire. Nos sources et nos multiples recherches nous permettent aujourd'hui d'affirmer la terrible vérité : le clan des Racines Carmines, vivant au sein de la Forêt des Héritages, a été exécuté froidement.

Il est temps de vous raconter son histoire.

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Je ne lu pas la suite, je n'en avais pas besoin. Je calai mon dos contre le dossier du canapé et laissai mes yeux détailler les paysages méridians qui défilaient derrière la vitre. Le cœur léger, les épaules relâchées, je finis par succomber à la fatigue qui m'avait tant quitté ces dernières semaines, ces derniers mois et laissai mes paupières se fermer lentement. Ainsi bercé par le ronronnement du train, la respiration de Lena à mes côtés et la chaleur de sa jambe contre la mienne, je me sentais bien.

Apaisé.

Depuis combien de temps n'avais-je pas ressenti ça ? Depuis combien de temps la paix ne m'avait pas envahi ? Si douce, si rassurante. Je l'avais attendu longtemps, si longtemps que cet espoir s'était presque éteint, années après années. Le voir de retour me confortait dans mes choix.

Ceci était définitivement mon dernier trajet à bord du Voyageur des Horizons.

Terraüris serait ma prochaine maison. J'ignorai ce qui m'y attendait. J'ignorai comment j'y vivrai. Quel travail, quelle ville. Ce n'était pas important pour le moment. Lena voulait que je reste avec elle, aussi longtemps que possible, et je n'avais aucune raison de refuser. Enfin, si, une aurait pu me freiner. L'idée de rencontrer sa famille, sa vraie famille, m'angoissait. Rien que d'y penser, des frissons me parcouraient l'échine et mon cœur se contracta. Elle m'avait promis que tout irait bien. Elle m'avait promis que tout se passerait bien.

Et je la croyais.

Ma tête roula sur le côté et j'entrouvris les yeux. Lena avait toujours la tête baissée sur la tablette et j'aperçus une larme s'échouer sur l'écran. Je cherchai alors sa main et serrai ses doigts entre les miens. Elle leva les yeux vers moi.

— Il n'a omis aucun détail, murmura-t-elle.

— C'est son travail.

Elle acquiesça, éteignit la tablette et se blottit contre moi, sa tête sur mon épaule.

— Il va se passer quoi, maintenant ?

— Bonne question. Que veux-tu faire du reste de ta vie ?

Elle resta silencieuse. Mes doigts caressaient les siens avec tendresse et mes lèvres se posèrent sur son crâne.

— Rentrer chez moi et... tout oublier.

— C'est déjà prévu. Mais tu veux vraiment tout oublier ?

Elle se tourna vers moi et me sourit.

— Ok, non, pas tout. Mais une bonne partie.

Je ris et l'embrassai tendrement, une main dans son cou.

— C'est ton histoire, lui chuchotai-je, mon souffle effleurant ses lèvres. Tout ce qu'il s'est passé fait de toi la personne que tu es aujourd'hui et la personne que tu seras demain. Ne le renie pas.

— Ce serait plus facile de vivre sans savoir.

Je l'embrassai de nouveau, puis secouai la tête.

— Quand tu étais dans l'ignorance, tu cherchais la vérité. Si tu ne l'avais pas trouvé, tu aurais continué de chercher.

— La curiosité est un vilain défaut.

— Mais aussi la plus belle des qualités, tu ne crois pas ?

Elle acquiesça, déposa un baiser sur mes lèvres et s'écarta pour me regarder dans les yeux.

— Merci.

— Merci de ?

— Tout. Si tu avais fait le choix de me chasser du train quand j'y suis revenue, sans billet, je n'aurais pas su. Je n'aurais jamais su.

Je souris, me rappelant de ces moments qui me semblaient à la fois si proches et si lointains à présent. Je lui répondis :

— Merci à toi d'avoir persévéré. Sans toi, je pense pas que j'aurais eu le courage de donner ma démission. J'aurais erré dans les couloirs du Voyageur des Horizons jusqu'à ma mort.

Elle rit. Je passai mes doigts sur sa joue, chassant délicatement une mèche de cheveux châtains qui lui barrait le visage et me retins de l'embrasser, encore et encore.

— Tu crois vraiment qu'on ne risque rien ?

— Nous ne sommes plus à Ignisoria, l'autorité de l'empereur n'a plus d'emprise sur nous.

— Et que deviendra l'impératrice ? Haron n'a pas cité son nom dans les coupables. Tu crois vraiment qu'elle ne savait rien ?

Je haussai les épaules.

— Je m'en veux. J'ai gâché sa vie.

— Hé, Lena, non. C'est l'empereur qui a gâché sa vie, et la tienne, pas toi.

— Peut-être qu'elle préférait l'ignorance.

— Vivre dans l'ignorance n'est jamais une bonne chose. Tu te souviens des paroles d'Haron ? Rien ne reste caché très longtemps. La vérité aurait fini par éclater, tôt ou tard, et peut-être pas de la meilleure façon.

Elle acquiesça et se laissa tomber contre le dossier du canapé.

— Tu crois qu'elle essayera de me contacter ?

Je souris et resserrai ma prise sur ses doigts.

— Tu le voudrais ?

— Pourquoi pas. Elle reste ma mère. Elle est innocente. L'empereur est le coupable, pas elle. Peut-être que... je ne sais pas, tu trouves que c'est utopique ?

— Pas spécialement. Comme tu le dis, elle est innocente et elle ignorait que c'était son mari qui avait ordonné ton enlèvement. Elle voudra peut-être renouer avec toi dans quelque temps.

— J'imagine qu'elle va avoir bien d'autres priorités avant cela.

— J'en suis persuadé. Et toi aussi.

Elle hocha la tête et s'allongea sur mes genoux. Les yeux fermés, la respiration calme et douce, elle se laissait bercer par mes doigts qui s'enroulaient dans ses cheveux. Je l'observai avec amour, avec tendresse, avec passion.

Oui, nous aurions d'autres priorités dans les prochains jours, prochaines semaines, prochaines mois, prochaines années.

Mon cœur bondissait rien que d'y penser.


Texte publié par Elodye H. Fredwell, 25 mars 2026 à 14h55
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