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Tome 3, Chapitre 23 « Chapitre 12 - Voyage au Bout du Temps » Tome 3, Chapitre 23
Le regard dans le vague, je contemple encore une fois le rivage. La dernière ? Je ne sais pas et c’est une question à laquelle je me refuse de répondre.
    Jack s’en est allé ; de la brume soudain venue une silhouette en avait jailli : belle, élégante, un fume-cigarette coincé au bord des lèvres ; ses yeux de saphirs nous transperçaient. L’homme mosaïque la salua puis lui baisa la main ; je faisais de même, cependant que Loki se dandinait sur son épaule.
    — Je vous présente mon épouse, la magnifique Oblivia de Sade, s’était-il exclamé de sa voix de stentor.
    Mutine, elle nous avait dévoilé ses dents de carnassier dans un sourire entendu. Mais ce soir, aucun sang ne serait versé ; elle s’en venait seulement le chercher. Derrière elle, un navire aux voiles déchirées l’attendait ; sur son flanc balafré, je lisais, comme en hommage à un grand homme, Le Déméter. À sa barre, un homme à la barbe démesurée, si grande qu’il l’avait nouée en une natte tressée avec délicatesse, nous salua.
    — Et voici Euryphée, maître du Rêve et de l’Éternité, il lui arrive de se mêler aux vivants ; jamais en toute innocence.
    Aux bras de sa femme, l’homme aux yeux d’argent nous salua puis embarqua. Sitôt sur le ponton, le fier et pâle vaisseau s’éleva et s’en alla vers les étoiles.
    — Et nous, alors ? se récrie soudain Loki, réalisant tout à coup que le navire poursuit une route connue de lui seul. On rentre à pied ? C’est çà !
    — Bien sûr, lui rétorqué-je. Je ne vois aucun véhicule susceptible de nous emmener.
    Peu désireux de les entendre se disputer encore une fois mal à propos, je préfère pour ma part m’éloigner de quelques pas et contempler la plage nue. Dans le firmament, la lune s’en est allée à son tour et, baigné encore de la brume, le soleil émerge de l’horizon, teintant d’oragé les cieux obscurs. Un peu plus loin, j’aperçois l’enfant. Immobile, il me regarde un long moment et sourit ; lui aussi partira bientôt. Déjà, je vois sa silhouette se fondre dans les nuages bas, cependant qu’il étire un bras en direction des falaises. De dos, il se dédouble ; ce sont des ombres, ses ombres. Au nombre de trois, elles se retournent et me contemplent, avant de s’effacer. D’elles, ne demeurent que de vagues traces de pas dans le sable que le vent emporte aussitôt.
    — Bonjour Alvaro ! murmure une voix dans mon dos.
    — Vraiment ? ajoute-t-elle d’un ton sucré.
    Pris au dépourvu, je manque de peu de glisser sur le goémon qui jonche le sol accidenté, mais une main vigoureuse me rattrape et me relève.
    — V…
    Mais d’un doigt sur les lèvres, il m’intime le silence. Serions-nous en danger si nous nous attardions de trop ? Toutefois, comme s’il avait lu mes pensées, sa bouche gourmande s’étirent en un immense sourire tandis que sa présence se fond dans le paysage ; seules ses dents d’ivoire demeurent encore.
    — Une farce.
    Aérienne, la voix surgit de toute part. Du regard, je suis l’ombre sinueuse qui court à travers le panorama, souple, féline, changeante ; combien de métamorphoses ? Je ne sais pas. Homme, femme, chat ou dragon, il est tout cela à la fois. Est-il, comme nous autres, une ombre, un songe, ou bien encore autre chose ?
    « Je vous présente le docteur Siunneciva ! » Ainsi m’avait présenté, Madame Claude, son invité. Madame Claude ?
    « Voici le docteur Siunneciva ! » Ainsi avait nommé l’étranger, mon hôte, Monsieur Schulmeister.
    Au loin, rugit un train, une rame infernale qui traverse le sous-sol parisien en direction de l’enfroit le plus secret et le plus convoité de l’Europe entière.
    « Un cigare, Monsieur Estrango ? » Je décline l’offre généreuse tandis que, pris de nausée, je demande la permission de me rendre dans les lieux d’aisance. Mais alors que je marche en leur direction, la porte du wagon s’arrache avec fracas et un être à la figure démente me fait face ; il a mon regard, mon visage, il est moi.
    « L’intrication de deux particules implique que l’on agit sur l’une, alors l’autre réagit de même à l’inverse. Prends cette pièce, Alvaro. Examine-la attentivement ! Tu peux la fondre si cela te chante, elle est du plus bel or. »
    Ainsi que la chenille Albert m’enjoint, je l’examine sous toutes ses coutures ; ce n’est qu’un honnête Napoléon, sixième du nom, en or pur.
    « À présent, place là donc dans ce four onirique et coulons-la. Nous obtiendrons, alors deux pièces en tout point identiques, mais surtout intriquées. »
    Obtempérant et suivant à la lettre ses recommandations, je coule deux napoléons de la plus belle facture et en confie un à un lapin blanc de passage, qui l’enferme aussitôt dans une boîte, avant de s’éloigner à vive allure, s’exclamant à qui mieux mieux : Je suis en retard ! Je suis en retard !
    « Maintenant, attendons qu’il se fût suffisamment éloigné et lancé donc la pièce. Nous allons jouer à pile ou face. »
    Surpris, je me demande un instant s’il ne se moque de moi avec son air facétieux et ses yeux chassieux ; sa moustache ne cessant de monter ou de descendre au rythme du tirage de son narguilé. Toutefois, je me garde bien de toute remarque et le laisse dérouler son insatiable logorrhée.
    Dans le wagon, stupéfié je vois mon double s’avancer ; il rit à gorge déployée.
    « Oravla ! »
    La pièce danse sous mes yeux, puis retombe, le profil de l’empereur-président face visible.
    « Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce lancer. Pourtant, demandez donc à notre cher ami ce qu’il aperçoit dans la boîte. Ce ne pourra être qu’une semeuse. »
    Suspendu dans le ciel, je vois un lapin s’arrêter net dans son élan puis fureter de droite puis de gauche, avant de déposer la pièce sur une languette de bois, retenue par un ressort ; à côté de moi, Albert a fait de même.
    « Vois-tu Alvaro ? Dans un premier temps, je n’enverrai pas le signal, car tu pourrais arguer que je serai en mesure de truquer les résultats de notre petite expérience, puisque l’impulsion électrique arriverait jusqu’au dispositif de notre ami, cis loin, bien après le mien. »
    « La finitude de la vitesse de la lumière. »
    « Vous aurez 20 sur 20, élève Alvaro ! »
    À peine avait-il achevé sa phrase que la pièce volait déjà dans les airs.
    En ce moment même, je voyage, je voyage dans un songe noir dont je suis le passager involontaire. Ce n’est, ni tout à fait un cauchemar, ni tout à fait une histoire.
    Un autre soir, j’ai marché dans le soir et je me suis perdu dans le désespoir, au loin il y avait cette tour, cette tour noire. Elle n’était ni tout à fait illusoire, ni tout à fait fantasmatoire.
    Dans les airs, la pièce vole toujours et ne retombe jamais. Pourquoi ? Une invisible main la retient-elle, ou bien est-ce la peur qui en décide ainsi. Soudain, elle choit etheurte le sol avec un bruit sec. De profil, l’empereur fixe l’avenir. Que voit-il ? Je ne saurai le dire.
    « À présent, interrogeons notre ami ! s’exclame l’invraisemblable chenille, tandis qu’elle envoie en direction de l’écran des nuages de fumée bleutée ; du morse jurerai-je. »
    Dans la cime des arbres, je devine la silhouette titubante d’un lapin blanc, vêtu d’une redingote écarlate, tout à occupé à ôter, avec peine, le couvercle d’une boîte en métal ; pour le moins récalcitrante. Hélas, à peine réussit-il à l’entrouvrir qu’elle lui échappe des pattes et verse sur le sol, renversant au passage son précieux contenu.
    « Mais. Cela ne va-t-il pas altérer le résultat de votre expérience ? m’exclamé-je d’une voix blanche. »
    Je n’ai que le temps de me baisser qu’une ramure de bois vert vole en ma direction.
    « Allons donc ! Que t’ai-je expliqué, Alvaro ? me rétorque Albert. Regarde maintenant sur le sol ! »
    À ces mots, j’obéis ; l’empereur a disparu, à la place j’aperçois le profil d’une semeuse dont le bras balance ses grains aux quatre vents.
    « Mais… »
    « Aucun de nous ne regardait la pièce lorsque notre ami au loin, de par sa maladresse, fit choir la boîte, les pièces étaient donc toujours intriquées et le résultat de la seconde a influencé celui de la première. Nous pouvons alors en conclure que la pièce si loin présente la tête de l’empereur. C’est ce dont nous instruit la théorie. La première ignore tout du devenir de la seconde et réciproquement, seule l’observation permet de dire qu’il existe un lien subtil entre elles. »
    Écho, les mots résonnent. À quelques pas de là, j’aperçois mon alter ego, à moins que ce ne fût l’inverse. Son visage est tourné vers l’éternité, ce ciel à peine voilé dans lequel s’est envolé un navire et son étrange équipée : une femme fatale à la beauté sans égale, un assassin au regard d’argent conteur à ses heures, une divinité à la barre conduisant des âmes. Sont-ils, ainsi qu’ils me l’ont laissé entendre, des ombres comme moi ? Hélas je n’ai pas le temps d’approfondir ma réflexion, qu’une déflagration déchire le silence, suivi d’un puissant flash lumineux nous surprend. Les éclairs dissipés, nous découvrons la plus invraisemblable des automobiles. Toute de chrome vêtue, son avant émoussé forme un triangle à angle obtus au niveau de son pare-brise, sur les côtés, je devine des portières couvertes de givres, tandis qu’à l’arrière, au milieu d’un incroyable assemblage de valves, de boulons et autres objets dont je serais bien incapable de donner le nom, émergent deux énormes tuyères noires d’où s’échappe encore une épaisse fumée blanche. Sur le sol, nouvellement bitumé – pourquoi s’en étonner – j’aperçois les larges traces de gomme que les pneus ont laissées à l’instant de son arrivée. Alors que je reprends peu à peu mes esprits, un hululement strident suivi du bruit d’un envol précipité retentit. Dubitatif, je me tourne en sa direction, cependant que Loki s’enfuit à tire-d’aile comme s’il venait de croiser le diable en personne. Remontant le fil de son épouvante, j’entrevois une immense silhouette aux cheveux hirsutes ; à quelques pas de là mon autre moi coule vers moi un regard empli de folie. Ses yeux, dissimulés par un large bandeau de métal argenté, semblent nous transpercer tandis que de sa gorge jaillit un ricanement à vous glacer le sang. Derrière lui, béante, la gueule de l’enfer avec ses gueuses luisantes prête à verser le métal bouillant sur les malheureux.
    — Nom de Zeus ! s’exclame-t-elle soudain comme elle découvre son regard au fond duquel brûlent les flammes de la démence.
    Impuissant, paralysé par la terreur, je ne peux me mouvoir. Loki s’en est allé et mon autre moi est acculé. Ce n’est pas monsieur Jack, ainsi qu’il ne nomme, non plus qu’il n’est Achronos, encore moins Alexandre, ni même une ombre oubliée. ? Non, il n’est aucun d’entre eux. La folie l’habite, le consume. Dément, je le vois qui s’avance vers lui, les yeux vides, les bras tendus comme pour lui donner l’accolade, sa bouche déformée par un rictus horrible.
    — Alvaro ! Il nous faut partir… vers ton futur ! s’écrie-t-il avant d’éclater d’un rire tonitruant, les traits en pleine métamorphose.
    — Toi ! rugis-je, reconnaissant à présent sans peine celui que l’on pourrait nommer sans peine l’homme caméléon.
    Homme caméléon ? Comme ce serait loin de la vérité, lui qui est capable de toutes les métamorphoses, de toutes les folies. Connaît-il seulement des limites ? Qui es-tu donc, Avicennius, puisque tel est ton véritable nom ? D’une œillade complice, il me met au silence, devinant à son regard qu’il a lu mes pensées.
    — Aucune, semble-t-il me susurrer à l’oreille. Mais cela, tu le sais déjà.
    Vertige, son parfum m’enveloppe, derrière lui une silhouette se détache, une femme. Sa robe est fanée par le temps, mais non sa beauté malgré les années ; elle esquisse un pâle sourire puis s’efface. Plus loin, j’aperçois Alvaro toujours aux prises avec la figure démente qui se précipite sur lui. Vêtu d’un habit semblable à un bleu de travail de couleur blanche, ses cheveux hérissés sur le crâne m’évoquent Méduse, tandis que dans sa main droite, il tient un énorme boîtier métallique, garni de boutons, de leviers et de cadrans aux fonctions mystérieuses. Quant à l’engin qui vient de jaillir du néant, je serai bien en peine d’en donner la moindre description tant il ne ressemble à rien que je ne connaisse.

    Presque sur moi, il me domine de son regard, alors même qu’il me dépasse à peine. Hirsute, ses lèvres s’étire en un sourire presque sardonique tandis que dans leurs orbites ses yeux roulent.
    — Vite, Alvaro ! Il nous faut partir ! s’exclame-t-il tout en cherchant à réprimer un fou rire, de même que l’effondrement de sa figure qui laissait à la place à un visage pour le moins familier.
    — Mais où ? répète-t-il, incrédule.
    — Mais vers ton futur ! lui rétorque-t-il avant d’éclater de rire.
    — Mon futur ? balbutié-je, complètement perdu, alors que disparaît celui qui aurait pu être l’archétype même du savant fou tout droit sorti de son invraisemblable laboratoire, pourvu de cornus fumants, de béchers aux liquides bouillonnants, de bec à gaz ou de fioles aux couleurs improbables.

    À présent, je reconnais, bien qu’avec quelques difficultés, l’homme qui se faisait appeler Docteur Siunneciva.
    — Mais oui, ton futur puisque tu es parti hier et que nous arriverons demain. Qu’y a-t-il de si étonnant à cela ? Mais qu’allais-tu imaginer ? Un bond de 35 ans dans le futur ou un saut périlleux arrière de 30 ans dans le passé ?
    Abasourdi, j’acquiesce sans comprendre au grand désarroi de mon compagnon dont les lèvres s’étirent soudain, à en faire pâlir de jalousie les femmes-plateaux. Secouant vigoureusement l’index, il se racle la gorge et d’un ton doctoral, sous l’œil hilare de l’homme mosaïque et de son étrange oiseau, m’invite à le suivre.
    — Tout d’abord, mon cher Alvaro, ce que tu as devant toi n’est rien d’autre qu’une automobile.
    Une automobile si l’on excepte les tuyères qui jaillissent de derrière, des roues plus larges que ma figure, des portières aux allures d’ailes d’oiseau de mauvais augure et cette singulière protubérance blanche qui émerge de l’arrière.
    — Mais enfin pourquoi cette tête. Je te l’accorde, elle détonne un peu de ton époque, mais tout de même. Elle possède quatre roues, un moteur à essence, du sans-plomb, pas du diesel, un tuyau d’échappement, une direction sans assistance, des rétroviseurs, un toit ; rien qui ne départe d’un honnête véhicule.
    — Euh, non, me risqué-je, quelque peu décontenancé.
    — Alors ! s’esclaffe-t-il. Maintenant, que je t’explique par le menu l’anatomie de mon petit bijou. Certains y laissent un quart de leur vie et leur héritage. Moi ! Je n’ai eu besoin que d’un peu d’imagination, d’un film glané dans une décennie perdue et d’une bonne chopine d’éther fluctuant et le tour fut joué. Or donc, à l’intérieur, tu as le tableau de bord : en haut la date de ton départ, au milieu la date de son arrivée, en dernier la date de ton retour. Entre les tuyères, tu n’as rien de moins qu’un moteur à fusion onirique, mais ce n’est que broutille, puisqu’il ne fait qu’alimenter le cœur chéri de mon invention : le convecteur temporo-onirique. C’est ça, qui rend le voyage à travers le temps et le rêve, possible !
    Surexcité par ses explications sans queue ni tête, il ne remarque pas les cheveux blancs qui jaillissent soudain depuis le sommet de son crâne, avant de retomber largement sur ses épaules après une fulgurante ascension.
    — Quoi ? J’ai quelque chose sur la figure.
    — Euh, tenté-je, couvert par les éclats de rire de mon double.
    — Dis donc ! Quand cesseras-tu tes pitreries ? s’esclaffe Loki. Je croyais que nous étions pressés. N’oublie pas que nous avons fixé le départ à minuit, ce soir !
    La bouche en cœur, les yeux papillonnants, je le vois qui le dévisage.
    — Alors, tu devras m’expliquer comment la chose sera possible. Les heures défilent à qui mieux mieux, sans queue ni tête si bien que je ne distingue pas minuit de midi.
    Toutefois, comme pour le contredire, la lune accompagnée de son cortège étoilé se fige soudain.
    — Mais quel persifleur celui-là ! renchérit Loki. Ne te voilà donc point satisfait. Nous sommes ce soir et il est minuit.
    Les bras croisés sur la poitrine, il nous gratifie un instant d’un regard noir avant de partir dans un immense éclat de rire, puis nous invite à prendre place à bord de son bolide.
    — Nous sommes entendus que nous devons nous en aller mon cher ami. Cependant, je crains qu’il n’y ait comme un léger problème en termes de configuration. Ce véhicule est formé pour recevoir quatre personnes, un conducteur et trois passagers.
    — Ah mais tout à fait ! se récrie-t-il, faussement outragé par mon ton ironique.
    — Fort bien, donc Loki prendra la place passager à côté de toi. Et nous ? Alvaro et moi, où monterons-nous ? À cheval sur les échappements ?
    Interloqué, il me dévisage, les yeux arrondis par l’incongruité de ma question.
    — À l’arrière bien sûr ! Quelle question ? Auriez-vous le mal des transports ?
    — Certes non ! Néanmoins, comment nous installerions-nous sur une banquette réduite à l’état de rien du tout ? le contredis-je, l’index pointé vers l’arrière de la voiture.
    Surpris, je l’aperçois qui inspecte de fond en comble son bolide, à grand renfort de jurons et autres coups de marteau, cependant que volent en tous sens les objets les plus insolites et les plus hétéroclites.
    — Si ce n’est que cela ! éclate de rire la voix, en provenance de l’habitacle, alors que bruits de casse et de démontage reprennent de plus belle.
    Soudain, un fourbi invraisemblable plus tard posé sur le sol, il ressort hilare.
    — Pas de place ! s’offusque-t-il alors avec une mauvaise foi évidente. Mais enfin ! Regardez par vous-même ! L’intérieur est si spacieux que je pourrais y ranger mon atelier entier.
    À l’évidence du capharnaüm qui se dresse en tas dehors, il n’a certainement pas tort.
    — Si ces messieurs veulent bien se donner la peine de monter en voiture. La Dolorean en partance pour 26 février 1922 à Sceau est avancée. Notre départ est imminent. En voiture !

    Dans ma poitrine, je sens comme un pincement tandis que résonne le bruit dans ma tête le sifflement de la lame qui s’abat et qui tranche. Cependant, alors que nous nous apprêtons à prendre place, mon compagnon m’arrête d’un geste et plante ses yeux dans les miens. Grave, sa mine s’assombrit tout à coup. Derrière lui, une sinistre silhouette en forme de spectre s’avance. Comme la terreur s’empare de moi, il se retourne et la stoppe dans son élan. Soudain, des lézardes apparaissent ; l’instant d’après il n’est plus que poussière.
    — Ce n’est rien, seulement un écho, murmure-t-il en contemplant le tourbillon qui s’élève dans les cieux.
    — Ou une image rémanente, si tu préfères, renchérit la sombrure depuis son siège à l’avant.
    À côté de moi, il hésite comme s’il se retenait de m’avouer une faute, mais se ravise, puis monte dans le véhicule, m’invitant d’un geste à prendre, à mon tour, place. Assis, il tire à lui une curieuse bande de tissu qui lui enserre l’abdomen et la poitrine.
    — Si j’étais à ta place, je ferai de même. Tu n’ignores pas combien notre cher ami, ici présent, aime tenir la barre à deux mains.
    Mais j’ai à peine le temps de me saisir à mon tour de la pièce métallique que j’aperçois en haut de mon épaule gauche que nous sommes projetés violemment en avant, cependant que ma tête heurte un sac gonflé d’air absent un instant auparavant. Hilare, celui qui se présenta à moi comme le docteur Siunneciva me dévisage ennuyé.
    — Déjà ! Misère, il me faut le changer.
    — Tant pis, ajoute-t-il, avant de se pencher sur son tableau de bord sur lequel il pianote avec frénésie.
    Quelques minutes plus tard, il annonce, triomphant, notre futur retour.
    — Parfait ! Nous sommes donc dans l’espace-temps perdu du…
    Mais il s’arrête net dans son élan et fait volte-face vers mon double.
    — Alvaro. Pardon de remuer le passé, mais quelle est l’adresse de ce lieu ? Je n’ignore pas que nous nous trouvons quelque part, au centre d’un trou fort noir. Néanmoins, il me serait utile de disposer d’un minimum de point de repère.
    — Ne serais-tu point en train de te moquer de nous, par le plus grand des hasards, lui rétorque aussitôt Loki ? Enfin, je m’interroge seulement. Tu as pu venir jusqu’ici, dont tu connais l’adresse, non ?
    Comme pris en faute, je le vois qui détourne immédiatement les yeux.
    — Hé bien, c’est-à-dire que… hum… ma foi, c’est fort gênant. Je ne sais pas comment j’ai fait. Sûrement l’être qui nous regarde aura-t-il une idée à ce sujet.
    — Ou pas, lui rétorque mon voisin. Allons, quelle importance cela peut-il avoir ? Tu connais mon adresse à Sceau, voilà qui devrait te suffire.
    Oublieux de leur dialogue sans queue ni tête, je me harnache comme il m’est possible à l’aide de cette étrange ceinture aussi peu confortable, qu’elle est difficile à glisser dans sa prise. Soudain, une voix aérienne résonne dans l’habitacle :
    — Mesdames et messieurs, le commandant Avicennius et son équipage sont ravis de vous accueillir à bord de leur appareil en partance pour le futur. Nous partons d’un lieu inconnu à une date inconnue, en direction de Sceau. Notre vol ne durera qu’une fraction de temps et nous arriverons aux alentours de vingt heures, heure locale. La température extérieure est de 0,1 zeptokelvin. Veuillez accrocher vos ceintures.
    Tout sourire, il se retourne une dernière fois puis se concentre sur sa route tandis que nous entendons un moteur rugir de contentement. Par le pare-brise, j’aperçois l’immensité d’une nuit sans début ni fin ; en filigrane son reflet me fixe d’un air goguenard. Son bandeau de métal sur le front, il l’abaisse d’un coup sec cependant qu’il enfonce la pédale de l’accélérateur, nous arrachant violemment à la pesanteur. Un éclair de blancheur nous aveugle et alors que nous recouvrons la vue, de nouveau jaillit la voix aérienne :
    — Mesdames et messieurs, le commandant Avicennius et son équipage vous remercient d’avoir choisi la compagnie Dolorean MC12. Il est exactement vingt heures et treize minutes. Nous sommes le 26 février 1922 et la température extérieure est de – 7° Celsius, des habits chauds sont disponibles sous les sièges passagers. Nous vous recommandons de patienter quelques minutes le temps que les portières dégèlent.
    Négligent de la consigne, j’ouvre sans hésiter la portière et rends le souvenir d’un ancien petit déjeuner.
    — Navré, tenté-je de m’excuser avant d’être emporté par un nouveau spasme de mes entrailles.
    — Hélas, il en est qui ne se feront jamais à ta conduite, mon cher Avicennius.
    Pour toute réponse, l’intéressé hausse les épaules.
    — Je ne vois pas ce que l’on pourrait me reprocher. C’est lui qui a l’estomac fragile.
    — Parle pour toi, marmonne à côté de lui Loki, devenu subitement aussi pâle que la lune.
    — Mais enfin ! s’exclame-t-il en se passant les mains sur le visage. Cette voiture est tout confort et les amortisseurs des meilleurs. Faudra-t-il qu’elle vole la prochaine fois ?
    Pour toute réponse, je me précipite à mon tour dehors, répandant le sol une fumée noire et acre, reste d’un songe mal digéré. Sorti de même, Avicennius nous observe d’un air navré, les bras au ciel, puis les croise sur sa poitrine, la figure tournée vers les larges grilles qui courent le long de l’avenue. Plongées dans le brouillard, je les croirai vivantes si je n’avais la certitude qu’elles étaient du plus bel acier, cependant qu’en retrait j’aperçois la silhouette massive d’un bâtiment des plus familiers.
    — Puis-je vous poser une question, cher ami ? Je suis pris d’un doute soudain.
    — Mais, fais donc ! réplique-t-il emphatique. Il n’y a aucune question à laquelle je ne puisse répondre.
    — Vraiment ? susurré-je, narquois, tandis que du brouillard émerge l’ombre d’un château royal. Alors comment expliques-tu que nous nous trouvions à Versailles ? Je pensais ta machine infaillible.
    — Mais elle l’est, se récrie-t-il, avant de se rasséréner.
    Pensif, il s’avance de quelques pas dans la brume, marmonne quelques mots inintelligibles, se frappe le front du plat de la main.
    — Nom de Zeus ! Je comprends, s’écrie-t-il avant de s’enfuir et de disparaître dans l’obscurité épaisse.
    Perché sur le rebord du mur, Loki n’en finit plus de rendre toute sa blancheur cependant qu’il recouvre peu à peu son ténébreux ramage
    — Mais où est-il encore passé cet animal ?
    Pour toute réponse, je hausse les épaules tandis que je redécouvre un monde qu’il me semble ne plus reconnaître. Combien de temps se sont-ils écoulés, un mois, un an, dix ans ? Bien qu’il fût tard, tôt peut-être si j’en crois le froid humide et glacial qui s’insinue jusqu’à la moelle de mes os, nous croisons quelques rares automobiles. À l’horizon, il me semble distinguer la massive silhouette d’un trolleybus chargé de passager, cependant qu’une longue procession sort de la gare qui nous fait face. À pas lent, sur des trottoirs rendus glissant par le crachin, je les vois qui s’avancent, spectres éthérés, en direction de la Maison d’Arrêt. Blême, Alvaro fixe la foule qui s’amasse au loin, une main sur la bouche.
    — Non ! s’exclame-t-il dans un souffle. Ce n’est pas possible.
    Chancelant, je le rattrape de peu, alors que ses jambes se dérobent sous lui. Ayant repéré un banc tout proche, je l’allonge dessus ; personne ne nous a remarqués. Fort heureusement, l’épais brouillard dissimule la silhouette surréaliste de notre invraisemblable véhicule.
    — Hé ho ! Il lui arrive quoi encore ? Ce garçon est décidément bien trop émotif.
    — Ah ? rétorqué-je. Et comment dois-je le prendre, mon cher Loki ? Tu oublies qu’il est autant moi que je suis lui.
    — Dans le sens qui te convient. Je ne fais qu’énoncer un fait, m’affirme-t-il tout en me tournant obstinément le dos. Peut-être aura-t-il aperçu quelque chose qui aura ranimé quelques douloureux souvenirs.
    — Sans doute, marmonné-je.
    Soudain, je me sens comme étranger. Même si seulement quelques années se sont écoulées depuis ma disparition, j’ai le profond sentiment de ne plus être à ma place. En fait, où est-elle ? Tout à mes réflexions, je n’entends pas la cavalcade affolée d’Avicennius qui s’en revient, un journal à la main, la mine dépitée.
    — Allons donc ! Tu vas nous annoncer que nous nous sommes trompés d’années, ronchonne Loki.

    — Mais quel oiseau de mauvaise augure celui-là ! Et où est donc passé, Alvaro ?
    — Lequel ? Celui qui dort, ou celui qui philosophe à propos du sens de l’existence ?
    — Comment cela, celui qui dort ou celui qui philosophe ?
    — Ben oui. Regarde par toi-même. Tu en as un, couché sur un banc, l’autre, perdu dans ses pensées.
    Dubitatif, il les contemple l’un après l’autre, avant de se retourner vers moi. Paraîtrait-il que je suis un excellent auditoire ?
    — Ma foi, faute de grives mangeons des merles, dit le proverbe.
    Se moque-t-il de moi, ou le fait-il exprès ? À bien l’observer, je crois que les deux réponses seraient tout aussi bonnes, tant il me fixe avec un air bonhomme.
    — Aurai-je quelque peu froissé mon meilleur auditeur ? s’étonne-t-il les yeux en l’air, l’index posé sur les lèvres. Non, vraiment ? J’ai beau réfléchir, je ne te comprends pas Loki.
    Je soupire, autant taper un bout de bavette avec une mule, elle sera au moins aussi têtue. Visiblement satisfait de ma non-réaction, il esquisse un large sourire.
    — Non ! Non ! Monsieur du Corbeau, nous ne nous sommes pas égarés dans les années.
    « Monsieur du Corbeau ! » Sommes-nous à la cour du Roi-Soleil à écouter monsieur de La Fontaine déclamer ses vers ? Je ne sais ce qui me retient de lui voler dans les plumes, mais il arguerait par la suite que cela nuirait à mon ramage.
    — Nous sommes bien arrivés en 1922, mais seulement…
    Pourquoi s’interrompt-il ? Pourquoi ménager le suspens, sinon pour me voir monter sur mes ergots ? Au loin, j’entends même un roulement de tambours. Mais je suis sans doute le seul à le percevoir, car aucune des personnes qui bordent notre trottoir ne se retourne. D’un instant à l’autre, je m’attends à la cymbale, celle qui marquera la sentence. Bien m’en a pris, car je l’entends qui retentis, bruit sec et métallique.
    — De quelques jours, mon cher ami, achève-t-il.
    — De quelques jours et de quelques heures, le corrigé-je aussitôt. Il me semble que ce sont les laudes qui sonnent.
    Dubitatif, il hausse les yeux au ciel, puis se rengorge.
    — Oui, bon… hum, je veux bien admettre quelques heures d’avance.
    — Mais non des années, se récrie-t-il. Tout génie a ses failles, aussi infaillible soit-il.
    — Grand bien te fasse, mais il te faudra un jour m’expliquer ce paradoxe, lui rétorqué-je, hilare.
    Soudain précieux, il évacue du plat de la main la question, avant de se retourner.
    — Nous verrons, nous verrons. Sache seulement que nous sommes le 25 février 1922 à, très exactement, 6h10 du matin à Versailles.
    Surpris par tant de certitude quant à l’heure, je me juche sur son crâne et plonge mon regard dans le sien.
    — Et comment peux-tu être aussi sûr de toi, monsieur le génie, génial et infaillible ?
    — Au passage, ta tignasse est des plus confortables ! Mes compliments, cher ami, ne puis-je m’empêcher d’ajouter.
    Hélas, je suis fort marri, car il ne sourit pas et son visage se ferme. Déçu et inquiet, je me perche sur le rebord en pierre. Penché de droite puis de gauche, de gauche puis de droite, je le dévisage, mais ses sourcils ne dessillent pas.
    — Tu te demandes pourquoi je suis aussi sûr de moi. M’est avis que le mieux placé d’entre nous est Alvaro l’endormi, même si j’ai déjà mon idée sur la question. Ma machine est fiable, puisque j’ai pu vous retrouver, seul un puissant champ gravito-onirique aura pu nous faire dévier ainsi de ces quelques heures, marmonne-t-il avant de me brandir sa feuille de chou sous le nez : l’Excelsior.
    
    Verdoux : Le Barbe-Bleu de Gambais
    
    De belle mine et de belle mise, il ne ressemble plus guère qu’à un triste sire, au visage de cire. Croqué à la mine de plomb par le portraitiste assis à son bureau, il semble consulter son courrier, comme le ferait un magistrat de ses dossiers. De minuscules lunettes à monture de métal posées sur l’arête du nez, une main sur son front dégarni, ce n’est qu’injustice qui lui est rendue, si j’en juge par la photographie, sans doute flatteuse, qui s’affiche à côté.
    — Henri-Désiré Verdoux, lis-je à voix haute. Voilà un nom qui m’est pour le moins familier, bien que j’ignore pourquoi tu me tends la une de ce journal sous le nez.
    — Hélas, pour toi tu ne peux que l’ignorer, puisque tu étais prisonnier, retenu dans une cage onirique de la plus belle eau. Toutefois, ne remarques-tu rien ? Je ne te parle pas du dessin, mais de son portrait tiré au daguerréotype, murmure-t-il sur le ton de la confidence.
    Comme je ne réponds rien, il insiste et pointe son index sur les contours noirs qui l’entourent.
    — N’y a-t-il point quelque chose de curieux dans cette ombre ? poursuit-il, un sourire narquois peint sur les lèvres. Ce n’est pas l’ombre en elle-même, mais sa position.
    Les daguerréotypes ne sont pas réputés pour leur fiabilité, surtout si le sujet ne prend pas la pose, pourtant, à présent qu’il le souligne, je trouve étrange la présence même d’une ombre. Ainsi, de face, l’éclairage devrait tomber à ses pieds, pour ne point surexposer son image. Or tel n’est pas le cas. Non seulement une ombre est présente, mais elle se superpose à visage, même si la noirceur est atténuée par le grain du papier.
    — Qu’est-ce que cela signifie ?
    — La réponse devrait te sauter aux yeux, chère corneille.
    — Mais… mais, me récrié-je. Mille millions de mille milliards de sabords de bois. Je ne suis ni un corbeau ni une corneille !
    — Continue ainsi et nous allons rameuter le Tout-Versailles et sa banlieue ; ils sont tous à la maison d’arrêt pour son exécution, se moque-t-il en contrefaisant la voix d’une diva.
    Me morigénant, je l’insulte de tous les noms d’oiseaux que je possède dans mon répertoire, cependant qu’il étire ses lèvres en un sourire exquis.
    — Je disais donc, cher oiseau d’amour.
    De peu, je rattrape la remarque cinglante qui me vient alors qu’un couple de versaillais fort propres de mine et d’habits s’avance dans notre direction.
    — Monsieur Verdoux est l’attracteur étrange qui nous a ainsi déviés de notre ligne d’espace-temps. Cette ombre, que nous pouvons apercevoir sur ce cliché, est son reflet dans le réel ; lui évolue en arrière-plan, de la même manière qu’un artiste habile de ses mains racontera une histoire en ombre chinoise
    Un frisson glacé me parcourt soudain l’échine.
    — Ne me dis pas…
    Mais Avicennius m’interrompt aussitôt.
    — Oh non ! Il est un humain comme les autres. L’ombre dont il est question n’agit que sur le plan onirique. La tête raccourcie, son corps ne vivra plus ; quant à son âme ou son esprit, je ne puis t’avouer que mon ignorance en la matière.
    — Quoi ? Qu’ouïs-je ? Serait-il possible ? Vous, le génie d’entre tous, vous êtes faillible ! m’esclaffé-je, ravi de lui voler le dernier mot.
    Narquois, il me fixe avant d’éclater de rire.
    — Mon cher Loki. Laissez-moi vous dire que vous confondez deux notions : infaillibilité et omniscience. Je ne suis pas un dieu que je sache, seulement un génie, je tiens à vous le rappeler.
    De dépit, je me balade sur le rebord de pierre à la recherche de quelques insectes bien gras.
    — Fort bien, alors que faisons-nous, puisque nous ne pouvons nous rendre à Sceau, nous découvrions le double, pardon le triple d’Alvaro et nous risquerions de mettre en péril son existence même. Si je ne me trompe, ce voyage n’aura lieu que le lendemain.
    — Oui, aussi que diriez-vous de ne point en profiter pour prendre du bon temps ? Paris regorge de tavernes et autres bistrots fort à propos.
    Suspicieux, je l’observe d’un œil torve. Bien que méconnaissant ses goûts, j’ignore pourquoi, mais je le soupçonne de souhaiter nous entraîner dans quelques torves et luxurieux établissements.
    — Mais enfin ! se récrie-t-il. N’aurai-je que les mots stupre et vice à ma bouche ?
    — Je ne sais pas, mais la lubricité de ton regard ne trompe que toi.
    — Pardon, lubrifié tu veux dire ! s’offusque-t-il, tandis qu’il fouille précipitamment dans ses poches, jusqu’à en extraire un minuscule miroir qu’il tend devant lui.
    Un long moment, il s’examine dans la psyché, avant de se retourner vers moi.
    — Vraiment, Loki, je me demande où tu vas chercher pareilles pensées ; tu me vexes. Mais qu’à cela ne tienne, je suis certain que nos compères ne verront aucun inconvénient à ce que je les prenne sous mon aile.
    Dépité, je pousse un long soupir. Dans l’état où ils sont, ils seront des proies faciles pour ce maître mot ; l’un dort encore, l’autre, je crois bien que nous l’avons perdu quelque part dans la brume onirique. Nonchalant, je l’aperçois qui porte le premier et le couche sur le siège à sa gauche, quant au second, il n’a guère de mal à le persuader de la suivre, cependant que je prends place à côté de lui.
    — Et tu n’as pas peur de te faire remarquer avec ton engin. Certes, il ne dépaillerait pas dans l’un des romans de monsieur H.G Wells ou de monsieur Vernes, pourtant.
    — Oiseau de mauvais augure ! me siffle-t-il, son reflet dans le rétroviseur. Aurais-tu oublié mes talents de camouflage ? Ce véhicule ne fait pas exception. Tel qu’il t’apparaît, c’est là sa forme native ; pour les autres, ma foi, ils verront ce que leur soufflera leur imagination : une calèche, une charrue, un fiacre, une automobile Renault JM ou KH, ou une Citroën 5 HP.
    Je hoche la tête. Comment ai-je pu oublier ?
    — Néanmoins, tu ne m’as toujours pas dit où tu comptais nous emmener.
    Un rire léger s’échappe de ses lèvres.
    — Si je te le disais, où serait la surprise ? De plus, nous l’atteindrons seulement par le truchement d’une machine telle que celle-ci.
    Ébaubi, j’ouvre de grands yeux, tandis que le moteur se met à ronronner.
    — Mais, tu n’as pas peur de heurter quelqu’un à cette heure-ci. Il est encore tôt, mais l’exécution de monsieur Verdoux semble être devenue le point d’attraction de toute la France.
    — Pourquoi, lorsque l’on peut voler ? s’esclaffe-t-il, alors qu’une bizarre sensation d’apesanteur s’empare de moi.

    
    
    
    
    

Texte publié par Diogene, 27 septembre 2020 à 10h08
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