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Tome 2, Chapitre 2 « Interlude - Un Homme au Couchant » Tome 2, Chapitre 2
Dans un parc, un homme contemple le couchant. À côté de lui, un gisant, auquel il ne prêtera bientôt plus attention. Brûlé par la vanité et l’avidité, l’homme couché achève de se consumer, de se consommer. Il ne voit pas celui avec qui il a partagé ses derniers instants et c’est à peine s’il a la force de regarder le couchant. Sur le visage de l’homme, qui s’éloigne maintenant d’un pas nonchalant, se dessine un sourire plein d’ironie. Et c’est avec mépris dédaigneux, qu’il jette un dernier regard à ce mort en devenir.
    
    – Connaissez-vous Dorian Gray ?
    – …
    L’homme gisant remue difficilement les lèvres.
    – Comment ? Que dites-vous ? se moque l’homme assis à côté de son lit de mort. Non, non ! Bien sûr que non ! Ah ! Si seulement vous aviez eu plus de temps…
    L’homme suspend sa phrase et, retenant le rire qui lui monte aux lèvres, il jette au vieillard un regard gourmand.
    – …
    – N’est-ce pas ironique, mon cher. Si vous aviez eu plus de temps. Ah, ah, ah… Vous l’aviez bien sûr, mais comme Raphaël de Valentin, héros malheureux de la Peau de Chagrin, vous l’avez dilapidé.
    Du fond de son lit, l’homme parcheminé roule des yeux.
    – Comment ? Je suis le diable ?! Oh, non ! Détrompez-vous, ce ne sont là que des noms, dont vous m’affublez, pour mieux vous voiler. Voyez-vous mon cher, je vous aurai fait volontiers la lecture de ces ouvrages. Mais… je crains que le temps ne vous soit compté. Je vous laisse à méditer à votre propre vanité et votre avidité. Un trait typiquement humain si vous voulez mon avis, car la curiosité fait partie de mes attributs.
    – …
    – Non ! Pourquoi ? J’ai déjà tout ce dont j’ai besoin. Et puis, ne vous l’ai-je déjà pas dit, je me suis déjà servi. Sur ce, je vous fais mes adieux, mon cher.
    L’homme se lève, ramasse son melon et sa canne, lance un dernier regard au mourant, dont les yeux secs n’expriment que terreur et regrets. Dehors, il hume le fond de l’air, à la manière du prédateur qui traque sa proie. Arrivé au pied de son immeuble, il sort un mouchoir et essuie la plaque en cuivre, décorée de la fiente d’un pigeon. Et pour le curieux qui s’y attarderait, il y lirait :
    
    

    Docteur D.
    Psychiatre – Hypnotiseur
    Magnétiseur
    Université de Zurich

    
    L’homme esquisse une geste, s’apprête à entrer, mais n’en fait rien. Quelque chose le trouble. La porte est mal fermée, le paillasson est de travers et dans la salle d’attente un homme attend nerveusement.
    – Bonsoir monsieur.
    Voix exquise et mielleuse, les syllabes roulent, s’élancent, vague scélérate, qui frappe l’homme dans la salle d’attente. Mais il n’entend pas, n’entend plus. Il s’enfuit. Et seule réponse, c’est l’écho du fracas de la porte qui claque dans le couloir. Cependant, pour celui qui le suit du regard, depuis sa terrasse, il n’y a nulle offense. Au contraire, il murmure quelques mots qui se perdent dans le brouhaha de la ville :
    – A bientôt, monsieur Verdoux.

Texte publié par Diogene, 16 mai 2016 à 19h51
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