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Tome 1, Chapitre 16 « L'Ombre du Néant » Tome 1, Chapitre 16
Assis dans mon bureau, je fais face aux constellations. Elles ne m’ont jamais paru si lointaines, si imaginaires. Ma jambe gauche repliée sur la droite, Loki me dévisage. Ses grands yeux de vif-argent me dévorent. Je devine le tourment qui l’habite. Affectueusement, je caresse son plumage d’ébène, sans pour autant pouvoir l’apaiser, ni moi d’ailleurs. Je sais où je dois me rendre. Je sais ce qu’il s’y est passé, il y a tout juste 100 ans. Qu’y découvrirai-je là-bas ? Le sais-je moi-même ?
    – Je ne peux t’accompagner Voyageur. Et tu m’en vois désolé. Nous le savons tous les deux.
    – Oui. Du fait de ta nature, tu serais une proie facile pour l’Ombre et…
    – Cette quête, c’est seul que tu l’accompliras. Reviens-moi, Voyageur !
    – Je te le promets Loki.
    – Miaou !
    Et Ercus a sauté sur mes genoux. Je lui gratte le cou, tout en lui promettant de revenir sain et sauf. Dans la salle de bains, je fais face au miroir. Loki et Ercus, eux ont préféré rester dans le bureau, sans doute par pudeur. Je me regarde, tel un nouveau-né qui se découvrirait pour la première fois. Je suis cet homme et je ne le suis pas. Les différences sont subtiles, mais prises ensemble elles sont visibles. Et comme je ne suis pas décidé à lui donner les verges pour me faire battre, je monte dans ma chambre revêtir l’un de mes plus beaux costumes : un habit noir, veiné d’écarlate, un haut-de-forme, ma canne, avec son pommeau doré, et une écharpe de soie, couleur grenat. Ainsi, apprêté, je dis au revoir à mes compagnons et me rends au domicile de ma cliente, madame Obligay. Cependant, à peine posé-je le pied sur le trottoir de sa rue, que, déjà, je peux ressentir toute l’hostilité larvée, à l’encontre ma personne. Est-ce le regard appuyé de quelques passants ? Les hennissements, un rien agressif du cheval qui tire le fiacre, à côté de moi ? Le ciel qui s’assombrit à vue d’œil ? Ou encore cette odeur douceâtre de pourriture qui se répand dans la rue ?
    
    Enfin, je suis devant le portail, dont je remarque tout de suite l’entrebâillement. Intérieurement, je souris. Bien sûr, je suis attendu… Comment pourrait-il en être autrement ?
    
    Dans la rue, l’hostilité s’est accrue. Je sens peser sur moi des regards noirs. L’atmosphère devient poisseuse, visqueuse. Au moment où ma main se pose sur la grille, je m’attends presque à voir la foudre s’abattre devant moi. Mais il n’en est rien et c’est serein que je traverse le jardin en bataille, couvert de ronces et d’orties, qui ne sont pas sans me rappeler le Château de la Belle au Bois Dormant. Mais, en fait d’ogresse et de princesse, c’est une ombre qui m’attend. Sans un bruit, la grille se referme sur moi, alors que cesse, par là même, tout ressentiment et toute colère à mon égard, faisant place à une gourmandise extrême. Et comme une invitation, ronces et orties se sont écartées. Seulement, je n’y réponds pas, préférant admirer la façade couverte de lézardes, me rappelant ces événements terribles qui ont eu lieu jadis, entre ces murs.
    – Qu’êtes-vous devenu général Beaujard ? murmuré-je face au mur silencieux.
    Après tout, les mémoires qui reposent chez moi ont été écrits de sa main. Comment auront-elles pu me parvenir ? Alors qu’il a disparu comme il l’écrit lui-même. Je ne peux envisager quelqu’un réaliser un faux. J’ai eu en de nombreuses occasions de comparer la typographie de ce carnet, avec celle de documents officiels rédigés de sa main. Aucun doute n’est possible, la même personne est l’auteur de tous ses manuscrits. La question qui se pose alors est : quand a-t-il rédigé ses mémoires. Au ton du récit, j’ai la certitude qu’il les achevait, alors que pénétrait l’intrus. Mais cela soulève un nouveau paradoxe et de nouvelles interrogations, où était-il, ou plutôt quand était-il lorsqu’il en a couché la fin ?
    
    Je ne sais pourquoi toutes ces questions se bousculent dans ma tête. Trouveront-elles un jour une réponse ? Sans doute, mais pas en ce jour, car aujourd’hui c’est une ombre que j’affronte. Je suis venu pour elle. Elle m’attend et je le sens.
    
    Comme soulagé, je m’avance dans l’allée, jusqu’à un grand escalier blanc, dont je gravis les marches dans le plus complet silence. Sur la porte, un énorme heurtoir en bronze : gueule-de-lion affamée, dont les mâchoires enserrent le sceau de l’entrée. Je pousse la porte, qui s’ouvre dans un gémissement de métal fatigué et de bois humidifié. À l’intérieur règne une puissante odeur de moisi. Des toiles d’araignée, filasses et gigantesques, dévalent les murs, couverts de pourritures. Sur les rares meubles, que je devine vermoulus, une épaisse couche de poussière paresse. À l’évidence, personne n’habite ici depuis des années. Pourtant, un calendrier suspendu au mur dément ma supposition. Il indique le 10 mars 1924. Quelle faute de goût, tout de même. Tout ce décorum qui tombe à l’eau, à cause d’un malheureux almanach des postes impériales. Cependant, je ne savoure pas longtemps l’ironie de la chose, car j’entends un bruit net de grattements à l’étage. La bibliothèque, deviné-je. En effet, c’est dans cette pièce que les ombres ont surgi. C’est dans cette pièce que notre joute s’achèvera.
    
    Solennellement, je gravis le vieil escalier. À chaque pas, je sens gémir et ployer les marches. À l’étage, j’avance, devinant les lieux. Voilà, j’y suis. Je lui fais face, c’est derrière cette porte que tout se jouera et que cette comédie signera son dernier acte. Pas un bruit, pas un souffle, ne résonne. Sous mes pieds, un épais tapis étouffe toute contestation sonore. Je ne sais ce qui m’attend derrière, mais je n’hésite pas un instant et pousse la porte.
    – Ainsi, vous êtes venus ? À qui ai-je l’honneur, gronde une voix dans la pièce, plongé dans l’ombre.
    – À votre guise, commandeur. Je suis le lieutenant Mihaud, service intérieur de l’Empire ! réplique une voix. Maintenant, veuillez nous suivre.
    – Et pourquoi le ferai-je ? ricane en retour la voix.
    – Ne m’obligez à demander à mes hommes de vous bousculer.
    – Et quels hommes lieutenant ? Je ne vois que nous deux dans cette salle.
    – Que… Quoi ! Quelle est cette diablerie, commandeur ?
    Je sens mon sang se glacer et, malgré ma terreur, je m’avance dans ce qui ressemble à une bibliothèque. Je regarde autour de moi. Personne, hormis ces deux voix surgies du néant, qui se répande en une violente joute verbale. Soudain, un rire dément secoue la pièce :
    – Vous vous demandez pourquoi je ne meurs pas lieutenant. Ah, ah, ah…
    – Je suis mort depuis longtemps, poursuit la voix. Dévoré par mes démons intérieurs et ce sont eux qui aujourd’hui animent ma chair.
    – Voyez ! jaillis de nouveau la voix.
    – Et maintenant, suivez-moi ! lance-t-elle dans un dernier rugissement dément.
    
    Qu’a-t-il voulu dire ? Pourquoi me posé-je cette question ? Je n’en connais que trop la réponse. Les ombres fondent sur moi et je dérive dans le noir. Lorsque je reprends mes esprits, je suis couché sur un lit de paille, dans ce que je devine être une chaumière. J’ai toujours mon costume, mon haut-de-forme et ma canne, ce qui me paraît pour le moins incongru en de pareils lieux. Reprenant mes esprits, je me lève, afin d’examiner d’un peu plus près cette pièce. C’est une humble chambre, par la fenêtre, j’aperçois du chaume qui dépasse. Le lit est tout juste assez grand pour y accueillir deux personnes, à côté un vieux tabouret et une cuvette en faïence, posée sur un guéridon branlant. Couché contre le mur gris, un miroir poussiéreux repose. J’ouvre la porte, qui donne dans une salle à vivre. Un poêle à charbon dort dans un coin, au milieu trône une table et deux fauteuils recouverts de laine. À l'opposé, une planche sur des tréteaux fait office de plan de travail. Mais tout comme la chambre, cette pièce est vide de toute présence. J’ouvre le poêle, à l’intérieur ce ne sont que des cendres froides et des toiles d’araignée, signe qu’il n’a pas servi depuis fort longtemps. Dans le vaisselier s’entassent des assiettes en faïence et des couverts rouillés, au milieu d’un troupeau de moutons grisonnants. Visiblement, cette maison n’a pas été occupée depuis des lustres. Aussi, renonçant à pousser plus en avant mon exploration, que je devine inutile, j’ouvre la porte.
    
    Dehors, un petit jardin, ou plutôt ce qui en reste : parterres de fleurs piétinés et pelouses envahies de plantes sauvages. Un vieux puits, à moitié écroulé, gît dans un coin reculé. Autour de lui, s’enroulent les lianes d’une clématite et d’un chèvrefeuille, qui chacun se dispute la meilleure place. À l’image de la chaumière, le jardin respire l’abandon, mais non le dénuement. Autour de moi, une forêt profonde, couleur émeraude, s’étend paresseusement, que seul un chemin de terre transperce. Je veux faire le tour de cette maison, hélas la forêt m’en empêche et frustré, je ne peux assouvir ma curiosité. Allons, depuis quand refuserai-je une ballade. Et quelques instants plus tard je m’engage dans la forêt. D’un coup l’air se rafraîchit et des souvenirs reviennent à moi : échos de promenades, d’éclats de rire ou de joie, de sucreries, des courses d’enfants, des couples qui se font et se défont. Image d’un futur révolu ou d’un passé à venir ? Je ne saurai le dire. Dans ces lieux, j’ai envie de tout oublier, de me laisser aller et me fondre parmi les ombres. De tous côtés, des arbres de tout âge et de toutes tailles, des mousses poussent sur les souches, mangées par de larges champignons. Par endroits, des massifs d’arums mouchetés palabrent, au milieu d’herbes hautes, ou de fraisiers sauvages. Dans le ciel, le soleil se joue des nuages bas, délivrant une douce chaleur qui réchauffe mon cœur. Grisé par la soyance de l’atmosphère, je me pose sur un tronc vermoulu, pour savourer ces instants de quiétude. Il me semble même apercevoir une paire d’yeux phosphorescents, plein de malice et d’artifices, comme surgis du néant. Puis c’est une bouche qui apparaît, disparaît pour laisser place soit à une queue, soit à une patte. Enfin, c’est le corps tout entier qui se matérialise.
    – Bonjour Voyageur ! Je ne peux rester longtemps, car sa présence est forte ici. Je viens te dire que tu n’es pas seul. Ouvre ton cœur et il ne t’arrivera point malheur.
    
    À peine achève-t-il sa phrase qu’il disparaît dans une volute de fumée rose, que la bise se charge de disperser aussitôt. Il ne m’a pas révélé son nom, mais je connais mon adversaire, ou plutôt mon contraire ou encore celui que je cache au fond de moi, sans le voir, sans toujours le savoir. Mais à mesure que j’avance, son avertissement s’efface, perd son sens et alors que mes pensées se sont dispersées, surgit quelqu’un au détour du chemin. De loin, je ne distingue que ses contours, dans la brume forestière. Il tient à la main une canne et un haut-de-forme. Son costume est identique au mien, de noir et d’écarlate. Alors que je suis presque en face de lui, il me salue d’une courbette et revêt son chapeau, dévoilant des traits… identiques aux miens.
    – Mais, qui es-tu ?
    – Comment ? En voici une question, incongrue qui plus est. Qui suis-je ? Enfin, regarde-toi ! Regarde-moi !
    – Tu me ressembles… effectivement.
    
    L’autre esclaffe :
    – Je te ressemble ! Ah, ah, ah, ah. Bien sûr, je te ressemble, puisque tu es moi.
    – Non ! Tu veux dire, que « tu » es moi !
    – Tss, tss. Ton esprit s’égare, tu es bel et bien moi. Nous l’Ombre et le Reflet, rien d’autre.
    – L’Ombre et le Reflet, de quoi parles-tu, à la fin ? Cela ne se peut. L’un de nous deux est l’Ombre, l’autre le Reflet. Nous ne pouvons être « l’un » et « l’autre ». Nous sommes le soit le Reflet, soit l’Ombre de quelqu’un d’autre.
    – Qu’en sais-tu ? Naïf que tu es !
    Comme, je ne réponds pas, il ajoute d’un ton doucereux :
    – Dis-moi. Que t'on dit les Silencieux, au cœur de leur assemblée ?
    Mes lèvres sont comme scellées, j’ai la sensation qu’un sortilège emprisonne les mots dans ma gorge.
    – Oh ! Tu ne dis rien ! Serais-tu à ce point effrayé ? susurre-t-il, d’une voix glacée. Bien, bien. Hé, hé, hé. Je vais te rafraîchir la mémoire. Et surtout, arrête-moi, si je me trompe.
    
    Prenant alors la posture d’un candidat au prix Alfred Nobel, il sort un parchemin de sa veste et se met doctement à le lire :
    – Voyageur (C’est toi, n’est-ce pas ? Hé, hé, hé), cet homme n’est qu’un fragment de toi, une part de toi dont tu t’es séparé au cours de ton odyssée. Et c’est cette dernière qu’il t’appartient de reprendre.
    Satisfait, il enroule le parchemin, avant de le faire disparaître en un tour de main.
    – Voilà ! L’un d’entre nous est donc le Reflet, l’autre l’Ombre de cet homme, et c’est en nous réunissant que nous deviendrons lui.
    – Tes propos sonnent juste. Mais alors qui de nous deux est l’Ombre, qui est le Reflet ?
    – Quelle importance cela peut-il revêtir ? Que tu sois l’Ombre ou le Reflet ne change rien, puisque nous devons nous unir.
    – Pardonne-moi de penser le contraire, car quelqu’un m’a mis en garde contre l’Ombre. Sachant ce que je suis, je ne peux que me méfier de tes propos.
    Je ne sais s’il a esquissé un mouvement d’humeur, toujours est-il, qu’il a repris d’une voix encore plus suave :
    – Soit. Je l’admets, tu marques un point. Alors, comment différencieras-tu l’Ombre du Reflet ? Tu l’as dit toi-même, nous sommes semblables. Mais, si tu le souhaites, viens donc m’examiner de plus près. Tu me permettras juste d’en faire autant avec toi. J’espère que cela ne te choque pas.
    – Je n’y vois pas d’inconvénient.
    
    Je m’approche alors de lui, tandis que des fragments murmurés me parviennent épars :
    – … arde,… bre,… ge.
    Rien de plus, en face de moi, l’autre écarte largement les pans de sa veste, où scintillent des éclats, pareils à des diamants.
    – Alors, Voyageur ! Es-tu satisfait ? N’est-ce point là, ce que tu cherchais.
    – Oh ! Sûrement. Enfin, je crois. Et cependant…
    – Tss, tss, regarde mieux ! Par là ! C’est très bien !
    Sa voix devient plus grave, plus lourde, plus pare, comme si sa bouche se chargeait de fiel.
    – Viens par ici, Voyageur ! Viens vers moi ! Viens à moi ! Ah, ah, ah.
    Et une cascade de rires s’est déversée sur moi, en un torrent bouillonnant qui m’emporte avec lui, vers des contrées sombres et poisseuses. Le rire se prolonge si longtemps, que je ne sais s’il s’agit de son écho.
    – Allons, Voyageur ! Tu devrais te sentir à l’aise parmi les ombres. Toi qui les chasses, ah, ah, ah… ! Je te souhaite un bon séjour ici-bas. Je regrette que le confort n’y soit que sommaire. Que veux-tu, chacun ne peut être maître de sa condition?
    – Fais-moi sortir de là, m’époumoné-je. Ou je te jure que…
    – Ou tu jures que quoi, Voyageur ? Regarde-toi ! Tu es pathétique et impuissant. Tu n’es rien ! Ah, ah, ah…
    
    J’imagine sans peine son visage, grinçant et grimaçant. Dans ce trou d’ombre, où ne se détachent que quelques rares taches rougeâtres, je rumine ma rage et ma colère. Sous mes yeux, dans mes mains, je tiens Loki et je repense à la promesse que je lui ai faite. Je me lève et hurle, comme un dément, ma haine de moi-même. Tout ce qui me répond est l’écho de ma propre démence. À quoi bon rester assis ici, peut-être trouverai-je un moyen de m’évader en quittant ces lieux. À tâtons, je m’enfonce dans le labyrinthe organique, aux relents de terre et de poussière. Partout où je pose mes mains, je ne rencontre que le vide ou des parois, à la texture molle et froide. Sous mes pieds, le sol s’enfonce, simulacre pervers de sables mouvants. De dépit, je donne des coups de poing violent, en vain, dans la paroi élastique.
    – Hé ! Voyageur ! Cesse donc de me chatouiller, j’aimerais digérer en paix. Enfin, si cela peut t’amuser.
    
    Je préfère garder ma réponse pour moi, ainsi que le chapelet d’injures et autres noms d’oiseaux, qui me viennent à l’esprit. Alors, poursuivant mon exploration, je débouche sur une vaste cavité, si j’en juge par l’écho qui se propage, après que j’eus hurlé une fois de plus ma frustration. Chose, qui a l’air d’amuser mon geôlier, car son rire se propage en une cascade grinçante :
    – Ne t’avais-je pas dit que tu n’étais qu’un impuissant. Petit être insignifiant. Vois, ce qu’il en coûte de me défier, de défier l’Ombre.
    Des larmes amères me montent aux yeux et maintenant ruissellent le long de mes joues, rouges de la honte de mon impuissance.
    – Lokiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! hurlé-je
    – Lokiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! me singe l’Ombre. Tu es pitoyable Voyageur. Mais rassure-toi, bientôt tu en auras oublié jusqu’à son souvenir. Fais-toi à cette idée. Tu ne seras bientôt plus qu’une ombre parmi les autres.
    – Ah ! Je vais te…
    – Et que vas-tu faire ? Laisse infuser ta rage. Elle est le plus délicat des nectars.
    
    Perdu dans cette grotte sans fond, ni dimension, je cours à la recherche d’un obstacle, qui serait comme un phare dans le noir. Au-dessus de moi, je sens sa présence avec son visage noir et ténébreux, qui me nargue et moque mon impuissance. Mais rien, je ne rencontre rien et lorsque je tombe, c’est simplement la fatigue qui me fait trébucher. Dans mon esprit s’estompe le souvenir de mon ami, bientôt je me fondrai dans les ombres.
    – Ah ! Te résignerais-tu enfin, Voyageur ? Accepterais-tu enfin l’inéluctable ?
    – Non ! Tu ne feras pas de moi une créature d’ombre et ta marionnette.
    L’autre explose d’un rire tonitruant :
    – Continue ainsi, Voyageur ! Que je me nourrisse encore de toi. Ton obstination et ton entêtement sont des mets de choix.
    
    Cependant, au fond de moi, une petite voix murmure :
    – Tu as fait une promesse, Voyageur.
    Et une chaleur nouvelle commence à couler dans mes veines. L’ombre se sustente de ma colère et de ma frustration, de ma rage à me voir ainsi me débattre. Aussi, m’assois-je, en fermant les yeux, avant de me plonger dans mon rêve intérieur.
    – Hé bien, Voyageur ! Que t’arrive-t-il ? Que fais-tu ? Aurais-tu déjà renoncé et baissé les bras ?
    À ses questionnements stériles, je lui oppose mon silence le plus total, recroquevillé que je suis dans mon for intérieur.
    – Ah ! Enfin ! Je ne suis pas mécontent d’être ici, glousse une voix que je reconnais aussitôt.
    – Ercus !
    Pour toute réponse, un chat, dont la tête flottait au milieu de l’obscurité, est apparu.
    – Voyageur, dans ce monde qui est le tien, l’Ombre ne peut nous entendre. Tu te demandes sûrement comment lui échapper, n’est-ce pas ?
    –…
    – Sers-toi de ce que tu as appris le chemin, qui t’as mené à l’assemblée des Silencieux.
    – Que…
    Mais, déjà, il disparaît et à la place flottent des bribes de souvenirs.
    – Hé bien ! Voyageur, je m’impatiente ! Pourquoi ne dis-tu plus rien ?
    – Ah ! C’est toi. Désole, mais je m’étais assoupi. J’espère que tu ne vois aucun inconvénient, à ce que je fasse une petite sieste. Après tout, je n’ai rien d’autre à faire.
    – Mais, enfin, que me chantes-tu là ? Aurais-tu perdu la tête ?
    
    Une larme a coulé le long de ma joue, une larme de joie, car je sais que je tiendrai ma promesse.
    – Ah, ah, ah, ah ! Le chagrin t’étouffe Voyageur, Ah, ah, ah, ah !
    – Au fait, sais-tu quel est le meilleur endroit pour faire une sieste. Non ! Bien sûr, tu ne le sais pas. Ah, ah, ah, ah !
    – Mais, mais… Que fais-tu, Voyageur ?
    – C’est une plage ! Ah, ah, ah, ah ! Bon d’accord, je te l’accorde, c’est du sable noir, répliqué-je hilare. N’empêche, c’est du sable. Tiens, regarde ! Je peux même faire des pâtés.
    Et des mottes noires se mettent à voler en tous sens, s’écrasant contre les parois molles, tandis que sous mes pieds se métamorphosent, pour devenir mes propres images de plage de sable noir. Bientôt, j’entends le clapotis des vagues et le ressac de la mer sur une falaise, dans le lointain.
    – Sais-tu ce que je faisais petit à la plage ?
    – Cesse donc Voyageur ! Arrête ! Il n’y a rien de drôle !
    – Au contraire ! Je faisais des châteaux de sable.
    Et je prends alors à pleines mains d’énormes poignées de sable humide, que j’empile les unes sur les autres, en de grotesques tas. Ensuite, je creuse les douves et les passages secrets, tout en riant aux éclats.
    – Non, Voyageur ! Tu ne peux pas, gémit une voix.
    Mais je ne porte nulle attention aux suppliques. Je suis bien trop absorbé par la forteresse cabossée, qui surgit du sol.
    
    Tiens, où suis-je ? Il fait toujours noir, mais un astre blafard illumine les lieux. C’est la lune, gibbeuse et heureuse. Je suis à nouveau dans la forêt, avec ses bouquets d’arbres, ses vieilles souches vermoulues et son odeur de mousse, mêlée d’humus. Non loin de là, à côté d’un tronc couché, j’aperçois une forme qui hésite entre feulements et ronronnements. Comme ses yeux sont clos, je fais quelques pas dans sa direction. Mais le regard de flamme qu’elle me lance me dissuade de m’approcher plus. Comme je recule, le chat d’ombre se met à gronder furieusement.
    – Oh ! Ne prends donc pas ainsi la mouche. Je ne pars pas.
    Avisant des glands qui traînaient par terre, je les accroche à une branche pendante. M’approchant du fauve, j’agite alors sous son nez le jouet improvisé. Celui-ci se met alors à tournoyer comme un fou, incapable de l’attraper. Dans la ramure d’un arbre, des yeux phosphorescents et malicieux brillent. Je lui tends alors la branche, me permettant par là même d’échapper aux griffes de l’Ombre. Mais alors que je franchis une arche faite de deux chênes, un éclat attire mon regard. Je me penche et arrache d’un entrelacs de racines une grosse motte d’humus, d’où dépasse un fragment de céramique. Cependant, je ne veux pas regarder ce qui s’y dissimule, préférant quitter ces lieux maudits et ténébreux. Je jette, derrière moi, un dernier regard. Ercus en profite pour me gratifier d’un dernier sourire et je franchis l’arche, heureux, car j’ai tenu ma promesse faite à mon ami.
    
    Une odeur aigre de renfermé assaillit soudain mes narines. Des volets rabattus laissent filtrer de maigres rayons de soleil. Peu à peu, mes yeux s’habituent à la faible clarté et je devine de grands draps, qui recouvrent très certainement de vieux meubles. Sur un mur se dessine une bibliothèque, elle aussi est protégée des agressions du temps. J’entrouvre alors la porte, que j’aperçois dans le fond, mais la referme aussitôt, agressé par le soleil. Le temps d’habituer mes yeux à la luminosité, je rouvre la porte. Dans le couloir, les volets sont grands ouverts et tout est propre. J’examine ensuite les deux autres pièces de l’étage, vides et néanmoins vivantes. Prudemment, je descends les marches de l’escalier grinçant. En bas, les pièces respirent le frais, dans la cuisine flottent des odeurs d’épices. Je musarde quelques minutes, quand mon regard se pose sur une enveloppe en vélin, couchée sur un guéridon. En fait, je n’ai pas besoin de lire ce qui y est écrit. Je sais qu’elle m’est destinée. Je l’ouvre et y lis :
    
    Ouvrez le bureau du général Beaujard et donnez-lui une nouvelle vie. Je monte vous rejoindre.
    
    I.O.
    
    Je remonte à l’étage et retourne dans la pièce, où je me suis éveillé. J’ouvre en grand les volets, pour y faire entrer une lumière devenue trop rare. Dehors, le jardin est encore encombré de ronces et d’autres envahisseurs. Cependant, il a indubitablement meilleure allure. Je retire ensuite les draps, que je plie soigneusement, avant de les poser dans un coin. Enfin, le bureau revit, malgré une tenace odeur de poussière. Je remarque alors plusieurs taches sombres sur le parquet : deux dans le cadre de la porte et une, de plus grande taille, devant le vieux fauteuil. C’est par cette issue, qu’il y a un siècle de cela, le général Beaujard, le lieutenant Mihaud et ses deux acolytes ont disparu.
    – Vous l’avez retrouvé, n’est-ce pas ?
    
    Je sursaute en entendant la voix, tandis que je me retourne. Je reconnais tout de suite ma cliente, madame Irène Obligay, bien que quelque chose dans sa physionomie semble m’opposer un démenti formel. Une assurance ou une malice nouvelle, je ne saurai dire :
    – Puis-je la voir ?
    – Oui, mais je ne l’ai pas encore nettoyé.
    – Cela ne fait rien. Allons à la fenêtre, voulez-vous. Vous n’aurez qu’à jeter la boue dans le jardin, il n’en souffrira pas.
    Je la suis, puis jette avec application l’humus qui recouvre le masque qui s’y cache. C’est un masque d’ivoire et noir, semblable à ceux qui se sont échappés du carnet de ma cliente.
    – Puis-je ? Demande-t-elle, timidement.
    Je le lui glisse entre ses mains parcheminées.
    – Elle est magnifique. Gardez-la précieusement ! Après tout elle est à toi.
    – Oui, elle est ma persona. Et qu’adviendra-t-il des autres, qui se sont réfugiés dans les tableaux ?
    – Elles regagneront l’Onirie, une fois que j’aurai repris la place qui m’échoit.
    Elle s’assoit alors dans le fauteuil et m’invite à côté d’elle.
    – Comme je te disais, je puis maintenant revenir et je vais quitter l’âme de madame Obligay. Elle ne se souviendra de rien. Hélas, je ne puis rien contre sa maladie des Sans-Visages. Quand je serai parti, quitte à ton tour ces lieux. Elle n’a pas besoin de se poser d’inutiles questions.
    J’acquiesce, en même temps qu’elle pose sa main sur la mienne. Je sens une douce tiédeur m’envahir, qui s’évanouit bien vite. Je referme la fenêtre et pars, m’assurant que personne ne me surprend.
    
    De retour chez moi, je ne trouve nulle trace de Loki, ni d’Ercus. Inquiet, je m’époumone à les appeler, quand j’entends un bruit inhabituel, en provenance de la cuisine. Sans prendre le temps de me déshabiller, je me précipite à l’étage. Là, à peine franchi le seuil de la pièce, je me retrouve couvert d’une pâte visqueuse et de farine, qui dégouline sur mon costume. Et je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche, que deux boules d’affection se jettent sur moi.
    – Enfin, mais que bricoliez-vous ?
    – Euh, nous voulions te faire une surprise. Mais je crois que nous nous sommes un peu précipités, répond piteusement Loki.
    – Ce n’est rien. Je suis heureux de vous retrouver et puis j’ai tenu ma promesse. Cependant, j’espère que vous n’aurez rien contre un bon bain, dis-je en caressant la tête d’Ercus.
    – Miaouuuuuu, miaule désespérément en réponse mon greffier.
    Et après un long bain chaud, quelques plumes et poils plus tard, nous devisons tous les trois dans mon bureau, où un bon feu réchauffe l’atmosphère. Ercus, sur le bureau, Loki sur mes genoux.
    – Qu’as-tu fait de ta persona ? me demande la petite sombrure, ses grands yeux liquides posés sur moi.
    – Elle est ici, au-dessus de la cheminée. Mais ne m’appelle plus ainsi. J’ai retrouvé mon nom, petite sombrure, murmuré-je en la gratifiant d’un regard plein d’affection.
    – Appelle-moi Alvaro, Alvaro Estrango, ajouté-je dans un sourire.
    
    Le lendemain matin, j’appelle tout de suite madame Bouvreuil, avec qui je conviens d’un rendez-vous dans l’Île de la Cité, et plus précisément à la Tour Pointue, quai des Orfèvres, en présence du commissaire divisionnaire, en charge du dossier de la Sorbonne, en début d’après-midi.
    – Ne crains-tu pas pour ta liberté, Alvaro ?
    – Non ! Car je peux prouver mon innocence. De plus, j’ai pris quelques précautions, rassure-toi ! réponds-je en exhibant une enveloppe cachetée, sur laquelle figure : 173, rue Saint-Honoré, 75015 Paris.
    – Mais c’est l’adresse de la rédaction du Canard Enchaîné. Tu parles de chantage là. Depuis quand, te permets-tu pareille chose ?
    – Oui ! Mais la préservation de ma liberté est à ce prix. D’autant que, je pense pouvoir l’affirmer, le procès de la Sorbonne aboutira à un non-lieu.
    – Et tu ne feras rien pour qu’éclate un jour la vérité.
    En guise de réponse, je lui oppose un sourire contrit.
    
    Deux heures plus tard, nous nous promenons, Loki et moi, sur les quais de l’Île de la Cité. Nous marchons ainsi jusqu’au 36, où j’aperçois madame Bourgueuil, accompagnée d’un homme à la stature imposante, au front dégarni et à la moustache fournie.
    – Bonjour, madame Bourgueuil !
    – Bonjour. Je suis surpris de votre venue. Voici le commissaire Clémenceau.
    – Navré de ne pas vous serrer la main commissaire. Mais je n’ai guère un goût prononcé pour les bracelets, fussent-ils en argent.
    Avec un grommellement, il range ses menottes, puis me tend une main, que je serre avec sincérité.
    – Je vois que vous n’avez guère de goût pour l’autorité ou leur représentant.
    – Que voulez-vous commissaire ? Il y a des choses pour lesquelles l’on ne se renie pas, surtout lorsque l’on est innocent.
    
    Il grimace, mais ne trouve néanmoins rien à redire.
    – Soit, vous avez tenu votre parole en venant ici. Avez-vous les documents que vous avez dérobés dans le bureau de madame le conservateur ?
    – Je n’ai qu’une parole commissaire. Et si je suis là, c’est aussi pour me disculper des soupçons qui pèsent sur moi, quant à l’homicide de Gabriel Delanne.
    À ma réponse le commissaire s’étouffe presque, mais se reprend aussitôt :
    – Comment avez-vous pu ?
    – Nous dirons que j’ai mes sources. Madame, je crains que vous ne regrettiez l’ordre de votre bureau.
    – Vous avez osé fouiller mon bureau ! suffoque-t-elle.
    – L’on n’est jamais trop prudent, souris-je, en sortant de ma veste l’enveloppe avec l’adresse du Canard Enchaîné. Accepteriez-vous de me conduire dans votre bureau commissaire ? Je tiens plus que jamais à vos démontrer mon innocence, dans cette tragique affaire.
    – Vous ne manquez pas de culot, vous alors ! Venez !
    
    Docilement, nous le suivons, madame Bourgueuil et moi dans la vénérable institution, dont l’intérieur tient plus de la ruche, que du cœur de la Police Impériale. Sur les murs, s’étalent avis de recherche et de disparition, consignes diverses et variées dans les bureaux, où résonne le cliquetis des machines à écrire ; le tout dans un brouhaha indescriptible. L’air renfrogné, il nous conduit jusqu’à un à une cage d’ascenseur pneumatique, assez exigu, où nous nous tassons tous les trois. Les portes fermées, la cabine nous emporte vers le sommet.
    – Pardon, Monsieur. Cependant, comment allez-vous faire pour vous disculper ?
    – Le plus simplement du monde, grâce au procédé de dactyloscopie mis au point par feu votre confrère, Alphonse Bertillon. Vous n’aurez qu’à comparer mes empreintes palmaires avec celles qui ont été relevées au CEI. Je pense en particulier à celles qui auront été relevées sur le manche de la dague.
    – Groumpf. Vous êtes retord et très ingénieux. Allons, suivez-moi ! Un technicien va s’occuper de vous.
    Au même instant, la cabine s’immobilise dans un léger chuintement et les portes s’ouvrent. Le commissaire m’invite alors à le suivre.
    – Allez-vous me rendre mes dossiers ?
    – Bien sûr, Madame. Seulement, je désire les gardes encore quelque temps. Je désire mettre quelques petites choses au point, auparavant.
    Elle n’a pas le temps de me répondre, car nous arrivons devant le vaste bureau du commissaire Clémenceau.
    – Eugène Biche, mon assistant. Installez-vous, pendant que je cherche le dossier Delanne.
    
    À peine assis, le jeune entreprend de préparer le matériel pour effectuer ses relevés et se met au travail. Il recouvre soigneusement mes doigts d’une encre noire et grasse, avant de les écraser sur de grandes feuilles de papier, puis un film de cellulose. Il procède ainsi pendant une trentaine de minutes, jusqu’à paraître satisfait du résultat. Au même instant, le visage broussailleux du commissaire passe la porte.
    – Vous avez fini, Biche ?
    – Oui !
    – Tenez mon vieux, voici les films du dossier Delanne.
    – Merci, commissaire.
    Et l’homme est parti dare-dare vers son laboratoire.
    – Bon, il devrait en avoir pour quelques heures. Il n’empêche, que je pourrai tout de même vous mettre au trou pour viol du secret défense, vol de documents administratifs et détournement de preuves. Je pense que certains juges ne seraient pas mécontents de vous voir sous les barreaux et mis en examen pour meurtre. Après tout, c’est votre portrait qui figure sur ces photos.
    – Je regrette de ne devoir vous contredire sur ce dernier point. Il s’agit de cet homme ! rétorqué-je en tendant mon dossier à madame Bourgueuil.
    – Commissaire, j’ai le regret de vous dire, mais cet homme a raison. Regardez par vous-même.
    Ce dernier prend la photographie, grimace et me la rend :
    – Et quand bien même vous me diriez que la dissemblance n’est que minime, mon avocat appuyé par un rapport psychiatrique n’aura aucune difficulté à plaider un accès de démence. Je ne pourrai alors finir sur l’échafaud.
    De plus en plus rouge, je n’en reste pas moins imperturbable :
    – Vous l’avez dit vous-même, ces photographies sont des preuves complètement recevables par un tribunal. Enfin, si vous voulez bien vous permettre de lire cette lettre, ajouté-je en lui tendant une enveloppe, délicatement calligraphiée.
    Et quelques minutes plus tard, il suffoque jusqu’à en devenir tout bleu.
    – Il n’y a pas à dire, vous êtes un beau salaud.
    – Non, commissaire. Je tiens juste à ma liberté et à la vérité, quand bien même je dus écorner certains de mes principes.
    Il ne répond rien, mais je vois à son regard qu’il approuve ce que je viens de faire.
    
    – Je n’aurai jamais cru cela de toi Alvaro. Mais tu es là et c’est la chose la plus importante à mes yeux.
    – Oui, j’ai bluffé. Je n’ai jamais eu de documents en ma possession, prouvant qu’un appareil, aussi dangereux qu’un réacteur nucléaire éthérique, aurait été installé dans les sous-sols de la Sorbonne.
    – Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble entendre des regrets dans ta voix.
    – Oui. J’aimerais tant que la justice fasse enfin la lumière sur cette sinistre affaire.
    Avec mélancolie, je caresse la tête de Loki.
    – Alvaro ?
    – Oui.
    – J’ai encore une question. Qu’as-tu répondu à madame Bourgueuil et au commissaire Clémenceau, quand ils ont que tu n’étais pas cet homme ?
    
    Mes yeux se perdent dans le vague, faisant surgir les vagues fantômes d’un rivage passé quelque part oublié, avant de les tourner vers les lacs vifs-argents de mon ami, qui de sombrure est devenu phœnix.
    – Mais, simplement la vérité Loki, cet homme était en quelque sorte mon jumeau et aujourd’hui il a disparu. De lui, il ne reste que cet éclat, enfermé dans mon cabinet secret. Je n’aurai pu leur expliquer qu’il était une émanation onirique de mon être, précipitée dans ce monde lors de mon séjour au Burghölzli.
    – Alvaro pardonne ma curiosité, mais que contenait la lettre que tu as donnée au commissaire Clémenceau ?
    – Est-ce que cela a vraiment de l’importance ? C’était une lettre du docteur Jung.
    
    
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    Rendu du Tribunal Impériale
    Paris, le 1er avril 1924
    
    Par décision des juges Beaulieu et Girardin, le Tribunal Impérial de Grande Instance de Paris prononce un acquittement général et un classement sans suite de la plainte transmise, suite à l’accident du pavillon de recherche de la Sorbonne, faute de preuves et de témoins. Néanmoins, l’État est astreint à payer 1000 francs de dommages-intérêts aux 9153 habitants du périmètre, au nom du préjudice moral.

Texte publié par Diogene, 1er janvier 2016 à 12h06
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