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Les vents. Les saisons. Les points cardinaux. Toutes ces forces primordiales sont au nombre de quatre. Ce chiffre est l’héritage d’une histoire déformée et falsifiée.

Au commencement, il n’était qu’une terre aride et exsangue. Aucune fleur n’y poussait, aucun arbre n’y bourgeonnait. Aucun oiseau ne chantait. Pas le moindre souffle de vent ne caressait le sol dépourvu de vie. La douce mélopée des rivières ne résonnait nulle part et une nuit d’un noir d’encre régnait en continu sur cette terre désolée, condamnée à végéter dans cet état de mort.

Un jour, quatre des créatures les plus majestueuses qui aient jamais existé atteignirent ce lieu sans existence. Nul ne sait d’où elles venaient. Nul ne connaît leur origine. Ces êtres étaient aussi mystérieux que fascinants. Deux femelles et deux mâles composaient le clan. Il est certain qu’ils n’étaient pas de la même fratrie, malgré le fait qu’ils possédaient des attributs physiques similaires.

Leurs corps massifs, recouverts d’épaisses écailles, reposaient sur quatre robustes pattes. Une énorme queue ornée de piquants contrebalançait un massif cou écailleux où trônait fièrement une tête dotée de deux puissantes mâchoires. En dépit de cette ressemblance frappante, il était aisé de les distinguer.

La première femelle se nommait Ecailles-de-Pluie, imposante dragonne aux écailles et à la peau couleur perse. Ses yeux vairons lui donnaient un regard sévère et doux à la fois.

La seconde, à la robe brune comme l’écorce d’un vieux chêne, portait le nom de Griffes-Fertiles.

Le premier des deux mâles, appelé Brasier-Ardent, était recouvert d’écailles cramoisies teintées de bordures noires.

Le dernier membre du clan était connu sous le nom d’Ailes-du-Souffle. Une robe translucide et scintillante permettait à la fois de voir à travers son gigantesque corps, et d’y contempler son propre reflet, à l’instar du cristal le plus pur.

Ils survolaient la Terre-sans-vie dans l’obscurité depuis des jours lorsqu’ils prirent la décision de faire une halte. Éreintés de voler à l’aveugle depuis si longtemps, les quatre compagnons sombrèrent plusieurs heures dans un profond sommeil.

Brasier-Ardent fut le premier réveillé. De sa voix caverneuse, il tira ses compagnons e leur somnolence « Il fait constamment noir ici ! C’est à devenir fou ! ». Pendant que ses deux autres congénères tentaient de calmer Brasier-Ardent, Ailes-du-Souffle se gratta le flanc avec sa patte arrière. Des dizaines d’écailles se détachèrent sous la puissance des griffes. Le dragon les rassembla en un petit tas, puis se mit à battre des ailes à un rythme régulier. Entraînées par le courant d’air, les écailles s’élevèrent vers les nues dans un gracieux mouvement de circonvolution. De pâles scintillements illuminèrent faiblement le firmament obscur, projetant une faible mais rassurante aura sur les ténèbres. La plus grande des écailles brillaient plus fortement que les autres, permettant aux dragons de distinguer les alentours. Ainsi naquirent les étoiles et la lune.

« C’est déjà mieux, mais cela ne suffira pas à dissiper les ombres » grommela Brasier-Ardent. Il prit une profonde inspiration et gonfla son poitrail de manière spectaculaire. Une boule se forma et remonta le long de sa gorge. Brasier-Ardent la garda prisonnière de sa gueule quelques instants avant de la régurgiter vers le ciel. La lumière fut bien plus puissante et chaude que celle projetée par les étoiles et la lune. Lorsque le globe de feu atteignit la voute céleste, le noir d’encre se dissipa pour laisser place à un ciel teinté de gris. Ce fut la création du soleil.

Grâce à cette clarté nouvelle, les dragons prirent conscience de la désolation qui régnait sur ce monde. Hormis leur respiration, le silence le plus total les enveloppait dans un cocon isolé de l’univers extérieur.

Griffes-Fertiles gratta le terrain devant elle du bout de sa patte. Ici, l’absence complète de vie se vérifiait également sous la terre. Le sol était stérile. La créature enfonça l’une de ses griffes dans la terre. Les veines de la dragonne enflèrent jusqu’à saillir sur sa patte. Ecailles-de-Pluie, Ailes-du-Souffle et Brasier-Ardent observèrent le sang circuler, témoin de la vitalité qui animait leur compagne. Le sang afflua soudainement et abondamment vers la pointe de la griffe d’où jaillirent quelques gouttes. Au lieu de former une flaque, le sang se répandit. De nouvelles veines, indépendantes de la dragonne, se dessinèrent dans son sillage, formèrent un réseau complexe sur plusieurs mètres. Elles se contractèrent et se dilatèrent avec force jusqu’à creuser des sillons d’où émergèrent de fines pousses vertes. Leur croissance fut aussi brève que rapide, car même si Griffes-Fertiles avait insufflé un frémissement de vie, le sol était bien trop sec pour que celle-ci s’y développe. La dragonne lança un regard en coin à Ecailles-de-Pluie qui se contenta d’acquiescer, sans mot dire.

Tout en dépliant ses ailes, qui révélèrent sa gigantesque envergure, la dragonne s’ébroua. Ses écailles libérèrent des volutes d’eau dans les airs qui retombèrent en une fine bruine. Le terrain se tinta furtivement de tâches, pressé de se désaltérer pour la première fois. Ecailles-de-Pluie répéta ses mouvements jusqu’à ce que le sol soit à la limite de la saturation. Les boutures de Griffes-Fertiles grandirent jusqu’à atteindre la taille d’une patte de dragon. Les premières branches fleurirent, et ainsi les premiers arbres prirent racines.

Façonner la terre de cette manière était harassant, même pour des créatures aussi vigoureuses. Mais les dragons possédaient un immense pouvoir, intarissable, capable de répandre la vie de façon prodigieuse. Leur souffle. De la gueule d’Ailes-du-Souffle déferlaient les plus violentes tempêtes. Ecailles-de-Pluie répandait l’eau comme mille geysers. D’une simple expiration, Griffes-Fertiles pouvait transformer un désert en un sol généreux. En créant le soleil, Brasier-Ardent n’avait révélé qu’une infime partie de son talent de cracheur de feu. Les quatre dragons ne maîtrisaient pas les Éléments, ils les incarnaient. Ils étaient les Eléments. Plus tard, certains les baptisèrent les Élégons.

Les dragons décidèrent d’insuffler les Éléments sur la Terre-sans-vie et de créer ses paysages.

Ecailles-de-Pluie fut la première à prendre son envol et à propager son pouvoir. Les flots jaillirent se déversèrent de sa gueule, inarrêtables, sur toute la terre morte. Le sol aride absorba l’eau jusqu’à satiété. L’irrigation réparait les dégâts passés. Lorsque la terre eut bu tout son soûl, le surplus d’eau se déversa dans les crevasses restantes, donnant ainsi naissance aux rivières. Juste sous le souffle d’Ecailles-de-Pluie, l’eau déferla avec une telle abondance que la terre fut incapable de l’assimiler, créant ainsi une immense flaque jusqu’aux confins de la Terre-sans-vie. Ainsi scintilla la mer pour la première fois. A la lumière du soleil, sa surface bleutée se refléta sur le ciel qui se para de la même robe, abandonnant sa teinte terne et grisâtre.

Le soleil et la lune commencèrent leur course sans fin, la nuit faisant place au jour dans un cercle vertueux et régulier. Le paysage demeurait cependant sans relief.

Griffes-Fertiles, Ecailles-de-Pluie et Ailes-du-Souffle s’élevèrent vers le firmament et lancèrent leurs souffles déchaînés vers la terre. Les trois éléments s’entremêlèrent en une tresse étincelante. L’impact fut si violent que des milliers de particules furent projetées dans les airs, et s’assemblèrent autour des souffles liés. Après trois jours et trois nuits entières, Brasier-Ardent contempla les premiers massifs montagneux. Les hautes cimes étaient recouvertes d’une épaisse couche blanche et solide que rien ne pouvait faire fondre, excepté son propre souffle.

Piqué dans son orgueil par la création de ses semblables, il allia lui aussi son souffle avec celui de Griffes-Fertiles. Les deux éléments combinés produisirent le même phénomène et donnèrent naissance à des monts vertigineux. Brasier-Ardent entreprit son action avec une telle passion que la terre retenue dans les entrailles des monts entra en fusion et jaillit à leurs sommets. Cette substance fut l’œuvre la plus puissante du dragon, témoin de sa colère et de sa verve.

Les Élégons stoppèrent leur action pendant quelques temps, laissant leurs conceptions interagir et concevoir les cycles réguliers connus par la suite sous le nom de saisons. La beauté créée était sans égal. La nature sauvage ondoyait et n’attendait plus que d’être occupée.

Après plusieurs cycles, de nouvelles créatures firent leur apparition. La vie n’était plus seulement minérale ou végétale. Les animaux terrestres prirent possession des forêts. D’autres dotés d’écailles, moins robustes que celles de leurs géniteurs, grandirent et peuplèrent rivières et océans. Oiseaux de toutes tailles batifolèrent dans le ciel en compagnie des dragons. Ces derniers avaient insufflé une partie d’eux-mêmes à la terre inféconde pour en faire un havre de paix et de beauté.

Bien des siècles plus tard, naquit une nouvelle espèce bipède, les Humains, seule race à avoir hérité du don de paroles des dragons. Les Élégons, intrigués par cette nouvelle forme de vie, leur rendirent visite. Les contacts furent courtois et les Humains édifièrent des temples à la gloire de ceux qu’ils considéraient comme leurs créateurs. Ils donnèrent également à la terre autrefois sans vie le nom de Neljän-Maa, la Terre des Quatre, en hommage à ceux qui l’avaient façonnée. Ils refusèrent cependant le statut de Dieux proposé par les Humains. Les Quatre n’étaient pas vaniteux et se considéraient simplement comme les protecteurs de leur création et de tous les êtres qui y vivaient.

L’Harmonie était établie et régna ainsi sur Neljän-Maa des millénaires durant. Les Elégons vieillirent, et voyant que la symbiose ne pouvait être troublée, décidèrent de se retirer.

Ecailles-de-Pluie plongea au plus profond de l’océan. Griffes-Fertiles creusa un profond tunnel et se reposa au cœur de la terre. Ailes-du-Souffle se dissimula parmi les nuages, tandis que Brasier-Ardent s’accorda du repos au sein des monts cracheurs de feu.

Quelques années seulement après la mise en sommeil des dragons, les évènements prirent une tournure inattendue, qui allait bouleverser la douceur de vivre de Neljän-Maa…

Ne voyant plus les dragons, les descendants des premiers Humains commencèrent à mettre en doute leur existence. Certains prétendirent même que ce fut leurs ancêtres qui avaient créé toute chose et que la Terre des Quatre portait ce nom en mémoire des quatre premiers Humains. Ceux qui connaissaient la vérité, contrairement à leurs semblables, continuèrent d’entretenir le culte des Élégons. D’autres, plus viles encore, feignirent de rejoindre les croyants, dans le seul but de débusquer les dragons, de les anéantir, et de s’attribuer seuls les mérites des illustres créatures.

L’un des plus hauts temples dédiés aux Élégons se situait sur la colline du Hacken. Niché à plus de 340 mètres de hauteur, et cerclé d’une forêt luxuriante, l’édifice avait été choisi par les fêlons pour un simulacre de rituel d’invocation des Quatre. Un orage dantesque sévissait en cette nuit du solstice d’été. La foudre omniprésente permettait de profiter du panorama de l’éminence comme en plein jour. Les marronniers en fleurs trônant au sommet étaient balayés par les vents. Ces arbres en apparence infrangibles menaçaient pourtant de rompre sous la violence de la tempête.

Une ombre et masqua un instant la clarté offerte par les éclairs. D’un battement d’ailes majestueux, les dragons avaient fait leur apparition dans le ciel déchaîné, répondant à l’appel des traîtres après des siècles de sommeil.

Lorsque les Élégons atterrirent, les Humains feignirent une révérence respectueuse. Les dragons s’inclinèrent à leur tour. C’est alors que les insurgés mirent à exécution leur terrible plan subversif. Ils attaquèrent simultanément les dragons, les empêchant ainsi de se venir en aide.

Une volée de flèches tirée par des archers dissimulés dans la forêt transperça Griffes-Fertiles. Les pointes avaient été enduites d’essence de belladone, de muguet et de ciguë. Les yeux de la belle dragonne se voilèrent, sans que celle-ci n’ait pu esquisser le moindre mouvement de riposte. Elle poussa un cri de douleur qui mourut dans sa gorge déjà asséchée par le poison. L’air n’effleurait plus ses poumons de sa douce caresse. Son corps tout entier se contracta et la majestueuse femelle asphyxiée mourut en s’écrasant contre un marronnier. L’arbre fût déraciné sous son poids. Sournois et ingrats, les Humains avaient retourné et utilisé la beauté des plantes nées de la griffe de la dragonne contre elle.

Telle une nuée de mouches tournoyant autour d’une charogne, une armée de fêlons se précipita sur Ailes-du-Souffle. Ils entravèrent ses mouvements à l’aide de solides chaînes. Malgré le peu de forces qui lui restaient du fait de son grand âge, le dragon décima une centaine d’assaillants à l’aide de sa mâchoire. Une seule de ses dents valait plusieurs dizaines de lames. Malgré cette résistance acharnée et héroïque, des Humains portèrent nombre de coups de haches sur ses ailes. Telles des branches élaguées, elles furent impitoyablement et cruellement tranchées. Les derniers agresseurs transpercèrent à coups de lances et de fourches les écailles scintillantes qui avaient autrefois illuminé les nuits noires du monde.

Brasier-Ardent fut évidemment le plus féroce au combat. Il déchaîna une fureur incomparable et un feu destructeur sur les immondes agresseurs. Il tenta de percer leurs lignes et de venir au secours de ses compagnons qu’il voyait tomber l’un après l’autre. Mais les assaillants étaient trop nombreux. Chaque mort paraissait être remplacé par deux nouveaux ennemis. Tandis qu’il était aux prises avec les insurgés, l’un d’eux s’approcha de lui par derrière et se glissa subrepticement entre ses pattes. Il prit soin de suivre les mouvements du dragon pour ne pas être écrasé. Lorsqu’il fut enfin immobile, il tira une lame de son fourreau. Ce n’était pas une lame ordinaire, faite d’acier et de fer. Elle avait été assemblée dans les montagnes, au plus profond des cavernes de glace. Une glace froide, intense et pure, qu’aucun feu ne pouvait faire fondre. L’homme empoigna l’arme à deux mains, et d’un geste précis, traversa l’armure brûlante de Brasier-Ardent. De la vapeur s’échappa de la plaie, mais la lame conserva sa forme froide et solide. Le dragon poussa un hurlement terrifiant et s’ébroua pour se défaire de son adversaire; mais celui-ci tint bon et enfonça plus profondément la lame dans la poitrine de sa victime. D’un dernier coup sec, il poussa la garde jusqu’au poitrail du dragon. La lame atteignit le cœur de Brasier-Ardent, qui explosa, libérant un torrent de feu qui fit fondre l’arme, ainsi que le corps de son détenteur.

Ainsi s’éteignit la flamme qui avait éclairé et réchauffé Neljän-Maa.

Contrairement à ses congénères, Ecailles-de-Pluie ne fût pas attaquée de front. Assister impuissante à la mise à mort de ses pairs provoqua une rage incontrôlable en elle. Acculée aux murs du temple, sans possibilité de fuite, la dragonne cracha des trombes d’eau diluviennes qui submergèrent ses agresseurs. Nombre d’entre eux périrent par noyade. Leurs corps furent emportés par des cascades de boue jusqu’au pied du promontoire. Une partie de la forêt environnante, balayée par les flots. La dragonne pataugeait sur le sol détrempé au milieu des cadavres pour annihiler les survivants à coups de griffes. Dans sa frénésie, elle ne remarqua pas que l’orage avait gagné en intensité. Chaque dragon lâchement assassiné semblait attiser le déchaînement de la foudre. Ce signe d’apparente condamnation du ciel fît malheureusement le jeu des traîtres.

Un éclair gigantesque, le plus grand éclair jamais vu, fendit le ciel, frappa l’Élégon et la traversa de part en part. La foudre brûla le corps d’Ecailles-de-Pluie de l’intérieur. A l’extérieur, la chaire roussie exhalait une odeur fétide et se couvrit d’atroces cloques. La douleur fût aussi insoutenable qu’instantanée. Dans un dernier soupir, Ecailles-de-Pluie s’effondra.

Un silence pesant se posa sur les derniers fêlons encore debout…

En cet instant, ils avaient dompté et maîtrisé les Eléments. En éliminant les Élégons, ils venaient de légitimer leur version des faits. Plus personne n’oserait s’opposer à eux.

Dès le lendemain, la nouvelle de la mort des Quatre parcourut les rangs des Humains loyaux envers les dragons. Ses derniers quittèrent Neljän-Maa, pour ne plus jamais y revenir. Ils savaient que les dissidents imposeraient leur croyance et n’hésiteraient pas, pour cela, à anéantir quiconque se mettrait en travers de leur marche vers le pouvoir.

Dans la poussière de leur fuite, les fidèles laissèrent le bruissement d’une rumeur se répandre. Du haut de sa retraite céleste, Ailes-du-Souffle aurait observé toutes les intrigues des traîtres et aurait secrètement averti ses compagnons. Tous âgés de plusieurs millénaires, les dragons savaient leur fin proche. Ils acceptèrent le sort que les Humains leur réservaient. Ils auraient confié à quatre dévoués partisans le soin de cacher et de veiller sur quatre œufs… Les quatre œufs sommeilleraient, jusqu’au jour du châtiment des usurpateurs. Ce jour de l’Apocalypse marquerait également la renaissance de Neljän-Maa, telle qu’elle avait été au commencement, telle qu’elle avait été créée par les dragons. Harmonieuse et paisible.

Nombreux sont ceux partis à la recherche des œufs. Certains dans l’espoir d’échapper à leur punition, d’autres pour que justice soit rendue. Jusqu’à nos jours, aucun n’a retrouvé la trace des héritiers des Élégons…


Texte publié par Alcée Levantin, 7 janvier 2024 à 11h52
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