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tome 1, Chapitre 16 « Éveil » tome 1, Chapitre 16

Lorsqu'elle pénétra dans le grand hall, quelque chose changea dans l'atmosphère. Un parfum s'égara dans la pièce, la luminosité devint légèrement bleutée, et un éclat de lune frappa les vitres du Palais. Atarillë se mit à fredonner un air que certains reconnurent comme une chanson très ancienne. Hine esquissa un sourire. Sans doute la jeune femme ne se rendait-elle pas compte qu'elle chantait dans une langue qu'elle connaissait jadis, mais que son amnésie avait enfouie dans un coin de sa mémoire. Autour d'elle, un fin halo de lumière l'entourait, d'une douce couleur argentée. Sa longue chevelure rousse flottait et dansait sur ses épaules. Aloysius l'observait avec la bouche grande ouverte, Belladona se laissait bercer par la mélodie et Aphrodite se rapprocha de la demoiselle qui semblait perdue dans un songe.

Délicatement, la déesse de l'amour plaça ses mains sur les joues rosées d'Atarillë. À cet instant, le paysage changea autour d'elles. Les autres n'étaient plus là, de même que les fabuleux murs de cristal, les décorations fastueuses, les objets d'art. Il n'y avait plus qu'une vaste prairie, baignée par le halo lunaire et la nuit souveraine. La Voie lactée dansait dans le ciel, enrobée d'un voile astral. La douce musique de l'eau tintait à leurs oreilles. Atarillë jura avoir déjà vu cet endroit dans un rêve, elle reconnut Aphrodite comme l'une des deux éternelles muses qui la suivaient dans ses songes.

— C'était donc vous?

La voix de la jeune femme était comme un souffle, un léger murmure qui demeurait parfaitement audible pour la déesse. Aphrodite esquissa un doux sourire et opina de la tête, sans un mot. D’un geste de la main, elle fit changer le paysage.

Des voilages blancs dansaient sur une scène d’intérieur. Un grand salon décoré de colonnades, de plantes grimpantes et de coussins multicolores tintait cet endroit de couleurs chaudes. Une jeune demoiselle ressemblant à Atarillë tourbillonnait, en compagnie de deux jeunes filles, l’une blonde, l’autre brune. Elles portaient toutes les trois des robes vaporeuses, blanches et brodées d’or et d’argent. Aphrodite se trouvait assise sur une pile d'édredons, couvant d’un œil maternel les demoiselles. Aphrodite s’affairait à manipuler des perles noires entre ses doigts, les enfilant avec précision sur un fil argenté. La petite rousse vint vers elle, l’enlaçant. La déesse de l’amour la serra contre elle avec douceur. L’image finit par se brouiller, pour laisser place à des nuages.

Des cris se firent entendre. Le voile vaporeux de la mousseline céleste se colora de rouge. La vision devint plus nette et un champ de bataille apparut sur la scène éphémère du rêve qui emportait sa psyché loin de tout. Des milliers de cadavres jonchaient le sol. Des elfes, des nymphes aux feuillages noircissent par les flammes, des maîtres nains aux harnois explosés. D’un seul coup, un projectile auréolé de foudre fonça droit sur elle et dans un bond prodigieux, elle réussit à l’esquiver de justesse. Aphrodite n’était plus là. Elle la cherchait désespérément du regard, angoissant de voir autant de sang, autant d’horreur. Elle était passée de la douceur à la guerre la plus infâme. Soudain, son regard se figea.

Devant elle se dressait une femme, au visage identique au sien. Sa longue chevelure rousse en bataille volait à la légère brise enfumée d’odeur sanguine. Son armure était tachée de sang, tout comme son faciès portant les stigmates du traumatisme face à tant d’horreur. De chaudes larmes coulaient sur ses joues. À ses pieds gisaient des corps de trolls, ces êtres gigantesques, désarticulés, couverts de mousse et de roche. Une mélodie mélancolique vint tinter à ses oreilles. Sa gorge se serra et elle ferma les yeux, assaillie soudainement par un flot de sentiments oppressants. La culpabilité, la haine, le chagrin venaient hurler à ses tympans. Atarillë ouvrit la bouche, criant pour faire taire toutes ces voix qui l’engluaient. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle était de retour au palais.

Clignant doucement des yeux, la jeune femme prit le temps d’observer ce qui l’entourait. Aphrodite était tout près d’elle, plongeant ses iris d’un bleu azur dans les siennes. Belladona se rapprocha vivement, prise d’inquiétude, et Hine et Perséphone analysèrent la situation plus à l’écart, semblant imperturbables. Aloysius accourut vers elle également et très vite elle se sentit encerclée.

— Je vais bien. Juste, des souvenirs.

— Elle continue à avoir des réminiscences d'autrefois, intervint Aphrodite, c’est une bonne chose, mais cela sera difficile à encaisser.

— C’était horrible. Je suis passée d’une scène paisible d’enfance à une scène de guerre avec des trolls...

Aloysius esquissa une moue peinée, baissant la tête.

— J’aurais aimé, ma Reine, que vos premiers souvenirs ne soient pas liés à cette période sombre du royaume.

— Je...je devais le voir. Il faut que je comprenne.

Une étincelle brilla dans les prunelles vertes d’Atarillë. Elle semblait déterminée. Quelque chose avait changé en elle. Cette vision fut comme un déclic. La reine ne pouvait plus faire marche arrière, elle n’avait plus l’utilité de se raccrocher à sa vie humaine remplie de lambeaux d’amertume. Elle n’avait qu’une envie désormais, retrouver tous ses souvenirs et mettre fin à l’invasion des Cauchemars.

— Tu ferais mieux de te reposer, intervint Hine d’une voix étonnamment calme.

La jeune femme croisa son regard et opina doucement. Tournant doucement son visage, elle semblait chercher ses repères dans ce nouveau château pourtant identique au précédent. Belladona et Aphrodite la guidèrent alors jusqu’à sa chambre, laissant les autres dans le grand hall.

Aloysius poussa un long soupir, observant Hine et Perséphone qui se contentaient de fixer le plafond avec une fascination feinte.

— Divines Déesses de la mort, commença-t-il sur un ton protocolaire, avez-vous une idée pour la suite des événements?

Hine esquissa un sourire énigmatique, posant ses yeux sur le mage à la corne noire.

— Les choses suivront leurs cours, et je verrais avec Aphrodite pour les archives.

— Vous pensez braver la volonté d’Ereshkigal?

La déesse polynésienne se mit à rire, d’un éclat étrangement inquiétant. Aloysius ravala sa salive, imaginant le pire qui pouvait provenir de son esprit calculateur. Il savait qu' Hine aimait les défis.

— Elle n’est pas la seule à décider aux enfers et j’ai toujours une idée derrière la tête.

Il retint un énième soupir. Leurs aventures rocambolesques ne faisaient que commencer.


Texte publié par PersephonaEdelia, 8 novembre 2023 à 22h19
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