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tome 1, Chapitre 12 « Séjour dans une capitale impériale » tome 1, Chapitre 12

Une douce odeur d'encens, légèrement épicée, titilla les narines de Seven et le réveilla progressivement. L'assassin ouvrit lentement et péniblement les yeux, émergeant peu à peu du profond sommeil dans lequel il s'était plongé. Le regard confus tourné vers le plafond, il remarqua que celui-ci était peint dans une couleur dorée, et décoré avec plusieurs drapés aux motifs colorés disposés de façon ordonnée. Ces éléments combinés conféraient une allure à la fois chaleureuse et majestueuse au lieu.

« Je suis où, là ? » se demanda le jeune homme en balayant rapidement la pièce du regard. Il se trouvait dans une immense chambre, belle, bien aménagée, ayant des allures presque royales.

« Tu es enfin réveillé ? » demanda tout à coup une voix d'homme que Seven n'avait jamais entendue auparavant. En tournant sa tête vers sa gauche, il remarqua la présence d'un jeune Xenois assis sur un fauteuil, installé près du lit sur lequel reposait l'assassin. Cette personne ressemblait étrangement à Shira. Mais contrairement à ce dernier, il se révélait bien plus grand et ses traits semblaient un peu plus matures. Aussi, ses cheveux noirs étaient plus longs et partiellement tressés en plusieurs petites nattes lui arrivant au milieu du dos. Cet homme dégageait beaucoup de prestance et de charisme, en plus d'inspirer confiance à vue d'œil.

« Qui êtes-vous ? Où sommes-nous ? Et où est Shira ? demanda l'alité en constatant que le prince Xenois n'était pas présent dans cette pièce avec lui.

— Je me nomme Ashure, prince héritier de l'empire de Xen. Nous sommes dans une chambre de notre palais impérial, à Xenati. Quant à mon jeune frère, il est probablement avec nos parents en ce moment. Mais il se porte bien, ne t'en fais pas. »

Seven observa le dénommé Ashure. Il s'agissait donc du frère aîné de Shira ? Il était vrai que la ressemblance entre les deux était visible, même si le cadet possédait des traits bien plus juvéniles. Le tueur du Mortem Regis ne put s'empêcher de s'interroger sur la différence d'âge entre les deux frères. Mais il n'osa pas poser la question à son hôte.

« Je vois... » se contenta-t-il de répondre en observant les vêtements qu'il portait. Ce n'étaient clairement pas les siens. On l'avait revêtu d'une simple tunique Xenoise brune, avec un pantalon assorti. Face à son étonnement devant un tel accoutrement, le prince héritier lui expliqua d'un sourire bienveillant :

« Tes vêtements étaient sales et amochés. J'ai donc demandé à nos serviteurs de te les enlever et de les laver. Tu étais dans un piteux état, toi aussi. Alors nos serviteurs t'ont également lavé, avant de t'enfiler les habits que tu portes à présent.

— Ils m'ont... lavé ? » répéta Seven en écarquillant les yeux de stupéfaction. Face à une telle réaction, Ashure ne put s'empêcher de rigoler gentiment.

« Personne n'a profité de ton sommeil pour te mater, si c'est cela qui t'inquiète ! »

L'alité ne savait pas s'il devait être rassuré par de telles paroles ou non. Mais il oublia rapidement sa gêne en demandant au frère de Shira où se trouvaient ses armes et ses affaires personnelles. Ashure lui répondit qu'elles étaient rangées dans une armoire se trouvant à proximité, et assura que personne n'y avait touché depuis. Intérieurement soulagé, Seven afficha un léger sourire.

« Vous en avez fait trop pour moi, Votre Altesse.

— Tu as sauvé la vie de Shira et l'as escorté jusqu'ici en bonne santé. C'était la moindre des choses ! Et tu peux m'appeler Ashur. Pas besoin d'être aussi formel avec moi ! »

L'employé du Mortem Regis semblait troublé par la générosité et la gentillesse dont faisait preuve l'aîné de Shira. À croire qu'un tel comportement exemplaire était de famille !

« Très bien, Ashur. » répliqua Seven avant de sortir du lit. Le prince héritier Xenois lui conseilla de ne pas faire trop d'efforts après toutes les péripéties qu'il avait vécues pour arriver jusqu'à Xenati. Mais l'assassin assura qu'il allait bien et qu'il n'y avait plus de quoi s'inquiéter à son sujet.

Finalement, les deux jeunes hommes quittèrent la chambre, et traversèrent l'un des nombreux et longs couloirs du palais impérial. Seven, tout en suivant Ashur, contempla ce lieu à la fois gigantesque, lumineux et beau à voir. Ce n'était pas la première fois qu'il mettait les pieds dans un palais souverain, mais jamais il n'avait eu l'occasion d'en visiter un de jour et sans intention d'assassinat. Il se sentait comme un insecte, tant les murs du monument s'élevaient très haut. Ces murs dorés se voyaient décorés de grands drapeaux et de rideaux sur lesquels figurait l'emblème de Xen. Celui-ci représentait deux croissants de lune, bruns sur fond beige, agencés l'un dans l'autre, et enfermant en leur sein une petite flamme. Ou une petite larme ? Seven ne savait pas trop ce que ce symbole représentait réellement. Mais il ne chercha pas à en savoir plus pour autant. Ses yeux se posèrent ensuite sur le sol carrelé éclatant, recouvert partiellement d'un tapis de la même couleur que le fond du drapeau Xenois.

« Si jamais tu te sens perdu parmi l'immensité de cette demeure, n'hésite pas à demander à nos serviteurs ou à nos gardes de te guider, conseilla Ashur en souriant, tirant l'autre de ses pensées.

— D'accord. » répliqua simplement le concerné en le regardant, avant d'observer devant eux. Une immense porte semblant faite d'or massif venait de s'ouvrir sur ordre du prince, et déboucha sur ce qui ressemblait à la salle du trône. À l'image de la chambre et des couloirs, cette partie du palais était gigantesque et transpirait la richesse et la majestuosité. Plusieurs larges colonnes étaient symétriquement disposées de part et d'autre de l'allée centrale menant directement jusqu'au trône, lui aussi en or, et décoré de plusieurs joyaux rouges.

Un petit groupe de personnes occupait déjà dans cette salle, debout non loin du siège impérial. Parmi elles se trouvait Shira. Il tenait une canne dont il servait probablement pour marcher correctement suite à l'entorse qu'il s'était faite la veille. Devant lui, se présentait un homme baraqué d'âge plutôt mûr, aux cheveux mi-longs noirs en bataille. Il portait une tenue à la fois élégante et exotique, dont le haut laissait entrevoir son torse saillant. Une femme aux longs cheveux noirs coiffés en une tresse, et dans une belle tenue de danseuse rouge qui mettait sa poitrine généreuse en valeur, l'accompagnait. Tous deux étaient Xenois, comme Shira et Ashur. S'agissait-il de leurs parents ? Voyant le prince hériter s'avancer en compagnie de Seven, le trio se tourna vers eux en souriant chaleureusement.

« Seven ! » s'exclama joyeusement Shira en avançant vivement vers lui, s'aidant de sa canne pour se mouvoir correctement. Le jeune assassin afficha un léger sourire face à autant d'enthousiasme de sa part :

« Je constate que ta cheville va mieux.

— Ceux qui m'ont soigné m'ont dit que j'ai eu beaucoup de chance ! Après, ils m'ont conseillé de ne pas trop forcer dessus, pour que la guérison soit rapide et efficace.

— Voici donc le jeune garçon qui t'as conduit jusqu'ici ? demanda alors la femme en s'approchant de Seven pour le contempler de plus près. C'est un bien bel homme que nous avons là ! »

Devant un tel compliment, Seven prit un air un peu gêné. Et cet embarras s'accentua de manière considérable lorsque ses yeux se posèrent sur les formes bien marquées de cette Xenoise. L'assassin ne put s'empêcher de rougir légèrement et tourna brusquement la tête pour regarder ailleurs, ce qui amusa la dame. S'ensuivit alors les présentations de ce petit monde, faites par Shira.

« Voici notre mère, l'impératrice Shante. Et lui, c'est notre père, l'empereur Edeus. » continua-t-il en désignant l'homme présent à ses côtés. Seven avait donc vu juste. Ces deux personnes étaient les parents des deux princes de Xen. Histoire de se faire bien voir aux yeux de cette famille impériale, le tueur s'inclina avant de s'adresser à eux, non sans une certaine hésitation.

« Euh... C'est un honneur... de faire votre connaissance... Vos Majestés ? »

Le pauvre jeune homme paraissait nerveux. N'ayant pas l'habitude d'être reçu de la sorte chez des personnes de sang royal ou impérial, il ne savait pas vraiment comment s'adresser, ou se comporter correctement avec eux. Et cela fit gentiment rire toutes les personnes présentes dans la salle, que ce soit la famille impériale ou les quelques gardes environnants.

« Voyons mon garçon, redresse-toi ! lui ordonna Edeus en croisant les bras, un sourire bienveillant aux lèvres. Ce serait plutôt à nous d'être heureux de rencontrer celui qui a aidé et sauvé notre plus jeune fils.

— Euh... Votre fils... Je veux dire, Son Altesse... Il m'a sauvé le premier, vous savez ? répliqua Seven en se redressant, un sourire nerveux aux lèvres. J'avais une dette envers lui... Je voulais simplement la rembourser. »

Les membres de la famille impériale semblaient plus que reconnaissants envers l'assassin. Shira l'était également et se disait qu'il n'aurait sans doute jamais pu revenir chez lui, si sa route n'avait pas croisé celle du plus grand. Pour remercier Seven d'un tel service rendu, l'empereur Edeus l'invita à séjourner au palais pendant le temps qu'il voulait. Cependant...

« Désolé, mais je... je ne peux pas accepter une telle offre, refusa l'homme à la tunique verte. C'est... vraiment généreux de votre part et j'apprécie une telle proposition. Mais j'ai des choses à faire qui ne peuvent pas attendre...

— Tu es vraiment sûr de ne pas vouloir rester ? insista Shante. Shira fêtera son anniversaire dans deux jours ! Ta présence à cet événement serait plus que la bienvenue. »

Le manieur de dagues hybrides tourna quelques instants sa tête en direction du deuxième prince. Rester jusqu'au jour des dix-sept ans de Shira ferait probablement plaisir à celui-ci et à sa famille. Mais Seven leur expliqua qu'il ne pouvait pas attendre aussi longtemps avant de partir.

« Reste au moins jusqu'à demain, lui proposa Shira en s'approchant de lui. Ça te permettra de te reposer suffisamment, avant de reprendre ta route. »

Au fond de lui, l'assassin poussa un profond soupir. Décidément, ce nabot se montrait têtu ! Et sa famille semblait l'être tout autant ! Mais d'un autre côté, il était vrai qu'une journée de repos ne lui ferait pas de mal, surtout après l'éprouvant voyage effectué la veille à travers le désert nocturne. Adressant cette fois un léger sourire sincère à ses hôtes, il répondit :

« Très bien. Je veux bien rester ici aujourd'hui. Mais demain, de bonne heure, je devrai m'en aller.

— Si tel est réellement ton souhait, nous ne te retiendrons pas demain. En tout cas, te voir rester ici en ce jour nous fait réellement plaisir. » affirma Edeus en se rapprochant pour poser sa main sur l'épaule de Seven. Celui-ci se sentait tout petit devant l'imposante carrure de l'empereur Xenois. D'ailleurs, malgré ce physique costaud qui pourrait faire penser à une brute, l'assassin était surpris de découvrir un homme bienveillant chez ce souverain.

Comment Xen et Vegario pouvaient-ils être en conflit alors que l'empereur Edeus semblait généreux et sympathique, et que le roi Aeren était réputé pour être sage et pacifique ? Comment pouvait-on accuser aussi facilement le père de Shira pour le meurtre du prince Aelan ? Seven ne savait pas comment le boss s'y était pris pour provoquer cela, mais cela faisait du Mortem Regis un véritable manipulateur des esprits de la population de Kaärann. Et le jeune homme n'aimait vraiment pas cet aspect. Alors que l'empereur s'était reculé de lui, Shira s'approcha à son tour pour saisir la main de l'assassin, un grand sourire aux lèvres.

« Je vais faire un tour en ville. Ça te dit de venir avec moi ?

— Euh... » hésita Seven dans un premier temps, tandis qu'il regardait Edeus, puis Shante, avant de se tourner vers Ashur.

« Une visite guidée à Xenati par le second prince de Xen n'est pas une offre qu'on propose à n'importe qui, sourit le frère aîné de Shira. Et je pense que notre capitale va te plaire.

— Dans ce cas... C'est d'accord. » finit par accepter le concerné, alors que Shira le traînait déjà vers la porte.

« Alors on y va ! Tu vas voir : Xenati est vraiment une superbe cité ! affirma fièrement le plus jeune des princes.

— Hé, doucement quand même ! s'écria Seven, surpris de se faire tirer de la sorte.

— Papa, Maman, Ashur, nous nous reverrons plus tard !

— Amusez-vous bien ! » leur souhaita l'impératrice Shante, se retenant de rire devant l'attitude joyeuse de son fils, alors que celui-ci venait de quitter la salle du trône avec le plus grand. Edeus sourit en croisant les bras.

« Notre cher fiston a bien changé en quelques semaines. Jamais je ne l'avais connu jovial à ce point !

— L'épopée de Rhaj a dû lui faire beaucoup de bien, supposa Shante. Et puis, c'est la première fois que je le vois se faire un ami. Sa joie est plus que légitime.

— Surtout que Seven m'a l'air d'être quelqu'un de bien et de fort, bien qu'un peu timide. » confia Ashur. Le couple impérial approuva les dires de leur fils aîné, avant de se séparer pour vaquer à leurs occupations chacun de leur côté.

*

Au même moment, Othéo parcourait les grandes plaines de Grendia à dos de cheval, en direction de Vegario. Il pouvait voir à l'horizon les arbres de la nation des forêts s'élever. Il avait hâte de retrouver sa fille aînée à Rhéa, et n'hésitait pas à ordonner à son destrier d'accélérer son allure dans le but d'atteindre sa destination au plus vite. Mais quelque chose l'obligea à ralentir la cadence effrénée de sa monture, jusqu'à l'arrêter complètement. Un jeune homme blond aux cheveux courts, probablement âgé d'un peu plus d'une vingtaine d'années et installé sur un cheval noir, se tenait face au roi de Vopaqua. Il était accompagné d'une adolescente assise derrière lui, elle aussi blonde, avec de longs cheveux coiffés en queue-de-cheval. Quatre soldats, portant des armures aux couleurs de la république de Grendia, c'est-à-dire à dominance verte, les accompagnaient. Chacun aux commandes d'un cheval brun.

« Il n'est pas très courant de voir le souverain Vopaquin traverser seul les plaines de notre territoire, parla le jeune homme avec un léger sourire.

— Je ne pensais pas que nos routes se croiseraient aujourd'hui, Monsieur Léonard, répliqua Othéo, avant de regarder la jeune fille derrière lui. Mademoiselle Annette.

— J'en reviens pas qu'il nous ait reconnu, murmura Annette au plus grand.

— Que font les enfants du président en dehors de leur palais, avec aussi peu de soldats à leurs côtés ? leur demanda l'homme aux cheveux bleus, curieux. Depuis les récentes tragédies ayant frappé le continent, il n'est pas prudent de se promener de la sorte.

— C'est une remarque que je pourrais vous retourner sans problème, Sire Othéo, affirma Léonard, dont le sourire s'était élargi en prenant un air taquin. Quel bon vent vous amène sur nos terres pourtant si paisibles en ce jour ? »

Othéo fronça légèrement les sourcils. Non pas par méfiance, mais par agacement. Le fils aîné du président Grendien possédait une certaine arrogance qu'il n'appréciait guère. Et sa jeune sœur semblait assez prétentieuse à vue d'œil. Malgré le respect qu'il avait pour leur père, le président Edgard, le roi Vopaquin avait un peu de mal avec les enfants de celui-ci.

« Grendia n'est point ma destination, finit-il par répondre. Je ne fais que passer, pour me rendre à la nation des forêts.

— Vous y allez seul ? s'étonna Annette en haussant des sourcils. Sans même une escorte ?

— Avec tout le respect que je vous dois, votre Majesté, intervint le frère aîné de celle-ci en se retenant de rigoler, soit vous êtes inconscient des dangers rôdant sur ce territoire sylvestre, soit vous êtes complètement stupide.

— Ce n'est pas plus stupide que les enfants d'un chef d'état qui se promènent insoucieusement hors de leur demeure avec juste quelques gardes, alors qu'un roi et un prince des pays voisins se sont faits sauvagement assassinés.

— Surveillez-vous paroles envers Monsieur Léonard ! » vociféra tout à coup l'un des gardes à l'adresse d'Othéo. Mais le fils du président Grendien avait levé la main à son adresse pour lui faire signe de se taire.

« Je ne disais pas cela dans le but de vous offenser, répliqua-t-il à l'azur sans perdre son sourire. Les forêts Vegarionnes sont très dangereuses.

— Vous ne m'apprenez rien de ce côté-là.

— Ma foi, je pense que vous avez dû bien vous préparer, si votre souhait est vraiment de vous rendre là-bas. Mais si je peux me permettre : parfois, bien se préparer ne suffit pas. Il serait bête qu'un malheur vous arrive et que personne n'en soit au courant. Votre fille, la princesse Ewena, a eu beaucoup de chance d'atteindre Rhéa sans problème. Mais est-ce que vous aurez la même bonne étoile qu'elle ?

— Attendez un peu, l'interrompit Othéo d'un air suspicieux. Comment savez-vous, pour ma fille ? Vous l'avez rencontrée ?

— N'oubliez pas qui est notre père, répondit alors Annette. Ce n'est pas pour rien qu'il est le président du pays qu'on surnomme la Grande nation ! Il se tient au courant de ce qui se passe dans les autres contrées de Kaärann. D'ailleurs, il est en contact constant avec le roi Aeren. C'est lui qui nous a informés que votre princesse séjourne en ce moment chez lui. »

Othéo ne répondit pas. Mais il parut surpris. Edgard et Aeren en contact constant... Voilà une chose dont il n'était pas du tout au courant. Il ne savait pas si c'était une mauvaise chose, mais cela ne lui plaisait pas vraiment. Après quelques secondes de réflexion, le roi aux cheveux azur contourna le petit groupe avec son cheval, tout en s'adressant à lui une dernière fois.

« Si je peux me permettre quelques conseils à mon tour : rentrez chez vous, saluez Monsieur Edgard de ma part et surtout, mêlez-vous de vos affaires. »

Sur ces mots, il ordonna à sa monture de repartir au galop et reprit sa route en direction de Vegario, sous les yeux de Léonard et d'Annette.

« Non mais quel snob ! fit cette dernière, l'air las.

— Un peu de respect, ma sœur, lui conseilla son aîné. Il n'est peut-être pas l'homme le plus malin ou sympa qui soit, mais il reste tout de même le roi d'une des six nations de Kaärann.

— Dixit celui qui l'a traité de stupide... » murmura la fille, l'air boudeur.

*

La cité de Xenati resplendissait de par sa grandeur et sa beauté. Il y faisait certes chaud, mais l'ombrage offert par les palmiers qu'on pouvait croiser à certains coins de rues, ainsi que la présence de courants d'air et de petits cours d'eau traversant la capitale en long et en large, rafraîchissaient légèrement le lieu. Les nombreuses habitations en pierre et en argile étaient construites de manière ordonnée le long des ruelles, et s'élevaient entre un et trois étages. Néanmoins, le palais impérial, surplombé de son immense dôme, était le point culminant de toute la ville.

C'était la première fois de sa vie que Seven visitait cet endroit. Suivant le jeune Shira qui s'était improvisé comme guide touristique spécialement pour lui, l'homme aux longs cheveux d'ébène marchait parmi la foule qui arpentait les rues de la cité, soit pour acheter divers articles auprès des marchands, soit pour simplement se promener ou passer le temps. Chose que le duo faisait également.

Ne lâchant pas la main de Seven pour éviter de le perdre parmi la multitude de citadins qu'ils croisaient, le petit prince faisait visiter les différents quartiers que comptait cette ville. Celle-ci était immense et il lui aurait fallu plusieurs jours pour tout faire visiter à son compagnon. Mais n'ayant pas autant de temps, Shira avait choisi de montrer à Seven ses endroits préférés.

Il avait commencé par une place située à l'est du palais, dans laquelle s'élevaient deux grandes fontaines décorées de statues en forme de jeunes femmes tenant des vases. Plusieurs palmiers s'élevaient également dans cet espace, donnant à ce panorama des allures exotiques.

« On appelle cet endroit la place des fontaines jumelles, expliqua Shira en lâchant Seven, et en s'approchant de l'une des deux fontaines à l'aide de sa canne. Il m'arrive de venir ici de temps en temps, surtout le soir quand j'ai envie d'être au calme. Parfois, Ashur m'y accompagne.

— C'est plutôt agréable, comme cadre. » admit Seven en le rejoignant pour observer la fontaine de plus près. L'eau était claire comme du verre, et le bruit qu'elle faisait en s'écoulant doucement dégageait quelque chose de relaxant. L'assassin affectionnait beaucoup ce genre d'endroit. Là d'où il venait, les lieux aussi calmes que celui-ci se faisaient abondants et leurs paysages étaient tout aussi agréables à regarder. Repenser à cela rendait le jeune homme nostalgique, d'autant plus qu'il n'était jamais retourné chez lui depuis une bonne dizaine d'années pour plusieurs raisons. Préférant penser à des choses moins déprimantes, il recentra son attention sur son compagnon. Ce dernier caressait de sa main la surface de l'eau d'une fontaine en souriant tendrement. Il semblait apprécier la sensation de fraîcheur que ce toucher lui procurait.

Ce fut à cet instant qu'une idée traversa l'esprit de Seven, dont les lèvres s'étaient étirés en un sourire taquin. Doucement, il s'approcha de cette même fontaine, plongea sa main dans l'eau et envoya un peu de celle-ci au visage du plus jeune, qui sursauta en ouvrant brusquement les yeux. Le Xenois, dont le haut du corps était à présent trempé, se tourna vers l'autre. Complètement abasourdi et clignant des yeux à plusieurs reprises, il ne s'était pas attendu à un tel geste de sa part. Le tueur ne put s'empêcher de pouffer de rire devant sa tête ahurie.

« La tronche que tu fais est magnifique !

— C'est pas très sympa, ça, répliqua Shira avec une petite moue.

— Vu la chaleur qu'il fait, je me suis dit que ça te ferait du bien de te rafraîchir un peu.

— Dans ce cas, tu ne m'en voudras pas si je te rends la pareille ! »

À peine avait-il achevé sa phrase qu'il éclaboussa à son tour Seven, en guise de revanche. S'ensuivit alors une petite bataille d'eau entre les deux hommes pendant que certains citadins ou soldats, présents dans les alentours, les observaient avec étonnement ou amusement.

« Arrête ça, Seven ! » ordonna l'adolescent en rigolant alors qu'il tentait de se protéger, à l'aide de ses bras, de l'eau que lui envoyait l'assassin. Finalement, au bout de quelques minutes d'éclaboussures dans tous les sens, les deux garçons cessèrent leurs taquineries mutuelles. Ce fut à ce moment qu'ils remarquèrent tous les regards tournés vers eux. Le plus âgé des deux afficha un air gêné en se grattant l'arrière de la tête, pendant que le plus jeune, d'un sourire nerveux, s'adressa à tous ces gens.

« Désolé de vous avoir dérangés avec nos bêtises ! Il n'y a plus rien à voir, maintenant ! »

Cette réplique de sa part fit rigoler discrètement certains, mais suffit à convaincre toutes ces personnes de vaquer à leurs occupations. Le duo masculin s'échangea ensuite un regard en souriant légèrement.

« On a l'air bien con, hein ? fit Seven

— C'est de ta faute, lui rappela Shira en croisant les bras. C'est toi qui as lancé les hostilités le premier. Je n'ai fait que me défendre !

— J'espère que Son Altesse impériale me pardonnera pour cet affront ! 

— L'humble personne que je suis ne t'en veut pas. »

Cette séance de taquineries, bien qu'inattendue, s'était finalement révélée la bienvenue. Elle avait rendu Shira encore plus joyeux qu'il ne l'était déjà, et fait oublier à Seven son statut de membre du Mortem Regis pendant quelques instants. Mais le retour à la réalité faisait souvent mal, et l'homme à la longue chevelure de jais allait l'apprendre par lui-même dans les minutes à venir.

Après avoir attendu que leurs vêtements sèchent, le prince voulut faire visiter à son compagnon d'autres coins de Xenati. Il l'invita à le suivre et saisit sa main avant de continuer sa visite guidée avec enthousiasme. Les deux quittèrent ainsi cette place des fontaines jumelles, pour s'engager à nouveau parmi les nombreuses ruelles de Xenati.

Un détail frappa alors Seven : il traversait la capitale de Xen en compagnie d'un des princes de cette nation, mais personne dans cette ville ne semblait reconnaître ce dernier. À moins que tout le monde faisait exprès d'ignorer la présence de Shira ?

« Tu peux m'expliquer comment ça se fait, que personne ne soit étonné par ta présence ici ? demanda-t-il alors au concerné.

— Mon peuple ne me voit pas souvent physiquement, raconta Shira. La dernière fois où j'ai fait une apparition officielle, il y a plusieurs mois, j'avais les cheveux plus courts et des vêtements faisant plus impériaux. Je pense qu'ils ont retenu cette apparence sophistiquée de ma personne. Après m'être laissé pousser les cheveux et enfilé des vêtements moins nobles, j'ai été assez surpris de constater qu'à part ma famille et nos soldats, aucun habitant à Xenati ne me reconnaissait. Mais dans un sens, je me dis que ce n'est pas plus mal. Au moins, je suis tranquille lorsque je me promène ici. »

Il offrit ensuite un sourire au plus âgé.

« C'est aussi grâce à ça si j'ai pu voyager incognito à travers le continent.

— Je comprends mieux. »

Seven l'observa sans rien dire de plus. Il ne laissa transparaître aucune émotion en cet instant, mais sentit que le sourire de Shira en cet instant sonnait faux. Il avait l'impression que l'adolescent n'avait pas tout dit à son sujet. Ou plutôt, c'était comme si une telle situation ne lui plaisait pas autant qu'il voulait le faire croire. Préférant ne pas se prendre la tête avec cela pour le moment, les yeux du tueur délaissèrent le prince et se posèrent sur un étalage qui avait attiré son intention. Il stoppa alors sa marche, à l'étonnement du Xenois.

« Seven ? »

Celui-ci libéra sa main de celle de Shira, avant de s'approcher du stand. Le marchand qui tenait ce dernier vendait des petites peluches d'animaux. L'une d'elles en particulier agissait tel un aimant sur l'assassin : celle d'un petit singe aux gros yeux globuleux, qui souriant de façon adorable. Seven saisit cette peluche pour la contempler de plus près. Il la trouvait vraiment mignonne et avait une folle envie de la serrer contre lui. On pouvait remarquer de légères rougeurs sur les joues du jeune homme, tant le jouet semblait lui plaire. Mais ne voulant pas laisser cette petite faiblesse qu'il possédait s'extérioriser, il se contenta d'afficher un air grave malgré ses joues empourprées et d'observer le marchand. Mais ses yeux s'écarquillèrent de stupeur en remarquant que ce commerçant n'avait rien de Xenois. C'était un homme à la peau pâle, de grande taille, possédant des cheveux courts argentés, et portant une paire de lunette qu'il venait tout juste de réajuster au-dessus de son nez, alors qu'il adressait un sourire un tantinet narquois à Seven :

« Cette peluche m'a l'air de vous plaire, jeune homme. » parla-t-il d'une voix grave, que l'assassin connaissait que trop bien.

« Four ?! » pensa-t-il en serrant inconsciemment sa prise sur la peluche qu'il tenait, tant il ne s'attendait pas à une telle rencontre dans cette ville. Qu'est-ce qu'un assassin du Mortem Regis fabriquait parmi les marchands de Xenati ? Alors que le manieur de dagues hybrides le fusillait du regard, visiblement mécontent de revoir ici celui qui l'avait autrefois pris sous son aile, Shira s'était rapproché du stand en adressant un sourire à l'argenté.

« Bonjour monsieur, le salua-t-il. Combien coûte cette peluche que mon ami tient ? »

Four observa longuement Seven, jubilant intérieurement de le voir dans un tel état de surprise et d'énervement. Puis il se tourna vers le prince en lui rendant son sourire.

« Celle-ci coûte quinze gharils, mon garçon.

— Très bien ! fit Shira en tendant la somme exacte au faux marchand, à l'étonnement de son compagnon. Je vous la prends !

— Que... ? Shira ! » l'appela Seven à voix basse. Il n'arrivait pas à croire que son ami venait de dépenser de la monnaie juste pour lui acheter cette peluche. En guise de réponse, le prince lui fit un clin d'œil.

« Si cette peluche te plaît, pourquoi t'en priver ? »

Les joues du plus grand s'empourprèrent un peu plus suite à cette remarque, alors que Four venait de saisir les pièces qu'on lui avait tendues.

« Tu es bien généreux avec ton ami, petit, lui parla le quatrième assassin le plus fort du Mortem Regis. Je pense qu'il a beaucoup de chance de t'avoir à ses côtés.

— La réciproque est également vraie, vous savez ? affirma le jeune Xenois, sans perdre son sourire. En tout cas, merci beaucoup pour cette peluche. »

Après avoir salué l'argenté, Shira fit signe à Seven de reprendre la route avec lui. Mais il voyait que le plus grand ne bougeait pas de sa position, et qu'il continuait de fixer Four du regard, en serrant contre lui la peluche qu'on venait de lui offrir.

« Qu'est-ce qu'il y a, Seven ? Quelque chose ne va pas ? »

Four le fixait également en souriant, ce qui l'agaça au plus haut point. Si Shira n'était pas en sa compagnie, l'homme à la longue chevelure corbeau se serait probablement jeté sur son collègue pour l'étrangler sur place. Mais il préféra répondre à l'adolescent, tout en adressant un regard méprisant à l'adresse de Four :

« Ce n'est rien. J'ai juste cru que quelqu'un nous épiait.

— Ah bon ? s'étonna Shira.

— Viens, lui proposa Seven en saisissant son poignet. Si jamais il y a vraiment quelqu'un qui nous suit et que je mets la main sur lui, je lui ferai sa fête. »

Bien qu'il s'était adressé au prince, cette parole était clairement une menace envoyée à l'adresse de Four, qui se retenait de rigoler en cet instant précis. Alors que Seven entraînait un Shira plus que confus loin de son stand, l'argenté croisa les bras en prenant un air grave :

« Ce n'est pas en agissant de la sorte que tu protégeras qui que ce soit, Seven. » pensa-t-il vis-à-vis de lui, alors qu'il jetait un coup d'œil derrière lui. Un Xenois d'âge mûr s'y trouvait allongé au sol, inconscient. Il s'agissait du véritable propriétaire de l'étalage.

« Désolé de vous avoir assommé de la sorte pour prendre votre place, mais cet acte était plus que nécessaire. » parla-t-il à son adresse, à voix basse.


Texte publié par Kamryn Allister, 6 mars 2023 à 14h43
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tome 1, Chapitre 12 « Séjour dans une capitale impériale » tome 1, Chapitre 12
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