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tome 1, Chapitre 7 « Guerre de convictions » tome 1, Chapitre 7

Seven s'était téléporté au repère du Mortem Regis. Il ne l'avait pas fait par gaîté de cœur, mais il souhaitait avoir une discussion avec le boss. Il appréhendait le moment où son supérieur le réprimanderait sur l'échec de sa mission, mais soit ! L'assassin aux cheveux ébène s'était préparé à y faire face. De toute façon, il était trop en colère pour y penser. Oui. Seven était énervé ! Même s'il ne laissait rien transparaître, il était plus qu'agacé par l'attitude du chef de l'organisation. Celui-ci semblait masquer ses véritables intentions liées aux meurtres du prince Aelan et du roi Moreh, et le jeune homme n'aimait pas cela.

Traversant rapidement un couloir, il croisa la route de plusieurs autres membres. Il pouvait entendre leurs chuchotements et apercevoir leurs airs surpris lorsqu'il passait devant eux. Visiblement, son échec de la tentative d'assassinat d'Ewen avait fait le tour du Mortem Regis. Mais Seven s'en fichait. Arrivé devant la porte du boss, il ne prit même pas la peine de toquer. Il l'ouvrit violemment et sans scrupule d'un gros coup de pied. Son chef, assis à son bureau, avait simplement levé sa tête pour le regarder. Il n'était pas seul. Un homme au teint pâle et aux cheveux courts argentés, tout vêtu de blanc, se tenait debout devant le bureau. Il portait une paire de lunettes, et paraissait légèrement plus âgé et imposant que Seven. Alors qu'un léger sourire se dessinait sur le visage de ce nouvel individu suite à l'entrée fracassante de l'assassin aux cheveux noirs, ce dernier s'approcha à vive allure et posa brutalement ses mains sur la table du boss.

« Depuis le début, tu cherches à déclencher une guerre générale à Kaärann, pas vrai ?! » s'écria Seven en fronçant les sourcils, ses yeux plongés dans ceux de son supérieur. Ce dernier demeura silencieux quelques instants, mais ne put s'empêcher de rire devant une telle attitude.

« En voilà des manières, mon cher Seven ! Tu viens de me prouver une fois de plus que toute ton éducation est à refaire.

— La ferme ! fit l'assassin en vert, agacé. J'en reviens pas que tu nous aies caché une chose pareille. Tu disais que le Mortem Regis tuait les nobles pour libérer Kaärann de leur joug et établir un équilibre social !

— Et c'est ce que cette organisation fait, se défendit calmement l'encapuchonné. J'ai simplement décidé d'accélérer les plans en visant directement les familles royales et impériales.

— Avec la mort du roi Moreh, le conflit existant entre Redfir et Norte risque de s'intensifier ! Avec celle du prince Aelan, la même chose arrivera entre Vegario et Xen ! Toutes ces nations pourraient entrer en guerre à cause de toute cette merde ! Et si ça arrive, je ne pense pas que la population s'en sortira indemne !

— Oh ? Tu te soucies à ce point du bien-être du continent, mon petit Seven ? Moi qui croyais que tu n'étais qu'un loup solitaire se fichant royalement des autres et se contentant d'obéir aux ordres ! »

Seven ne désirait qu'une seule chose en cet instant : sauter à la gorge du boss pour lui régler son compte. Le frapper, l'étrangler ou pourquoi pas le tuer ! Mais il savait qu'il ne serait pas de taille face à son opposant. Alors qu'il bouillonnait intérieurement de rage devant l'attitude du chef, l'homme à la longue chevelure corbeau sentit une main se poser sur son épaule droite. C'était l'individu déjà présent devant le boss.

« Ton énervement ne t'apportera rien de bon, parla l'argenté à son adresse. Un assassin doit savoir contrôler ses émotions pour agir convenablement face aux différentes situations qu'il peut rencontrer. Aurais-tu oublié mes enseignements à ce sujet ? »

Seven observa le plus âgé du coin de l'œil, avant de s'écarter pour enlever sa main de son épaule.

« Lâche-moi, Four. Ne te mêle pas de ça.

— Four, parla alors le boss à son adresse. Tu peux disposer pour le moment. Comme tu peux le constater, il faut que je m'entretienne d'urgence avec Seven. Je te rappellerai lorsque j'en aurai terminé avec lui.

— Très bien. » répliqua l'argenté en s'inclinant de respect devant leur supérieur. Il salua ensuite Seven par un signe de la tête avant de quitter la salle. Le boss se tourna de nouveau vers le numéro sept de son classement.

« Tu aurais pu te montrer plus aimable envers celui qui t'a pris sous son aile lorsque tu as intégré l'organisation.

— Je n'ai rien demandé à personne, grogna l'assassin. Et puis n'essaie pas de changer de sujet ! À quoi riment toutes ces conneries ? Qu'est-ce que tu cherches à faire, bordel ?! »

Son interlocuteur ne répondit pas sur le moment. Il semblait très surpris par cette réaction de la part de Seven. Celui-ci avait toujours été loyal envers le Mortem Regis et réussissait ses missions avec brio. Mais depuis le jour de l'assassinat de Moreh, il se montrait méfiant et moins enclin à accomplir ses tâches. Le boss se disait qu'il devait impérativement remédier à cela, s'il ne voulait pas que l'attitude du jeune homme entrave tous ses plans. Et il savait exactement comment s'y prendre.

« C'est un joli bracelet que tu as là. » répliqua-t-il à l'étonnement de Seven, qui ne s'attendait pas à ce que quelqu'un remarque ce détail.

« Tu l'as acheté à Kalora ? » demanda l'individu masqué. L'assassin en vert détourna son regard. Il demeura silencieux pendant plusieurs longues secondes, avant de répondre :

« C'est un bracelet perdu que j'ai ramassé quelque part dans les plaines de Redfir, un peu avant d'atteindre la capitale. »

Devant une telle justification de sa part, l'autre se mit à ricaner tandis qu'une aura blanche enveloppait progressivement son corps.

« De qui te moques-tu, petit idiot ? »

Soudain, une puissante bourrasque souffla telle une tempête dans toute la pièce, envoyant Seven se cogner violemment contre un mur. Des papiers avaient volé dans la même direction et se déposaient doucement au sol, tout autour de lui. Le garçon, sonné par l'impact, reprit peu à peu ses esprits en essayant tant bien que mal de se relever. Le boss, quant à lui, se leva de son siège et s'approcha lentement de lui, son aura toujours apparent.

« Tu peux... utiliser ton aura... de jour ? » haleta Seven malgré son état de choc et les courbatures attrapées suite à une telle attaque. Mais arrivé près de lui, le boss l'attrapa par le cou, l'étranglant, et le plaqua d'un geste vif contre le sol. L'action s'était faite de manière violente et inattendue, et l'assassin pouvait ressentir toute la colère de son chef à travers la force démesurée de sa prise.

« Je pense que tu as besoin d'une petite leçon, Seven. Tu as beau faire partie de mes meilleurs assassins, tu n'as pas ton mot à dire sur les ordres que je te donne. Ta mission était très claire : tu devais éliminer la princesse héritière de Vopaqua. Mais tu as choisi de l'épargner. Je me rends compte que je t'avais surestimé ! »

À chaque mot prononcé, il étrangla l'assassin de plus en plus fort. Mais le plus effrayant pour Seven était cette joie mêlée à de la malice qui transparaissait dans la voix de son supérieur. Elle contrastait beaucoup avec l'agressivité dont celui-ci faisait preuve. L'homme aux cheveux ébène commença à suffoquer mais tenta de se débattre. En vain. Au même instant, il aperçut une épaisse brume épaisse envahissant toute la pièce. Probablement un brouillard provoqué par l'aura climatique de son supérieur.

« Un bracelet ramassé dans les plaines de Redfir... Tu es sérieux en me mentant de manière aussi éhontée ? Tu pensais sincèrement que je goberais une débilité pareille ? N'oublie pas que je suis le boss du Mortem Regis, mon garçon ! Certains de tes collègues me servent également d'espions à travers tout Kaärann ! Et il se trouve que l'un d'entre eux gardait un œil sur toi pendant ta mission. »

Malgré sa situation désavantageuse, Seven tilta rapidement : Four. C'était lui dont parlait le boss. Il en était certain ! Mais dans ce cas, cela signifiait que l'assassin en blanc savait pour...

« Il m'a raconté que tu t'es fait un nouvel ami à Garnet. Un jeune Xenois nommé Shira. »

Le tueur était frustré. Lui qui ne voulait pas qu'on apprenne que quelqu'un lui était venu en aide, voilà qu'il découvrait que le boss était déjà au courant de cette histoire. Grimaçant toujours de douleur sous l'étranglement du masqué, il cessa néanmoins de se débattre et ferma les yeux, abandonnant toute tentative de résistance.

En remarquant cela, le chef du Mortem Regis lâcha prise et la brume disparut peu à peu en même temps que son aura. Puis, il se releva silencieusement et retourna s'installer devant son bureau presque comme si rien ne s'était passé. Seven se redressa alors, toussant et haletant. Il n'arrivait pas à croire que son supérieur était aussi puissant. En plus de pouvoir utiliser son aura n'importe quand pour contrôler la météo où il le désirait, il était doté d'une force physique impressionnante. Le boss du Mortem Regis était sans nul doute l'une des personnes les plus puissantes de Kaärann.

Après avoir passé une minute à retrouver un rythme de respiration normal, le jeune homme se releva en grimaçant de douleur et en massant son cou endolori.

« Ah Seven... soupira le chef en le regardant. Tu me déçois beaucoup ! Mais comme je suis d'assez bonne humeur aujourd'hui, je te laisse une seconde chance pour assassiner la princesse Ewena. Et en prime, je vais te donner une motivation supplémentaire.

— Une... motivation supplémentaire ?

— Ce jeune garçon qui t'a sauvé. Ce Shira. S'il t'a offert le bracelet que tu portes, c'est parce qu'il t'apprécie, n'est-ce pas ? Et si tu as accepté un tel présent de sa part, je suppose que tu l'apprécies également, je me trompe ? »

Seven ne répondit pas et se contenta de jeter un regard froid à son supérieur en serrant discrètement ses poings.

« Si tu parviens à tuer la princesse Vopaquine, le jeune Shira sera épargné. Mais dans le cas contraire...

— Tu ne peux pas tuer Shira, le coupa l'assassin en le voyant venir. Le Mortem Regis ne tue que les personnes de sang ou de rang noble. J'imagine mal cette organisation assassiner un citoyen innocent, surtout pour une raison aussi stupide ! »

Mais contre toute attente, le boss ricana fortement suite à cette phrase.

« Comme tu es naïf, mon cher ! Qui te dit que Shira n'est pas un noble, lui aussi ?

— Quoi ?

— Tu fréquentes des personnes dont tu ignores tout, mon grand ! C'est bien le comble pour un assassin, tu ne crois pas ? »

Seven ne voulait pas croire ce que le boss racontait en cet instant. Shira ? Un noble ? Non, c'était impossible ! L'encapuchonné mentait !

« Ce soi-disant Shira, si je me fie à la description qu'on m'en a faite, se nomme en réalité Ashira. Il est le plus jeune fils de l'empereur Edeus, donc l'un des deux princes de l'empire de Xen ! »

L'assassin aux cheveux d'ébène demeura bouche bée devant une telle révélation. Shira ? Un prince de Xen ? Seven avait du mal à avaler cette information. Mais à bien y réfléchir, il comprenait mieux la réaction qu'avait eue l'adolescent en apprenant que son père était le principal suspect dans le meurtre du prince de Vegario.

« Ce prince est un véritable cachottier, à en voir la tête que tu tires ! s'amusa le boss devant l'air abasourdi de son employé. Mais je suppose qu'il a caché son identité aux yeux de tous pour circuler incognito à travers le continent. C'est plutôt malin de sa part ! Malheureusement pour lui, il ne peut pas tromper notre organisation avec ce stratagème. »

Le tueur ne répondit rien et détourna son regard du boss, les sourcils froncés. Shira risquait à présent de devenir une cible de l'organisation à cause de lui. S'il avait su, il se serait directement téléporté au repère avant que le prince Xenois ne le sauve. Une question traversa alors l'esprit de Seven : qu'est-ce qui lui prenait de se casser la tête avec tout cela ? C'était à peine s'il connaissait l'adolescent ! L'éventuelle mort de celui-ci devrait le laisser indifférent, normalement ! Pourtant, l'assassin ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter de son sort.

« Ewena ou Shira ? lui posa son supérieur, le tirant de ses pensées. Le choix est tien ! Mais choisis vite. Et choisis bien ! L'un des deux ne sera pas épargné de toute manière. Et tu sais très bien de qui je parle.

— Va te faire foutre... » marmonna l'assassin en le fixant avec des yeux furieux. Il en était sûr, désormais : il haïssait le boss du Mortem Regis du plus profond de son cœur. Hélas, il avait beau le détester, il lui restait tout de même son supérieur. Et ce dernier lui avait fait comprendre qu'un second échec était inenvisageable. Sans lui adresser le moindre mot, Seven décida de quitter son bureau pendant que l'encapuchonné sourit sournoisement derrière son masque.

L'homme à la longue chevelure noire traversa à nouveau les corridors monotones des locaux. L'agacement et l'inquiétude déformaient les traits de son visage habituellement indifférent. Mais une voix masculine et familière l'appela :

« Pas trop de casse suite à cette entrevue, Seven ? »

Le concerné fusilla du regard l'homme qu'il avait croisé quelques instants plus tôt.

« Fous-moi la paix, Four !

— Toujours aussi adorable envers tes aînés, à ce que je vois ! Tu t'es beaucoup trop endurci pendant ces dernières années. »

Seven ne répondit pas et préféra ignorer ces paroles en s'éloignant de l'autre. Toutefois, celui-ci l'interpella :

« Je n'ai pas spécialement envie d'être le bourreau de ce garçon auquel tu sembles t'être attaché. Alors fais ce que tu as à faire, et fais-le correctement. »

Suite à ces mots, Four fit volte-face et s'en alla, laissant le plus jeune seul qui s'était arrêté de marcher sans se retourner. Seven comprit où voulait en venir son collègue : s'il ne tuait pas Ewen, le boss enverrait l'argenté éliminer Shira. Du chantage, en somme.

« Tch ! Que des enfoirés dans cet endroit... » pensa l'assassin en reprenant sa marche, à la fois énervé et troublé.

*

Au château royal de Redfir, la reine Nefer avait convoqué Ewen et Harvay à la salle du trône. Elle avait reçu un message de la part du roi de Vopaqua, qui désirait voir sa fille rentrer au plus vite.

« Je m'en doutais, répliqua la princesse en croisant les bras, soupirant presque. Mon père se fait décidément trop de soucis pour moi.

— Sa réaction est normale et compréhensible, affirma la souveraine Firoise. Surtout après ce qui t'est arrivée et tous ces événements tragiques récents. Je pense que tu devrais l'écouter et retourner chez toi. Tu y seras plus en sécurité qu'ici.

— Je ne serai en sécurité nulle part, contredit la bleue. Aucun d'entre nous ne le sera ! Que je sois ici ou ailleurs, cet homme qui a tenté de me tuer pourrait recommencer. J'ignore ce qu'il se passe en ce moment, mais si quelqu'un a réussi à tuer sa Majesté Moreh et le prince Aelan, n'importe qui dans les familles dirigeantes peut y passer également.

— Je suis d'accord, confia Harvay. Mais ton père a aussi raison, quelque part. Si jamais ce criminel ou quelqu'un d'autre t'attaque, mieux vaut être au palais de Vopaqua à ce moment-là. Non seulement nous y serons mieux préparés mais en plus, nous pourrons mettre en place un stratagème pour le piéger et le capturer. Ainsi, il pourrait nous révéler ses motivations pour commettre de tels crimes. À mon avis, toutes les familles dirigeantes de Kaärann devraient procéder de cette façon. » continua-t-il en se tournant vers la reine.

Si cette dernière partageait l'avis du blond, Ewen demeurait dubitative. Les palais royaux et impériaux étaient censés être surprotégés, en temps normal. Même si on renforçait encore plus cette protection, est-ce que cela suffirait-il pour protéger les familles dirigeantes de ces meurtriers ? Non. Plus personne n'était en sécurité depuis le début de toutes ces tueries. La seule manière d'arrêter cette catastrophe était de mettre la main sur les auteurs de ces massacres.

« Harvay, Dame Nefer, parla la jeune fille en les regardant tous les deux. Je vais écouter mon père et rentrer pour Vopaqua. Mais avant, j'aimerais me rendre à Vegario.

— Ewena ! fit Nefer en écarquillant les yeux devant une telle décision. Tu n'y penses pas, tout de même !

— Le royaume de Vegario est très loin d'ici ! rappela son serviteur. Il nous faudrait traverser la république de Grendia. Et puis, il n'est pas prudent de s'aventurer dans les forêts Vegarionnes avec les tribus et les clans hostiles qui les habitent !

— Je le sais, répondit Ewen, s'étant attendue à une telle réticence de leur part. Mais de la même manière que je suis venue ici pour enquêter sur la mort de Sire Moreh, j'aimerais également en savoir plus sur celle de Son Altesse, le prince Aelan. D'ailleurs, j'ai déjà rédigé un message à l'adresse de sa Majesté Aeren pour l'informer de ma future venue à Vegario. »

Les deux autres n'en revenaient pas. La princesse héritière de Vopaqua était vraiment inconsciente sur ce coup. Ils voulaient lui faire comprendre qu'un tel voyage était bien trop dangereux pour elle. Mais la jeune fille s'entêtait à vouloir se rendre à la nation des forêts pour continuer ses recherches.

« Écoutez. Je pense avoir une piste sérieuse au sujet de tous ces meurtres qui ont eu lieu, non seulement envers Sire Moreh et le prince de Vegario, mais aussi envers tous ces nobles qui ont été assassinés bien avant eux.

— Et quelle est donc cette piste dont tu parles ? » demanda la souveraine à la chevelure de feu. Seulement, Ewen se tut en évitant les regards des deux autres. Ce n'était pas qu'elle ne voulait rien leur révéler, mais elle se disait qu'il était encore trop tôt pour exposer ses trouvailles et hypothèses. De plus, leur révéler des telles informations pouvait potentiellement les mettre en danger. Nefer poussa un profond soupir.

« Ton entêtement te perdra, jeune fille. C'est moi qui te le dis...

— Vous vous inquiétez trop pour moi, lui fit comprendre Ewen. Et j'en suis touchée. Mais cet homme qui m'a attaquée, ainsi que les personnes qui ont tué le prince Aelan, je veux les retrouver. »

Harvay ne savait pas quoi faire. D'un côté, il préférait savoir la princesse en sécurité auprès de sa famille. Mais d'un autre, lui aussi souhaitait découvrir la vérité au sujet de toute cette histoire. Et il désirait également faire payer à l'assassin de Moreh ce qu'il avait fait. Il se détendit alors, avant d'adresser un sourire à celle qu'il servait.

« Dois-je envoyer un message à Sire Othéo pour l'informer de la suite imprévue de notre voyage ? »

Tandis que Nefer afficha un air surpris devant le choix d'Harvay, Ewen sourit à ce dernier, heureuse de voir qu'il la soutenait dans sa démarche.

« Vous êtes aussi fous l'un que l'autre, vous deux... » murmura la reine Firoise, abandonnant finalement toute tentative de les raisonner davantage.

*

Loin de ce lieu, alors que quelques heures s'étaient écoulées, un cheval attelé à une charrette franchit la frontière séparant Redfir de la république de Grendia, située plus à l'est. Il s'agissait d'un simple paysan à l'âge avancé, barbu et d'apparence assez costaud. Transportant du foin dans le véhicule, il se dirigeait vers Rass, le village Grendien le plus proche de sa position.

« Nous sommes bientôt arrivés, fiston ! » informa-t-il en souriant à un jeune garçon installé sur le foin transporté. Cet adolescent à la peau bronzée n'était nul autre que Shira, dont la tunique orangée était surmontée d'une cape de voyage brune. Le Xenois rendit son sourire au berger.

« Encore merci de m'emmener jusque là-bas !

— Je ne pouvais quand même pas laisser un enfant comme toi s'aventurer tout seul sur ces terres ! Je te trouve drôlement courageux pour voyager ainsi tout seul ! Tu as quel âge ? Douze ans ? »

Le concerné fut légèrement vexé d'être pris pour un enfant de cette manière. Par politesse, il ne laissa rien paraître. Mais il répondit sur un ton las :

« J'en ai seize. Bientôt dix-sept, même.

— Eh bah, mon p'tit ! Tu ne les fais vraiment pas !

— Avec tout le respect que je vous dois, vous exagérez un peu... » murmura le plus jeune d'un air blasé, provoquant un gentil rire de la part de son compagnon de route. Mais tout à coup, le paysan fut forcé d'arrêter son cheval, ce qui manqua de faire tomber Shira. Celui-ci s'était accroché in extremis à une rambarde de la charrette pour éviter de se faire bêtement mal.

« Que se passe-t-il ? Pourquoi cet arrêt soudain ? » demanda le jeune garçon en se redressant. Mais la réponse lui vint immédiatement en voyant une bande de cinq hommes, chacun armé d'une dague ou d'une hache. Ils leur barraient la route et avançaient vers eux d'une démarche assez menaçante.

« Voyez-vous ça ? parla l'un de ces individus avec un sourire sournois. Un vieil homme et un pisseur ! Vous devez vraiment être stupides pour vous promener par ici seuls et sans rien pour vous défendre.

— Je ne suis pas si vieux que ça ! » contredit le paysan avec un sourire nerveux aux lèvres. Shira, lui, fronça les sourcils. Il n'avait pas du tout prévu de confronter des bandits en ce jour. L'un d'entre eux avait fait descendre de force le conducteur de la charrette, avant de pointer sa dague près de sa gorge.

« Donne-nous ton argent tout de suite, si tu ne veux pas crever comme un porc aujourd'hui ! » menaça le brigand.

Un autre saisit brusquement Shira par le bras, pour le faire descendre à son tour. Mais en le tenant ainsi, il remarqua deux larges et magnifiques bracelets en or, décorés par des pierres précieuses rouges, accrochés aux poignets du Xenois.

« Hey les gars ! Matez-moi un peu ça ! » fit le bandit en montrant ces bijoux au reste de sa bande.

— Eh bien ! s'exclama un troisième voyou en marchant en direction de Shira. Qu'est-ce qu'un nabot comme toi fabrique avec deux bijoux qui pourraient facilement nous rapporter cinq-mille gharils chacun ?

— Cinq-mille gharils ? répéta Shira en dévisageant chacun des bandits, étonné. Vous avez vraiment une piètre estimation de ces bracelets, messieurs. »

Tous furent surpris par une telle réplique et observèrent le garçon d'un air abasourdi. Celui qui tenait l'adolescent le tira vers lui et le regarda dans les yeux avec un sourire effrayant.

« T'as une grande et belle gueule, petit. Ça me plaît bien ! J'ai toujours apprécié le côté exotique des natifs de Xen ! »

Celui qui menaçait le paysan lâcha celui-ci et toute la bande se rapprocha de Shira.

« Je pense qu'on tient le gros lot, les gars ! affirma l'un d'entre eux. Avec ce gamin et ces bracelets, on peut gagner beauc... »

Malheureusement pour lui, le brigand n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Il hurla à présent de douleur, son corps consumé par des flammes. L'adolescent avait tendu son bras libre en sa direction, et les pierres ornant son bracelet s'étaient mises à luire.

« C'est quoi cette merde ?! » paniquèrent les autres. Mais Shira tendit son bras vers la jambe de celui qui le tenait. Un torrent de flammes apparut depuis sa main pour se diriger vers ce membre qui brûla. Le bandit lâcha le garçon et cria sous l'effet de la douleur, alors que le feu se propageait rapidement sur tout son corps. Tout se passa à une vitesse folle. Après quelques secondes seulement, les deux voyous brûlés s'écroulèrent au sol, sans vie et consumés par ce sort incandescent. Le Xenois se tourna vers les trois bandits restants, le regard sombre.

« Ne m'obligez pas à recommencer et allez-vous-en ! »

Les trois concernés s'échangèrent brièvement un regard en reculant de l'adolescent, puis prirent leurs jambes à leurs cous, laissant derrière eux les cadavres calcinés de leurs deux camarades. Shira les regarda fuir lâchement, avant de tourner ses yeux cramoisis vers les bandits calcinés. Il n'était vraiment pas fier d'avoir eu recours à une méthode aussi barbare pour s'en sortir. Mais dans cette situation, il n'avait pas eu le choix. Mettant sa peine de côté, il se tourna vers le paysan et s'approcha de lui.

« Ça va ? Vous n'êtes pas blessé ? » demanda-t-il avec un sourire qui se voulait rassurant. Le berger tremblait de tous ses membres face au spectacle qu'il venait de voir.

« Qui... Qui es-tu ? »

Le sourire de Shira s'agrandit. Il répondit presque joyeusement.

« Juste un simple garçon béni par les dieux ! »

Le paysan, qui n'avait pas l'air de comprendre ce qu'il voulait dire par là, cligna plusieurs fois des paupières pendant de longues secondes. Mais voyant le plus jeune l'inviter à remonter dans la charrette, il se ressaisit rapidement mais demeura complètement ébahi par la démonstration magique du jeune garçon. Finalement, une fois le choc de cet assaut passé, les deux reprirent leur route en direction de Rass.


Texte publié par Kamryn Allister, 16 février 2023 à 16h17
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