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tome 1, Chapitre 1 « Dans la peau d'un assassin » tome 1, Chapitre 1

La pleine lune trônait au milieu du ciel nocturne, partiellement cachée par une multitude de nuages menaçants. Le tonnerre grondait et une pluie torrentielle s'abattait sur le royaume de Redfir, chose plutôt rare pour cette nation dont le climat était réputé pour être chaud et sec. C'était comme si une quelconque divinité déchaînait sa colère sur ce territoire pourtant paisible en temps normal. Peut-être était-ce réellement le cas ? Peut-être n'était-ce qu'un simple hasard ?

Ou peut-être cela avait-il un lien avec la tragédie qu'allait connaître Redfir et le continent de Kaärann tout entier ?

Le palais royal dormait paisiblement malgré les ténèbres turbulentes. Quelques soldats patrouillaient et montaient la garde dans les jardins et les couloirs. Leur objectif : protéger le château ainsi que la famille royale qui y résidait. Mais il fallait croire que de simples soldats ne suffisaient pas face à quelqu'un comme lui.

Un puissant éclair illumina brusquement le ciel, éclairant la plupart des pièces du palais, jusqu'alors plongées dans l'obscurité. Parmi elles, s'étendait une petite bibliothèque, comptant probablement quelques centaines de livres. En son centre, la silhouette d'un jeune homme aux longs cheveux d'ébène se dressait. Le regard rivé sur le sol, il tenait dans ses mains deux dagues aux formes singulières : un petit canon garni de plusieurs projectiles en métal était incrusté à la base de leurs lames, et une détente se dissimulait en-dessous de leurs gardes. Ces armes particulières étaient maculées de sang.

La foudre dehors illumina de nouveau la salle alors qu'un puissant grondement de tonnerre se faisait entendre. Juste aux pieds de ce mystérieux individu, s'étendait un corps baignant dans une grande flaque rouge. Ce cadavre appartenait à un homme plus âgé et costaud. Il portait des vêtements nobles et distingués qui lui auraient donné une fière allure s'ils n'étaient pas souillés par tout ce sang. On pouvait également distinguer une couronne en or sur le sol, juste à côté de sa tête. La pauvre victime avait les yeux ouverts, dépourvus de toute trace de vie tandis qu'une large entaille était tracée au niveau de sa gorge.

« Adieu, Sire Moreh... » murmura d'une voix grave le mystérieux assassin. Malgré cet air stoïque qu'il s'entêtait de garder, l'assassinat qu'il venait de commettre ne le laissait pas de marbre. Il ne vouait pas d'affection particulière à ce souverain qu'il connaissait à peine, mais ne comprenait pas la raison derrière cet acte. Si cela ne tenait qu'à lui, il ne se serait même pas infiltré dans ce palais. Mais les ordres étaient les ordres. Tuer le roi de Redfir était la mission qu'on lui avait confiée et il n'avait pas eu d'autre choix que de s'exécuter.

Soupirant de façon lasse mais discrète, il tourna le dos au défunt souverain et s'apprêta à quitter la salle. Mais soudain, un cri de femme, aigu, résonna. Le regard du tueur se tourna vivement vers une jeune femme brune, âgée d'à peine une vingtaine d'années. Elle venait de franchir la porte de la bibliothèque et affichait un air horrifié à la vue de Moreh au sol et en sang.

« Père... Non... » fit-elle, tremblante, les larmes aux yeux, complètement terrorisée à la vue du corps inerte au sol. Une telle réaction suffit au mystérieux régicide à deviner l'identité de cette demoiselle. Il avait affaire à la princesse Liz. Il devait réagir au plus vite s'il ne voulait pas se faire démasquer.

Une étrange aura pourpre entoura progressivement son corps et en une fraction de seconde, le tueur se retrouva derrière la nouvelle venue. Celle-ci n'eut pas le temps de réagir. Elle reçut un coup puissant et précis derrière sa nuque qui l'assomma. Elle s'effondra au sol, inconsciente, sous les yeux impassibles de l'homme à la longue chevelure d'ébène. Mais bien qu'il ne laissait rien paraître, le fait que la princesse ait eu le temps de le voir ne l'arrangeait pas. En plus, son cri avait probablement alerté la plupart des gardes du château. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne débarquent tous dans cette pièce pour constater l'assassinat de leur roi. Le jeune homme ne perdit donc pas de temps et quitta la salle en se volatilisant instantanément.

Quelques secondes plus tard, des gardes pénétrèrent sur les lieux du crime. Tous furent épouvantés à la vue du cadavre de leur souverain et de sa fille inconsciente, non loin de lui.

« Laissez-moi passer ! Où est Liz ? Où est ma fille ?! » retentit vivement une voix alors qu'une femme rousse d'âge mûr se faufilait entre les soldats pour parvenir jusqu'à la bibliothèque. Mais arrivée à l'intérieur, ses yeux s'écarquillèrent d'horreur.

« Mon dieu... Moreh... »

Sans hésitation, elle se précipita vers le corps du roi avant de s'accroupir auprès de lui en le secouant, comme pour tenter de le réveiller.

« Moreh... Moreh !

— Ma reine... intervint doucement un soldat qui appréhendait sa réaction. Sa Majesté le Roi est...

— MOREH ! » cria son épouse avant d'éclater en sanglots, réalisant que son mari n'était désormais plus de ce monde. Ses hurlements déchirants se faisaient entendre dans tout le palais et dans ses environs alors que le tonnerre grondait une nouvelle fois à ce moment précis.

*

Dehors, perché en haut d'une falaise située non loin du château dans lequel il venait de commettre son meurtre, l'assassin aux cheveux de jais observait cette demeure royale. Sa longue chevelure, attachée en une queue-de-cheval, flottait au gré du vent tandis que l'eau de la pluie tombait en cascade sur lui, ruisselant le long de son corps plutôt mince mais finement musclé. Sa tunique verte d'assassin et son pantalon blanc étaient trempés.

« C'est du beau travail, mon cher Seven. »

Une silhouette svelte et légèrement plus haute que celle du tueur l'approcha. Cette mystérieuse personne, vêtue d'un ensemble et d'une longue cape encapuchonnée noirs, portait un masque blanc sur lequel était dessinés deux grands yeux sombres. Il était impossible de voir son physique et sa voix particulière ne permettait ni d'estimer son âge, ni de savoir s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Pour couronner le tout, une étrange aura blanche entourait cet individu.

« Pff ! fit Seven sans prendre la peine de regarder son interlocuteur. Je peux connaître la raison de la présence de cet orage ?

— Oh, ça ? C'était juste pour accentuer le côté tragique de la situation ! Et aussi pour rafraîchir un peu les sols de Redfir que je trouve trop secs !

— Tu ne fais que gaspiller ton énergie pour rien. »

Devant une telle réplique, l'encapuchonné ricana avant de croiser les bras. Son aura disparut ensuite, et l'orage qui s'abattait sur le royaume cessa peu à peu. Le ciel se dégageait progressivement des nuages sombres, laissant apparaître entièrement la lune qui était d'une beauté saisissante en cette nuit.

« Contrairement à ton aura surhumaine, mon aura climatique ne demande pas autant de ressources que tu le penses, expliqua le masqué alors qu'il tournait lentement autour de Seven. Par contre, elle exige une concentration et une détermination hors normes. Deux choses que tu ne sembles pas posséder, mon grand. »

Se sentant légèrement insulté par cette remarque ressemblant plus à une pique à son égard qu'à autre chose, l'homme aux cheveux d'ébène leva les yeux d'exaspération en tournant le dos à son homologue.

« Ne te vexe pas, voyons ! C'est juste une petite plaisanterie. Rien de bien méchant ! En tant que boss de notre organisation, je peux bien m'accorder ce privilège de temps en temps, pas vrai ?

— C'est ridicule... se contenta de marmonner Seven, visiblement pas d'humeur à être taquiné de la sorte par son supérieur.

— Seven, tu n'es décidément pas marrant. Mais ce n'est pas grave. Tu as accompli ta mission avec brio ! À présent que le roi Moreh n'est plus, cela risque de plonger tout le continent de Kaärann dans une grande panique. Et c'est quelque chose qui m'arrange. »

Il lâcha un petit rire avant de finalement s'éloigner de Seven.

« J'ai une autre mission à te confier, lui dit-il ensuite. Mais on en reparlera plus tard. Tu peux disposer pour le moment. Je t'accorde une journée de repos. Lorsque celle-ci se sera écoulée, si tu la passes dehors, utilise la pierre de téléportation que je t'ai donnée pour revenir à notre repère. Je t'expliquerai les objectifs de ta future mission à ce moment-là. »

Seven ne répondit pas. Il se contenta de lancer un regard noir au masqué, chose que ce dernier remarqua bien qu'il lui faisait volte-face. Le boss s'arrêta alors de marcher et se retourna vers son employé. Une distance de quelques mètres les séparait en cet instant.

« Il y a deux choses que je n'apprécie pas beaucoup chez toi, Seven, lui révéla l'encapuchonné. Ton regard et ton côté peu bavard. Tu n'es définitivement pas quelqu'un d'amusant.

— Le Mortem Regis assassine les personnes de sang et de rang noble pour soi-disant libérer les nations de Kaärann de leurs jougs, mais ne s'était jamais attaqué à un dirigeant d'une nation jusqu'à maintenant. Pourquoi avoir pris une telle décision, tout à coup ?

— Soi-disant ? s'étonna alors le boss. Tu doutes donc de la volonté et des motivations de l'organisation pour laquelle tu travailles ?

— Je veux surtout qu'on réponde à la question que je viens de poser. N'essaye pas de l'esquiver ! »

Devant cette réponse et face à l'insolence de Seven, le masqué ne put s'empêcher de rigoler. Il positionna ses mains sur ses hanches avant de répliquer :

« Tout est une question de stratégie. Normalement, si tu n'es pas trop bête, tu devrais bientôt comprendre pourquoi j'ai planifié tout ça. »

Sur ces mots, il fit demi-tour et continua de s'éloigner de l'homme en vert tout en lui faisant un signe de la main pour le saluer.

« Quoi qu'il en soit, rendez-vous dans deux jours pour ta prochaine mission ! »

Seven regarda silencieusement son supérieur partir jusqu'à disparaître de son champ de vision. À présent seul, il se tourna vers le château où il avait commis son crime. L'enceinte de cette demeure devait à présent être agitée suite à son passage. Les nouvelles de la mort du souverain de ce royaume allaient rapidement faire le tour de Kaärann, et la paix qui régnait plus ou moins sur le continent s'en retrouverait définitivement bouleversée. Le jeune homme ne semblait pas enchanté par une telle perspective, et se demandait sincèrement s'il avait bien fait d'obéir au boss sur ce coup. Seulement, il n'avait pas le choix et devait se plier aux règles du Mortem Regis. Poussant un soupir résigné face à cette dernière pensée, l'assassin tourna le dos au palais royal Firois et quitta ces lieux à son tour.


Texte publié par Kamryn Allister, 29 janvier 2023 à 15h45
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