Et là encore, je ne me souviens plus des contraintes.
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Nathan fixait sa tasse de café refroidir sans la voir. Il n’arrivait pas à se concentrer, un même souvenir rejouait en boucle dans sa tête depuis son réveil. Depuis qu’il avait rêvé de Kilian. Cet homme insinuait le doute en lui, à cause de cette soirée il y a bientôt un an. À cause de cette phrase.
« Peut-être que ce n’est pas une femme qu’il te faut… »
Nathan avouerait sans honte ni problème qu’il était complètement torché à ce moment-là. Ils étaient en plein milieu d’une fête organisée par il ne savait plus qui, la musique résonnait contre les murs et la boisson coulait à flots. Il avait croisé Kilian par hasard, ne sachant même pas qu’il viendrait. Ils s’étaient posés pour parler, un verre d’alcool à la main et une bouteille à leurs pieds. Puis Nathan, ivre, avait commencé à se plaindre de sa vie amoureuse, s’étant fait larguer trois jours avant.
— Tu devrais essayer de sortir avec une autre type de femme alors, lui avait dit Kilian en remplissant son verre.
— Je l’ai fait ! Je suis sorti avec tous les types de fille qui peuvent exister ! s’était-il exclamé, énervé. Ça va très bien au début, mais au bout de quelques semaines, voire jours, elles ne me supportent plus. Me trouvent trop… trop…
— Chaotique ? Exubérant ? avait ricané le rouquin.
— Oui, ça ! Apparemment, ça me fait paraître instable quand elle me côtoie régulièrement voire tous les jours.
Il avait vidé son verre d’une traite, espérant que l’alcool efface l’amertume qui serrait sa gorge.
— Si elles le pensent vraiment, ce sont des connes, avait répliqué son ami. C’est ce qui fait ton charme, pourtant.
— D’être instable ? avait-il demandé, soudain suspicieux qu’on se moque de lui.
— Non, t’es pas instable. T’es juste toi-même, sans faux semblant, ni masque. T’es entier, et c’est pas une chose facile à côtoyer quand on n’a pas l’habitude.
Nathan était resté silencieux à regarder Kilian avec surprise, ému. C’était bien la première fois que quelqu’un en dehors de sa famille lui parlait de cette façon. D’habitude, on lui répondait toujours de stress du genre “essaye d’être plus ceci ou moins cela” ou “fais plus d’efforts” encore pire “t’as qu’a changé et ça ira mieux”.
Puis il s’était penché pour récupérer la bouteille, histoire de se redonner un peu de contenance, même s’il savait qu’en tant que Garou et malgré la faible luminosité, Kilian avait bien vu que ça l’avait touché.
— Ouais… mais dans ce cas, aucune des filles avec qui je suis sorti ne sont capables de ça.
Et c’était là, le moment où tout avait basculé, où la phrase était sortie.
— Peut-être que ce n’est pas une femme qu’il te faut…
La prochaine chose qu’il savait avec clarté était qu’il se réveillait dans un lit, Kilian et lui dedans, nus et collants, le corps rompu de plaisir et de fatigue.
Nathan avait bien sûr récupéré la majorité de ses souvenirs embrumés entre ces deux moments une fois qu’il avait cuvé et que son cerveau était capable de réfléchir correctement. Et… heureusement qu’il avait été seul à ce moment-là car il n’avait jamais autant rougi autant de sa vie. Ça avait été débridé et très chaud, mais en même temps assez attentionné.
Et maintenant, près d’un an plus tard, il doutait toujours. Le fait qu’il finissait régulièrement dans le lit de Kilian n’arrangeait rien, au contraire. Du moins jusqu’à la mort des parents. Depuis il n’était allé à aucune fête.
La vieille horloge sonna, lui indiquant qu’il allait être en retard s’il ne se dépêchait pas. En soupirant, il avala sa tasse froide avec une grimace.

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