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Peut être

Un déchirement…

Puis le silence.

Se plaquer au sol, ne plus bouger, pas même respirer, et seulement réaliser.

Refouler la vie pour lui laisser les meilleures chances.

« Silence, cœur, silence ! »

Toi et moi connaissons ce staccato. Rien à voir avec les rugissements bodybuildés dont nous abreuve la fiction. Non, rien à voir.

Ce bruit sec, âpre, sans emphase annihile, en cette seconde, le monde et toute humanité. Nous avons fait sa connaissance il y a cinq mois et vingt-sept jours exactement.

« Silence, cœur, silence ! »

Mais quelque chose cloche.

À ce son devrait succéder celui de la peur, arrachant son chemin du plus intime recoin de l’être, déchirant bronches et trachée pour finalement éclater, lequel strident et disgracieux, lequel étouffé et résigné.

Viendrait ensuite celui, sourd, des corps incrédules qui, s’engageant dans une dernière valse maladroite, choieraient et s’entremêleraient.

Alors se répendraient les senteurs de poudre, souvent appréciées à l’orée d’un verre, ici entêtantes et étouffantes, crachées sans répit par ces faucheuses de vie.

Puis ce goût, celui de la première chute à vélo, de la première bagarre de cours de récréation, épais, métallique et animal à la fois, mais décuplé, ce sang si prégnant qu’on jurerait qu’il vous étreint … et il vous étreindrait, rampant, nappant le sol et s’insinuant dans le moindre interstice.

Finalement le corps entier qui tressaillirait, de concert avec ce lourd parquet si souvent foulé, sur lequel résonnerait chaque impact tel un compte à rebours aussi stupide qu’implacable :

Dix mètres,

Cinq mètres,

Deux mètres,

le prochain sera le bon.

Et cette certitude vous laisserait étrangement serein. Bien sûr, vous regretteriez de ne pas avoir assez crié votre amour au monde, mais c’est ainsi que tout s'achève, simplement.

Une,

Deux,

Trois,

Dix secondes,

Bientôt une minute,

Ne pas bouger encore mais autoriser ce souffle qui n’est que brûlure, relâcher cette main qui n’est que crispation et calmer cette jambe qui n’est que tremblement, pour finalement émerger. Se relever, allumer la lumiè … Non pas encore ! Patienter, être certain : Le silence, encore et toujours. Ouvrir ces yeux ourlés de peur et comprendre : La Thaïlande, Ko Pha Ngan, une plage, un feu d’artifice, simplement.

Je suis mort il y a cinq mois et vingt-sept jours, et il faudra beaucoup d’Amour, de Beauté et de Rire pour confronter l’Horreur, et autoriser les souvenirs d’une vie antérieure à émerger et se mêler aux courants vénéneux de ce vendredi maudit.

J’ai toujours pensé que ma trente-huitième année serait touchée par l’Extra-Ordinaire ; J’ai donc patienté, scruté, trois cent soixante-cinq jours durant. J‘ignorais simplement qu’elle serait la dernière de mon existence, et que cette chose incroyablement précieuse, si profondément ancrée que nos civilisations occidentales ne la considèrent plus, porte un nom : ataraxie, à jamais disparue.


Texte publié par guiom, 22 décembre 2022 à 10h13
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