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tome 1, Chapitre 3 « Mutation sentimentale » tome 1, Chapitre 3

Une fois le rideau tombé sur cette humble scène que constituait mon petit salon, et votre serviteur (moi) sorti de son ensorcellement, nous nous prîmes mon amie et moi, à rire largement de notre piécette improvisée.

Ayant tout deux fait partie de la même troupe théâtrale pendant notre commune jeunesse, et nous trouvant par la même, reliés par la passion de la mise en scène, elle et moi avions pour coutume de s’adonner à ce genre de représentation privée lorsque nous nous retrouvions seuls ensemble. Dans un premiers temps, le but de ces improvisations fut simplement d’affûter nos talents d’acteurs puis, par la suite, leurs enjeux devinrent plus complexes. En effet, cette pratique était devenue pour nous une manière de parler de choses relativement sérieuses et cela sans retenues, car nous nous trouvions alors dissimulés derrière un rôle qui dépassait le notre ; rôle qui nous permettait ensuite de nous ouvrir (presque) entièrement l'un à l'autre sans crainte du jugement.

Nous passâmes par la suite une soirée fort agréable et ce, malgré le fait qu’elle ne comptait ni « grande fête » ni même « grand rassemblement », à l’image de celle bien plus morne ayant précédé la nuit d’où laquelle toute cette histoire tire son origine. Mon amie resta assez tardivement dans la nuit ; cette dernière passa telle une brise, légèrement et doucement, à la différence de cette autre nuit déjà mentionnée quelques dizaines de mots auparavant qui, de part sa masse et son effet, revêtais plus l’aspect d'une chute de pierre.

Pourquoi aurais je souhaité la présence à mes côtés d’une foule d’inconnus alors que je me trouvais, en ces délicieuses heures, en compagnie de la seule personne pouvant significativement emplir mon être ? J’étais, à ce moment de mon existence, dans le regret de constater que je me trouvais pour le plus clair de mon temps éveillé, bel et bien seul. J’étais souvent entouré d’une multitude de visages aux cours de mes journées, que cela soit sur mon lieu de travail ou en pleine rue ; c’était une chose indéniable, certes. Cependant je ne me sentais lié à aucuns des anonymes que je côtoyais durant ces futiles moments. Je n’avais alors que très peu d’amis (si l’on pouvait les nommer ainsi) et je ne les croisais que rarement et encore, souvent de manière inopportune. Par ailleurs, je me devais de tristement accepter que, soumis aux dévastateurs effets des grains du sablier s’immisçant sans cesse dans leurs rouages, les mécanismes de nos relations se détérioraient, suivant l’inexorable goûte à goûte du temps. C’est avec amertume que je réalisais parfois que certaines personnes, jadis très présentes et tangibles dans ma vie, ne constituaient guère plus désormais que de distants et abstraits mirages à mes yeux.

Autour de moi, se dessinaient dans le sable, les traces formées par les pas de mes anciens compagnons de voyage qui depuis, m’avaient abandonné là, seul et errant dans ce désert. Étaient-ils enfin parvenus, après tant de peines, à rejoindre leurs oasis ? Si tel était le cas, pourquoi moi, n’y parvenais-je pas ? Étais-je condamné à déambuler dans cette immensité brûlante, isolé et sans le moindre repère pour m’aiguiller dans la recherche de mon salut ? Ne méritais-je pas d'y prétendre moi, à ce salut ? Cette rumination perpétuelle ne rendait mon environnement et ma condition que plus lourds à supporter ; mais je ne pouvais, à l’accoutumée, pas y remédier. Cependant, en cet instant hors du temps, les yeux plongés dans l'horizon, contemplant avec elle les nuages rougeâtres défiler dans le ciel crépusculaire, je songeais que toute ces errances trouvaient enfin leurs termes car, sentant mon âme atteindre le repos par sa simple présence et, faisant de ses éclats de rire, l'eau qui apaisait ma soif, je compris que c’était elle, mon oasis.

La substance dont étaient composés les sentiments qui nous animaient l’un envers l’autre a, au cours de notre histoire commune, et ce à l’image de toutes choses physiques ou non dans l’univers, était soumise à nombre de transformations et de mutations plus ou moins inéluctables. Cette inéluctabilité en ce qui intéressait nos relations, consistait en le savant et terrible mélange des deux éléments ô combiens importants qu’étaient premièrement, notre différence de sexe, j’ose espérer que vous aviez assimilé le fait que j’étais un homme et que c’était une femme ; ajoutez à cela notre similitude d’âge (à quelques lunes près), et vous obtenez une réaction plus qu’instable mais néanmoins assez logique et calculable. Ainsi, cette première différence se trouvant souligner par ce deuxième point commun, conduisit nos cœurs à s’attirer puis se repousser, sans jamais s’enlacer mais sans non plus s’abandonner, menant une inlassable valse qu’aucuns des deux ne menaient et qui jamais ne devait s’achever.

Je regrette amèrement cette danse, par laquelle elle et moi étions possédés ; je regrette la simplicité de nos rapports enfantins, notre proximité non sexualisée et la pure amitié qui animait ces deux enfants que nous incarnions, lorsque la barrière de leur sexe n’était pas encore levée. Avant de recevoir tous deux la visite de cette mauvaise fée la puberté, notre lien était limpide, vous savez, sans agitations superflues pour le troubler. Sa surface reflétait l’éclat de nos rires et était tout ce qu’il y a de plus plate ; nous étions encore préservés de la malice qui caractérise l’âge adulte.

Observant le spectre des ces jours passer sous mes yeux, je me demande comment une histoire avec un si beau début a pu se conclure sur une fin si laide…nous aurions dû rester enfants. Si le paradis existe et dans la possibilité où je viendrais à le rejoigne (ce dont je doute fort), j’espère nous retrouver tous deux aussi innocents et unis qu’en cette lointaine époque ; c’est là mon unique souhait, mais j’ai peur qu’il soit bien irréalisable…

Vous ai-je, mesdames et messieurs, représenté la scène de notre première rencontre ? L’instant où les flots de nos existences se sont rejoints pour former ensemble, un nouveau cours d’eau, à bien comme à mal par ailleurs. J’apprécierais pouvoir vous la narrer, si toutefois vous me le permettez. Et pourquoi ne le pourrais-je pas ? Vous vous figurez peut-être qu’il s’agira là d’une macabre pièce représentant une victime pénétrant, sans bien entendu le savoir, dans le piège de son malfaiteur ? Et bien non ! Les acteurs de cette représentation ne serons que deux jeunes « childrens », aussi immaculés que la rose qui voit le jour.

Accordez-moi cher public, l’honneur de pouvoir dresser autour de vous, les décors dans laquelle se jouera l’agréable théâtre de cette rencontre. Le principal élément que je viendrai placer, sera celui d’une vieille école aux façades ternies d’un jaune craquelé, éclatantes sous l’éclat des premiers rayons d’un matinal soleil de fin d’été, de plus percée en plusieurs endroits de quelques vitres à carreaux d’une ridicule petitesse, noircies par le passage des années et sur laquelle depuis son toit incliné de tuiles oranges abîmées, courent jusqu’au bas des escaliers, quelques deux ou trois gouttières rouillées et entièrement sèches en cette période de l’année. Viennent ensuite pour étoffer ce tableau se planter quelques antiques gros arbres encore parés de feuilles vertes luisantes sous la rosée et venant étaler à vos pieds leurs grandes ombres allongées. Venons parfaire à présent cette description en remarquant la fraîcheur d’une brise transportant à vos oreilles et dans la cour, les cris et les rires des enfants occupés à chahuter ; entendez aussi les pleurs de certains autres, impressionnés par une agitation encore trop nouvelle pour ces derniers.

Portons notre attention sur ces petites créatures si apeurées ; c’était bien de celles-ci que je comptais, me trouvant alors seul assis sur un banc mis de côté, les yeux brouillés de larmes que je m’efforçais de contrôler. Mon amie évoluait en parallèle d’une bien différente manière ; je l’observais au travers de mon regard troublé, s’agiter et s’amuser en compagnie d’autres élèves qui, malgré nos conditions infantiles similaires, me semblaient être alors, par rapport à moi, d’une infinie supériorité. Soudain, faisant trébucher mon regard sur celui de cette jeune pousse en plein batifolage, par mégarde complète et sans en avoir la plus faible intention, certes, je réussi à capter son attention. Elle se stoppa, sortit de la frénétique ronde qu’elle exécutait en compagnie de ces êtres si supérieurs, et s’approcha de moi, sautillant jusqu’à venir se planter en face du jeune garçon à l’air aussi avenant qu’un mur de brique, que j’étais.

Je ne possède plus la moindre mémoire du détail des propos échangés entre ces deux petits êtres, ni même si j’eus l’opportunité de m’exprimer ; je ne me rappelle que du fait qu’elle entama la conversation, et me convainquit par quelque argument miraculeux, à venir me joindre à la danse collective qui se tenait à une vingtaine de petits pas de mon banc. Je pris alors part à ce bal d’écoliers improvisé sans pour autant y prendre plaisir ; je ne me sentais pas à ma place ici, il me figurait être une sorte de nain entouré de géants n’acceptant mon intrusive présence que parce que j’avais été invité par la jolie petite fée, se trouvant être de fait, la meneuse de cette troupe. Depuis cette estivale matinée, cette jeune fleure épanouissante me prit sous ses pétales ; elle me poussa à sortir de mon mutisme caractériel, à m’exprimer en m’initiant au théâtre, forçant même ma socialisation. En résumé, elle me poussait à vivre, tout simplement.


Texte publié par Coketown_guy, 1er décembre 2022 à 09h07
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