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tome 1, Chapitre 5 « Acculés » tome 1, Chapitre 5

Hayato était encore à demi endormi. Sa conscience commençait à peine à revenir du monde des rêves. Il sentait qu'on le remuait mollement, mais il s'en fichait. Il se retourna pour chasser la nuisance et retourner à ses songes.

Un froid intense submergea son visage.

Le jeune homme se redressa d'un coup dans le lit, le souffle court. Il chercha autour de lui, comme si cela pouvait lui expliquer cette soudaine agression. La sensation disparut aussi rapidement qu'elle était apparue, et il vit Oichi à genoux près de lui, les yeux lumineux.

-Ah, tout de même.

Il resta incrédule devant sa compagne.

-Il faut qu'on parte. Il y a du mouvement dans le village.

Cette fois, le soldat sentit son sang ne faire qu'un tour. Il secoua la tête pour se réveiller tout à fait, et se leva en vitesse pour enfiler son armure. L’Élémentaire ne dit pas un mot de plus, et l'aida à s'équiper. C'était étrange de la voir agir comme d'habitude, mais avec ses grands yeux projetant une douce lumière.

Ils rassemblèrent leurs quelques possessions, et se préparèrent à quitter la chambre. A ce qu'il put voir à travers la fenêtre, ils étaient au beau milieu de la nuit. Tout était calme autour d'eux, il n'y avait plus un bruit dans l'auberge. Alors qu'ils quittaient la chambre, ils durent avancer à tâtons tant l'endroit était sombre.

Les deux jeunes gens arrivèrent en haut de l'escalier, où de la lumière venue de l'extérieur filtrait à peine à travers les grandes fenêtres. Oichi passa en tête, posant prudemment son pied sur chaque marche. Ses yeux lumineux la rendaient voyante, mais c'était un risque acceptable. Arrivée en bas, elle fit signe à Hayato de la rejoindre. Quelques instants plus tard, ils avançaient dans la pièce principale de l'auberge.

Sans crier gare, Oichi sauta au cou du géant avec force, le faisant basculer en arrière, et ils chutèrent dans un grand bruit. Elle était à quatre pattes au-dessus de lui, et porta ses lèvres près de l'oreille droite du Paladin.

-Avouez que vous en rêviez, murmura-t-elle.

Il chercha à la repousser maladroitement en bredouillant, affreusement gêné par la situation. Quand elle se déplaça à côté de lui, l'Inerte put voir un long couteau enchâssé dans le mur, juste à l'endroit où il se tenait quelques secondes plus tôt. Elle venait littéralement de lui sauver la vie.

La jeune femme lui fit signe de la suivre, et se dirigea derrière le comptoir de l'auberge, pour se mettre à couvert. Quand Hayato l'eut rejoint, elle resta immobile quelques secondes.

-Un... deux... trois... oui, trois, dit-elle à voix basse.

Il entendit distinctement et successivement trois bruits sourds venant de divers endroits de la salle principale. Comme une masse tombant au sol à chaque fois.

-Trois de moins. La voie est libre.

Elle se releva et se hâta vers la porte d'entrée, penchée pour se protéger de tout nouvel assaut. Le géant la rejoignit, et distingua vaguement entre les tables un corps au sol, immobile. Il se posta de l'autre côté de la porte, et tira son épée.

-Tu as un plan ? demanda-t-il.

-Je pense qu'ils ont pris les chevaux. Il y a une ferme à l'entrée du village. Nous allons leur emprunter des bêtes.

La jeune femme prit une longue inspiration.

-Promettez-moi une chose. Peu importe ce qui arrive, vous devez fuir en vie. Il faut que vous arriviez au Sanctuaire. Albin saura vous guider si je ne suis plus là.

Elle le fixait de ses yeux irréels, et avait la voix grave. Il acquiesça.

-Promis. Mais je ferai tout pour que tu y arrives avec moi.

-S'il le faut, laissez-moi derrière. Votre vie est primordiale.

Le soldat n'était pas à l'aise avec cet état de fait. Mais il était persuadé de ne pas arriver à la faire changer d'avis. Alors, il opina du chef gravement. Prenant ce signe comme la confirmation qu'elle voulait, Oichi poussa rapidement la porte de l'auberge, et risqua un regard à l'extérieur. Leur fuite commençait.

L’Élémentaire prit les devants, et choisit de longer les maisonnettes du village sans passer par le chemin principal, qu'elle jugeait trop exposé. Le couple progressait lentement, en prenant toutes les précautions possibles, se cachant derrière chaque coin de mur. Leurs armes étaient tirées, prêtes à faire couler le sang si la lutte devenait inévitable.

L'atmosphère était étrange dans le village. La lune était très lumineuse, si bien qu'on se serait crus en plein jour. Pourtant, il n'y avait pas âme qui vive à l'extérieur. Au contraire, Hayato ressentait la présence pesante de la mort qui rôdait autour d'eux. Ce poids entre les omoplates qu'expérimentent les guerriers en attente d'une bataille. L'impression d'être observés, en permanence, par un ennemi invisible.

Devant le soldat, une porte s'ouvrit en fracas et le percuta en plein visage.

-Kya !

C'était la voix d'Oichi. La porte se referma aussi vite, et la jeune femme n'était plus là. Elle était en danger. Sonné, il essayait de reprendre ses esprits quand une voix d'homme retentit à quelques mètres derrière lui.

-Il est là, je l'ai trouvé !

La situation lui avait échappé en quelques secondes. Il était repéré, et séparé de sa compagne. Il devait faire quelque chose, alors qu'il peinait à retrouver son sens de l'orientation. Le sang cognait dans ses tempes, si bien qu'il avait du mal à prendre ses repères. Mais il avait promis de privilégier sa vie. Pendant qu'il hésitait, il entendait les bruits de course, des pas qui se rapprochaient dangereusement de lui.

Il était temps de faire confiance à sa nouvelle maîtresse, et de lui obéir. Le géant prit ses jambes à son cou, et partit à toute allure dans le sens opposé à celui de son adversaire. Leur course lui sembla faire un boucan de tous les diables dans ce village silencieux. La quiétude du lieu était éradiquée par ces forcenés qui se déplaçaient à toute allure.

Hayato faisait de son mieux pour tenter de semer son poursuivant. Il utilisait les maisons comme moyen de dissimuler le chemin qu'il prenait, en espérant se rendre imprévisible. Mais il entendait toujours une course derrière lui. Il risqua un regard en arrière et aperçut un homme de taille moyenne, vêtu d'une tenue intégralement noire, le bas du visage dissimulé derrière un tissu de la même couleur. Il avait une dague dans chaque main, et courait penché en avant pour tenter de rattraper sa cible.

Aucun doute n'était possible : c'était un membre de la guilde des assassins. Cette organisation criminelle était connue dans tout Hita pour régler leurs comptes à des gens qui avaient ennuyé les mauvaises personnes. Les riches et puissants avaient les moyens de se payer ses tueurs à gages. Les forces de sécurité du royaume n'arrivaient pas à mettre la main sur eux, et il était rare d'en capturer un vivant.

Est-ce la garde royale qui les avait embauchés ? Avaient-ils vraiment succombé à de telles extrémités pour les éliminer ? Ou une autre puissance souhaitait attenter à leur vie ? Dans tous les cas, la conclusion était très inquiétante.

Il eut beau faire de son mieux, il perdait du terrain. Son adversaire finirait par le rattraper dans quelques secondes. Au moins, l'Inerte pensait avoir semé les autres assassins, et il pourrait l'affronter seul à seul. Il était temps de tirer profit de la situation.

Le Paladin fit une longue glissade sur le sol, dans le but de se retourner, et d'accueillir son poursuivant l'épée au clair. Il la lança dans un large geste montant, mais le gredin fit une roulade sur le côté pour esquiver le coup. En se relevant, il lança un mauvais coup de dague dans les côtes de Hayato, qui fut heureusement arrêté par son armure de cuir.

Il recula d'un pas pour tenter de rétablir son avantage à l'allonge. Son adversaire ne semblait pas protégé, donc tout coup porté serait important. L'Inerte resta en garde, reculant progressivement, adoptant une posture défensive. Cependant, il n'avait pas ce luxe : le temps jouait contre lui. A tout moment, un adversaire pouvait surgir et risquait de le submerger. Il devait en finir le plus rapidement possible.

Le soldat entama quelques passes puissantes, que son assaillant n'eut aucun mal à esquiver. Il était rapide et agile, ce qui inquiéta Hayato. L'assassin se fendait, faisait un pas de côté ou une roulade quand nécessaire, avant de riposter. Les coups visaient les parties non protégées du Paladin : l'intérieur de ses coudes, son cou, son visage. Son armure fut soumise à rude épreuve, tant il éprouvait de difficulté à se soustraire aux coups de dague.

Se relevant d'une roulade, l'homme en noir jeta une poignée de terre au visage de Hayato. Surpris, celui-ci fit quelques pas en arrière et trébucha sur une fourche posée contre un mur d'une maison voisine. Il atterrit lourdement sur le dos, sentant tout l'air abandonner ses poumons. Prestement, son assaillant vint projeter l'épée du soldat au loin, d'un coup de pied bien placé. Il posa son genou contre le torse de sa victime pour le maintenir au sol.

Hayato faisait de son mieux pour se dégager. Son esprit étourdi par sa chute ne lui facilitait pas la tâche. Il peinait à trouver de l'air, après tous les efforts qu'il avait réalisés, et son cœur battait à tout rompre. Il remuait au sol, mais n'arrivait pas à se relever. L'assassin siffla d'une voix pleine de mépris.

-Crève, pourriture de magicien.

Le Paladin se débattait au mieux, en vain. Les Dieux l'avaient abandonné. Sa protégée était probablement morte, et il la rejoindrait rapidement. Sa dernière pensée fut pour Oichi, et son regret de ne pas avoir pu la protéger. Il ferma les yeux en attendant le coup fatal.

Le jeune homme reçut une projection de liquide et de morceaux solides mêlés. Puis un poids mort lui chuta dessus.

Il rouvrit les yeux, et constata que son assassin était étalé sur lui. Il ne semblait plus bouger. Dans un gros effort, il fit pivoter cette masse sur le côté pour constater que son crâne avait littéralement éclaté. Hayato était couvert de sang et de fragments d'os. Il regarda autour de lui, perdu par ce qui venait d'arriver.

Non loin de là se tenait une petite silhouette armée de cercles de métal, donc les yeux de saphir laissaient échapper une douce lueur. Elle avait la main tendue vers lui, bien campée sur ses pieds. Oichi lui adressa un sourire soulagé.

-Dieux merci, je suis arrivée à temps.

Hayato ressentit un profond soulagement tandis que son cœur battait toujours très fort dans sa poitrine. Son heure n'était finalement pas venue. Il s'appuya sur le sol pour se relever avec difficulté, et s'approcha de sa compagne. Elle semblait en un seul morceau, toujours aussi parfaitement coiffée et sûre d'elle.

La jeune femme opina du chef, et lui fit signe de la suivre en reprenant sa marche entre les maisons. Le Paladin n'eut pas d'autre choix que de se précipiter à sa suite, après avoir récupéré son épée. Après quelques secondes, ils débouchèrent sur la place centrale du village, où il marqua un temps d'arrêt.

Ce qu'il avait d'abord pris pour l'éclat de la lune était en réalité projeté par une sphère de lumière blanche de quelques mètres de diamètre qui planait à bonne hauteur au-dessus du sol. Elle était tellement puissante qu'on voyait correctement dans les rues alors qu'on était en pleine nuit. L'origine d'une telle prouesse ne laissait aucun doute : un Élémentaire était à l’œuvre.

Pour autant, Oichi s'engagea sur la place sans l'ombre d'un doute, jetant un regard derrière pour s'assurer que Hayato la suivait. Il était sur ses talons, et ralentit progressivement quand elle le fit. Ils s'arrêtèrent tout à fait au centre de la place, totalement à découvert. Le Paladin s'en inquiéta.

-Oichi ? Qu'est-ce que tu fais ?

La jeune femme se retourna vers lui, et lui adressa un sourire aimable. Elle ne bougea pourtant pas d'un poil. Fronçant les sourcils, Hayato peinait à comprendre ce revirement dans son comportement.

-Attention !

La voix d'Oichi avait retenti à quelques mètres de là, en lisière de la place. Tournant la tête dans cette direction, le géant vit l’Élémentaire, couverte d'une multitude de tâches rouge sang, courir à travers l'esplanade, chakrams dans la même main. Il ne comprenait pas, Oichi était juste à côté de lui. Mais là bas en même temps.

La jeune femme qui courait passa en trombe à côté de lui, et traversa littéralement l'autre représentation d'elle-même, comme si ce corps n'avait jamais existé. Il disparut alors dans un éclat lumineux qui aveugla quelques instants Hayato. Quand il retrouva la vue, il vit sa compagne continuer sa course en direction d'un groupe de trois assassins qui venaient de la direction opposée.

Elle fit un premier grand geste de la main, vers eux. L'un des assaillants poussa un cri de douleur et tomba à genoux, en portant les mains à ses yeux. Un autre geste de la main, et un pic de glace aiguisé fendit l'air pour transpercer le torse d'un autre ennemi. Un dernier geste tout aussi ample. Le dernier assassin, qui était désormais à portée de combat de la jeune femme, reçut une volée d'éclats de glace coupants dans le visage. Son sang gicla dans toutes les directions, et il ne put pas se défendre quand elle lui trancha la gorge avec ses chakrams, en virevoltant avec sa vitesse habituelle.

Oichi se retourna vers Hayato, qui la trouva en cet instant effrayante. Elle venait de se débarrasser de trois personnes dangereuses avec une telle facilité, et une violence incroyable. Mais en même temps, elle était magnifique. Sa danse mortelle était gracieuse, élégante, alors que ses yeux bleus concentrés donnaient une sensation de maîtrise. Elle lui fit signe de la rejoindre, ce qui tira l'Inerte de sa rêverie. Il courut pour se rendre auprès d'elle, et la jeune femme l'emmena derrière une maison voisine, à l'ombre de cette sphère lumineuse.

Elle prit le temps de le regarder de haut en bas, posant sa petite main à différents endroits pour voir s'il était blessé ou non. Si elle était soulagée, elle n'en montra rien. Son visage maculé de sang resté fermé, sa bouche réduite à une petite ligne inexpressive.

-Je suis en colère contre vous.

Sa voix avait tranché l'air avec une telle froideur que Hayato recula d'un pas.

-Comment avez-vous pu me confondre avec une si pâle copie ?

Elle fronçait les sourcils, en fixant ses yeux saphirs dans le regard de son interlocuteur. Ils gardèrent le silence quelques secondes, quand elle finit par exploser dans un murmure rageur.

-Je ne suis quand même pas aussi plate !

Le Paladin écarquilla les yeux, pris au dépourvu, et l'expression de colère de la jeune femme fut démentie par un rire franc et cristallin. Elle retrouva son sourire taquin habituel et lui mit une tape amicale sur la joue. Elle se retourna alors pour reprendre sa route vers leur objectif de fuite.

Il fallut deux minutes supplémentaires au couple pour atteindre la ferme située à l'entrée du village. Les bâtiments la formant semblaient bien entretenus, et l'habitation y trônant était d'une belle taille. Se faufilant dans la relative pénombre retrouvée, ils se faufilèrent dans l'étable pour tenter de trouver des chevaux.

Les lieux étant plongés dans l'obscurité, il leur fallut un peu de temps pour se repérer convenablement. D'abord des vaches, et enfin, ce qu'ils étaient venus chercher. Ils fouillèrent à proximité pour dénicher de quoi les seller.

Une lueur douce prit place dans l'étable d'un coup, venant du plafond. Quelques bêtes réagirent mollement à cette illumination soudaine en grognant, frottant de la patte, ou poussant quelques faibles cris. Oichi se figea en entendant une voix masculine provenir de l'entrée du bâtiment.

-Mes respects, Arama !

Hayato la vit fermer longuement les yeux, et se pincer l'arête du nez entre l'index et le pouce. Elle soupira longuement, puis arbora un visage mortellement neutre quand elle fit signe au Paladin de venir avec elle. La jeune femme se dirigea vers l'origine de cette voix.

Il s'agissait d'un homme de taille moyenne, vêtu d'une élégante tunique crème et de chausses du même ton. Sa fine chevelure blonde cascadait dans son dos jusque sous ses épaules. Il tenait une épée au métal clair, parcourue de veinules jaunes. Ses yeux étaient emplis d'une douce lueur blanche.

Voyant Oichi émerger du fond de l'étable, il s'inclina bien bas avec un air sardonique sur le visage. Ses traits fins et sa posture exprimaient un défi.

-C'est un honneur de pouvoir croiser votre route en ces terres.

-Qu'est-ce que tu veux, Arfes ? le coupa-t-elle.

Les lèvres de cet homme s'étirèrent en un long sourire, tandis qu'Oichi restait de glace. Elle se tenait bien droite, et avait saisi ses armes en s'approchant de lui.

-Je pense que vous le savez très bien, Arama.

La jeune femme secoua légèrement la tête.

-Alors, tu n'as pas renoncé à cette folie. Je ne peux pas te laisser faire.

-Et qu'allez-vous faire, ô très grande ? se moqua-t-il.

La voix d'Oichi fendit l'air comme un coup de fouet.

-Je te provoque en duel, selon la tradition. Le Paladin de Dihr sera témoin et rapportera l'affrontement au Conseil.

Elle se tourna vers l'Inerte, lui faisant signe de reculer.

-N'intervenez dans le combat sous aucun prétexte, messire. Rappelez-vous des moindres détails, c'est très important.

L'homme se mit à rire à pleins poumons.

-C'est qu'elle lui donne du « messire » ! C'est tout à fait pittoresque. Est-ce qu'il sait au moins à qui il s'adresse ?

Pour toute réponse, Oichi se mit en garde dans une position agressive, les yeux plissés. Elle était très concentrée, à un point qu'Hayato n'avait jamais vu. Arfes dressa également son épée, et la lumière qui irradiait au-dessus d'eux s'éteignit.

L'obscurité revint dans l'étable, et Hayato entendait la respiration profonde de sa compagne, à quelques mètres devant lui. Il voyait les yeux brillants des deux adversaires qui se tenaient en respect, et s'observaient l'un l'autre.

Il y eut un vif éclat de lumière.

Quand il retrouva ses sens, le Paladin vit une dizaine de personnes autour d'Oichi. En l’occurrence, chacun d'entre eux était Arfes. Par un miracle que le soldat ne comprenait pas, l’Élémentaire s'était dédoublé à plusieurs reprises. Et ces clones entouraient la jeune femme. Cette dernière leva une main vers le ciel, et de son torse émergèrent des éclats de glace dans toutes les directions. Cette vague mortelle s'éloignait d'elle à toute allure, et vint percuter les hommes autour d'elle.

Immédiatement, elle se jeta sur l'un d'entre eux, chakrams en avant. Les armes circulaires rencontrèrent l'épée de son adversaire dans un grand fracas métallique. Au même instant, toutes les autres représentations d'Arfes disparurent en vacillant dans l'air. Une petite lueur blanche entourait l'homme tel un halo protecteur, et une petite sphère de lumière se tenait près de son épaule, derrière sa tête. Une légère brume entourait Oichi, qui avait fermé les yeux.

Alors, elle passa à l'attaque. La jeune femme lança ses chakrams en direction de son adversaire, qui para chacun de ses coups rapides. S'ensuivit une passe d'armes endiablée, personne ne semblant prendre l'avantage. Puis, après une feinte particulièrement complexe, Arfes infligea une longue estafilade sur le bras droit de l’Élémentaire de glace, qui laissa échapper un gémissement de douleur.

Elle recula d'un pas, pour mieux se relancer à l'attaque. Cette fois-ci, elle parvint à tourner autour de l'épée de son adversaire pour lui donner une belle coupure au niveau du biceps. Il pesta et essaya de riposter avec une grande vitesse. Le combat était réellement équilibré, et chacun se mit à porter les stigmates des coups échangés.

C'est après une bonne minute d'affrontement qu'ils utilisèrent réellement la magie. Des pics de glace acérés se formèrent près d'Oichi, et immédiatement, des faisceaux lumineux partirent de la sphère d'Arfes pour se concentrer sur les armes de lancer magiques. A chaque fois, les projectiles se mirent à fondre avant d'atteindre leur cible.

Tout se passait très vite. Les assauts magiques étaient conjugués aux passes d'armes bien physiques. Hayato était ébahi par la maîtrise affichée par chacun des combattants. Les armes allaient un peu moins vite qu'au début du duel, mais cela restait tout de même impressionnant.

Le Paladin fit un constat assez rapide : Oichi avait le dessus. C'est elle qui attaquait en permanence, et Arfes se défendait. Elle ne retenait pas ses coups, et pourtant elle combattait les yeux clos. Petit à petit, l'homme commençait à subir les assauts. Une coupure sur la cuisse. Une autre sur la main. Sa lame n'allait plus assez vite. Son visage crispé était signe qu'il était à son maximum.

Alors, un pic de glace transperça son épaule droite. La lumière avait tenté de le faire fondre, mais le projectile était resté entier. Il poussa un bref cri de douleur, et son épée tomba de sa main directrice. Oichi ne se fit pas prier, en une volte, elle infligea deux profondes entailles au torse de son adversaire, qui tomba à la renverse.

Posant rapidement son genou sur le torse du vaincu, la gagnante installa un de ses chakrams au creux du cou de l'homme. Alors, ses yeux blancs cessèrent de briller. Du sang coulait à la commissure de ses lèvres et venait maculer sa tunique en lambeaux. Le vaincu parla à voix basse. Hayato ne voyait pas le visage d'Oichi, mais vit qu'elle répondait. Ils échangèrent quelques phrases qu'il n'entendit pas.

Et la jeune femme trancha vivement le cou de son adversaire, dans une gerbe de sang.

Elle resta ainsi sur son adversaire jusqu'à ce qu'il rende son dernier souffle. Elle même avait les épaules qui remuaient de manière erratique. Hayato comprit qu'elle pleurait. Il voulait la rassurer. La réconforter. La serrer dans ses bras. Panser ses blessures. S'assurer qu'elle n'était pas trop blessée.

Mais il la laissa en proie à ses tourments intérieurs, gravant ces images dans sa mémoire. La détresse de l’Élémentaire ferait partie du récit de ce duel. Un combat qu'elle avait gagné, mais semble t-il à un prix élevé. Elle posa ses armes au sol, et porta ses mains à ses yeux. Le Paladin entendait ses sanglots irréguliers, toute la peine qu'elle éprouvait. Il en saigna intérieurement. Mais il la respecterait.

Oichi mit dix minutes à se calmer. Quand ses épaules cessèrent de remuer, Hayato l'entendit murmurer, probablement une prière. Elle se pencha sur la main du mort, et en retira une bague, qu'elle rangea dans sa bourse. La jeune femme se releva, et se tourna vers son compagnon. Son visage était maculé du sang qu'elle avait sur les mains, et ravagé par les sillons laissés par ses larmes.

Elle approcha du Paladin, et posa simplement son front contre le torse de l'Inerte. Elle resta ainsi, immobile. Il passa maladroitement une main dans son dos, pour le lui caresser doucement. Lui témoigner de son soutien. L'aider comme il le pouvait. Être à ses côtés.

Après quelques minutes, elle se décolla de lui, et le regarda dans les yeux. Ses deux grands saphirs n'étaient plus lumineux, mais ils exprimaient une grande tristesse. Elle acquiesça lentement en signe de remerciement, puis se dirigea vers les chevaux.

Ils étaient toujours des fugitifs. Et ils devaient fuir.


Texte publié par Yohko, 26 octobre 2022 à 12h17
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