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Le procès

Inspirée par l’échelle de Kardachev

L’imposante porte du sas de pressurisation s’ouvrit. Globax et sa partenaire, Méliza, s’engouffrèrent à l’intérieur de la station Décidoir d’un pas réticent. Le voyage avait été plus long que prévu. Globax n’appréciait guère de quitter son petit morceau d’Univers. Il ne s’y résolvait qu’en cas d’extrême nécessité.

Méliza devina la fébrilité du Chef évhum, et lui prit tendrement la main. De ses deux pouces droits, elle fit tournoyer l’alliance sur l’index de son mari. Il lui sourit, puis resserra l’étreinte alors qu’ils pénétraient sur l’Aire de Bienvenue. C’était, pour Méliza, sa première visite à la station Décidoir, et Globax eut une expression amusée en découvrant l’émerveillement dans les yeux bleus de sa femme.

Comme de coutume, l’Aire était le cirque d’une effervescente circulation entre les individus sur le départ et ceux qui, comme Globax et Méliza, avaient été conviés à participer aux prochains Conseils Galactiques. Les voyageurs s’entrechoquaient au rythme des signaux sonores, lumineux et gravitationnels, s’ignorant formidablement les uns aux autres de peur de voir filer leur convoi sans être à bord. Le remous d’ailes, de pieds et de tentacules laissait à peine visible le sol lisse d’un blanc immaculé. Quelques patrouilleurs locaux facilement reconnaissables par leur impressionnante taille et leur allure longiligne régissaient ce bouillon de culture, interpellant poliment les individus désorientés pour leur indiquer l’itinéraire approprié.

— Nous y sommes, se félicita Globax. Le Décidoir. Je ne pensais pas devoir y revenir un jour.

— Personne ne nous y a contraints, répondit Méliza.

— Tu sais aussi bien que moi que nous n’avions pas tellement le choix, Mél.

Sa femme acquiesça.

— Oui, je te l’accorde. Mais c’est justement l’occasion de rentrer dans le débat. Combien de fois les Évhums ont-ils quitté le Puits en plusieurs millénaires ? Trois ou quatre, pas plus.

Le Chef évhum fit la moue, visiblement gêné.

— C’est « pour le bien de l’Entente », dit-il d’un ton ironique.

Méliza porta son attention sur les nombreux drapeaux et luminaires aux couleurs de l’Entente de la Danseuse qui décoraient la titanesque entrée. Ils arboraient avec solennité les trois anneaux entrelacés représentant chacune des Valeurs, et dont la section centrale était teintée d’un noir intense. Malgré l’agitation, ce symbole commun à toutes les espèces dégageait une aura étrangement apaisante.

Les Vertigineux, peuple choisi par l’Entente pour régir le Décidoir, avaient suspendu des écriteaux dans diverses langues pour les invités dotés de vue. Mais comme beaucoup d’autres espèces, les Évhums pouvaient percevoir les ondes gravitationnelles diffusées à travers le grand hall ovale. La rapidité de ce mode de communication lui avait valu d’être le plus utilisé aux quatre coins de la galaxie. Toutefois, il ne pouvait retranscrire la beauté purement visuelle de la toile céleste observable depuis l’Aire de Bienvenue grâce à un immense dôme transparent qui protégeait les hôtes du froid et du vide spatiaux.

— Regarde ! dit Méliza, en relâchant la main de son mari. C’est elle. La Danseuse.

En effet, à bâbord de la station, de grandes baies offraient une sublime vue sur la galaxie. De ses millions d’étoiles, elle se mouvait lentement, entraînant dans sa course, les vies, les histoires, les planètes et les civilisations depuis la nuit des temps. Elle brillait de mille feux et en son centre brûlait Le Puits, trou noir supermassif, chef d’orchestre de ce ballet interstellaire.

— Le Puits a l’air si proche, vu d’ici, murmura Méliza.

— La proximité est une question de perspective, certifia une voix derrière elle, ponctuée de cliquetis significatifs de la langue.

Le couple se retourna. Le module d’adaptation linguistique fonctionnait à merveille dans la station. Méliza n’avait jamais étudié d’autres modes de communication, mais depuis que les Vertigineux avaient mis au point ce module, elle n’en voyait pas non plus l’intérêt.

— Nous sommes à 60 000 années-lumière1 du Centre Galactique, peut-on pour autant affirmer qu’il s’agisse-là d’une longue distance ?

— Salutations, Gouvernoy2 Vel’Vilvetz, répondit Globax en esquissant le geste de politesse coutumier chez les Vertigineux.

Il était évidemment impossible de recréer ce mouvement complexe sans disposer de six bras, mais loy Gouvernoy apprécia l’effort de son vieil ami et répondit avec grâce. Son corps filiforme se courba majestueusement.

— Salutations Couple-Chef évhum. La joie m’emplit de vous savoir parmi nous, c’est plutôt rare. Je paierai cher pour savoir ce qui a motivé votre venue.

— Nous espérons trouver un compromis rapidement, répondit Méliza, esquivant ainsi la question sous-jacente. Il serait regrettable d’en arriver à des fins extrêmes.

Loy Vertiginoy se contenta de faire balancer doucement ses six bras en signe de concession et invita le Couple-Chef à loy suivre à travers la houle de fréquentation. La dernière visite de Globax à la station datait de plusieurs siècles et il remercia intérieurement Vel’Vilvetz de les mener à la salle Bâbord, où se tiendrait le Conseil. Le Décidoir était une immense infrastructure en orbite à l’infime bordure de la Danseuse. À quelques kilomètres près, la station s’en irait virevolter dans le vide sidéral et tomberait perpétuellement dans l’oubli. Mais l’Entente veillait à ce qu’elle ne décroche pas de sa trajectoire et continue à surplomber de sa position exceptionnelle le reste de la galaxie.

En chemin, Globax reconnut quelques individus déjà rencontrés lors de sommets précédents. Ce ne fut pas sans inquiétude qu’il vit piétiner devant eux la gigantesque Razfindra, une Quetsienne redoutable, originaire de l’Étoile Tarazed de l’Aigle (ou Quetsia pour les locaux). Du haut de ses quatre mètres, elle écrasait quiconque se trouvait sur son chemin. Méliza s’offusqua des clics assassins que la Reine quetsienne crachait à répétition :

— Elle doit avoir oublié que le module linguistique est activé à bord…

— Ne t’y méprends pas, répondit Globax, tout bas. L’intimidation fait partie intégrante de la diplomatie quetsienne. Gouvernoy, je n’avais pas réalisé que les Quetsiens participeraient à la réunion.

— Il se trouve que c’est Razfindra qui a proposé de rassembler le Conseil aujourd’hui.

Globax et Méliza échangèrent un regard inquiet. La Reine quetsienne était une experte en politique galactique. Que cachait-elle derrière cette convocation ?

Les trois souverains marchèrent encore quelques minutes dans les couloirs sombres. La circulation était balisée par de petits lampions lumineux qui s’allumaient uniquement lorsqu’un individu doué de vue s’approchait. Les espèces autorisées au sein de la station étant soit capables de voir, soit de percevoir3, les Vertigineux n’avaient installé aucun autre dispositif d’orientation.

Il y avait une loi absolue à observer sur le Décidoir, et partout ailleurs dans l’Univers : l’énergie était le bien le plus précieux et devait être économisée au maximum. C’était ce que stipulait l’Accord sur l’Énergie, signé des millions et des millions d’années auparavant, et sans lequel les Évhums n’auraient jamais atteint le niveau de civilisation IV.

Bientôt, ils arrivèrent à la porte de la salle Bâbord, où Vel’Vilvetz invita le Couple-Chef à entrer. Méliza s’était attendue à un auditoire plus important. Elle ne vit cependant qu’une grande plateforme métallique ovale suspendue à un mètre au-dessus du sol, accompagnée de sept sièges de tailles différentes aux allures très confortables.

Une fine couche lisse et brune recouvrait le sol et s’accordait parfaitement avec les murs d’un alliage auburn. La salle Bâbord était haute de plafond pour accueillir d’éventuelles espèces imposantes. La Cheffe évhum chercha des yeux la trappe décisionnelle au plafond toute de bois faite. Les lieux dédiés aux débats politiques en étaient obligatoirement équipés, et elle la découvrit juste au-dessus de l’étroite table.

Il ne faisait pas vraiment sombre. Une lumière tamisée dont Méliza ne put identifier la source dévoilait le décor et tout comme à l’Aire de Bienvenue, une baie transparente donnait vue plongeante sur la Danseuse qui caressait, elle aussi, la salle Bâbord de sa lumière. La Cheffe fut, une fois encore, prise de mélancolie en voyant son Puits, si près et pourtant si loin.

Les autres membres n’étaient pas encore arrivés. Méliza perçut son nom en face de l’un des sièges et alla s’installer. Globax la suivit. Vel’Vilvetz, loy, prit place juste devant la paroi transparente.

La salle Bâbord s’emplit, peu à peu. Le représentant nanovien arriva en premier. Il chercha de l’œil l’écriteau avec son nom autour de la table suspendue. Sans pour autant savoir lire cette inscription, Méliza avait deviné qu’il occuperait le minuscule siège adapté à sa toute petite taille, en face du Couple-Chef. Il entama une conversation amicale originairement en langue des signes avec loy Vertiginoy, alors que Lelbo dePolpób, Dirigeant fralain, lévitait dans la pièce pour aller se poser aux côtés de ses vieux amis évhums.

L’allure tentaculaire des Fralains impressionnait toujours Méliza. Leur bouche trônait au sommet de leur organisme sphérique gonflé d’hydrogène dont le volume variait en fonction de leur humeur, si bien qu’ils s’élevaient à plusieurs mètres au-dessus du sol lorsque la colère les gagnait. Méliza avait eu l’honneur de faire la connaissance de Lelbo lors d’un Rassemblement Voisin quelques années plus tôt. Alafra, était une planète rocheuse dont l’étoile hôte se trouvait à seulement 6 000 années-lumière du Puits. Le peuple fralain avait fait l’objet d’un conseil similaire avant d’atteindre le niveau I. Il se portait désormais très bien, d’après les dires de leur Dirigeant.

La Reine Razfindra fit son entrée dans la salle Bâbord en appuyant chaque pas. Tous les regards et tentacules l’accompagnèrent alors qu’elle rejoignait le siège le plus imposant de l’assemblée. La Cheffe observa longuement la Quetsienne à la peau blanche et translucide. Cette carnation signifiait que les Quetsiens n’avaient dorénavant plus de prédateurs dans leur habitat. Mais cela ne sauverait pas ce peuple d’une menace céleste plus importante encore : en effet, l’Étoile Tarazed de l’Aigle arrivait en fin de vie, et la Reine devrait bientôt trouver refuge auprès d’une autre source stellaire.

Seules les civilisations de niveau IV étaient capables de perpétuer sans étoile. Les Évhums tiraient leur énergie d’un trou noir supermassif grâce à des technologies encore inconnues par les civilisations de niveau plus modeste.

La Cheffe détourna le regard en voyant trois des huit yeux disposés tout autour de la boîte crânienne de la Reine se poser sur elle. Méliza songea qu’il était littéralement impossible de surprendre cette souveraine dotée d’une vision à 360 degrés.

— Bienvenue, déclara Vel’Vilvetz, dont l’émotion était notable. Je me réjouis que nous soyons tous réunis pour assister à ce Conseil exceptionnel, et ce, malgré les nombreux parsecs qui séparent nos habitats respectifs. Globax et Méliza Fertninix, Couple-Chef évhum, nous viennent tout droit du Centre Galactique où ils résident avec le reste de leur peuple. Et mon cher Lelbo dePolpób ! Vous aussi avez bravé les aléas célestes pour rejoindre la station.

— Gouvernoy, ma présence est un honneur, répondit Lelbo. Mon peuple et moi-même vous devons beaucoup. J’ajoute que ma venue n’aurait pas été possible sans la technologie que l’Entente a gracieusement mise à notre disposition.

— N’oublions pas que cette technologie a été développée par les Quetsiens, Gouvernoy, intervint Razfindra. Nous attendons une contrepartie à la hauteur de ce service.

— Les niveaux II ne sont pas autorisés à entretenir un lien commercial avec les niveaux I.

Tout le monde se tut. Méliza ressentit l’étrange sensation qu’une entité avait pris possession de ses pensées et lui avait insufflé ce rappel à l’ordre intérieurement. Elle se doutait de ce qu’il se passait, car elle l’avait lu maintes fois dans les livres d’Histoire. Des bases de données parmi les plus anciennes traitaient de cette étrange civilisation de niveau III dont l’espèce organique d’origine s’était éteinte, mais avait sauvegardé son savoir et sa culture dans des organismes électroniques : l’Essaim se rapprochait.

Quelques instants plus tard, elle perçut les ondes gravitationnelles fourmillantes des robots microscopiques tout autour de la pièce. Capables de communiquer par ondes mentales, les individus de l’Essaim se dirigèrent à l’unisson vers le siège qui leur était réservé et bientôt, ils se matérialisèrent sous l’apparence d’un Vertigineux très convaincant, quoique légèrement argenté.

— Salutations, Essaim, dit Vel’Vilvetz. Vous ne m’en voudrez pas, il m’a fallu commencer sans vous.

Aucune réponse. Une atmosphère pensante naquit dans la salle Bâbord et même la Reine Razfindra préféra rester silencieuse.

Les Vertigineux et l’Essaim étaient à la tête de la Danseuse. C’était eux qui avaient convoqué ce Conseil, sous la suggestion de la Quetsienne. L’inquiétude grandissait au sein de l’Entente autour d’un peuple qui venait de voir le jour.

— Souverains, souveraines, la Reine Razfindra a porté notre attention sur une nouvelle civilisation née il y a peu dans le prolongement d’Orion à environ 26 000 années-lumière du Puits. Cette civilisation se trouve à un tournant important de son Histoire. D’après nos données, elle a atteint le niveau 0,72, mais comme chacun sait, elle ne pourra être considérée de niveau I tant qu’elle ne maîtrisera pas totalement les ressources de sa planète hôte. Or, ce peuple épuise sa planète et n’est pas capable d’en gérer l’énergie de manière à perpétuer sa survie.

Vel’Vilvetz fit une courte pause pendant laquelle oy s’approcha de la baie pour admirer la beauté de la Danseuse.

— Comme vous le savez, les civilisations de niveau II parviennent à exploiter l’énergie de leur étoile, et celles de niveau III, la puissance de toute leur galaxie.

Globax savait qu’oy n’avait pas mentionné le niveau IV délibérément. Ces civilisations rares étaient difficiles à concevoir, et donc à accepter, pour les niveaux I et II. Un gouffre technologique et intellectuel les séparait, menant, inévitablement, à des querelles, à des jalousies. La défiance envers les civilisations du niveau le plus élevé s’expliquait aussi par leur mystérieuse arrivée, environ 50 millions d’années plus tôt. Inexplicablement, les centres galactiques s’étaient vus annexés par des peuples d’une technologie tout à fait extraordinaire venus d’une région inconnue de l’Univers.

Les Évhums avait fait partie de la première vague d’immigration et avaient été invités à rejoindre l’Entente de la Danseuse par les Vertigineux, à condition qu’ils se soumissent aux Secrets en vigueur dans la galaxie. Globax n’approuvait pas que les grandes découvertes soient interdites aux civilisations inférieures, sous prétexte qu’elles n’étaient pas assez responsables pour en faire bon usage. Il accepta à contrecœur, conscient qu’il ne pourrait jamais révéler pourquoi les niveaux IV étaient apparus et surtout d’où ils venaient.

En général, les civilisations de niveau IV ne prenaient pas part à la politique de leur galaxie hôte. Cependant, lorsque les Évhums avaient découvert le sujet de ce Conseil, ils ne pouvaient tout simplement pas refuser d’y participer… Pour eux, l’enjeu était trop important.

— Cette nouvelle civilisation ne connaît pas encore l’existence d’autres formes de vie, reprit loy Gouvernoy. Ils nous observent, mais ne nous voient pas. Seulement voilà : comme de nombreuses civilisations avant elle, la civilisation du prolongement d’Orion est sur point de s’éteindre. Cher Conseil, devons-nous, oui ou non, secourir la Terre et sauver les Humains de l’extinction ?

« L’Accord sur l’Énergie — période 0 de la Nouvelle Ère

L’Accord sur l’Énergie marque la fin du chaos énergétique qui persiste d’un bout à l’autre de l’Univers et le début d’un accord universel pour la préservation des civilisations. Toute nouvelle civilisation dont l’avancée technologique permettra la compréhension de cet Accord sera invitée à rejoindre l’Entente de sa galaxie hôte. Toute civilisation adhérant à une Entente pourra bénéficier d’une aide au développement énergétique pour lui permettre de prospérer dans le temps et dans l’espace.

En contrepartie, la civilisation entrante s’engagera à respecter les Trois Valeurs Universelles Absolues : la Paix, le Partage et l’Humilité.

En cas de refus, elle pourra poursuivre son développement indépendant et renoncer au soutien de l’Entente qu’elle était amenée à rejoindre. »

L’Essaim interrompit son communiqué mental. Chaque Conseil Galactique devait obligatoirement débuter avec un rappel sur l’Accord. C’était un travail de mémoire très important que l’Entente de la Danseuse ne prenait pas à la légère.

— Les Humains ont connu une évolution relativement rapide, expliqua Vel’Vilvetz. Deux jambes, deux bras, dorénavant plus de queue, leur corps et leur métabolisme se sont adaptés à une vie sans prédateurs. Leurs connaissances en médecine et en infrastructure leur permettent d’habiter la surface de leur planète avec aisance. Ils parviennent même à exploiter l’énergie de leur étoile. À moindre échelle, cela va de soi.

— C’est très inhabituel, affirma Lelbo, je dirais même impressionnant. Je n’avais, jusqu’à lors, pas entendu parler d’un peuple inférieur capable d’utiliser l’énergie stellaire.

— Ce n’est pas si compliqué avec une étoile comme la leur ! intervint Razfindra. Le Soleil a presque atteint la moitié de sa vie, mais il lui reste encore cinq bons milliards d’années à briller. N’importe quel peuple pourrait exploiter facilement 6 000 K en surface.

— Très juste, convint Vel’Vilvetz avec fermeté pour reprendre la parole. On doit cependant reconnaître que les Humains ont atteint le niveau 0,72 en un temps record. Ils possèdent, de toute évidence, des compétences extraordinaires.

— Alors pourquoi les considérez-vous comme une espèce en voie d’extinction ? gesticula Ahrmed, le Premier Nanovien.

— J’y viens… Le problème ne réside pas dans leur capacité à se développer technologiquement, mais dans le partage des ressources. La première conséquence de cette mauvaise gestion se traduit par une extinction de masse des autres espèces terriennes. Au sommet de sa propre chaîne alimentaire, l’Humain ne laisse pas assez de ressources à ses voisins terriens.

— J’ai toujours trouvé cette notion de chaîne absolument révoltante, remarqua Ahrmed.

— Les Nanoviens vivent en harmonie avec le reste des espèces de leur étoile double, vous avez choisi d’accepter votre place dans votre écosystème, pas de dominer celui-ci.

— N’est-ce pas ce à quoi toutes les civilisations aspirent ? s’étonna Ahrmed. Vivre en harmonie ?

Une vague d’allégresse parcourut la salle. Ahrmed balaya la pièce de son unique œil analysant les expressions de ces homologues pour identifier la raison de cette moquerie générale.

— Statistiquement, intervint Lelbo dePolpób, en reprenant son sérieux, les civilisations se développent après une intense période de conquête. Il s’agit d’écraser les autres peuples qui pourraient potentiellement prendre la tête de la planète. Tant que l’hégémonie d’un peuple n’est pas établie, son développement en est ralenti. Alors si les Humains sont, effet, l’espèce maîtresse de ce petit bout de monde, il n’y a rien d’inhabituel à ce que les autres autochtones en pâtissent. Nous autres, les Fralains, avons dû conquérir notre planète d’origine pour prospérer, ajouta le Dirigeant avec une certaine fierté.

Le Nanovien porta sa main à sa poitrine lorsque l’adaptation linguistique lui parvint. Il n’était pas accoutumé à un vocabulaire aussi agressif.

— Lelbo, s’insurgea Globax, qui n’avait jusque-là, pas prononcé un mot. Vous dépeignez un tableau des humains peu flatteur. Laissez au Gouvernoy le temps de nuancer les choses, je vous prie.

— Je m’excuse de vous décevoir, Globax, dit Vel’Vilvetz, mais j’ai bien peur que ce tableau s’assombrisse encore… Car la disparition massive des autres espèces n’est pas la seule conséquence de cette avarice.

Loy Vertiginoy fit une courte pause, semblant incapable de continuer à parler. Les tentacules de la Reine quetsienne s’agitèrent d’impatience.

— Gouvernoy, grinça-t-elle, je ne vous ai pas fait part de mes craintes pour que vous les gardiez pour vous-même !

— Fort bien… Nous avons en effet découvert –la Reine Razfindra à découvert– que le manque de ressources sur Terre crée une tension telle qu’elle perturbe la Paix…

— Les Humains s’attaquent entre eux ! dévoila Razfindra, en essayant de dissimuler sa fascination.

L’indignation gagna l’assemblée.

— C’est insensé !

— Je ne crois pas à de telles sornettes, la Reine s’est trompée !

— Vous pensez que c’est possible ?!

— Comment peut-on parler d’évolution dans un tel cas ?

—  Silence au Conseil ! bourdonna l’Essaim, ramenant rapidement le calme dans la salle Bâbord.

Méliza n’était décidément pas habituée à ce qu’une entité pensante envahisse son esprit. Il y avait quelque chose d’intrusif dans cette pratique, quelque chose de malsain. Pas aussi malsain, cependant, que la suggestion de la Reine quetsienne. Un peuple autodestructeur… Cela allait à l’encontre de tout ce qu’elle avait appris jusqu’à maintenant. Cela allait à l’encontre des Trois Valeurs à la fois. Elle ne connaissait qu’un seul cas similaire dans toute l’Histoire de l’Univers…

Les dirigeants accordèrent une nouvelle fois leur attention à loy Gouvernoy. Oy avait l’air plus grave encore qu’à l’ouverture de cette audience insensée.

— Malheureusement, reprit-oy, la Reine Razfindra a raison. Les Quetsiens ont observé les Humains. Ceux-ci ne semblent pas trouver de terrain d’entente sur les sujets fondamentaux : ils entrent en guerre contre leurs semblables pour conquérir davantage leur planète. Une toute petite Rocheuse aux ressources limitées.

— C’est sans doute l’explication à cet étrange comportement, remarqua Méliza. Si leur évolution a été aussi rapide que Vel’Vilvetz l’affirme, peut-être ne sont-ils pas parvenus à gérer leurs maigres ressources avec la même cadence. Et là où il y a pénurie, il y a tension.

— Est-ce une raison pour s’en prendre aux siens ? bredouilla le Premier Nanovien d’un regard désolé. C’est une pure violation du Partage et de la Paix !

L’énorme poche lacrymale du petit être vert s’emplit malgré lui, et il déversa une larme chargée d’émotion. La Reine quetsienne s’empressa de ramener ses tentacules vers elle avant que l’impressionnante goutte d’eau salée ne les éclabousse. Tous, toutes et toutoys furent pris de compassion pour le Nanovien. Même l’Essaim bourdonna moins fort. Au bout de quelques instants, Razfindra se leva, surplombant tout le Conseil.

— Rien ne sert de débattre davantage ! La solution est simple. Le Conseil ne peut pas laisser une civilisation suicidaire perdurer ainsi et continuer à bafouer nos Valeurs.

— Techniquement, Razfindra, corrigea Lelbo, les Humains ne font pas encore partie de l’Entente. La question est encore de savoir si nous leur proposerons de l’intégrer.

Globax se leva à son tour, conscient qu’il devait répliquer avant la Quetsienne :

— Les Humains sont encore jeunes, mais je suis certain qu’ils nous accueilleraient les bras ouverts si nous leur venions en aide. Leurs conflits sont la conséquence du manque de ressources et d’énergie, un manque que l’Entente peut compenser… Doit compenser !

— Que l’Entente doit compenser ? répéta la Reine, d’un air théâtral. Où était l’Entente lors de la Guère Quetsienne contre les Zrigols ? Où était l’Entente après la chute de la civilisation Arcyte ? Regardez-moi ces pauvres Nanoviens, peuple parmi les plus anciens de la Danseuse, pourtant condamnés à se satisfaire d’un niveau II. Où est l’Entente aujourd’hui pour leur tendre la main ?

— Nous n’avons jamais aspiré à nous développer davantage, affirma Ahmred, conciliant.

— Bien sûr que si ! Vos ambitions ont simplement été revues à la baisse par les civilisations plus « évoluées ». Vous autres, les niveaux III et IV, cracha-t-elle en montrant chaque intéressé d’un tentacule, vous prêchez le Partage uniquement lorsqu’il vous arrange, en vous cachant derrière les Secrets !

Vel’Vilvetz ne cliqua mot, ses deux grands yeux nébuleux reflétant le scintillement de la Danseuse en contrebas. Méliza remarqua que son mari restait, lui aussi silencieux. Il serrait cependant fort la mâchoire. La Cheffe avait déjà entendu les échos venant d’autres galaxies, où la légitimité des Secrets avait été remise en question. Certaines Ententes avaient même fini par autoriser leur divulgation.

— Ma chère Reine, tâtonna Vel’Vilvetz, vous savez aussi bien que moi que l’Entente concède uniquement les outils et l’énergie aux civilisations qui sont prêtes.

— Et pourtant, souffla le Dirigeant dePolpób, vous avez vous-même déclaré que les Humains étaient hors de contrôle. Pourquoi, alors, les Évhums voudraient-ils leur faire cadeau de notre savoir ? Sur ce point, je dois me ranger du côté de Razfindra. Ce n’est juste pour personne.

— Nous avons de bonnes raisons de penser que les Humains connaîtront une évolution positive, dit Globax.

— Les Humains sont trop imprévisibles, Gouvernoy, dit solennellement la Reine quetsienne. Et en respect de l’Humilité, vous ne pouvez pas demander aux niveaux I et II d’accepter de secourir la Terre, alors que vous figez notre développement depuis des millénaires.

Le Fralain acquiesça vigoureusement. Quant au Nanovien, il avait l’œil et l’esprit grand ouvert.

— C’est donc de cela qu’il s’agit ? répliqua Vel’Vilvetz. Vous êtes venue quémander des technologies plus avancées ? Et pourquoi, ma chère Reine, les accorderions-nous à vous, et non pas aux Humains ?

— Parce que nous les avons méritées ! Les civilisations de niveau I et II sont, de fait, stables et respectent les Valeurs. Alors que nous savons encore très peu de choses sur les Terriens. Et si, en leur donnant accès à nos connaissances, leurs disputes ne s’arrêtent pas ? Pire encore ! Et s’ils se retournent contre l’Entente ? Je refuse que l’Histoire se répète. Ou ne vous rappelez-vous pas des Monocériens ?

Un frisson glacial parcourut l’assemblée. Le destin funeste de ce peuple était connu de toute la galaxie. Globax soupira silencieusement en fermant les yeux. Il redoutait que la Reine n’utilise cet argument.

Les trois membres du Conseil Galactique qui avaient assisté à la chute des Monocériens échangèrent quelques ondes conciliantes. Globax, Razfindra et Vel’Vilvetz avaient pris la décision unanime de stopper cette civilisation de niveau II, qui avait provoqué une supernova après avoir puisé trop goulûment l’énergie de leur étoile. Honteux et sans ressources, le peuple monocérien avait tenté d’annexer les systèmes voisins par la force, ignorant d’un même coup les Trois Valeurs.

Un silence pesant s’installa. Il rappelait à chacun qu’un tel scénario ne pouvait être répété.

— Les Monocériens représentent le plus grand échec de la Danseuse, ajouta Globax. Nous leur avons offert de s’allier à l’Entente prématurément, ils n’étaient pas prêts. Et peut-être que les Humains ne le sont pas non plus. Mais un jour… Un jour ils le seront.

— Un peuple autodestructeur ? Rejoindre l’Entente ? Du jamais vu, rétorqua la Reine. À croire que les Monocériens ne vous auront rien appris ? Certains peuples sont foncièrement mauvais.

— Que proposez-vous donc, Razfindra ? Laisser une civilisation tout entière s’éteindre d’elle-même par crainte infondée qu’elle se rebellera ?

— Oh, je n’avais pas en tête de laisser les Humains s’éteindre d’eux-mêmes, Chef…

Personne n’émit un son ni une vibration le temps de réfléchir à ce que venait de proposer la Reine à demi-mot. La station Décidoir avait beau être équipée des technologies de pressurisation les plus avancées, aucun souverain n’osait reprendre sa respiration.

— Razfindra… balbutia Méliza au bout d’une longue minute. Ce que vous suggérez, c’est un génocide. Ni plus ni moins ! Nous ne pouvons pas priver les Humains d’une chance de nous convaincre, pas encore.

Lelbo dePolpób s’envola de quelques centimètres pour prendre la parole :

— Je ne dis pas être d’accord avec la Reine, commenta-t-il, prudent, néanmoins nous ne pouvons pas ignorer leur penchant pour la violence. Je n’y étais pas, mais j’ai entendu d’affreuses histoires de la conquête-éclair menée par les Monocériens. Les Nanoviens en ont souffert terriblement, il me semble.

Ahrmed était incapable de répondre, perdu dans des souvenirs qu’il aurait préféré oublier. Il avait l’œil clos et frissonnait de la tête aux pieds. Globax tourna plusieurs fois sa langue dans sa bouche, convaincu que chacune de ses paroles serait soigneusement retournée contre lui par la Reine. Elle maintenait sa position conquérante assistée par sa taille colossale.

— J’ignore pourquoi vous vous acharnez sur les Humains, Razfindra, mais vous faites une grave erreur.

— M’acharner sur les Humains ? ricana-t-elle. Et qu’est-ce que j’y gagnerais ? Qu’est-ce que les Terriens ont que je n’ai pas déjà ?

— C’est vous qui avez convoqué un Conseil pour décider de leur sort, renchérit le Chef évhum. Je serais curieux de savoir ce qui vous a motivée à le faire.

Les membres du Conseil se jaugèrent, incapables de trouver une réponse à cette question. Les Quetsiens n’avaient, en effet, rien à envier à un peuple aussi peu évolué. Et pourtant, Globax en était convaincu, la Reine avait mûrement réfléchi sa proposition infâme.

— Une étoile…

Tout le monde se tourna vers Méliza, les yeux froncés par la réflexion.

— Vous voulez vous emparer de leur étoile, répéta-t-elle.

La Reine quetsienne ne bougea pas d’une écaille. Le reste de l’assistance tentait de comprendre le raisonnement de la Cheffe évhum.

— Cheffe, précisez votre pensée, s’il vous plaît. 

— Ce n’est un secret pour personne : l’Étoile Tarazed de l’Aigle, où résident les Quetsiens, est en fin de vie. Elle puise déjà ses dernières ressources en hélium. Bientôt, elle s’éteindra. La Reine cherche un nouveau territoire pour son peuple, et quoi de mieux qu’une naine jaune dans la force de l’âge.

— Il y a des millions d’étoiles dans la galaxie, remarqua Lelbo. Pourquoi pensez-vous que le Soleil intéresserait les Quetsiens ?

— Trois Rocheuses et Quatre Géantes de Gaz se mouvant en parfaite harmonie sans jamais se percuter... Savez-vous à quel point c’est rare ? C’est un écosystème aux infinies possibilités.

— D’où tenez-vous tant d’informations sur le Système solaire, Cheffe ? fulmina Razfindra.

— S’ils venaient à dominer un système stellaire d’une telle singularité, reprit Méliza sans s’attarder sur la question de la Reine, les Quetsiens seraient perçus comme les plus hauts représentants du niveau II. Mais tant que les Humains s’y développent, c’est un territoire proscrit, conformément au Partage et à l’Humilité. En revanche, si le système demeure inhabité. Il peut être revendiqué par n’importe qui, cette fois-ci en invoquant le Partage et la Paix. Razfindra veut se débarrasser des humains pour récupérer le Soleil.

Ce n’était pas la première fois que la Reine Razfindra faisait polémique. Sa dernière visite au Décidoir n’avait pas été une invitation, mais une convocation. Les Quetsiens n’élisaient pas leur souverain. Leur instinct primal n’avait pas été effrité par l’évolution et ils s’y fiaient pour identifier leur Roi ou leur Reine. L’Histoire avait démontré que c’était souvent l’individu le plus féroce et le plus intrépide qui méritait ce statut.

Tous avaient le droit d’exiger un duel contre le Roi ou la Reine au pouvoir pour tenter de l’en déloger. Razfindra avait combattu et vaincu son prédécesseur, le Roi Qaas, peu avant de rejoindre l’Entente.

Mais une grande majorité des civilisations de la Danseuse désapprouvait cette loi du plus fort, et Razfindra avait dû défendre ses traditions devant le Conseil. Les Vertigineux et l’Essaim lui avaient finalement donné raison, jugeant que la Paix n’était pas mise en danger par ce type d’accession au pouvoir, ponctuel et démocratiquement accepté.

Néanmoins, elle était consciente que sa revendication actuelle ne serait pas aussi facilement approuvée. Quand bien même ses arguments fussent valides (et de son point de vue, ils l’étaient), son véritable dessein entachait désormais sa crédibilité. Elle avait clairement sous-estimé les Évhums et leurs satanées connaissances de niveau IV. Ainsi, lorsque les regards et ondes réprobatrices de ses homologues l’accablèrent, elle sut que l’heure était à la vérité.

— C’est exact, avoua-t-elle, vindicative. La Cheffe évhum a raison. Les Terriens disposent d’un territoire rêvé qui représente une aubaine pour chacun d’entre nous ! Mon étoile se meure et mon peuple craint d’être encore une fois la victime de votre despotisme.

— Allons, Razfindra ! cliqua Vel’Vilvetz, plus ferme que d’habitude. Ne prenez pas ces grands airs…

— Gouvernoy… Laissons la Reine finir…  susurra l’Essaim à la surprise générale.

Globax contracta la mâchoire. Cette Quetsienne serait prête à tout pour arriver à ses fins. Et voilà que l’Essaim se rangeait de son côté ! Il chercha un peu de réconfort auprès de sa femme, mais Méliza regardait la Reine avec intensité. Elle paraissait presque… captivée. Le Chef évhum n’eut pas le temps de lui glisser quelques mots, car Razfindra reprit de plus belle :

— Merci Essaim… Cher Conseil, je ne désire pas exterminer une espèce entière par plaisir. Mais comme l’a souligné Dirigeant Lelbo dePolpób, les Humains ne font techniquement pas partie de l’Entente. Or, celle-ci doit tout d’abord bénéficier à ses membres ! J’en appelle à la Paix pour argumenter mon discours : des êtres aussi belliqueux peuvent mettre toute la galaxie en danger, nous en avons déjà fait l’expérience. Même à l’échelle de leur propre planète, les Terriens sont incapables de distribuer équitablement les ressources, condamnant les autres espèces autochtones moins évoluées à l’extinction certaine. Ce dernier point prouve, bel et bien, que les Humains ne sont pas non plus disposés à respecter le Partage ni l’Humilité.

La Reine marqua un temps d’arrêt pendant lequel elle analysa la réaction des autres souverains. Comme elle pouvait s’y attendre, Globax rageait intérieurement, mais c’était bien le seul. Car même sa partenaire écoutait attentivement sa plaidoirie. Loy Gouvernoy demeurait immobile sur son siège, et lui faisant face, le Vertigineux argenté de l’Essaim arborait une expression conciliante. Elle reprit :

— Lelbo, Ahrmed, vos peuples ont eu leur lot de conflits, mais jamais n’avez-vous représenté une menace pour la Danseuse. Les civilisations de niveau I et II ayant déjà fait leurs preuves n’ont-elles pas le droit de revendiquer une étoile aussi parfaite que le Soleil pour se développer ? Pourquoi les Humains, égoïstes et violents, auraient-ils la priorité sur ce système ?

— Parce qu’ils y sont nés, répondit Globax. C’est aussi simple que ça. Je compatis avec vous, Razfindra, vraiment. Malgré le temps de vie limité de votre étoile, vous avez réussi à prospérer, et maintenant vient le moment de vous trouver un nouveau territoire. Mais, vous ne pouvez pas détruire une espèce dans le seul but de sauver la vôtre. Vous ne mesurez pas les conséquences de la destruction de l’Humanité…

— Éclairez notre lanterne, Chef ! Qu’est-ce que vous savez que nous ignorons ?

Les deux Évhums échangèrent un regard vaincu. L’Entente ne leur autorisait, en effet, pas à partager cette information.

De là où ils venaient, les Secrets n’existaient plus et retourner au silence imposé par le système en place n’avait pas été chose facile pour les Évhums, ni pour aucune civilisation de niveau IV, d’ailleurs. Mais la Danseuse, comme de nombreuses autres galaxies, fonctionnait ainsi et les résidents du Puits s’étaient abstenus de bouleverser cet équilibre. Razfindra avait gagné en conduisant le débat sur un terrain légalement indéfendable.

— Et si nous pouvions vous offrir bien davantage que le Système solaire ? déclara Méliza.

Ce début de proposition ne laissa pas la Reine indifférente. Elle se courba lentement sur la table pour écouter chaque détail.

— Méliza, qu’est-ce que tu racontes ? lui murmura Globax.

— Si vous devez quitter votre système actuel, c’est parce que votre savoir ne vous permet pas de l’adapter à vos besoins.

— Continuez… cliqua Razfindra, avide.

— Avec les technologies adéquates, vous seriez capables de réanimer votre étoile avant qu’elle ne devienne une naine blanche.

— Attention, ma chère Cheffe, s’interposa calmement Vel’Vilvetz. Vous vous aventurez sur un terrain glissant.

— Votre proposition est alléchante. Mais vous semblez oublier que les possibilités que vous évoquez pour me faire renoncer au Soleil relèvent toutes de domaines qui me sont interdits par la loi des Secrets.

— Justement, répondit la Cheffe évhum, déterminée. Peut-être est-il temps d’abroger cette loi, une fois pour toutes.

Une vague de stupéfaction traversa la salle Bâbord. Le Nanovien écarquilla l’œil grand ouvert, Lelbo gagna en altitude, Globax afficha une mine alarmée, Razfindra esquissa un sourire, et loy Gouvernoy eut un mouvement de recul. Seul l’Essaim demeura sans réaction.

— Ce que vous dites est digne d’une rébellion ! tonna Lelbo, colérique.

— Et pourquoi pas ? Avec des technologies plus avancées, les Quetsiens n’auraient pas à quitter Tarazed ! D’autres Ententes ont déjà passé le pas ! témoigna la Cheffe.

— Pensez-vous sincèrement que le sort d’une petite civilisation naissante justifie de remettre en cause le système adopté dans toute la Danseuse ? rouspéta Vel’Vilvetz dans l’outrage le plus total. Ma chère Razfindra… Abandonnez, je vous prie, votre vendetta contre les Humains et trouvez-vous une autre étoile pour construire votre nouveau foyer. Nous ne pouvons pas risquer de détruire l’équilibre de notre communauté pour de simples caprices.

Les tentacules de la Reine s’enroulèrent de rage. Sa peau translucide gagna en opacité et en luminosité, et elle devint bientôt l’entité la plus lumineuse de la salle. Méliza aurait dû se sentir menacée par la méthode d’intimidation des Quetsiens consistant à orienter leurs écailles vers la lumière pour la refléter. C’était tout l’inverse, en fait. La Cheffe envoya quelques ondes conciliantes à son imposante homologue.

Globax ne comprenait pas exactement la tournure qu’avait prise la discussion. Sa femme ne manqua pas de mettre fin à sa confusion :

— Regardez autour de vous, Gouvernoy. Les Trois Piques et le Centaure ont déjà mis fin au Secrets. Leurs Ententes respectives n’en sont pas tombées dans le chaos.

— Le Centaure vient de célébrer son tout premier passage au niveau IV, glissa l’Essaim.

— Pendant combien de temps encore allez-vous censurer notre connaissance ? continua la Cheffe évhum. Nous y sommes : les Quetsiens en ont besoin, les Fralains en ont besoin. Vous en avez besoin…

— Les Vertigineux prospèrent pleinement au niveau III ! Je vous prie de ne pas amoindrir nos exploits, au nom de l’Humilité.

— De l’Humilité ? s’enquit Razfindra. C’est bien à vous d’en faire mention.

— Ça suffit ! s’emporta loy Gouvernoy, dont les yeux étaient presque clos tant oy fronçait les sourcils. Votre comportement n’est pas digne de souveraines ! Méliza, je ne suis pas en mesure de vous couper les vivres, en revanche, ça ne serait pas la première fois que l’Entente suspend son soutien aux Quetsiens, Razfindra. N’oubliez pas qui est à la tête de la Danseuse !

La Reine scintilla avec moins d’intensité et son corps se décrispa muscle par muscle. Elle se ratatina sur son siège, bouillonnante, mais défaite.

— En effet, Gouvernoy Vel’Vilvetz. N’oublions qui est à la tête de la Danseuse. Vous. Et Nous.

L’assistance se figea instantanément. Tous avaient reconnu la voix grésillante qui s’était adressée calmement au Vertiginoy, mais aucun ne le croyait réellement. On décrivait communément l’Essaim comme une entité apathique et robotique, dénuée de toute passion. Cette injonction grinçante, quoique dite avec calme, ne pouvait tout simplement pas avoir été prononcée par l’imitation argentée au bout de la table décisionnelle. Le Vertigineux de l’Essaim affichait toujours un demi-sourire métallique. Impassible. Imperturbable.

Quand ils furent sûrs que toutes les attentions s’étaient portées sur eux, les membres de l’Essaim redressèrent leur marionnette avec douceur et posèrent ses six mains artificielles sur la table.

— L’autorité conjointe de la Danseuse entre l’Essaim et les Vertigineux remonte à des temps immémoriaux. Elle précède la naissance de Tarazed, et même l’avènement du peuple nanovien. Vel’Vilvetz, combien de Gouverneurs vertigineux vous ont précédé ?

— C’est difficile à dire, avoua loy Gouvernoy, en frottant son front poli comme une perle de sa première main droite. Plus d’un bon millier, c’est certain.

— Onze mille trois cent quarante-huit, pour être exact. La première Gouverneure, Yota’Vel, a même participé à l’Accord sur l’Énergie et à la signature de la loi des Secrets dans un but très précis : protéger les Ententes et maintenir la paix dans l’Univers. Il est entendu que personne en chair et en os n’est encore là pour en témoigner.

L’Essaim élargit un sourire crissant afin de rappeler sa propre nature robotique à ses homologues. Puis, il continua sa plaidoirie :

— Longtemps, la loi des Secrets a rempli sa mission aux quatre coins du cosmos. Le temps voyait naître, grandir, prospérer et mourir de plus en plus de civilisations, et dans une volonté de réguler le gouffre technologique entre chacune d’entre elles, les Ententes appliquèrent les Secrets pour garder équilibre et bienveillance. Nombre d’exemples sinistres comme celui des Monocériens hantent l’Univers, nourrissant la croyance qu’il est encore essentiel de dissimuler aux jeunes peuples les plus grandes découvertes. Mais pour quelques civilisations qui se sont effondrées, combien se sont élevées grâce aux technologies supérieures ?

Globax sentit la main de Méliza sur la sienne. En écoutant attentivement les paroles de l’Essaim, il lui rendit son étreinte. Quelque chose prenait racine dans le Décidoir. Une idée. Un espoir.

— Nous avons avec nous une preuve vivante de la réussite du Partage : les Fralains étaient eux aussi au bord de l’extinction avant que la Danseuse ne leur tende la main. Dans le respect des Secrets, certes, mais dans l’esprit du Partage. Lelbo ? Êtes-vous reconnaissant envers l’Entente ?

L’intéressée pivota en l’air pour se retrouver face à son interlocuteur :

— Eh bien… Oui, répondit-il. Les Fralains n’auraient pas survécu sans votre intervention, c’est certain.

— Ne pensez-vous cependant pas que l’Entente aurait pu vous donner bien plus ? Aspirez-vous à passer au niveau II ? Au niveau III ?

Cette fois-ci, Lelbo ne broncha pas. Il n’aurait pas voulu paraître ingrat. Et pourtant, les quelques centimètres de hauteur qu’il gagna trahit son véritable sentiment.

— Le peuple fralain s’est développé en respectant les Trois Valeurs de l’Entente, c’est une civilisation exemplaire. Devons-nous alors considérer comme irresponsable de leur confier davantage de technologies ? Penchons-nous maintenant sur le cas des Ententes qui ont brisé les Secrets : Centaure a connu une courbe de progression plus importante que n’importe quelle de ses voisines. Elle est la première à célébrer un passage du niveau III au niveau IV.

— Les civilisations de niveau IV sont connues depuis des millions d’années, Essaim, riposta loy Gouvernoy.

— Elles nous sont apparues ainsi, mais aucune civilisation native n’avait encore atteint un tel niveau jusqu’à maintenant. En ce qui concerne notre sujet actuel : devons-nous sauver une espèce en voie de disparition comme nous l’avons fait pour les Fralains ?

— La réponse paraît évidente, dit Méliza. Nous ne pouvons pas laisser mourir les Humains.

— Nous ne parlions pas des Humains, Cheffe évhum. Nous faisions référence aux Quetsiens.

Tous les dirigeants de civilisations furetèrent un regard vers la Reine Razfindra, elle-même, interrogée par la mention de son peuple.

— L’Étoile Tarazed de l’Aigle se meure. Nous pouvons relocaliser le peuple quetsien sur une autre planète, mais cela n’améliorera pas son niveau d’existence. Cette civilisation n’a pas connu de progrès depuis près de trente-cinq millions d’années. Bientôt, comme le montre l’Histoire, elle déclinera, puis finira par disparaître.

— Qui vous permet d’avancer de telles prophéties ! s’insurgea la Reine en se levant de son siège. Le peuple quetsien est bien plus redoutable et bien plus résilient que tout le monde veut bien le croire ! Si vous pensez que nous nous laisserons pousser dans l’oubli sans lutter, vous vous fourvoyez !

— Nous n’en attendons pas moins de vous, chère Reine.

— Essaim, je vous prierai de ne pas inciter à la violence lors de ce Conseil ! tonna loy Gouvernoy avec venin. La situation des Humains et celle des Quetsiens ne sont en rien comparables.

— Vous faites erreur, Gouvernoy.

Un frisson de rage parcourut le corps d’ivoire doy Vertiginoy.

— L’extinction des Humains est imminente, vous considérez donc qu’elle doit être priorisée. Mais bien que le déclin des Quetsiens soit lent et progressif, il se soldera de la même manière. Le temps est une entité relative…

Le regard du Vertigineux de l’Essaim se posa quelques instants sur le couple évhum, puis s’enfuit vers la Danseuse à travers la baie transparente.

Méliza se tourna vers Globax, perplexe.

—…Une entité difficilement appréhendable lorsque l’on manque de perspective. En analysant le tableau dans toute son intégralité, il serait totalement illogique de venir en aide aux Humains en ne prenant pas d’initiative pour sauver les Quetsiens. De même, comment décider du sort d’une –voire de plusieurs– civilisations tout entière sans se pencher sur toutes les données à notre disposition ? Le Couple-Chef évhum, qui ne prend d’habitude jamais part au débat, a répondu à l’invitation uniquement pour défendre la cause humaine. Ils prêchent que les Humains sont voués à faire de grandes choses bien que les Secrets leur interdisent pour l’instant de partager pourquoi. Une seule et unique notion fait barrage à la survie des Quetsiens, à la paix de l’Entente et à la défense des Humains.

— Les Secrets… murmura Méliza.

— Que suggérez-vous donc, Essaim, s’enquit loy Gouvernoy.

Le Vertigineux argenté se rassit calmement. Puis, il porta son regard d’acier vers la trappe au plafond. En réaction, celle-ci s’ouvrit et six petites sphères blanches s’envolèrent pour aller se placer en lévitation devant chaque entité représentante du Conseil. Les Orbes de Décision traduisaient les ondes mentales de leur sujet en un signal lumineux et gravitationnel.

— En tant que membres du Conseil et co-Dirigeant de l’Entente de la Danseuse, au nom de l’Accord sur l’Énergie et de toutes les civilisations, rudimentaires ou évoluées au sein de la galaxie, Nous, l’Essaim, proposons le vote suivant : laisser la civilisation humaine s’éteindre naturellement et ainsi conserver l’équilibre actuel… ou abolir les Secrets pour le développement de tous.

Les battements de cœurs des êtres organiques s’accélèrent. L’Essaim demeurait immobile, mais fourmillait de petites ondes exaltées. Loy Gouvernoy avait croisé ses trois paires de bras et pour la première fois depuis des millénaires, Globax remarqua qu’oy n’avait pas du tout l’air serein. Comment un débat sur le sort de la Terre avait-il pu tourner en vote révolutionnaire ? Sans surprise, l’orbe doy Vertiginoy prit une teinte véracyte4.

— Il me peine de devoir condamner les Humains, et peut-être même les Quetsiens… Mais les Vertigineux ne souhaitent pas dévoiler les Secrets.

— Les Nanoviens, non plus ! intervint Ahrmed. Je refuse de devoir faire face à une menace semblable aux Monocériens. Lorsque les Humains se seront éteints, le Système solaire pourra être annexé par la Reine et nous nous repencherons alors sur le sort des Quetsiens.

En un vrombissement léger, l’orbe d’Ahrmed s’illumina d’une intense lumière véracyte.

— C’est ainsi ? souffla Lelbo, avec tristesse. Vous souhaitez exposer la Danseuse à l’inconnu ou condamner une civilisation à l’aurore de son existence ? Ne pensez-vous pas qu’une autre solution soit possible ? Les temps changent, j’en conviens : avec l’arrivée des civilisations IV et la naissance de nouveaux peuples, peut-être le système originel n’est-il plus approprié… Mais dévoiler les Secrets ? Non… Vraiment, c’est une catastrophe assurée. Je ne souhaite pas prendre part à ce vote. Et j’en suis bien navré.

Globax ne put s’empêcher de ressentir une certaine déception envers son ami de niveau I.

La sphère du Fralain émit une lueur bleu clair en signe d’abstention. Ce fut à la Reine quetsienne de se prononcer.

— Lelbo, Ahrmed… Nous avons aujourd’hui l’opportunité de changer pour toujours la face de la Danseuse et le destin de nos civilisations ! Ne le voyez-vous pas ? Avec les connaissances de niveau III et IV, nous ne nous contenterons plus de subsister ! Nous, n’aurons plus à convoiter des territoires déjà occupés. N’avez-vous pas écouté la mise en garde de l’Essaim ? Qu’arrivera-t-il lorsque nous cesserons de nous développer ? Souhaitez-vous, vous aussi, être menacés d’extinction ?

Elle se tourna vers le Couple-Chef. C’était la première fois dans l’Histoire qu’un mutuel respect se percevait entre eux :

— J’espère que vous ne vous trompez pas en stipulant que les Humains sont plus que de simples guerriers avides. Mais je dois l’avouer… Même si nous n’avons pas toujours été d’accord, je sais que Globax ne mettrait pas en danger notre galaxie… Le peuple quetsien renonce au Système solaire et vote pour la divulgation des Secrets !

L’orbe de la Reine fut le premier à s’illuminer de jaune, redonnant aux Évhums une lueur d’espoir. Globax n’aurait jamais pensé se retrouver à lutter pour la même cause que la Quetsienne. La Danseuse en serait changée, quoi qu’il arrivât.

— Le retour au silence a été une épreuve difficile pour le peuple évhum, dit Méliza, émue. Nous ne souhaitons rien de plus que de partager notre savoir avec le reste de l’Entente.

L’orbe évhum émit une lumière et des ondes jaunes, marquant l’égalité du vote. Le sort de la galaxie et celui des Humains étaient à présent entre les mains électroniques de l’Essaim. Vel’Vilvetz lança un regard dépité au peuple qui avait, pendant des siècles et des siècles, été de son côté. Le Vertigineux argenté soutint son regard, ni dans le duel ni dans la provocation. Le peuple robotique était connu pour se baser sur les faits.

Jaune.

Le soulagement gagna Méliza et Globax. Ils se prirent la main en signe de victoire. Enfin… Enfin, les Évhums pourraient dévoiler leur véritable nature. Le Chef lança ensuite un regard rassurant à son amoy vertiginoy. Vel’Vilvetz avait l’air contrarié néanmoins oy respecterait la décision du Conseil, comme oy l’avait toujours fait. À contrecœur, oy déclara :

— La majorité est en faveur des Humains. Le Conseil décide de libérer la Danseuse des Secrets et invitera l’espèce humaine à rejoindre l’Entente.

Des ondes d’excitation, d’allégresse et de légère déception flottaient dans la salle Bâbord. Quoiqu’il en fût, un certain poids s’était levé : aucun peuple ne serait anéanti. Et malgré la crainte qu’inspiraient les Humains, le Conseil ferait tout ce qui était en son pouvoir pour mener cette transition à bien.

— Chefs évhums, bourdonna l’Essaim, mettant fin à la trêve d’émotions. Dorénavant, les Secrets ne sont plus. Nous vous invitons à partager avec nous votre conviction sur le peuple terrien, et ce qui justifie que vous preniez leur défense.

— L’Essaim a raison, ajouta Lelbo, dont la curiosité l’emportait sur le déplaisir. Quitte à nous lancer dans cette entreprise, autant savoir ce qu’il l’a engendrée.

Globax fit signe à sa femme que l’honneur lui revenait. Méliza lui étreignit une dernière fois la main avant de s’en défaire, puis poussa doucement son siège vers l’arrière pour se lever. Elle passa derrière son mari et rejoint loy Gouvernoy devant la baie sidérale. Pour apaiser les cœurs, la Cheffe enlaça solennellement son amoy. C’était une marque d’affection chez les Évhums. Vel’Vilvetz accepta l’étreinte avant de s’asseoir sur son propre siège. Le moment était arrivé :

— Conseil de la Danseuse… commença Méliza, fébrile. J’aimerais vous raconter une histoire. L’histoire d’un peuple primitif, égoïste et vil. Un peuple qui, au bord de l’extinction, a fait débat dans une salle comme celle-ci. C’était il y a si longtemps que ni même Globax, ni même-moi n’étions nés… Cette histoire, c’est celle de nos ancêtres. Les ancêtres des Évhums. Et de souverains, comme vous, qui leur ont laissé la chance de prouver au reste de l’Univers qu’ils étaient dignes et capables de s’améliorer. De laisser derrière eux leur nature destructrice et de créer, avec le reste de leur Entente, une galaxie meilleure.

— Une galaxie que vous avez quittée pour venir séjourner dans notre Puits, remarqua Lelbo.

— Pas exactement, répondit Globax, en se levant lui aussi de son siège.

Il se posta aux côtés de Méliza. Le Premier Nanovien et loy Gouvernoy écoutaient attentivement. Razfindra, elle, fronçait les huit yeux, trahissant sa perplexité.

— Notre peuple s’est assagi, continua le Chef évhum. A prospéré. Et a participé au progrès technologique et social de notre Entente pendant des milliards d’années. Les premiers Évhums ont témoigné de la naissance et de la chute d’une myriade de civilisations, contribué aux plus importantes découvertes scientifiques de leur galaxie. Portés par nos voisins galactiques, nous avons construit une société forte et puissante. Mais surtout, juste et égalitaire. Si les civilisations de niveau IV ont quitté leur territoire d’origine, c’est parce qu’ils n’en avaient pas le choix. Car comme vous le savez tous, notre Univers n’est pas éternel.

— Globax… Je ne saisis pas bien, l’interrompit Vel’Vilvetz. L’Univers n’est pas amené à se rétracter avant des milliards d’années. Le tissu spacio-temporel n’est encore une menace pour personne, même si vous veniez des confins du cosmos.

— Gouvernoy, susurra doucement l’Essaim. La question n’est peut-être plus de savoir d’où viennent les civilisations IV, mais de quelle époque.

Des ondes de stupéfaction envahirent la salle Bâbord, et même la Reine Quetsienne, d’ordinaire très peu impressionnable, fondit sur son énorme siège :

— Vous avez raison, Essaim reprit Méliza un sourire aux lèvres. Au lieu de demeurer dans un Univers voué à s’effondrer sur lui-même, nous et nos civilisations voisines avons utilisé nos technologies pour courber l’espace et le temps. Nous avons exploité la puissance et la géométrie des trous noirs pour nous déplacer vers un point fixe du passé, où l’Univers avait, comme l’a si bien expliqué loy Gouvernoy, encore des milliards d’années à vivre.

— Attendez une minute, s’éleva le Dirigeant dePolpób, confus. Vous n’insinuez tout de même pas que les civilisations de niveau IV qui ont élu domicile dans les centres galactiques viennent en fait… du futur ? C’est tout bonnement impossible !

— Et pourtant ça l’est… Conseil : nous avons vu l’avenir de la Danseuse, l’avenir des Humains. Leur ingéniosité est cent fois plus grande que leur brutalité. Leur tendresse, mille fois plus importante que leur cruauté. Et leur créativité… infiniment plus abondante que leur avidité. Avec votre aide, ils feront de la Danseuse et de l’Univers un endroit plus sûr, plus prospère.

— Car c’est ce que vous avez fait… conclut Razfindra, impassible.

Méliza expira longuement, comme si le poids du secret s’était tout à coup envolé.

— Conseil, nous souhaitons tous la même chose : que notre galaxie, que notre Univers, atteigne son plein potentiel. Et pour cela, il nous faut travailler ensemble, sans aucun Secrets. Jouissons d’une meilleure Entente et d’une meilleure Danseuse. Ne craignons plus les nouvelles civilisations, accueillons-les. Il n’y a qu’ainsi que leur véritable bonté se dévoilera. Car en secourant les Humains, vous n’avez pas seulement épargné un peuple primitif… Vous leur avez laissé une chance de devenir ce qu’ils sont destinés à devenir.

L’assistance comprit. Et ceux qui avait lutté pour un avenir véracyt s’allièrent désormais à ceux qui, comme Globax et comme Méliza, aspiraient à une galaxie plus juste et plus égalitaire. Le Couple-Chef évhum échangea un regard tendre, et se tourna lentement vers la Danseuse. De ses longs bras scintillants, elle voguait sur la toile d’encre qu’était l’Univers. Elle était belle, pure. Elle était leur foyer. Les anciens livres d’Histoire évhum l’appelaient la Voie lactée.

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Texte publié par GildasMergnyAuteur, 27 septembre 2022 à 14h02
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