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Tome , Chapitre 1 « Hezea » Tome , Chapitre 1

— Un mot de passe est nécessaire pour accéder à ce document classifié secret, énonça machinalement l’intelligence artificielle.

Je ne pus réprimer un soupire de frustration. Heureusement, je me trouvais dans un coin isolé de la bibliothèque et je ne gênais personne. Devant moi, la table était recouverte de divers manuels accompagnés de fluos. Un peu trop même. Mais ce n’était pas ma faute si avoir différentes couleurs dans mes recherches m’aidaient à mieux m’y retrouver. Chacun avait une utilisation bien précise et je ne pouvais plus m’en passer désormais. Limite si je ne jurais que par eux. Agacée, je tapotais sur la table. J’essayais de trouver une solution. Il me fallait ses informations. Mon avenir reposait dessus. Bon, peut-être que j’abuse un peu. Mais pas loin. Je travaillais sur ce dossier depuis près de deux mois maintenant. Et je voulais qu’il soit parfait. Mais pour cela, j’aurai bien voulu avoir accès à ces fameux documents en ligne. Malheureusement, il fallait évidemment qu’ils soient classés importants pour qu’une simple étudiante puisse les étudier. Je soufflais d’agacement et de fatigue. Les lunettes quittèrent mes yeux. Elles ne servaient plus à rien maintenant. Ma requête ne pouvait pas aboutir, mais l’intelligence continuait de déblayer toutes sortes d’informations qui n’avaient pas forcément de lien avec ma demande initiale. Je pris une seconde pour attacher mes cheveux bruns en un chignon afin d’éviter qu’ils continuent de me tomber sur les yeux. Fin prête, je pouvais m’attaquer aux manuels qui prônaient au milieu de la table. Heureusement que j’étais seule. Je pouvais comme ça me permettre de m’étaler de la manière que je le souhaitais sans que personne ne me dise rien. Je parcourais une page. Rien de très nouveau. J’avais déjà presque toutes les informations de ce côté. Un énième soupire traversa ma bouche. Je sentais que ça risquait d’être un peu long. Je continuais ma lecture en quête de nouveautés croustillantes. Mes divers fluos à porter de mains, près pour être utilisés. L’avantage : l’évolution des technologies nous permirent d’utiliser n’importe quel surligneur connecté à une tablette sur les différents livres. Automatiquement, dès que l’on passait un coup de couleur sur une partie qui nous intéresse -bien évidemment au-dessus et non directement sur le livre voyons ! -, elle est aussitôt retranscrite sur la tablette en question, suivant la couleur qui lui a été attribuée. Pratique non ? Je m’étais demandée comment ils faisaient avant le Chaos. Devoir à chaque fois tout recopier. Que ce devait être long. En plus, ils devaient par moment emprunter les livres et s’en encombrer. Aujourd’hui, nous n’avions plus ce problème. Bref. Il faut que j’arrête de m’égarer. Je me devais rester concentrer sur mon objectif : continuer de trouver des informations relatant de la création de notre cher Eden qu’est devenu Kvarter.

— Excusez-moi mademoiselle…

Je relevai instantanément mes yeux du bouquin que j’étais en train d’analyser. Devant moi se tenait une des employée de la bibliothèque. Elle me lançait un regard désolé avant de décréter que le bâtiment allait fermer très prochainement. Je m’empressai de m’excuser à mon tour, n’ayant pas vu l’heure passer. J’empilai les livres et le mit sur le côté de la table. Je fis bien attention à la tablette tandis que j’envoyai le reste un peu à la hâte dans mon sac. Même si je tiens à mes fluos, on va dire qu’il n’y avait pas grand lieu de bien les ranger. J’étais prête. Je voulu proposer mon aide à la dame mais cette dernière refusa poliment. Je n’insistai pas plus. Sac sur les épaules, je longeai les allées de la bibliothèque désormais vides. Et dire qu’en arrivant de nombreux enfants s’amusaient, avides de découvrir de nouvelles histoires, profitant de leur après-midi de libre.

Effectivement, on approchaient dangereusement du début de soirée. Heureusement, nous étions au mois d’août. Donc la nuit tombait plus tard. Le vent chaud souffla. Mes quelques mèches rebelles furent très certainement contentes de goûter au plaisir de la liberté. Laissant échapper un bâillement le plus discrètement possible, je saluais les quelques personnes qui m’adressèrent la parole. Le quartier restait encore très animé par rapport à d’autres périodes de l’année. Il faut dire qu’exactement dans une semaine, ce sera la fête. C’était LE moment. L’arrivée de Levi ou comme les gens aimaient l’appeler l’Elu. Le miracle qu’ils avaient attendus lors du Chaos des années 2020.

Bip. Bip. Bip.

Mon bracelet s’alluma. Merci la frayeur. Je m’étais toujours pas habituée à cette nouvelle technologie. Objet de dernier cris, personnalisable à volonté, il permettait surtout au Gouvernement de nous contrôler encore un peu plus. Cependant, d’après certaines personnes, il était très pratique pour entrer en contact avec d’autres habitants. Beaucoup plus simple que les portables qui commençaient peu à peu à être dépassé. Bon par contre, souvent il fallait avoir des contacts. Et hors mis mon frère, je n’en avais pas spécialement. Oui, j’avais des amis. Enfin, si on pouvait appeler ça des amis. Je dirai plus que ce sont des connaissances que j’ai faite durant mes études. Généralement nos discussions tournaient autour de nos cours. Le reste du temps, ils souhaitaient juste gagner des points auprès du Gouvernement pour lequel mon père travailler. Je ne devais pas penser à lui. Il fallait que je me sorte son image de ma tête. Secouant rapidement, les pensées s’envolèrent aussi vite qu’elles sont apparues. J’osais un regard vers mon bracelet qui continuait de clignotait.

« Attention, un contrôle aura lieu dans la soirée. Les Contrôleurs sont là pour vous aider. Ce ne sont pas vos ennemis. Merci de bien vouloir leur laisser faire leur métier. »

Une frayeur pour finalement rien. Rien de très important. Un contrôle. Je me demandais vraiment à quoi cela servait. Comme si c’était possible de passer outre la sécurité de cet endroit ? Dès notre naissance, nous étions inscrits dans un registre informatique avec en guise une puce intégrée dans notre organisme afin de nous identifier. De plus, ce n’était pas comme si quelqu’un pouvait provenir de l’autre côté des murs que les Anciens avaient érigés. Tout un stratagème inutile, de mon point de vue. Mais apparemment, la majorité semblait en accord avec ses règles car ils ne les remirent pas en question. Sauf peut-être mon oncle. C’était une des nombreuses raisons pour lesquelles il ne s’entendait pas avec son frère, notre père. D’ailleurs, cela faisait un moment que je n’avais pas eu de ces nouvelles. Dès que j’aurai un peu de temps devant moi, j’essaierai de le contacter.

La musique dans mes oreilles, un contraste s’élevait par rapport au calme des rues lorsque je m’éloignais de la bibliothèque. J’avançais tout en réfléchissant à un moyen d’accéder aux dossiers que je souhaitais. Certes, les informations que je voulais dataient d’il y a près deux siècles. Mais quand même. Il s’agissait tout de même de la création de Kvarter. Du moment où le monde avait sombré. Je pensais qu’il y aurait quand même plus de documents. Certes, certains m’avaient déjà demandé mais pour quelles raisons tu ne demandes pas à ton père ? Après tout, c’est vrai. Il travaillait avec le Gouvernement. Il devait très certainement en savoir plus. Pourtant, jamais il n’accepterait de me donner l’accès. Je n’existais pas pour lui. J’étais comme invisible, surtout depuis que mon petit-frère est arrivé dans notre vie. Je finis par laisser tomber. Je choisis à la place d’apprécier la musique. Ainsi, j’oubliais tous les problèmes, le temps d’un instant. Comme dans une bulle reposante, où tout le reste du monde n’existait plus, je profitais. Je fredonnais les paroles, les yeux fermés. Tout était parfait. Plus aucune pression, plus rien. J’étais juste vivante, touchant presque la liberté. Un des rares moments où je pouvais me sentir en paix avec moi-même. Il était donc évident que j’allais savourer au maximum cette dose de bonheur. En prenant tout mon temps, je retardais au plus le retour à la réalité.

Je continuais mon chemin au rythme des musiques qui défilaient. Cependant, plus je me rapprochais de chez moi, plus le temps changeait. Si jusqu’à présent, le vent chaud soufflait rappelant l’été, l’air s’électrifia en un instant. Comme si un orage allait éclater prochainement. Chose pratiquement impossible. Avec l’avancée technologique et l’arrivée des Elus, plus communément appelé Ichor en rapport avec la mythologie, les Anciens avaient réussi à créer un système où les orages n’existaient plus. Sauf s’ils étaient provoqué. Mais ils n’avaient plus rien de naturel. Cela signifiait donc qu’une personne utilisait son don. Mais dans quel but ferait-il cela ? Je désactivais ma musique. Je me tenais prête. S’il le fallait, je pourrai agir au moindre mouvement suspect. Vaut mieux être sur la défensive si un Ichor utilise ses dons sans autorisation. Car souvent c’est signe de colère. Et bizarrement, même si je savais me battre, je restais tout de même très faible face à cette personne. Je repris mon chemin lentement. Je remis les lunettes sur mes yeux.

Mode scan activé.

La vision changea légèrement. Je pouvais désormais détecter les mouvements ainsi que connaître les personnes proches de mon périmètre. Pourtant, elles ne semblaient pas voir le moindre signe suspect pour le moment. Je devais être encore un peu loin. Je marchais toujours tout en essayant de faire une liste des habitants susceptibles de causer du grabuge, surtout ici, alors que l’on s’approchait des quartiers résidentiels privés. Mais aucun n’avait un quelconque lien avec les orages -directement ou indirectement-. Qui pouvait donc être assez fou pour user de ses dons sans autorisation dans ces lieux ? Je me le demandais bien. Et j’espérais que mes lunettes donneraient une réponse rapide à cette question. Personne en vue. Tout semblait aussi calme que d’habitude. Pourtant, j’étais persuadée que quelque chose clochait. Et mon instinct se trompait rarement. J’avais très envie de rentrer chez moi. C’était indéniable. Mais ma curiosité prenait également le dessus. Je voulais découvrir ce qui se passait actuellement. Après tout, c’était la première fois que quelque chose se déroulait. D’un pas furtif, j’avançais, me faisant le plus discrète que possible. Mes lunettes scannaient toujours. Mais rien. Aucun mouvement. Personne à l’horizon. C’était presque comme si j’avais rêvé cette sensation d’orage. Un problème de lunette ? Peu probable. Elles étaient équipées de la meilleure technologie que nous connaissions. Je ne comprenais pas pourquoi pile maintenant elles ne fonctionnaient pas correctement. En voyant que l’objet ne me serait pas d’une grande utilité, je finis par les enlever tout en les gardant à proximité. On ne sait jamais après tout.

— Mademoiselle ?

J’étais pas prête. Je fis un grand bond. Bizarrement, il a fallu que j’enlève mes lunettes pour qu’on vienne me faire peur. Mon esprit était trop concentré sur l’orage. Je n’avais donc pas fait attention aux restes. Oubliant même l’histoire des contrôleurs. Je me retournai et fis face à un homme. Droit, le visage neutre, il attendait juste une réaction. Je fermai les yeux un instant, le temps que je calme ma respiration. Il se tenait toujours devant moi. Je le détaillais un peu plus. Assez grand, il me devait me dépasser d’une bonne tête et pourtant je n’étais pas si petite que ça ! Il portait l’uniforme bleu électrique typique. Tout était trop parfait dans sa posture. Je lui lançai un sourire, sous-entendant que j’allais bien. Pourtant, il ne réagit pas le moindre du monde. Il attendait seulement de faire son travail.

— Sérieusement, soufflai-je, pourquoi faites-vous ça ? Il n’y a aucun risque, comme si quelqu’un pouvait venir…

— C’est mon devoir, me répondit-il, d’autant plus que justement, un intru c’est infiltré dans ce quartier. Votre poignet s’il vous plaît. Je vous en prie mademoiselle Clay, vous pouvez disposer.

Il relâcha mon poignet. Je n’ai même pas eu le temps de rajouter un quelconque mot qu’il quitta aussitôt mon champ de vision. Bien vite, je repris mes esprits et continuai mon chemin vers la maison. Je n’étais désormais plus très loin. Actuellement, je ne rêvais que d’une seule chose : une bonne douche froide. Rien de mieux pour se rafraîchir les idées. Malheureusement, je savais qu’un autre programme s’imposerait. Celui de continuer mon dossier avant la date limite qui approchait à grand pas. Cette pause bien que méritée ne m’étais pas encore permise. Levant les yeux devant moi, je crus distinguer du mouvement. Mais je ne savais pas si je venais de l’imaginer ou non. Sur mes gardes, je remis les lunettes. J’espérais au fond qu’elles fonctionnent et m’éclairent. Mais bien évidemment, elles affichaient comme avant : Aucun signal détecté.

— Vraiment, tu me sers à quoi ? soupirai-je. Même pas capable de fonctionner correctement !

Oui. Je suis vraiment désespérée au point de parler à un gadget. Est-ce que cela gêne une tierce personne ? Je ne pense pas. Qui pouvait m’empêcher de continuer mon beau monologue envers cette technologie qui semblait adorer me voir râler. Je finis par me retrouver devant le portail de ma maison. Je posai ma main machinalement tandis que le scanner analyser mon empreinte digital.

— Bon retour chez vous Hezea, votre journée s’est bien passée ? me questionna l’intelligence artificielle.

Je l’ignorai. Pas délibérément. Juste que devant moi, un inconnu inconscient dormait en plein milieu de mon jardin sans que je ne sache comment il avait fait pour entrer.


Texte publié par kiriaparker, 1er août 2022 à 14h02
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