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Mes pensées se bousculent en continu. Fonçant tête baissée dans la rue bondée, je fend les passant feignant d’être trop pressée pour les voir. Je dois encore rentrer à l’appartement lancer une machine, envoyer un mail pour l’évènement de demain, me changer, ressortir boire un verre, histoire de me sociabiliser et penser à faire 10 minutes de médiation avant de me coucher. Je cours après le temps, oubliant que c’est ici et maintenant que je vie, pourtant.

Moi je veux bien suivre le rythme, mais soyons honnête, cela fait bien longtemps que c’est surtout lui qui me poursuit.

Me glissant par la porte du bus avant que celle-ci ne se referme, je réussi à faire du coude pour trouver une place: entre une vieille rallant sur son caniche, aussi vieux qu’elle et une vitre taguée. Il fait chaud et la proximité de nos corps transpirants ne fait qu’accentuer mon mal être. Pourtant, une fois mon casque mis sur les oreilles et mon écharpe remontée sur mon nez, je suis presque détendue. Les yeux à moitié fermés, je me glisse dans ma bulle, au rythme des notes, au grès de mes pensées.

A travers la vitre, Pau se déploie. Il pleut, comme souvent. Ici, le temps, celui qui fait le soleil et les nuages cette fois, ne fait rien à moitié. L’humidité due à la proximité avec l’océan se pare tantôt de rayons brûlants, tantôt d’une pluie torrentielle. Entre les deux, un arc en ciel vient pointer son nez et laisse apparaitre les Pyrénées derrière les nuages. Ce n’est pas le paradis mais c’est une belle image de la vie. Remplie de joies simples et vide de superflues encombrants.

Les passants courent dans les rues parsemées de flaques. Rallant du temps, de l’humidité, de leurs vêtements mouillés. On peut facilement observer les différents caractères rien qu’aux tenues de pluie: il y a la prévoyante qui vient d’entrer par la porte de arrière, au bob de pluie et kway coloré; il y a le sérieux, au smoking assortie à son parapluie noir, au manche canard; il y a l’improviste, au simple foulard calé sur sa tête en guise de capuche. Le bus est plein de gens mouillés, tentant de s’adapter.

Moi, j’aime la pluie. Elle nettoie les rues et abreuve les champs. Elle gâche certains de nos plans c’est vrai, mais nous rappelle surtout que ce n’est pas de nous que tout dépend. La pluie arrive souvent pour décharger le ciel orageux, mais elle vient également nourrir les sols. La pluie c’est l’eau qui redescend sur terre, comme un pond entre deux mondes. Inondant nos sols et soulageant nos ciels.

Pourtant, aujourd’hui, il pleut surtout dans mon coeur.

Hier ma grand-mère est partie. En douceur, sans malheur ni drame aucun. Pourtant, le vide que son départ a érigé autour de moi, ne rend que d’autant plus douloureuse la vision de la vie qui partout continue. Il devrait exister une fonction pour arrêter le temps lorsque s’envolent les oiseaux les plus admirables. Au lieu de cela, nous sommes condamné.e.s à rester dans la boucle infinie, même quand notre besoin que tout s’arrête rend les choses presque insupportables.

Il pleut maintenant sur mes joues, dans mon écharpe. La buée sur mes lunettes vient épaissir ce brouillard qui m’essaye: la tristesse est une tempête. Ma respiration se saccade, en orage et mon nez coule, en cascade. Quel triste paysage … L’aspect passager de ce tsunami ne suffit pas à calmer les sursauts de ma respiration, tremblement de terre incontrôlable.

J’avais jusqu’alors retenu l’éruption de mes émotions, mais cette fois, la tension était trop forte, la lave coule en flan de mes joues. Quelques notes de musiques tristes auront eu raison de ma torpeur, alors que dans mon esprit je suis ailleurs. La fatigue qui alourdie mes yeux ne fait que resserrer mon coeur.

Pour faire venir l’arc en ciel je pense à tous ces souvenirs qui ont parsemé ma vie avec elle: nos parties de Scrabble acharnées, tous les petits gâteaux secs à l’heure du thé ou les matchs de n’importe quel sport finement commentés. Je pense à ses manies, de grande dame et à ses airs fredonnés, d’un autre âge. Et alors que la capitale béarnaise continue de s’étendre sous mes yeux, dans mon coeur, j’ai une basquaise qui chante.

Le vent a fini de chasser les nuages lorsque je sors finalement du bus. Avant de reprendre la course effrénée de ma vie, je prend le temps d’admirer les Pyrénées qui pointent finalement le bout de leur sommets. La température s’est rafraîchie et l’air m’apparait alors plus respirable. Ne dit-on pas, après la pluie le beau temps ?

Ces émotions soudaine m’auront au moins ramené dans un présent qui si souvent m’échappe. Entre un passé lourd à porter et un avenir léger incertitude, ce qui se déroule sous mes yeux me parait tout à coup plus simple. Ici et maintenant, au grès du temps. Des temps.

En essuyant mes dernières larmes je trouve mes joues toutes douces, comme des pierres poncées par la pluie. La brise, aussi légère que mon coeur, me fait prendre une grande inspiration. Jetant un dernier coup d’oeil sur la chaine de montagne, je murmure un Merci. Pour le temps, pour les souvenirs, pour ce chapitre de ma vie. Au loin, entre les ruisseaux, j’aperçois un arc en ciel qui se fait son lit, comme un beau clin d’oeil de la vie.


Texte publié par Etendard pourpre , 20 mai 2022 à 21h08
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