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tome 1, Chapitre 28 « Briser la glace » tome 1, Chapitre 28

Note de l'auteure :⚠️Les chapitres de Manon sont difficiles à lire : phrases courtes, informelles avec un vocabulaire peu enrichi et les actions très décrites. Le personnage voit le monde différemment des autres personnes, les émotions/sentiments lui sont étrangers. Merci de prendre en compte ces informations durant votre lecture.

Mercredi 1er décembre 2021 - Manon

Le soleil est haut dans le ciel alors que je marche jusqu’à l’enclos derrière la maison. Je suis dispensée des tâches quotidiennes durant ma convalescence. Les blessures sur ma poitrine guérissent, ce n’était que superficiel. Après une semaine, les plaies sont déjà presque cicatrisées.

J’ouvre la porte de l’enclos du lionceau. Depuis que j’ai aidé la lionne à mettre bas, je viens tous les jours les voir. Je ferme la porte derrière moi et tends la main vers le lionceau qui s’approche. La lionne m’observe, mais elle ne me grogne pas dessus. Le petit se frotte contre ma main en ronronnant. En regardant sur internet, j’ai appris qu’il s’agissait d’un signe de bien-être, qu’il était heureux. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que ça veut véritablement dire, mais je sais que c’est du positif. Je m’assois par terre, le dos appuyé contre la cage. Le lionceau saute sur mes genoux. Les larmes coulent sur mes joues alors qu’un sourire étire mes lèvres. Je passe ma main sur sa tête. Je ne décroche pas mes yeux des siens. Au fil des jours, le lionceau est devenu un encrage pour moi. Il est devenu l’être auquel je peux me raccrocher, un être qui me la rappelle, qui me la ramène.

– Manon ? MANON !

J’ouvre les yeux. Le petit dort contre mon ventre. La mère est allongée à côté de moi, sa tête posée sur mes cuisses. Je lève les yeux au ciel et vois le soleil être presque entièrement englouti par la nuit. Je me suis endormie. Makoto se tient à côté de la porte. Ses yeux sont grands ouverts. Son visage est pâle.

– Sors vite d’ici ! Mais t’es malade de rentrer dans l’enclos !

Je regarde la mère et le petit. Pourquoi réagit-il ainsi ? La lionne se réveille et observer Makoto.

– Manon, je t’en prie, sort vite d’ici avant qu’elle te morde ! Dépêche-toi !

Je pose ma main sur la tête de la lionne. Elle me regarde et ferme à demi les paupières en ronronnant. Elle guide ma main jusqu’à son cou que je gratte. Mes lèvres s’étirent jusqu’à mes oreilles.

– Manon…

Makoto me regarde sans bouger. Sa bouche est entrouverte. Je ne saurais dire ce qu’il se passe dans son esprit à cet instant. Je n’arrive pas à savoir ce qu’il ressent.

Le lionceau se réveille contre mon ventre. Il tente un rugissement, mais seul un faible son aigu sort. Je souris. Puis le petit se lève pour rejoindre sa mère. Je passe une dernière fois ma main sur leur tête avant de me lever et de quitter l’enclos. Je prends la direction de la maison.

– Manon, attends !

Il me prend le bras pour m’arrêter. Je me tourne vers lui.

– Te rends-tu compte de ce que tu viens de faire ? Les lions sont des prédateurs ! La lionne aurait pu te tuer de te voir aussi proche de son petit ! Est-ce que tu te rends compte du danger ?

– Il n’y avait aucun danger. Tu l’as vu.

– Manon…

Makoto soupire. Je lui tourne le dos et reprends la direction de la maison, mais il m’arrête de nouveau, le visage plus détendu.

– Je suis fier de toi, Manon. Tu as réussi à lier une profonde connexion avec des lions, malgré le danger que ça représente.

Makoto me sourit. Je vois ses yeux briller d’une lueur que je n’avais encore jamais vue. Il s’approche et me prend dans ses bras. Il me serre contre lui. Je reste les bras ballants sans savoir quoi faire. Puis il s’écarte. Nous rejoignons la cuisine. Tenshi et Kyoko me saluent, mais ils ignorent Makoto. Je serre les dents. Mes mains forment des poings. J’ouvre la bouche pour dire ce que je pense de leurs comportements, mais le téléphone de la maison sonne. Tenshi se lève pour aller décrocher. Makoto s’assoit, les yeux au sol.

– Manon, c’est pour toi.

Le père de Makoto me tend le téléphone. Je le prends et le colle à mon oreille.

– Allô ?

– Heureux de savoir que tu es toujours en vie Manon.

Mon père…je ne lui ai pas parlé depuis qu’il m’a chassé de la maison. Je sais qu’il appelle régulièrement depuis un mois, mais je ne décroche jamais. Je ne veux pas lui parler. Nous n’avons rien à se dire. Il m’a abandonné.

– Bonsoir, papa, joyeux anniversaire au fait ! Comment vas-tu depuis un mois ? Très bien ma chérie, merci de demander et de penser à ton père !

J’éloigne le téléphone de mon oreille. Je regarde la date sur le calendrier, nous sommes le premier décembre. C’était son anniversaire hier, j’ai oublié. Devrais-je le lui souhaiter ? Non. Il vient de me le rappeler. Il sait que je n’y ai pas pensé.

– Bonsoir.

– Bel effort, Manon. Je vois que rien n’a changé depuis ton départ.

Mon cœur se serre et les larmes commencent à se former.

– J’appelai pour t’informer que je pars en mission. Je décolle dans quatre heures, je ne reviens pas avant six mois.

Je manque de lâcher le téléphone. Quatre heures ?

– Pourquoi ne m’as-tu pas prévenu avant ?

Mon menton se met à trembler alors que je tente de retenir mes larmes. Ma respiration s’accélère, mon souffle se coupe, j’ai du mal à respirer.

– J’aurais aimé te le dire plutôt, mais tu n’as jamais décroché !

Tout mon corps se contracte. Je serre le téléphone contre ma main. Je sens quelque chose grossir dans ma poitrine.

– C’est toi qui as voulu que je parte.

Ma voix est plus grave et plus tranchante que d’habitude. Je ne sais pas ce qui m’arrive, en revanche je sais qu’il est temps qu’on ait une discussion.

– Parce que tu ne fais aucun effort pour aller mieux !

– PARCE QUE TU PENSES QUE C’EST FACILE ?

Makoto, Tenshi, Kyoko et Sue ont suspendu leurs gestes et me regardent. Je ne peux plus me taire, mon père doit comprendre qu’il n’est pas le seul pour qui c’est difficile. Il doit savoir que je ne suis pas aveugle ni sourde.

– Tu penses que ce n’est pas difficile pour moi ? Tu penses que je ne vois pas vos regards ? Que je ne vous entends pas parler de moi dans mon dos ? Tu penses que je ne vois pas combien je suis différente ? À quel point je ne comprends pas le monde qui m’entoure au point de penser que je n’ai pas ma place dans ce monde ! EST-CE QUE TU PRENDS EN COMPTE CE QUE MOI JE VIS ?

– Arrête Manon ! Tu n’es pas le centre du monde ! Est-ce que tu prends en compte ce que nous nous vivions ? Ce que tu nous fais vivre au quotidien ? Tu es peut-être malade, tu ne comprends peut-être pas le monde qui t’entoure, mais ce n’est qu’une excuse pour cacher ton égoïsme, Manon !

Les mots de mon père sont durs. Ils me font mal. Il ne m’écoute pas. Il ne m’a jamais écouté. Je n’arrive plus à me contrôler, mes mains tremblent, ma voix tremble. Je suis alimentée par une force que je ne comprends pas.

– Ce n’est pas moi qui ai été travailler le jour de l’anniversaire de sa fille.

J’entends mon père retenir sa respiration.

– Tu aurais dû être là, si tu avais été là tout serait différent aujourd’hui. Vous êtes responsable, tu es responsable. C’EST TA FAUTE !

Je repose violemment le téléphone sur son socle. Je me tourne pour m’appuyer contre le mur. Autour de la table ; ils me regardent tous. Sue a les larmes aux yeux. Tenshi et Kyoko observent la scène sans comprendre. Puis il y a Makoto. Il se lève et s’approche de moi. Il pose sa main sur mon épaule. Je passe mes bras autour de son torse et craque. Je laisse les larmes couler sur mes joues. Je n’avais jamais parlé comme ça à mon père. J’ai dit des choses très dures, je le sais. Pourtant, si j’avais le choix je le referais. Charlie avait finalement raison, il fallait que je lui parle. Il fallait que je lui dise ce que je pensais et je l’ai fait. Mon père part bientôt pour l’espace. Je ne le reverrais pas avant de nombreux mois. D’ici là, nous aurons eu le temps de réfléchir.

Je m’écarte de Makoto et essuie mes joues humides. Il me regarde et murmure un « ça va ? ». Je hoche la tête et lui souris doucement. Sa présence m’aide.


Texte publié par Aihle S. Baye, 14 février 2023 à 14h47
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