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tome 1, Chapitre 8 « La Dodge Charger Hellcat HPE800 » tome 1, Chapitre 8

Note de l'auteure :⚠️Les chapitres de Manon sont difficiles à lire : phrases courtes, informelles avec un vocabulaire peu enrichi et les actions très décrites. Le personnage voit le monde différemment des autres personnes, les émotions/sentiments lui sont étrangers. Merci de prendre en compte ces informations durant votre lecture.

Samedi 28 août 2021 – Manon

Un bruit aigu fait siffler mes oreilles. Je regarde la vapeur s’échapper de la bouilloire. J’éteins le feu. Je prends la tasse. Je verse l’eau chaude sur le sachet de thé. La chaleur s’échappe et réchauffe mon visage. J’agite le fil du sachet. Je le jette dans la poubelle. Je porte la tasse à mes lèvres. Je bois une gorgée. Je sens le liquide couler dans ma gorge. Il réchauffe mon corps.

Je m’avance jusqu’au salon. Mon père est assis sur le canapé. Des dossiers et des feuilles sont disposés sur la table basse. Il écrit des choses en regardant le décollage d’une fusée. Il analyse toutes les données. Il a besoin d’une grande connaissance de l’appareil pour le jour où il sera à bord.

Je rejoins la chambre. Je m’assois au bureau en buvant une nouvelle gorgée du thé. J’allume l’ordinateur portable. Je regarde la messagerie. Elle contient un mail non lu. Il vient de la directrice des deuxièmes années de l’université. J’ouvre la pièce jointe. Un emploi du temps s’affiche à l’écran. Je clique sur "imprimer" sans même le regarder. Je referme l’ordinateur.

Les minutes s’écoulent. Je bois des gorgées du thé en attendant. Mon père frappe à la porte et entre.

– C’est la feuille que tu as imprimée.

Il la pose sur mon bureau.

– Tu vas avoir beaucoup de travail pour cette dernière année ! Tu es prête pour la rentrée ?

Je lève la tête vers lui. Il a les yeux brillants. Sa bouche est entrouverte. Il semble retenir sa respiration. Pourquoi ? Il y a une odeur dans la chambre ? Je le regarde sans comprendre. Attend-il quelque chose ? Que m’a-t-il demandé ?

– Oui.

Était-ce la réponse à donner ? Je vois les yeux de mon père se voiler. Il soupire avant de quitter la chambre en me disant « bonne nuit ». Que devais-je répondre ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas pourquoi mon père est comme ça. Est-ce à cause de moi ? Il faudra que je demande à Charlie mardi.

Je finis de boire le thé. Je pose la tasse sur le bureau. Je me lève éteindre les lumières de la chambre. Je m’allonge sur le lit. Je me concentre pour écouter les pas de mon père. Je l’entends fermer la porte de sa chambre. Les muscles de mon corps se contractent. Mes yeux sont grands ouverts. Des fourmis me courent dans mes doigts. Mon cœur bat fort. J’essaye de respirer plus lentement. Est-ce que mon père peut entendre mes battements ?

Le téléphone vibre sur ma poitrine. C’est le signal. C’est l’heure. Je me lève. J’enlève la robe verte. Je mets des vêtements noirs. Je prends le téléphone que je place dans une poche du pantalon. Je rejoins la fenêtre de la chambre. Je l’ouvre et sors. Dehors le ciel est rempli d’étoiles. Les lampadaires éclairent le chemin. Je monte à bord d’un bus qui s’arrête à ma hauteur. Je passe la carte sur le lecteur. Deux passagers sont assis au fond. Je m’assois devant.

Le chauffeur quitte la zone résidentielle. Il s’engagea sur la route principale de Floride. Les minutes défilent. J’attends en regardant à travers la vitre. Elle me renvoie que mon reflet. Je descends vingt minutes plus tard. Je regarde le bus s’éloigner. J’allume la lampe torche du téléphone. Je marche jusqu’à ne plus entendre les voitures. J’arrive dans une zone industrielle. De la musique me parvient. Je croise des personnes dans une ruelle. J’entends les moteurs des voitures. Les battements de mon cœur s’accélèrent. Je sens mes lèvres s’étirer vers mes oreilles. Je fais de plus grandes enjambées pour rejoindre le cœur de la zone. Des voitures y sont garées. Certaines ont le moteur en route. D’autres ont le capot ouvert pour montrer les pièces. Des femmes se tiennent debout à côté des voitures. Elles portent des vêtements très courts qui laissent voir leur peau.

– La course va bientôt commencer ! Que les participants rejoignent la ligne de départ !

Les hommes montent dans leur voiture. La foule s’écarte pour les laisser rejoindre la ligne de départ. Je cherche Éric parmi les spectateurs. Je ne le vois pas. Je sors le téléphone de ma poche. Je déverrouille l’écran. Je n’ai aucun message.

La femme annonce une deuxième fois que la course va commencer. Mon cœur manque un battement. Puis il s’accélère. Ma gorge est sèche. J’ai du mal à avaler. Mes mains sont humides. Elles tremblent. Je me mords la lèvre inférieure en regardant la foule. Mon cœur se serre. Éric n’est pas là. Puis je l’entends. Le moteur de ma voiture.

Ma poitrine expulse tout l’air de mes poumons. Les battements de mon cœur ralentissent. Mes lèvres s’étirent quand je vois ma Dodge Charger Hellcat HPE800 arriver à travers la foule. Je m’approche de ma voiture. Éric en sort. Il me lance les clés.

– Votre carrosse est avancé, mademoiselle !

Il me désigne ma voiture. Je hoche légèrement la tête. Je passe devant lui. Je m’assois derrière le volant. Je roule jusqu’à la ligne de départ. L’homme dans la voiture à côté de moi se penche pour regarder ma Dodge. Je l’observe à travers la vitre teintée.

– À la fin de cette course, cette caisse elle est à moi, mec !

Je ne prête pas attention aux paroles de l’homme. Je vais gagner la course. Je tourne la tête vers la femme qui s’avance au milieu de la route. Elle tient deux torchons rouges dans ses mains.

– Coureurs ! Faites tourner vos moteurs !

J’appuie sur la pédale d’accélérateur. Je ferme les yeux en entendant le moteur ronronner. Je vois les deux pilotes à côté de moi se tourner vers ma voiture. Le coin de ma bouche s’étire vers le haut. Ma poitrine se gonfle. Ma Dodge est unique en son genre. J’ai choisi chaque pièce pour qu’elle soit la meilleure. Aucune des voitures alignées sur la ligne de départ ne peut lui faire de la concurrence.

Je verrouille ma main gauche sur le volant. Ma main droite est sur le levier de vitesse. Mes doigts fourmillent. J’entends une voiture faire un bruit anormal. S’il continue d’appuyer sur la pédale d’accélérateur, la voiture va lâcher. Mon cœur se serre à cette pensée.

La femme devant moi lâche les torchons au-dessus de sa tête. Je passe la première. Je lâche l’embrayage. Ma voiture vole sur la piste dans un nuage de fumée jaune. Je prends la tête de la course. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir de sa cage thoracique. Les coins de ma bouche atteignent mes oreilles. Je fixe la route les yeux grands ouverts. Devant moi des balises rouges clignotent. Elles montrent le chemin à suivre dans la nuit noire. Je passe les vitesses avec rapidité. Je distance les autres pilotent. J’entends les spectateurs parler fort depuis l’autre côté des barrières.

Des phares se reflètent dans mon rétroviseur intérieur. Une voiture avance sur mon flanc gauche. Je tourne la tête. Les vitres sont baissées. L’homme à l’intérieur tient une cigarette entre ses dents. Il étire ses lèvres dans ma direction. Je le reconnais. Il était placé à côté de moi sur la ligne de départ. J’appuie sur la pédale d’accélérateur pour le distancer. La piste devient plus petite. L’homme ne peut pas me doubler. Mais il me colle. Le nez de sa voiture n’est pas loin de toucher l’arrière de la mienne. Je ne dois pas ralentir. Je m’appuie encore sur l’accélérateur. J’ai conçu ma voiture. Elle n’a pas de limite.

Une flèche orange clignote en indiquant la courbe. Dans le rétroviseur je vois l’homme s’éloigner de moi. Il a ralenti à l’approche du virage. Celui-ci est sec avec un angle difficile. Je passe une autre vitesse. Je tourne complètement le volant à droite. Mes pneus crissent sur le sol bétonné dans un nuage jaune. La courbe du virage change. Je tourne le volant vers la gauche dans des gestes contrôlés. Chaque cellule de mon corps réagit. Mes lèvres s’étirent. Mon cœur continue de battre avec force. Mon esprit est réactif. Je ne réfléchis pas à mes gestes, j’agis.

Je sors de la zone industrielle. Les lumières de la ville m’éblouissent. Je dois me concentrer pour slalomer à travers les voitures. Je ne respecte pas la limitation ni le sens de circulation. J’entends des coups de klaxon. Des voitures piles devant moi. Mais je ne ralentis pas. La course avant tout. Des phares se reflètent à nouveau dans mon rétroviseur intérieur. L’homme est derrière moi. Il me suit de près. J’essaye de le semer. La circulation devient compliquée. Je dois ralentir. L’homme me dépasse alors que mon champ de vision est bloqué par un camion. Je calcul rapidement la distance qui me faut pour doubler le poids lourd. Je m’engage. Une voiture arrive devant moi. Je dépasse le camion. Je reprends ma place sur la voie de droite. Je respire lentement. L’accident n’était pas loin.

Je rattrape l’autre pilote. Un coin de ma bouche s’étire vers le haut. Dans quelques mètres il y a un virage. Je le vois ralentir. J’accélère. Je le double. J’ai une maitrise absolue de ma voiture. Surtout dans les courbes.

Les balises rouges réapparaissent. Elles nous éloignent de la ville. Le circuit est une boucle. Il ne reste que quelques mètres de ligne droite avant l’arrivée. L’homme derrière moi va essayer de prendre la tête. Je ne dois pas le laisser faire. L’accélération à la sortie du virage lui donne une impulsion suffisante pour me dépasser. Mes doigts se contractent sur le volant. Mes dents grincent alors que la ligne d’arrivée n’est plus qu’à 500 mètres.

Mon pied appuie sur la pédale d’accélérateur. Je suis juste derrière la voiture de tête. Je n’ai aucune ouverture pour la dépasser. Je dois m’en créer une. J’essaye une percée à droite. Il se déporte pour suivre ma trajectoire. Je reviens au centre de la piste. Encore 400 mètres avant la lignée d’arrivée. Je vais sur la gauche. L’homme suit une nouvelle fois ma trajectoire.

300 mètres. Je réfléchis. 250 mètres. Je tourne le volant à droite. Le pilote suit mon mouvement. Je braque le volant à gauche si vite qu’il n’a pas le temps de réagir. J’accélère. Je me retrouve à sa hauteur.

Plus que 200 mètres.

Je rétrograde d’une vitesse. Le bruit de ma voiture fait siffler mes oreilles. L’homme tourne la tête dans ma direction. Il me regarde. Je le regarde. Ses lèvres s’étirent vers le haut. Il pense avoir gagné ? Il n’a pas encore franchi la ligne d’arrivée. Rien n’est encore joué.

100 mètres.

Je repasse la vitesse. L’aspiration me projette vers l’avant.

50 mètres.

Ma voiture prend la tête. Je regarde les lèvres de l’homme s’affaisser alors que l’écart se creuse. Je passe la ligne d’arrivée au son des trompettes en plastique. Je vois les spectateurs sauter sur place. Je ralentis jusqu’à arrêter ma voiture. Je coupe le moteur. Mon esprit est léger. Mon cœur pulse dans tout mon corps.

L’homme s’arrête près de moi. Il sort de sa voiture en claquant sa portière. Il s’avance dans ma direction. Je retire les clés du contact. J’ouvre ma portière. Je sors. Ma poitrine se gonfle en entendant le bruit de la foule. Je fais face à l’homme. Il me regarde étrangement. Il n’a plus le front plissé. Ses yeux sont grands ouverts. Il pose sa main sur ma voiture. Je serre les poings.

– Belle carrosserie.

Il me regarde en parlant. Son autre main se tend vers mon visage. Je me recule contre ma voiture.

– Allons, fais pas la difficile.

Mon estomac se contracte. J’ai un goût amer dans la bouche.

– Y A LES FLICS !

L’homme en face de moi ne réagit pas.

– BOUGEZ VOTRE PUTAIN DE CUL ! LES FLICS ARRIVENT !

La foule de spectateurs part dans tous les sens. Les moteurs des voitures rugissent. Les pneus crissent. L’homme s’écarte de moi. Il monte dans sa voiture et il part. J’ouvre la portière de ma Dodge. Quelqu’un la referme avant que je monte. Un homme me prend les bras. Il les attache dans mon dos. Je cherche Éric autour de moi. Je ne le vois pas. Je lâche mes clés. Je les pousse sous ma voiture avec mon pied. Éric sera quoi en faire.

Le policier me fait avancer jusqu’à une voiture de patrouille. Je m’assois à l’arrière. Le policier démarre. Avant de quitter la zone industrielle, je vois Éric récupérer mes clés. Il monte dans ma voiture et part. Je respire à nouveau. Mes épaules se relâchent.

La voiture se gare sur le parking du poste de police. L’homme me fait descendre.

– Nom, prénom.

– Anderson Manon.

Le policier m’escorte dans une pièce. Je m’assois en face d’une femme et d’un homme. Ils n’ont pas d’uniforme. Mais sur leur poitrine je vois leur badge. Je pose mes mains sur mes genoux. J’attends.

Les deux personnes me posent des questions à tour de rôle.

– Qui est l’organisateur de cette course de rue ?

– Nous pouvons trouver un arrangement.

– Rien ne sera inscrit dans ton casier si tu nous donnes un nom.

Je ne réponds pas. Les minutes passent. Je ne bouge pas. Des gouttes coulent le long de ma colonne vertébrale. Je regarde le mur entre les deux personnes. Je les vois se regarder. L’homme soupire. Il fait un signe de la main. Un policier entre dans la pièce. Il m’emmène dans une cellule commune.

Les heures passent. Je suis assise sur un banc. Je ne bouge pas. Mes mains sont humides. Le haut que je porte me colle à la peau. J’ai des frissons. Suis-je malade ?

Un policier entre. Est-ce le même qui m’a emmené ici ? Je n’en suis pas sûr. À côté de lui se trouve mon père. La cellule s’ouvre.

– Tu es libre.

Le policier me tend mes affaires. Je les prends. Nous quittons le poste de police après que mon père ait signé des papiers. Le vent frais décolle le haut de mon dos. Mes mains ne sont plus humides. Je respire plus facilement.

– Monte dans la voiture, Manon.

Je ne bouge pas. Je regarde le ciel étoilé.

– Tout de suite !

Mon corps tremble. Je regarde mon père. Ses yeux sont noirs. Je n’arrive pas à avaler ma salive. Je baisse les yeux sur le sol. J’avance jusqu’à la voiture. Je monte dedans. Mon père se place derrière le volant. Il soupire.

La voiture quitte le parking et rejoint la route principale. J’allume l’écran du téléphone. J’ai un message d’Éric. Il me dit que ma voiture est au garage. Je n’ai pas le temps de répondre. Mon père me prend le téléphone.

– Tu es privé de téléphone et bien sûr de conduire.

Il me prend mon permis de conduire que je tiens dans la main.

– Je suis vraiment très déçu par ton comportement, Manon. Non seulement tu fais le mur, mais en plus c’est pour aller traîner avec des délinquants.

Je ne réponds pas. Je regarde la route devant moi. Je sens une boule dans ma gorge. Mon cœur se serre.

– Tu es privé de sortie. Dès la fin des cours, tu reviendras directement à la maison ou chez tes grands-parents. Tu travailleras au garage le week-end, mais tu ne toucheras plus une seule voiture.

Mes yeux me piquent. Mes lèvres tremblent. Ma respiration est irrégulière. J’ai un trou dans la poitrine. Que se passe-t-il ? Pourquoi fait-il ça ? Qu’ai-je fait ?

– Tu profiteras de ton temps libre pour faire tout ce que te dit Charlie. Je m’assurerais moi-même que tu écris dans ton carnet s’il le faut.

La voiture se gare devant la maison.

– Est-ce que tu comprends Manon ? Prends-tu conscience des conséquences que tes actes auraient pu avoir ?

– Oui.

J’ai répondu à la première question. Je n’ai pas compris la deuxième. Mon père me regarde. Il soupire. Sa tête rentre dans ses épaules.

– Va dormir maintenant.

Sa voix est faible. Je descends de la voiture. Mon père ne vient pas. Je rejoins la maison. Mes joues sont humides. Ma vue est floue. Je rejoins la chambre. Je m’allonge sur le lit. Depuis le couloir j’entends les pattes d’un des chiens sur le sol. Il monte sur le lit. Je m’endors avant de savoir s’il s’agit d’Apollo ou de Jupiter.


Texte publié par Aihle S. Baye, 14 janvier 2023 à 18h02
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