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tome 1, Chapitre 16 « La Malédiction de Gamayun » tome 1, Chapitre 16

Autour de lui, personne ne semblait leur prêter attention, sinon quelques figures qui lui lançaient des sourires entendus. Soulagé, il lui proposa alors de partager avec elle les restes de son repas, avant de se promener avec elle dans le village. Ravie, la joie habitait désormais son visage, malgré le voile d’ombre au fond de ses yeux. Son déjeuner achevé, ils se levèrent sous les regards égrillards de quelques hommes de l’autre côté de la tablée.

— Où nous emmènes-tu ?

— Kveta, je m’appelle Kveta. Et toi ? Vuk, n’est-ce pas ? J’ai entendu l’eubage qui t’accompagne t’appeler ainsi.

— Oui ! C’est ainsi que je me nomme, quant à mon compagnon, il s’appelle Domovoï. Nous nous sommes rencontrés au village de Zapadnoy.

— Zapadnoy ? répéta-t-elle. Où est-ce ?

Vuk pointa du doigt l’horizon du couchant, où dans quelques heures le soleil disparaîtrait.

— Est-ce loin ?

— Environ un mois de marche.

— Un mois…

Était-ce un regret qui s’exprimait ainsi dans le soupir de sa voix ? Vuk balaya du regard le village autour de lui. Mais il n’y avait personne, sinon quelques rouges-gorges qui sautillaient çà et là dans la neige épaisse.

— Alors en été peut-être, ajouta-t-elle pour elle-même, les mains jointes sur la poitrine.

Les sourcils froncés, Vuk l’avait laissée s’éloigner, tandis qu’elle marchait d’un pas d’automate. Quel secret n’osait-elle lui confier ?

— Kveta ! M’emmènerais-tu à l’atelier de cette femme qui sculptait votre protecteur dans la glace ?

— Nadia ? Bien sûr ! Elle est notre forgeronne. Elle sait y faire aussi bien avec le métal, la pierre, le bois ou la glace ! s’exclama-t-elle, avant de le saisir par le poignet, pour l’entraîner à sa suite.

À grande hâte, ils traversèrent le village, puis se dirigèrent en direction d’une rivière, dont il apercevait la frontière délimitée par une haie de sapin, situé sur la rive opposée. Bientôt, il découvrit un chalet, que jouxtait un large bâtiment ouvert sur la gueule noire d’une forge encore chaude.

— Viens ! lui ordonna-t-elle, comme elle se précipitait à l’intérieur.

— N’aie crainte ! Nadia est ma mère ! Elle ne nous grondera pas, tant que nous ne touchons à rien.

À ces mots, Vuk esquissa un sourire, cependant que le sombre sentiment, qui l’étreignait depuis leur arrivée, resserrait un peu plus son emprise sur lui. Posés sur des étagères, suspendus de toutes parts, des outils, des armes, des portraits, de face, de trois quarts ou de plain-pied, taillés dans la matière. Soudain, son regard fut attiré par une sculpture en bronze. Trois hommes levaient les mains vers le ciel, tandis que tentait de s’échapper un oiseau à la tête de femme.

— Oh ! souffla-t-elle comme elle se retournait.

Devenue silencieuse, elle s’approcha de l’œuvre qu’elle effleura du bout des doigts.

— Gamayun, soupira-t-elle.

À ces mots, bien qu’il l’eût déjà reconnu, Vuk se sentit pâlir, tandis que dans sa poitrine son cœur avait cessé de battre.

— Qui-est-ce ? s’entendit-il murmurer d’une voix blanche.

Kveta sembla hésiter, puis elle l’entraîna vers un coin retiré de l’atelier. Là bas, dissimulé au fond d’un bric-à-brac d’ustensiles de cuisine, quelqu’un avait aménagé un cabinet de lecture. La tenture repoussée, elle invita Vuk à le rejoindre, cependant qu’elle enflammait la mèche d’une lampe à huile. La porte refermée derrière lui, elle s’empara de l’un des ouvrages rangés dans la petite bibliothèque, puis le lui glissa entre les mains. Embarrassé, il ne savait qu’en faire, car personne ne lui avait jamais appris à lire. Pourtant, il n’avait aucune peine à en déchiffrer le titre : La Malédiction de Gamayun.

Silencieux, il l’ouvrit, prenant garde à ne pas en abîmer les pages. Des images illustraient le texte. Il reconnut Sirin, Gamayun, ainsi que ses frères avant qu’ils ne fussent punis par leur mère. Ses yeux allaient et venaient, avides de lire le contenu du livre.

— Est-ce que je pourrai te l’emprunter ?

Mais Kveta secoua la tête.

— Maman m’interdit de les sortir, même si j’ignore pourquoi.

— Cela ne fait rien, la remercia-t-il, tout à la poursuite de sa lecture.

Bien qu’il n’apprît rien qu’il ne sut déjà de la bouche de Stratim ou de Domovoï, il remarqua que plusieurs pages avaient été détachées avec soin. Sa lecture achevée, il lui rendit l’ouvrage qu’elle rangea aussitôt.

— Merci, Kveta. Néanmoins, il serait sans doute raisonnable de nous en retourner au banquet. Ne penses-tu pas ?

Rouge, elle hésita, puis se ravisa.

— Oui, tu as raison.

De nouveau, il eut l’impression qu’elle désirait l’entretenir d’un terrible secret, dont il pensait entrevoir la nature. Presque à contrecœur, elle quitta le cabinet, suivi de Vuk, puis ils rendirent sur la place, où la foule commençait déjà à se disperser. Quelques remarques grivoises fusèrent, mais ils les ignorèrent et retrouvèrent très vite Domovoï, fort occupé à disputer une partie d’échecs avec le jeune garçon qui avait examiné son pendentif à leur arrivée.

— Chut ! ordonna-t-il à Vuk, comme il s’approchait. Le prochain coup va décider du sort de cette partie.

— Domovoï devrait avancer sa tour. Ainsi dans cinq tours, Yasen sera mat, lui glissa Kveta à l’oreille.

Étonné, Vuk se retourna et découvrit le large sourire dessiné sur la figure du vieux prêtre.

— Tu verras bien, souffla-t-elle d’un air entendu, pendant que Domovoï bougeait sa tour de quelques cases, avant de lever la main en écartant les cinq doigts.

— Qu’est-ce que cela veut dire ? l’interrogea Yasen, décontenancé.

— C’est le nombre de tours qu’il reste avant que je ne te mette mat, lui rétorqua Domovoï, ravi.

Quelques instants plus tard, Yasen couchait son roi en signe de défaite

— Vous avez raison, maître Domovoï. Je n’ai nulle échappatoire.

Domovoï le remercia chaleureusement puis prit congé de la petite troupe, de même que Vuk qui laissa Kveta l’accompagner jusqu’à l’auberge, où ils se séparèrent. S’étant vus proposer une chambre commune, ils se retirèrent, peu désireux de participer à la veillée qui serait organisée dans la soirée.


Texte publié par Diogene, 25 juillet 2022 à 21h29
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