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tome 1, Chapitre 7 « Le Secret de Stratim » tome 1, Chapitre 7

Étonné, Vuk voulut s’en saisir, mais Stratim l’arrêta net.

— Vuk. Écoute-moi.

Au fond de ses yeux se reflétait une vallée de larmes, au-dessus de laquelle tournoyait un oiseau de proie.

— Sirin ne peut être vaincue. La seule manière de l’empêcher de nuire est de lui arracher sa tiare, sur laquelle est enchâssée sa gemme de puissance. Pour cela, il te faut acquérir le pouvoir des corbeaux. Métamorphosé en l’un d’entre eux, tu pourras la lui voler.

— Mais comment puis-je faire ? s’inquiéta aussitôt Vuk.

— En dévorant mon cœur, zézaya soudain la voix du vieillard.

Troublé par la fumée, Vuk se sentait perdre pied. Autour de lui, la forêt ondulait, tandis que l’homme paraissait se couvrir d’un noir ramage.

— Ce cœur, que tu tiens entre tes mains, insista-t-il en pointant la minuscule tache rouge qui palpitait au creux de sa paume.

Au loin, il lui semblait entendre les roulements de tambours, mais ce n’était que le tintement lugubre des fers qui s’entrechoquaient.

— Mais qui es-tu, Stratim ? bafouilla Vuk.

— N’as-tu point deviné ? s’amusa-t-il, tandis qu’il plantait au milieu de son front la plume couleur rouille.

L’homme n’en était plus un, il était un oiseau au ramage noir qui le fixait de son œil noir. Le cœur glissa sur sa langue, puis l’avala. Une douleur fulgurante lui traversa aussitôt l’épine dorsale et, quand il voulut étendre ses bras, des plumes géantes avaient jailli de sa chair. La bouche grande ouverte, il poussa alors un cri perçant, qui s’éleva au-dessus de la forêt. Au sien, en répondit un autre, terrifiant.

Dans le village de Yuzhnoy, personne n’aurait su dire avec exactitude ce qu’il aura vu, car chacun aura sa version de l’histoire. Tout juste diraient-ils qu’ils aperçurent dans le firmament deux ombres qui s’affrontaient, feintant l’une l’autre, se frappant de taille et d’estoc, tandis qu’au-dessus de leurs têtes les éclairs zébraient le ciel, faisant rouler le tonnerre. Soudain, l’un d’entre eux se serait abattu sur l’un des deux adversaires, mais personne ne serait en mesure de raconter ce qu’il se passera ensuite.

Épuisé, Vuk sentait ses forces le fuir, cependant que Sirin ne semblait nullement faiblir, quand la foudre avait jailli. Attiré par le métal de sa couronne, l’éclair l’avait frappée de plein fouet. Assomée, Vuk avait alors plongé vers sa tête, lui arrachant sa tiare, avant de disparaître dans les ténèbres. Heureusement les frondaisons denses avaient amorti sa chute, de même que son plumage épais. Pendant ce temps, un cri avait répondu à son attaque, puis le calme était revenu, tandis qu’il sentait la magie le quitter peu à peu. Penché sur lui, il crut reconnaître Gamayun.

— Ga…

Mais les mots moururent sur ses lèvres, tandis que des bras se glissaient, puis le soulevaient, pour le transporter. À présent coucher sur un lit de mousse, il voulut se redresser, mais les forces lui manquaient et il retomba lourdement.

— Ne bouge pas, jeune Vuk.

Les paupières entrouvertes, il aperçut la main parcheminée de Stratim qui lui couvrait les yeux, cependant qu’un sommeil profond s’emparait de lui. Lorsqu’il se réveilla, Stratim avait disparu. À la place, perché sur un rocher, un corbeau déplumé le regardait. Au milieu de son poitrail beant palpitait une gemme aux teintes ambrées.

— Est-ce toi, Stratim ?

La main tendue vers lui, celui-ci ne le repoussa pas.

— Oui. En échangeant mon cœur contre la pierre d’été que t’as confié ma sœur, j’ai sacrifié mon essence et je reçois par là mon châtiment. Mais cela n’est que de peu d’importance. Tu dois savoir que ce village dissimule un secret. Il y a de cela des éons, lorsque des humains se furent installés pour la première fois en ces contrées, la terre était si mauvaise qu’ils faillirent renoncer. Cependant, notre mère se révéla à eux. Ainsi, en échange de chaque dernier né de la saison où elle leur était apparue, elle leur assurerait des récoltes toujours abondantes. En l’ayant vaincu cette nuit, tu as rompu le pacte qui les liait. Les villageois connaîtront bien des peines, mais cela est peu en regard de leur liberté retrouvée. Néanmoins, tu ne pourras encore délivrer notre sœur. Pour cela, il te faudra diriger tes pas vers l’ouest et trouver mon frère cadet, Ptitsa, l’Oiseau de feu. Mais avant, tu vas t’en retourner au village de Yuzhnoy et demander comme récompense que l’on te forge une serre à partir de la tiare de notre mère, quant à sa pierre, tu l’enterreras auprès de moi. Cependant, je me dois de t’avertir, il te faudra le trouver avant l’hiver, ou alors notre mère te traquera et te dévorera.

À peine eut-il achevé sa phrase que dans sa poitrine le joyau, qui luisait encore d’un éclat intense, se brisa.

— Stratim… murmura Vuk en le recueillant au creux de son bras.

Il le tint ainsi quelques instants, puis l’étendit sur son lit de mousse, pendant qu’il creusait à mains nues une tombe dans la tourbe. Quand cela fut fait, il le déposa au fond, puis plaça la gemme qu’il avait détachée de la tiare, dans son poitrail.

— Je te remercie, ami, souffla-t-il, tandis qu’il l’ensevelissait, à l’ombre des frondaisons.

Il recouvrit ensuite la terre fraîche de feuilles et de bois mort, puis s’éloigna en direction du village de Yuzhnoy, la couronne serrée contre son cœur, enfoui sous ses vêtements. Lorsqu’il arriva au pied des remparts, nul garde ne l’attendait ni même le magistrat, seulement Skomorokh la mine sévère.

— J’ai vaincu Sirin, Skomorokh ! annonça-t-il.

— Et quelle preuve apportes-tu pour confirmer tes dires ? grinça-t-il, sceptique.

— Amène-moi auprès de votre forgeron, lui rétorqua-t-il.

Suspicieux, Skomorokh hésita, puis acquiesça. En silence, ils traversèrent le village, vide de ses habitants. En chemin, il apercevait par instant des regards furtifs portés par des visages fugitifs. Enfin, ils s’arrêtèrent devant un large bâtiment, tout aussi désert.

— Krukis ! appela-t-il.

Aussitôt un géant, à la figure noircie par la suie, jaillit des entrailles de la forge. Son poing seul aurait pu abattre un arbre.

— Que me veux-tu, Skomorokh ?

Mauvais, il toisa du regard Vuk qui le soutint, tandis qu’il sortait de sous ses hardes la tiare encore intacte.

— Je désire que tu forges dans ce métal une serre plus puissante que celle qui vous enlevait vos fils et vos filles en échange de l’abondance.


Texte publié par Diogene, 18 avril 2022 à 17h48
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