Pourquoi vous inscrire ?
«
»
tome 1, Chapitre 4 « Le Premier Frère » tome 1, Chapitre 4

Cependant, un jour qu’il traversait une vallée, il aperçut sur l’un des versants la silhouette ombrageuse d’un château, construit sur la ligne de crête.

Serait-ce en ce château que demeurait la jeune fille-oiseau ?

Aussi, comme il passait non loin d’une route pavée sur laquelle cheminait une colonne de pèlerins, il décida de les interroger à son sujet, mais tous se signèrent et lui enjoignirent de les laisser paix. Déçu, il s’en retourna vers le sous-bois, jusqu’à ce qu’il croisât un autre sentier sur lequel avançaient un groupe de bûcherons, précédé d’un lourd cheval de trait qui tirait derrière lui le tronc d’un énorme chêne. Comme aux pèlerins, il leur posa la même question. À ces mots, tous pâlirent et le prièrent de les laisser tranquilles. Il les remercia néanmoins, puis s’éloigna. À perte de vue, ce n’était que futaie et chêneraie, comme son chemin la forêt ne semblait pas connaître de fin. Mais de cela, il s’en moquait et poursuivait sa route.

Enfin, le bois parut s’éclaircir, tandis qu’il apercevait une rivière qui coulait plus bas, enjambée par un pont de pierre qui menait à une ville, s’il en croyait les silhouettes qu’il entrevoyait dans le lointain. Non loin de là, il découvrit les dos voûtés d’un groupe de pêcheurs qui jetait ses filets dans le flot capricieux. Ainsi qu’il avait questionné bûcherons et pèlerins, il les interrogea au sujet de ce fort construit à pic. Cendres étaient devenus leurs visages, ternes étaient alors leurs regards ; ils ne parleraient pas. Sans mot dire, il les remercia d’un signe de tête, puis franchit le gué, en direction du bourg qui apparaissait au loin. Derrière lui, le château n’était plus qu’un point minuscule perdu sur l’horizon.

Dans le ciel, le soleil étirait ses ultimes rayons. Avisant alors un chêne au large tronc, il dressa un foyer et alluma un feu. Assis en tailleur, il achevait de cuire un lapin qu’il avait piégé un peu plus tôt, avant de le dépecer. Pour la première fois depuis son départ, il se souvenait de cette dernière nuit, le clapotis de l’eau qui heurtait ses cuisses, l’odeur de fougères et de sous-bois qui se dégageait de son être, cette paire d’ailes écarlates qui la faisait ressembler aux femmes-oiseaux qu’il avait aperçues un jour dans un ouvrage. Puis il y avait eu mère, ainsi qu’elle l’appelait. Formidable créature, dont l’œil incandescent l’avait surpris. Posé sur le sol, il avait ouvert la bourse qui contenait les pierres de saison et les trois plumes qui l’avaient ôté à sa vue. Du bout des doigts, il se saisit de la première. Noir veiné de gris, elle lui rappelait ses figures de glaces qui recouvrent les fenêtres les jours d’hiver.

— Ce sont là de bien belles choses ! jaillit soudain une voix, venue de nulle part.

Surpris, il leva la tête et découvrit un corbeau dont l’œil noir le fixait avec attention. Perché sur une large branche, celui sauta, puis se posa sur le tas d’ossements qu’il se mit à picorer.

— Est-ce toi qui m’as parlé ? l’interrogea Vuk.

Mais le corvidé demeurait muet, occupé à dépouiller de ses restes la carcasse.

— Ce n’est pas grave, soupira Vuk.

— Mange donc, ajouta-t-il comme il cassait les os minuscules, avant de les lui donner.

Son repas achevé, il rangea les pierres, ainsi que les plumes dans sa bourse, puis la passa autour de son cou. Ensuite, il jeta une poignée de terre sur le foyer afin de l’étouffer, avant de se pelotonner dans une vieille couverture en laine, qu’il avait trouvée chemin faisant. Harassé par sa journée, le nocher ne tarda guère et il sombra bien vite dans un profond sommeil.

— Ainsi donc, est-ce toi par qui arrive le malheur. Toi, dont le chemin croisa un jour celui de ma sœur. Par ta faute, notre mère la retient prisonnière. Des fers entravent ses ailes et elle ne peut plus guère voler que dans la contrée, soupira l’oiseau. Cependant, je sais qu’il m’en cuira, pourtant je ne te quitterai pas et je t’aiderai dans ta quête. Ton cœur est bon et généreux, tu mérites mon secours.

À ces mots, l’oiseau se piqua le cœur. Puis, ayant ouvert avec délicatesse le petit sac de cuir, il l’échangea contre la pierre d’été qu’il plaça à l’intérieur de son poitrail.

— Pourquoi avoir fait cela, corbeau ? s’exclama Vuk, comme il s’était éveillé en sursaut, réveillé par le cri de douleur de l’oiseau.

— À cela, je ne puis encore te répondre, jeune Vuk. Dors ! Demain, le jour sera autre et les explications viendront.

Vuk voulut protester, mais une lourde torpeur s’était emparée de son être et il avait sombré. À côté de lui, perché sur la couverture, le corbeau le contempla un instant puis s’envola. Dans le ciel, une large silhouette tournoyait, poussant par moments des cris perçants, avant de fondre en direction de la cité. Alors sonna le tocsin, tandis s’élevaient des clameurs, des pleurs, accompagnés des torchères qui s’allumaient de toutes parts. Ainsi se passa donc l’obscur, entre fureur et terreur, jusqu’à ce que les rayons du soleil eussent défait les derniers lambeaux de brume.

Les paupières encore alourdies de son sommeil, ce ne fut qu’avec difficulté que Vuk se leva. S’interrogeant sur ces visions de la nuit, il chercha de tout côté de cet étrange corbeau qui, il en était certain, était venu le visiter. Hélas, seuls des passereaux répondaient à son appel, aussi renonça-t-il, avant de se diriger en direction du village dont il apercevait au loin les remparts. Cependant, n’était-il pas arrivé devant l’un des postes de guet que déjà une troupe l’encerclait. Comme il demandait des explications, on lui répliqua par des coups de bâtons, avant de couvrir de chaines et le trainer dans les rues, en direction de la prison, où il fut jeté au cachot. À l’intérieur, l’obscurité était presque totale ; seul un minuscule soupirail laissait pénétrer un peu de la lumière radieuse. Attiré par l’ouverture, il s’en approcha. Dehors, une foule nombreuse se rassemblait devant le bâtiment où il était enfermé ; certains déjà tenaient entre leurs mains des nœuds coulants.

— Serait-ce là ma fin, s’étonna-t-il à voix haute. Bastonné, insulté et jeté au cachot pour m’être rendu en ville.

— Ce sont là de bien belles vilenies, mon garçon, lui rétorqua alors une voix venue des hauteurs.


Texte publié par Diogene, 24 mars 2022 à 09h30
© tous droits réservés.
«
»
tome 1, Chapitre 4 « Le Premier Frère » tome 1, Chapitre 4
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
2417 histoires publiées
1060 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Jayce
LeConteur.fr 2013-2023 © Tous droits réservés