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saison 4, Chapitre 2 saison 4, Chapitre 2

La minuterie venait encore de s'éteindre, ça faisait un bail qu’on attendait devant cette porte.

— Attendez je crois qu'elle arrive.

On avait bien rigolé en bas avec Clément, passés les 200 points je lui avais refilé son jeu, il avait halluciné d'y arriver à cette vitesse, il avait fini quasi debout sur le banc en poussant des cris à chaque bonhomme sauvé.

— Range ça ste plait.

Je fourrai la balle dans ma poche en soupirant. Qu'est-ce qu'il avait à être tout sérieux d'un coup comme ça, on n’allait pas se mettre en rangs non plus.

Plusieurs bruits de verrous s’entrechoquèrent, ça dura un moment, ça résonna de partout dans le couloir.

— Ah te voilà toi, j’avais dit seize heures. Il est dix. C’est si compliqué à comprendre ?!

Une silhouette imposante venait d’apparaître dans la lumière de l’appartement. Une bouffée d’odeurs de savon et de cuisine se répandit instantanément.

— Et c’est qui ça ?

— C'est des copains maman, leur père habite ici. Je peux leur montrer ma chambre?

Une grosse paire de lunettes sous un front contrarié se pencha sur nous.

— Leur père? Ah ça m'étonne. J'ai jamais croisé de gens typés dans la résidence. C'est quoi son nom? Clément enlève tes chaussures, reste pas planté dehors.

Clément me jeta un regard tendu, comme si le plafond risquait de s'effondrer. Je fixai la bouche minuscule de sa mère, perdue entre deux joues rondes, je m’étonnai qu’une si grosse voix puisse passer à travers.

— Lermot.

— Lermot ? Lermot… C’est plutôt de chez nous ça. Mais non, non ça me dit rien. Elle avait mis son doigt en rond contre sa bouche, un super gros doigt avec un ongle rouge en pointe. Mais vous êtes sûrs qu'il habite ici, elle continua en fronçant les sourcils. Parce que trois entrées plus loin c'est déjà plus la résidence hein.

Elle avait dit résidence en faisant presque chanter le mot, comme si elle parlait d’un objet précieux ou d’un pays enchanté.

— Christian Lermot, il habite l'immeuble à côté au quatrième.

— Christian ... Lermot. .. …

Ça avait l'air de la tarauder cette histoire. Pourtant on s'en foutait nous, je voyais bien derrière son bras contre la porte que c'était pas Disneyland non plus chez elle.

— Il est blanc lui, finit par dire Octave après un temps, c'est pour ça peut-être que vous voyez pas.

Son visage s’aplatit d’un coup, ça tordit sa petite bouche et écrasa son menton en plusieurs plis. On resta là en silence, alors que la minuterie s'éteignait à nouveau. Plus bas Clément avait quasiment disparu dans ses lacets.

— Bon écoutez ça me dit vraiment rien. Mais je vais vous faire confiance hein. Vous ne restez pas longtemps de toutes façons, Clément doit finir ses devoirs.

— Mais j'ai pas de devoirs maman...

— Oh tu arrêtes avec ça oui? On a toujours quelque chose à faire, on peut pas toujours s’amuser ! Sauf si tu veux finir ouvrier chez Renault ou vivre n’importe où !

Les plis du menton s'étaient accentués, le parfum fleuri se dissipait peu à peu. Je distinguai derrière dans l’appartement la voix de Jacques Martin qui sortait de la télé, annonçant le début de Thé dansant.

— Bon allez, vous deux vous enlevez vos chaussures hein, que ça reste propre. Et tu laisses la porte de la chambre ouverte Clément.

*

Une foule d’étagères blanches fixées aux murs bleus marine, des rangées de boîtes playmobils, deux piles de jeux de société, un ZX Spectrum avec écran sur son bureau, trois rubik's cubes, une énorme fusée tintin.

— Non ça va tout mettre en bazar si je sors les playmobils. L’ordinateur on peut pas jouer, les K7 c’est mon père qui les garde. Bah on n'a pas le temps pour un Canon Noir non plus. Non les rubiks cubes on les a finis avec mon père ça va tout casser. Oui mais non la fusée c'est super fragile.

Un coffre à jouets sous la fenêtre, au-dessus du bureau un jeu Simon et un gros vaisseau de la Guerre des étoiles, c'est celui de Yan Solo me murmura Octave, un mini billard près de l'armoire, trois jeux électroniques empilés sur la table de chevet, un camion Big Jim au pied du lit.

— Le Simon ma mère veut plus que j'y joue ça fait trop de bruit. On va pas faire un billard c'est trop long, et je joue qu'avec mon père, il a peur pour le tapis. Ouais mais tu le fais pas rouler le camion j'ai tout installé le campement déjà.

Un tapis Superman au sol, une boîte géante de foot de table subbuteo sur l'armoire, un..

— Allez Clément c'est l'heure!

Je m'étais à peine baissé pour voir le camion de plus près, il était immense c'était fou, avec plein d'accessoires d'agent secret. J'avais encore la paire de bouteilles de plongée entre les doigts lorsque je croisai les lunettes de la mère de Clément, qui me figèrent sur place.

— Oui oui c'est à toi que je parle aussi, tu peux reposer ça et sortir.

Je l'avais vue passer une bonne dizaine de fois devant la porte grande ouverte, le menton relevé et les bras croisés. On aurait dit le gardien à la cité, quand il tournait et virait avec ses poubelles alors qu’on jouait sur le parking.

On se retrouva plantés comme deux piquets avec Clément au milieu du salon, sa mère était partie fabriquer je sais pas quoi avec ses fleurs, ça ressemblait à la salle d’attente de Madame Delouvraie ma dentiste, avec ses vases en porcelaine et ses tapis de partout.

Je regardais autour de moi, c’était rempli de meubles, des meubles sombres, la plupart énormes, les étagères avaient toutes des vitres, les commodes des clefs, une grosse table au fond quasiment ensevelie sous deux ou trois nappes et des corbeilles à fruits en verre, le canapé et les fauteuils étaient remplis de coussins et de tissus pleins de roses . Les murs étaient recouverts de cadres de tableaux ; et où qu’on pose les yeux on tombait sur un truc doré ou en porcelaine sculptée, une boîte, un vase ou un pied de lampe.

La mère de Clément se retourna subitement depuis le fond de la pièce, puis elle nous dévisagea avec fureur.

— Mais il est où l’autre ?!

D’ici j’aperçus la silhouette d’Octave dans la chambre, figée devant la fusée Tintin. Et bientôt disparaître complètement derrière une autre, massive et agitée.

— T’es sourd ou quoi toi ?? Tu sors de là !

— Mais maman il regardait la fusée …

— Ne te mêle pas de ça Clément, c’est moi qui parle ! Va plutôt réviser tes leçons ça sera pas du luxe ! Plutôt que de me ramener n’importe qui à la maison !

La figure de Clément s’éteignit brusquement, tout son corps même semblait s’être évanoui.

On n’attendit pas la suite avec Octave, on était déjà dans l’entrée à remettre nos pompes quand au moment de prendre la porte un nouveau barrage à lunettes se dressa devant nous.

— Bon vous deux, videz vos poches avant de partir.

— Hein ??

— On dit pas heinnn quand on sait parler français, déjà d’une. Allez zou, vos poches, illico.

On se regarda avec Octave en se demandant c’était qui cette folle. Je retins un éclat de rire quand après avoir planté le nez devant nos clefs elle soupesa plusieurs fois la balle de tennis d’un air réfléchi. Je l’imaginai un instant faire un ace en jupette dans son salon affreux, tout fracasser là-dedans, quand j’entendis les verrous revenir à la vie un par un.

— Et vous en faites pas, s’il manque une seule chose je sais où vous habitez ! Allez !

On se retrouva rapidement dans la pénombre du couloir à chercher la minuterie, un concert de verrous s’éloignant peu à peu derrière nous.

Au moment de prendre les escaliers les verrous valsaient encore.


Texte publié par CyrMot, 17 décembre 2022 à 02h01
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