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saison 3, Chapitre 11 saison 3, Chapitre 11

Un halo blanc flottait dehors derrière la buée des fenêtres, juste au pied du chalet, près du local à skis. On ne distinguait rien tout autour malgré le sol enneigé, la nuit était complète.

— Ne bougez pas les enfants, fit M. Saillard en sortant apparemment de sous une table vers la platine et les enceintes.

Le halo virevolta quelques instants, puis s’approcha de la porte, avant de reprendre ses mouvements

aléatoires, et finalement de disparaître vers le sol.

Le silence s’était posé dans la salle, on n’entendait plus que des haann... murmurés et des bouts de phases inaudibles deci-delà.

— Non, c’est pas possible !… Souffla Kristina en me lâchant brusquement, puis tournant les mains vers la fenêtre en me passant devant.

La lueur apparut de nouveau, on la vit peu à peu s’agiter dans tous les sens, s’arrêter de nouveau, et faire des bonds de plusieurs mètres, avant d’aller se figer vers le toit du local à skis.

— Eh mais ça se trouve c’est la meuf qui nous a dit Graillet là, fit soudainement la voix de Paulo avec enthousiasme.

— Vous restez où vous êtes les enfants, lança M. Saillard qu’on sentit mal assuré, on ne panique pas, je vais all...

Mais quasiment toute la classe avait déjà roulé sur sa phrase, en se précipitant vers les fenêtres.

— T’es où Graillet ? Ta miss elle est là enfin !

— Eh mais c’était vrai en fait son baratin

— Vas-y on lui demande de partager le trésor à la meuf

— Arrêtez de courir comme des mongols putain elle va se barrer après

— Il est où Graillet si ça se trouve elle parle chelou comme lui

Un drôle de rugissement, aussi brutal que soudain immobilisa tout le monde.

Le silence se fit d’un seul coup, les crânes reculèrent peu à peu en s’écartant.

Je regardai Kristina lever lentement les bras devant moi, je l’imaginai un instant balancer des boules laser les paumes ouvertes à travers la pénombre, ou bien faire un grand écran protecteur à la Wonder woman.

Mais dans la petite reculade générale ce fut juste Graillet que je vis débouler de nulle part, il avait dû tout à coup se rappeler de son histoire d’équipe ; il se cala tranquillement près de Kristina, genre Super-patte de lapin est arrivé, je poussai un soupir malgré moi.

Puis un autre râle, plus court et plus puissant encore, traversa les murs.

La lumière s’éloigna finalement.

Tous les yeux restèrent figés sur les vitres assombries.

— Monsieur pourquoi vous y allez pas

— Si ça se trouve c’est un extra-terrestre il est perdu c’est tout

— Un extra-terrestre le chalet il l’aurait rasé qu’est-ce tu dis toi. Pour faire une base pour les navettes

—En plus les extra-terrestres y en a pas en France je vous ai dit, ils se posent qu’aux Etats-Unis

— Monsieur regardez vers le couloir y’a une autre lumière!

On entendit un bruit de pas qui descendait, le petit couloir devant l'escalier venait juste de s’éclairer.

Un nouveau grognement rauque et bruyant nous parvint tout à coup.

*

— AH LA LA BON GUEU DE BON GUEU… DIS Y PAS QU’C’EST LA RIOULE DES MONCHUS QU’A TOUT ECLLAPÉ !!

Un grincement de porte, un bougonnement incompréhensible, puis autre bruit de porte claquée, et à nouveau la voix qui tonna :

— RALLUME PAS MÉ LE BAZAR ! QUE J’AI PAS A Y RAVOIR !

Le couloir s’éclaira cette fois plus nettement, une grosse main vint tâtonner le mur à l’entrée de la grande pièce. La lumière de plusieurs plafonniers, éblouissante, jaillit tout cru sur la piste, ça tomba comme une bassine d’eau froide sur l’ambiance et les petites tenues de soirées des uns et des autres.

Oh non pas lui... murmurèrent plusieurs voix derrière moi.

Le vieux moniteur de ski, qui me parut encore plus rouge que d’habitude, alla tout de suite voir M. Saillard dans un coin de la pièce. Il lui désigna les spots et la platine en fronçant les sourcils, alors que la classe s’éparpillait peu à peu tout autour.

Kristina seule ne bougeait pas du centre de la piste. Elle aussi fronçait les sourcils, mais en lorgnant toujours du côté des fenêtres. Je ne sus trop que faire, j’eus l’impression qu’elle avait subitement tout oublié, moi, le slow, la soirée. Graillet était resté à ses côtés, on se demandait bien pourquoi. A part dévisager Kristina les bras ballants il ne faisait rien, il aurait bien pu aller se coucher maintenant avec son porte-clefs et sa patte de lapin on l’aurait pas regretté.

Un petit groupe s’approcha de M. Saillard qui discutait encore, l’air visiblement contrarié, avec le vieux moniteur.

— Monsieur c’était quoi alors dehors, on peut pas aller voir

— Monsieur on peut remettre la musique

— Ouais Monsieur c’est tout nul sinon

— Pourquoi on rallume pas les spots Monsieur

— Là !!... Regardez ! Y’ a quelqu’un !! S’écria soudainement Graillet en désignant la porte près des fenêtres.

La poignée se secouait brutalement, on entendit plusieurs coups violents. La pose ridicule de Graillet, abaissé d’un coup sur une jambe arrière fléchie, les doigts tendus vers le sol, me fit oublier momentanément le vieux qui trotta d’un pas tranquille vers l’entrée.

— QUI C’EST DON LE NIOLU QUI VIENT SACCOGNER COMME ÇA BON GUEU !

Deux minutes plus tard l’incident était déjà oublié, j’aperçus Samir et Erwan qui me faisaient signe pour les rejoindre à la table aux bonbons, la moitié de la classe faisait apparemment un pillage en règle des assiettes.

Il faut dire que de voir M. Lardeau apparaître à la porte avait fait s’envoler toute la féerie d’un coup. En bottes et anorak, une lampe électrique à la main, l’air ahuri sous son bonnet rouge Haute-Savoie, on ne comprit pas très bien ce qu’il baragouina au vieux, ni ce qu’il fichait ici, surtout qu’on ne l’avait pas vu depuis le début du spectacle, et le vieux qui avait eu l’air de lui demander pourquoi il était là.

— Moi je te dis il a bu Lardeau commença Antonio en le désignant du menton sous une poignée de dragibus.

— C’est pour ça il est allé dehors ? Demanda Erwan sans vraiment comprendre.

— C’est pour ça qu’il sait pas où il est c’est tout. On dirait mon voisin je te jure, quand il tourne en bas vers les boites aux lettres et qu’il parle tout seul. Mon père il m’a dit c’est la boisson qui fait ça, comme Sue Ellen dans Dallas, c’est quand les gens ils sont tous seuls ou qu’ils travaillent pas.

Ce qui était sûr c’est que Lardeau finalement on l’avait pas beaucoup vu bosser cette semaine, dès qu’on avait le dos tourné il disparaissait on savait jamais où.

— Je suis sûr il a cherché partout pour le trésor, intervint Samir. Vu que demain on part il va fouiller la montagne toute la nuit.

Je jetai un œil vers Kristina, Graillet ne lui avait toujours pas lâché les baskets, tous deux paraissaient discuter avec intérêt avec les deux maîtres et le vieux. Le vieux qui de son côté écoutait à peine, la lampe torche de Lardeau entre les doigts. Il la tournait dans tous les sens en grognant des trucs. Puis Saillard leur emboîta le pas en venant vers la piste.

— Les enfants ! Il commença en tapant des mains. Les enfants, euh… On va changer le programme, on a un petit problème de matériel ! Donc… Donc on va remettre les tables en place et… Il retapa des mains. Et c’est soirée-jeux de société !…

Son enthousiasme ne parut pas gagner grand monde, des yeux arrondis tournèrent un moment sur place.

— Oh putain.. on va pas encore faire des jeux

— Eh mais j’ai pas mis les stan smith pour faire un cochon qui rit moi

— Et si ça se trouve il va rester le vieux en plus

— Oh non avec ses contes du chat perché là

— Samir tu veux pas descendre ton magnéto vas-y

— Ouais vas-y Samir les maîtres ils te voient pas

— Mais qu’est-ce qu’on va faire avec son magnéto, on est pas dans votre salle de bain là

— Sinon on s’enregistre sur K7 vierge on invente une histoire

— Oh la la mais n’importe quoi toi

— Quoi n’importe quoi t’as jamais fait de veillée tu connais rien

— Venez on va voir dehors les extra-terrestres

— Mais c’était M. Lardeau l’extra-terrestre t’as rien suivi toi

Une petite partie de la classe, plus effacée et presque ragaillardie de ne plus avoir à danser, avait déjà remis les tables en place tout autour des palabres, on sentait presque un soulagement pour certains, les équipes de kems et les parties de Bonne Paye s’organisaient déjà.

Au milieu des allers-retours précipités vers les chambres pour descendre les boîtes de jeux, j’entrevis Graillet qui zigzaguait dans la salle, l’air un peu ailleurs, les doigts posés sur sa patte de lapin. Samir alla le trouver un verre de jus d’orange à la main.

On le rejoignit avec Erwan et Antonio au bout d’un moment, Graillet avait pas l’air tranquille. Enfin du Graillet habituel quoi.

— … Mais je t’ai dit M. Lardeau là-haut il était avec le vieux et le mec du chalet…

— Mais il y avait pas la lumière là-haut, comment t’as fait pour les voir ? Samir buvait des gorgées en lui parlant droit dans les yeux, Graillet s’impatientait.

— Putain mais tu comprends rien, je t’ai dit je suis passé avant pour chercher ma veste pendant le spectacle ! Y’avait encore l’électricité !

— Ok ok, mais alors ils faisaient quoi là-haut ?

¬— Ils buvaient en rigolant et ils parlaient fort, et ils m’ont même pas vu quand je suis monté aux chambres.

— Ok, et après quand t’es descendu ?

— Quoi quand je suis descendu, j’étais là c’est tout, et puis après ça s’est éteint. Et là M. Lardeau nous a raconté qu’il est sorti quand il a vu les lumières dehors.

— Ok, ok… Samir avait replié un doigt contre la bouche, genre il avait une moustache pour réfléchir.

— Mais alors c’était quoi les lumières, c’était pas lui ? Fit Erwan avec surprise.

— Non sa torche marchait pas, trancha Graillet, catégorique. Il nous a juste dit qu’il a vu une ombre qui s’en allait vers la montagne.

— Je vous avais bien dit qu’il avait bu, marmonna Antonio à côté de moi.

— Et Kristina elle en dit quoi alors, je repris en lorgnant vers le fond de la salle.

— Ben elle a parlé de la dame blanche au vieux, mais il répondait rien, genre ça l’intéressait pas.

— Ouais bon en fait c’est un mec qui s’est paumé dans la nuit fit Antonio. Il a entendu gueuler derrière la porte il a flippé, il s’est barré.

Je scrutais Kristina au loin, elle avait l’air d’écouter le vieux, il avait une tête toute calme maintenant, le truc qui me paraissait impossible. Lardeau était assis un peu plus loin, tout seul, il disait rien, il regardait juste le sol sans bouger.

— Ouais c’est comme moi une fois avec mon père, reprit Samir en finissant son jus d’orange, on avait voulu visiter un château abandonné vers la gare, et on a entendu une fête du roi derrière on a pas osé rentrer.

Antonio leva les yeux au ciel.

— Mais y a plus de rois qu’est-ce tu racontes encore.

— Qu’est-ce t’en sais, y’en a ils se sont enfermés peut-être depuis super longtemps et ils font la fête pour attendre. En plus c’était une musique de roi j’ai même vu un ours qui jonglait par la fenêtre.

Le moniteur semblait sourire, c’était de plus en plus bizarre. Puis Samir nous dit qu’il allait demander à Lardeau s’il avait un jeu de cartes à nous prêter. A côté de lui le vieux était en train de montrer à Kristina la porte du bout du menton, puis il tendit sa grosse main en l'air.

A la fin il désigna notre table, je tournai la tête machinalement en faisant semblant d’arranger les chaises.

— Bon on fait le kems les gars, fit Samir en revenant, tu te mets avec moi Lomert, j’ai un nouveau signe, ils vont rien voir. C’est une technique de l’équipe nationale de kems, mon cousin il l’y était avant, il m’a appris.

Et quand il se leva enfin, il fit un geste curieux à Kristina, genre un chuut avec son doigt devant la bouche.

Peu après je le sentis passer derrière nous rapidement, sans un mot

Et je ne rêvais pas, en me retournant j’avais bien vu ses yeux qui brillaient.

— Melvil tu joues ?

Je sentis trois regards braqués sur moi.

— Oui oui !

Et je ne rêvais toujours pas, c’était maintenant Kristina qui venait droit vers notre table.


Texte publié par CyrMot, 2 décembre 2022 à 09h58
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