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De dentelles et de frissons - Contes fantomatiques
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Tome 2, Chapitre 5 « Shimmering Manor, mercredi 3 octobre 1877 » Tome 2, Chapitre 5

Monsieur mon cousin,

Vos derniers commentaires m'ont fort peinée. Comment pouvez-vous ainsi prétendre que lady Rafaella s'amuse avec moi comme si j'étais une poupée ou un autre jouet ? Qu'elle me transforme en une créature superficielle et futile ?

J'ai bien failli ne pas vous répondre ! On pourrait croire que vous jalousez ma situation !

Mais fi de tout cela. Lord Henry m'a emmenée aujourd'hui en ville et a même fort courtoisement accepté de m'accompagner dans les boutiques de couturières et de modistes, une tâche qui représente habituellement un calvaire pour la gent masculine. Je mettrais ma main au feu que les employés supposaient que je devais être sa promise, avec mes vêtements distingués et ses façons si galantes à mon égard.

Et je vous vois déjà assumer votre air réprobateur ! Mais je puis vous assurer qu'aucune pensée ambiguë n'a traversé ni son esprit ni le mien. Je suis rentrée avec un trousseau bien mieux garni et ce n'était pas folie, car à quoi d'autre pourrais-je consacrer le généreux traitement que je reçois ?

N'ayez pas d'inquiétude... Je constitue assez de réserves pour faire face aux temps d'adversité, quand ils surviendront. Mais soyez honnêtes avec moi : croyez-vous qu'il soit si condamnable de profiter de la vie tant que l'on est jeune et de belle figure ? L'existence est quelque chose de si fragile, que rien ne nous dit que nous serons encore là demain... ou que nous ne serons pas affligés par la maladie, comme lady Rafaella.

Son exemple m'encourage à vivre à plein ma vie jusque-là si terne, tant que cela m'est possible.

Avant que mon inconséquence n'achève de vous indisposer, il me faut vous parler d'un fait assez étrange. Hier soir, je tardais à m'endormir et j'ai décidé de prendre une tisane à l'office. Les corridors du manoir étaient à peine éclairés. Je me suis soudain sentie un peu effrayée par cette ambiance sépulcrale. Sans doute distraite par ces sinistres pensées, je me suis perdue dans les couloirs.

Je me suis retrouvée dans une aile où je n'avais jamais pénétré. Tout y semblait très différent : la tapisserie partait en lambeaux, des toiles d'araignées s'accrochaient aux chandeliers. Il est naturel que dans une si grande demeure, certaines pièces ne soient que rarement ouvertes : il est difficile, même avec une fortune conséquente, d'entretenir une si vaste bâtisse. Mais ce qui m'a surprise, c'est d'y croiser madame Fooley, qui portait un plateau chargé. Elle paraissait fort étonnée de me voir, au point qu'elle en a manqué de lâcher son fardeau.

Elle m'a demandé d'un ton alarmé ce que je faisais là : j'allais lui répondre que je m'étais égarée, quand un son étrange, comme un long gémissement, est parvenu à nos oreilles. Madame Fooley m'a confié qu'il s'agissait de l'une des bonnes, qui était tombée malade, avant de m'expliquer comment retrouver ma chambre.

Cette aventure n'a donc rien de bien extraordinaire, finalement, mais je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la raison pour laquelle une bonne souffrante serait reléguée dans cette aile plutôt que dans les communs. Est-elle atteinte d'un mal contagieux ? Sommes-nous tous en danger de le contracter ?

Vous allez de nouveau me considérer comme une sotte, mais madame Fooley m'a demandé de ne pas en parler, prétextant que la malheureuse risquait le renvoi si l'on découvrait qu'elle se trouvait une fois encore incapable d'assurer son service. J'ai du mal à croire que lord Henry et lady Rafaella agiraient de la sorte, mais cet événement m'a émue. Même si j'ai promis de ne plus retourner dans cette aile, je ne puis m'empêcher de rester très curieuse de ce fait et je me vois prise de l'envie de le tirer au clair...

J'attends, comme il se doit, vos arguments pour m'en dissuader.

Votre cousine,

Elisand Hartley


Texte publié par Beatrix, 12 janvier 2022 à 19h54
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