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De dentelles et de frissons - Contes fantomatiques
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tome 2, Chapitre 13 « Shimmering Manor, vendredi 14 décembre 1877 » tome 2, Chapitre 13

Mon cher cousin,

Je suis certaine que je n'aurai jamais l'heur de vous revoir, à présent que j'ai compris quel funeste sort m'attendait.

Aujourd'hui, quand Lord Henry est venu me chercher pour m'escorter jusqu'à la salle à manger, je l'ai accidentellement bousculé. Je ne l'avais jamais ne serait-ce qu'effleuré. Et l'effet a été très bizarre : c'était comme si, sous son superbe costume, son corps n'avait ni substance ni consistance. Derrière ses lunettes, son regard s'est fixé sur moi, avec une intensité pour le moins effrayante. Je me suis reculée, comme si de rien n'était. Mais l'étrangeté de la situation demeurait. Il manifestait à mon égard une impatience, une froideur nouvelle. J'ai détourné les yeux, décidée à me montrer la plus soumise possible.

Par la suite, je suis restée dans ma chambre, contemplant ce reflet que je reconnaissais de moins en moins. Quand madame Fooley est venue coiffer mes cheveux et farder mon visage, je l'ai laissée faire, espérant tout du long qu'elle ne sentirait pas les tremblements qui m'affectaient. Dans le miroir, ces ombres inquiétantes chuchotaient, bruissaient... à peine visibles, insaisissables... Elles semblaient cerner mon image, de plus en plus près. Puis elles ont brusquement reculé, comme si quelque chose les avait effrayées.

J'ai perçu une présence dans mon dos : je n'ai pas eu besoin de me retourner pour réaliser que du seuil, hors du champ du miroir, lord Henry m'observait... ou, peut-être, observait-il mon reflet.

Une idée folle a traversé mon esprit... Si le prétendu frère de Lord Henry ne possédait plus de reflet, se pouvait-il que l'homme dans ma chambre fût en fait l'une de ces créatures qui chuchotaient dans les profondeurs du miroir ? Qu'il ait volé son image pour vivre en ce monde ?

Et mon propre reflet... se peut-il qu'ils le convoitent aussi ? Au point de faire plus que le nécessaire pour qu'il soit parfait à leurs yeux ?

C'est une chance que vous ne puissiez jamais lire ces mots, cher cousin. Vous penseriez que je ne suis qu'une pauvre insensée.

Votre cousine,

Elisand Hartley


Texte publié par Beatrix, 26 août 2026 à 20h58
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