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Tome 1, Chapitre 18 « Le calme avant... » Tome 1, Chapitre 18

« Ce que nous nommons audacieusement "monde connu" n'est qu'un terme désignant le territoire où nous avons déjà posé un pied. Cela s'arrête pourtant là, car dans ces terres que nous considérons sans scrupule comme acquises se dressent des ruines antiques, des statues mystérieuses et des sites ésotériques qui ne proviennent d'aucun peuple vivant et sur lesquels nous n'avons pas la moindre information. Les intellectuels de notre époque ont si peur d'admettre l'existence d'une histoire avant la nôtre, qu'ils nient purement et simplement les preuves. »

Dreyinn Klaus Ryorn, Haut-Mage de Karalyss.

***

Alhuïa guidait le groupe dans un souterrain. Yatika qui vivait pourtant au temple depuis des années n'avait pas connaissance de ce passage. Cela faisait plusieurs minutes qu'ils arpentaient le couloir froid et humide quand ils s'arrêtèrent devant une porte massive. Elle était exempte de tout ornement. L'elfe vêtue de noir glissa une grosse clef dans la serrure. Des sons métalliques résonnèrent, comme autant d'engrenages et de verrous. Enfin, la porte pivota sur ses gonds.

— Cet endroit ne fait pas partie du temple, souffla la protectrice.

— Non en effet, il date d'une époque antérieure à sa construction, répliqua Alhuïa. Je l'ai utilisé pour entreposer certaines choses à l'abri des regards, en sécurité. C'était en prévision de ce jour précis. Venez !

Ils se tenaient tous sur une estrade surplombant les ténèbres. L'ancienne surveillante approcha d'une vasque dorée et y plongea sa torche. Les flammes grondèrent en se répandant le long d'un canal circulaire. La lumière leva le voile qui dissimulait le contenu secret du dôme souterrain. Les aventuriers subjugués contemplèrent alors les innombrables tables couvertes d'objets magiques et alchimiques, les râteliers d'armes, les coffres de parchemins et de richesses spectaculaires, les armoires de vêtements raffinés, les étagères de talismans et de bocaux, les malles d'outils variés et d'ustensiles de précision, les présentoirs d'armures de touts les peuples. S'entassaient encore nombre de caisses, tonneaux, coffrets et sacs. Il y avait ici de quoi habiller, protéger et armer un bataillon, de quoi équiper un ordre de mages et autant d'apothicaires et guérisseurs de tous horizons.

— C'est pas croyable ! soupira Fenrir.

— Comment est-ce possible ? ajouta Oscar. Tous ces trésors n'ont pas atterri ici en un jour.

— Tu as raison, reprit Alhuïa. Cela à nécessiter des années de recherche et de transport, des échanges, des expéditions et beaucoup d'êtres dévoués.

— Ces individus, où sont-ils ? questionna Aëlyss.

— Ils ne sont plus parmi nous.

Le groupe descendit les marches menant au pied de cette montagne d'abondance. L'elfe remit alors la clef à Oscar et ajouta :

— Ces trésors ont patienté ici trop longtemps, il est temps qu'ils vous soient utiles. Tout cela vous revient, prenez ce qu'il vous faut. Vous en aurez besoin.

***

— Bonté divine ! s'exclama Élise. Cela ne se peut !

Elle avait découvert une haute étagère couverte de coffrets ouvragés, tous marqués d'un même symbole : un sablier vide autour duquel s'enroulaient deux serpents. C'était le sceau de la Confrérie Philosophale, une guilde légendaire d'alchimistes, d'herboristes et d'apothicaires de génie. La jeune femme hésita même à poser la main sur les boîtes, craignant de s'éveiller de son rêve merveilleux. Finalement, n'y tenant plus, elle s'empara d'un coffret long et fin au couvercle marqueté de nacre et d'onyx. À l'intérieur étaient rangées avec une infinie minutie des fioles carrées protégées de la lumière par des étuis de vélin. Un autre contenait des bouquets de plantes séchées d'une rareté prodigieuse et un autre encore, des encens exotiques aux effets incomparables. Mettre la main, sur un ingrédient de ce genre était chose rare, posséder un coffret relevait du miracle. Elle venait d'en découvrir plusieurs dizaines. L'apothicaire ne put retenir ses larmes.

***

— Je vous suis éternellement reconnaissant, avoua Bélios.

— Pourquoi cela ? répliqua Alhuïa.

— Vous avez veillé sur Oscar et lui avez permis d'accomplir la dernière volonté de sa mère.

— Ce n'était qu'une étape d'un voyage beaucoup plus long.

— J'en suis conscient, lui aussi. Peut-être ne le dira-t-il jamais, mais cette quête représente ce qu'il a toujours souhaité. Dès son plus jeune âge, il jouait au guerrier, repoussant les ténèbres. Aujourd'hui, ce n'est plus un jeu innocent.

— Je suis ravie que vos routes se soient de nouveau croisées, et vous savoir à ses côtés me comble de bonheur. C'est à moi de vous remercier pour l'amour que vous lui portez.

Alhuïa salua le vétéran et prit congé. Il inspecta les allées bordées de trésors sans âge. L'hiver approchait et ils n'allaient pas pouvoir le passer au coin du feu, ainsi, il récupéra un long manteau d'excellente qualité provenant de sa terre natale et des bottes épaisses et robustes. Il opta pour une cotte de mailles longue et un plastron d'écailles, offrant une bonne protection pour un poids réduit. Enfin, il s'arma d'un langmesser, une épée à simple tranchant dont la garde présentait une protubérance protégeant les mains. Le vétéran reconnu le poinçon d'un forgeron de Skorobog, dans les anciennes Principautés Vanciliques.

***

Tiara n'avait que faire du métal, des pierres précieuses et des armes. Elle découvrit quelques ingrédients intéressants, mais rien qui soit en mesure de bouleverser ses connaissances. L'elfe en noir la rejoignit alors devant les marches.

— Tout ceci ne vous intéresse guère. J'en suis navrée.

— Cela ne fait rien.

— Ah oui ! s'exclama Alhuïa. Venez avec moi.

Elles s'immobilisèrent devant une armoire massive en ébène. Des dorures couraient sur les portes et formaient des arabesques atypiques. Tiara frissonna en reconnaissant ce savoir-faire ancestral. L'ancienne surveillante posa son doigt sur une plaquette d'or ciselé et prononça une formule. Les doutes de la druidesse s'envolèrent.

— C'est la langue secrète des faeris, déclara-t-elle.

— J'étais sûre que vous la reconnaîtriez malgré mon accent. Je n'en maîtrise guère plus que les mots permettant de déverrouiller ce sceau antique.

À cet instant, les portes s'ouvrirent sans un bruit. Une odeur de muguet se répandit alors que leurs yeux se posaient sur une tunique d'un autre temps.

— Voici un vêtement cérémoniel du peuple de Hiermangërdisnnuriteryya, déclara Alhuïa. Elle fut portée par l'une des sept Jertiliodreyades.

— C'est impressionnant.

— Je trouve aussi.

— Je faisais allusion à la facilité avec laquelle vous parlez cette langue perdue.

— Merci, druidesse. Voyez ces atours comme un cadeau, je suis certaine qu'ils vous iront comme un gant. Les faeris seraient fières.

Tiara contempla l'ensemble aux couleurs automnales un instant avant d'approcher. Ce présent la ravissait, même si la surprise embrumait encore son esprit. Lentement, elle retira les vêtements du pantin de bois et se cacha derrière l'armoire pour se changer. Une fois nue, elle enfila la fine combinaison brodée à lacets. Cette pièce à elle seule témoignait du raffinement de ce peuple disparu. L'elfe passa ensuite une jupe raffinée quoique courte, s'arrêtant au-dessus du genou. Par-dessus s'enroulait un pagne végétal tressé avec un grand savoir-faire. Ces feuilles souples et solides provenaient d'un arbre ancien et profitaient des mêmes attributs que le cuir. Tiara ajusta ensuite le splendide bustier composé d'une variété de lanières solides et d'ornements subtils. Très ajusté, il se prolongeait cependant en plusieurs pans d'étoffe couvrant hanches et cuisses. La druidesse conclut son habillage en enfilant les hautes bottes à talonnettes, typiques des faeris, et les gantelets longs aux doigts découverts. D'épaisses bandes végétales croisées donnaient un aspect guerrier à ces pièces. Ainsi vêtue, l'elfe rousse hésita à quitter sa cachette. Cet ensemble séduisant ne passerait pas inaperçu, ce qui ne convenait pas à la druidesse. Affronter les regards et les remarques de ses compagnons ne l'enchantait pas. Aussi, elle regagna une autre armoire et récupéra une capeline somptueuse dissimulant ses épaules, ses bras et son buste fin. En fin de compte, cet ajout se mariait parfaitement avec le reste.

***

Après inspection méticuleuse, Oscar se détourna d'une lourde armure de plates. Il ne pouvait se permettre de revêtir pareil carapace. Le jeune homme adroit valorisait davantage vitesse et dextérité. Ainsi, il opta pour un gambison des plus sobres et une cotte de mailles aux manches longues. Le jeune homme enfila ensuite une chasuble bleu indigo ornée de broderies discrètes et un plastron de confection elfique composé de multiples plaques de cuir. Il choisit enfin des bottes droites et rigides ainsi que des gantelets doublés de mailles aux phalanges rehaussées de clous en "pointes de diamant". Il passa un camail qu'il garda rejeté en arrière et sélectionna une série de besaces et pochettes qu'il accrocha à sa taille. Sur une étagère reposaient de nombreuses capes soigneusement pliées. Oscar jeta son dévolu sur la plus sobre, en lin doublé de fourrure aux épaules et agrémentée d'une fibule d'airain incrustée de trois rubis en baguettes, dévoilant leur pureté surnaturelle. Habillé, il survola rapidement les armes, possédant déjà une excellente épée longue ainsi que l'épée enchantée. Néanmoins, il récupéra une dague qu'il accrocha sur ces ceintures.

— Quelle allure ! clama Élise.

— Le penses-tu ?

— Absolument. Un véritable chevalier en pèlerinage !

***

Les péripéties d'Aëlyss l'avaient privée de tout son équipement et de sa précieuse épée, héritage de sa mère. La dague qu'Élise lui confiât à Castelbrume avait chuté dans la tour avec le Reflet. L'elfe ne savait par où commencer. Elle ouvrit une large commode aux motifs géométriques typiques des Îles Sèches. Ses yeux s'illuminèrent en découvrant les dizaines de vêtements, d'étoffes, de ceintures et d'autres ornements en provenance de Kuradalar. Malgré sa très mauvaise réputation en raison de l'esclavage et du khalifat douteux accusé de traiter avec les flottes pirates, ce pays n'en était pas moins terre de merveilles et d'abondantes richesses. Les textiles, les métaux, les gemmes, la nourriture, les plantes, les paysages : tout était précieux là-bas. L'Érudite inspecta avec attention les chemisiers, les robes et les tuniques, les bottes à bouts recourbés et pointus, les ceintures serties de gemmes. Son choix fait, elle enfila par-dessus son vêtement simple un doublet léger mais résistant. Elle fut séduite par une tunique longue aux manches bouffantes composée de lin et soie en bandes alternées, créant un motif blanc brillant et beige mat. Des volants et jupons créaient du volume autour des hanches et des cuisses et offraient une touche subtile de couleurs chatoyantes. Elle enfonça ses braies amples dans de hautes bottes cloutées et décorées d'arabesques anguleuses et enroula sa taille dans plusieurs étoffes précieuses avant d'ajuster ceintures et sacoches. L'elfe protégea ses bras avec des gantelets en anneaux de cuir renforcés de fines lamelles d'acier puis serra les larges sangles retenant son plastron doublé d'une épaisse couche de laine et de mailles. La cuirasse était particulièrement rustique, cousue de ficelles de chanvre, sans ornements et marquée des traces d'anciens combats. C'était sans conteste l'armure d'un guerrier des arènes de Kuradalar, un gladiateur. Ces athlètes de renom participaient à de terribles affrontements pour la gloire et l'adulation des foules en liesse. Enfin, malgré la tolérance au froid qui lui accordait son sang d'Érudite, elle rehaussa son ensemble déjà remarquable d'une cape courte à capuchon en laine feutrée lie-de-vin orné d'un galon précieux. Aëlyss s'arma d'un glaive elfique élégant et savamment étudié pour offrir un équilibre incomparable.

— Crois-tu que tes œillades soient passées inaperçu ? râla Élise à l'attention de son amant.

— Apparemment non. Je ne fais que regarder sa tenue.

— J'espère bien ! Cette compagnie ne compte étrangement que de superbes femmes, et je te connais. Serait-ce le hasard qui a fait en sorte qu'elles soient toutes à ton goût ?

— Bien sûr. Comment aurais-je prémédité quoi que ce soit.

— Tu as plus d'un tour dans ton sac.

— Serais-tu jalouse ?

— Ah ! Non.

— Inquiète ?

— Le devrais-je ?

— Pas le moins du monde.

***

— Je suis étonnée, avoua Alhuïa. De tous, je te pensais le plus intéressé.

Fenrir émit un son rauque témoignant de sa déception. Il rejeta lourdement une masse en grimaçant. Se tournant vers l'elfe, il soupira.

— La dernière fois que je me suis transformé, j'ai tout perdu. Ça arrivera encore.

— Je comprends. Cela dit, tu ne seras contraint de te changer en loup qu'au moment des pleines lunes. Le reste du temps, selon Tiara, tu devrais pouvoir contrôler la bête.

— Plus facile à dire qu'à faire.

— Le cycle lunaire dure vingt-huit jours. Garde cela en mémoire et tu ne seras jamais pris au dépourvu. Par ailleurs, garde ton sang-froid et tu éviteras de nourrir la fureur de la bête. Tu as déjà prouvé ton aptitude à la maîtriser sans entraînement. Avec le soutien de la druidesse, cela sera encore plus facile.

Fenrir grimaça en reniflant. L'elfe semblait avoir toute confiance en lui. Il ne discerna pas de peur, pas de méfiance, pas de colère sur les traits envoûtants d'Alhuïa. En haussant les épaules, il grommela :

— Vingt-huit jours et du sang-froid. Je vais voir ce que je peux faire.

L'elfe émit un rire amusé avant de s'éloigner vers Yatika. Fenrir n'avait que faire des ornements et des galons. Il voulait de la robustesse. Son choix se porta ainsi sur une lourde brigandine cloutée complétée d'un gorgerin, d'un camail et de spalières simples en acier. Il attrapa un ceinturon large couvert de plaquettes d'acier d'où pendaient des sangles et des boucles pour ses sacoches et fourreaux. Il protégea ses mains grâce à des gantelets d'acier parfaitement articulés et ses jambes avec des bottes épaisses de fantassin. Il posa une énorme cape en fourrure de loup et d'ours sur ses épaules massives et se dirigea vers les râteliers. Fenrir jeta son dévolu sur des armes redoutables : une pique de guerre en forme de poing tenant un pieu et une hache à large lame, droite de l'œil à la pointe et au tranchant légèrement courbe.

***

— J'ai quelque chose spécialement pour toi, mon enfant. Suis-moi.

Yatika emboîta le pas à la grande elfe. Elles arrivèrent face à un grand coffre de bois blanc couvert de ferrures vertes. D'une incantation, le couvercle se souleva

— Voici mon armure, celle que je portais avant mon arrivée au temple.

— Alhuïa, c'est…

— Tu sauras te montrer à sa hauteur.

C'était une armure originaire de l'un des pays elfiques du sud-est, terre natale de Sainte Sélène. Là-bas, tout était différent, comme en témoignait cet accoutrement mystérieux. Yatika enfila dans un premier temps une combinaison verte qui la couvrait du cou aux chevilles. Entre les épaisses couches de lin étaient fixées des plaques de mailles légères. La jeune femme revêtit ensuite le plastron composé de bandes de métal vert sombre entrecroisées. Elle ajusta les spalières articulées qui descendaient sur les bras ainsi que les brassards. Elle sangla ses bottes et fixa le harnais complexe autour de sa taille et de ses cuisses. Enfin, elle enfila le long poncho fendu pour assurer le libre mouvement des bras et couvert d'écailles métalliques autour du col. Elle compléta son attirail avec son cimeterre et un fourreau spécialement conçu pour Brilleclaire.

***

La séance d'équipement, d'armement et de découverte fut longue et appliquée. Chacun précisa ses choix et s'assura de l'efficacité de son armure. Alhuïa eut l'impression d'être témoin de la préparation d'une compagnie mercenaire pour une bataille mémorable. Ils avaient fière allure et méritaient qu'on écrive un poème ou quelque prose sur eux. Elle sourit, comblée de voir la troupe prendre forme. Yatika la rejoignit sur les marches, visiblement déroutée de sa tenue extravagante.

— Ah ! Exactement comme je t'imaginais, clama l'ancienne surveillante. Resplendissante et redoutable. Comment la trouves-tu ?

— Je n'ai pas les mots. J'ai l'impression d'être indestructible et de ne porter qu'une étoffe de soie. Cette légèreté, ce n'est pas commun.

— L'orichalque. On ne peut en trouver qu'à Baheida, dans des mines qui s'enfoncent dans les entrailles du monde.

— On croirait entendre un conte.

— C'est ce que je croyais avant de m'y rendre en personne. J'espère qu'elle te servira bien. Prends-en soin pour moi.

— J'en fais la promesse, Alhuïa.

La jeune femme se tourna et constata les regards stupéfaits des autres membres du groupe en pied de l'escalier. Elle s'inclina lentement, intimidée. Les autres la saluèrent à leur tour.


Texte publié par Galaad1800, 17 octobre 2021 à 23h11
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