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Tome 1, Chapitre 12 « Intrusion » Tome 1, Chapitre 12

« L'endoctrinement des masses permet à des fanatiques de voir le jour. Ces dangereux individus sont prêts à tout pour imposer leur vision des choses alors qu'ils ne font qu'appliquer des principes qui ne furent jamais les leurs au départ.

» Cela dit, l'annonce de l'avènement d'un héros ou d'un âge d'or mène au même résultat. Combien, en voyant le chemin vers la lumière se dessiner devant eux, ont brutalisé leurs pairs sous prétexte de les remettre sur la bonne voie ? »

« Un héros ne naît pas du ventre de sa mère, il se construit et se maintient en tant que tel par son comportement. Un héros ne peut être désigné, il doit se manifester. »

Pierre de la Mharrens, professeur d'histoire à Villa-Felix

***

— Elle va mourir. Si elle parvient à résister à Friebald, ce dont je doute, Caspien se fera une joie de prendre la relève. Ils veulent ses secrets. Je ne peux pas laisser cela se produire, pas maintenant que je suis au courant, lança Élise.

— Nous parlons bien d'une prisonnière, n'est-ce pas ? rétorqua Oscar, dubitatif. A-t-elle dit pourquoi elle était enfermée ?

— Non je… Je sens malgré tout que ce n'est pas justifié.

— Quoi qu'il en soit, je doute que les gardes nous laissent entrer à notre guise. C'est ridicule. Qui qu'elle soit, elle s'est fait prendre. C'est trop tard pour elle.

— Je te savais peu altruiste, mais aussi froid, c'est une découverte, siffla l'apothicaire.

Oscar soupira et se tourna vers Alhuïa, restée silencieuse depuis un long moment.

***

Aëlyss était assise sur sa paillasse et ne pipait mot. Comme Bélios l'avait demandé, il fallait respecter un silence impeccable afin qu'il puisse vérifier si ses pouvoirs fonctionnaient à nouveau. Faute de meilleure chose à faire, l'Érudite avait accepté, bien qu'elle doutât des compétences du vétéran.

***

— Nous avons trouvé ce pour quoi nous étions venus, admit la surveillante. Cependant, une quête périlleuse nous attend encore. Le temps presse et les dangers sont déjà assez nombreux. Nous ne pouvons nous mettre un seigneur à dos.

— De plus, reprit le jeune homme, les gardes nous cherchent.

— Et bien, souffla Élise, vous ne manquez de faire savoir quelles sont vos priorités. Soit ! Puisque la vie des autres vous importe si peu, fuyez tant que vous le pouvez… Avant que je ne prévienne moi-même la garde. Je me débrouillerai toute seule, comme d'habitude ! Et toi, ne compte pas revenir comme une fleur un de ces jours, grinça-t-elle tristement en pointant son amant du doigt rageur.

Oscar s'approcha d'Élise qui chercha à le repousser. Il planta son regard dans le sien et posa ses mains sur ses épaules.

— Cette cité t'a déjà tant pris. Elle ne t'accepte pas telle que tu es. Ne lui donne pas davantage, ne lui offre pas ta vie. S'il te plaît Élise.

— « Il ne me plaît pas », justement, trancha-t-elle. Cette cité n'y est pour rien. Ce sont précisément ces deux dégénérés qui nous tourmentent, moi et ceux qui apportent leur aide au peuple. Ils ont carte blanche depuis que Lutzen végète dans sa chambre. Les soldats sont à leur botte, trop heureux de pouvoir se défouler sur qui bon leur semble tant qu'on l'accuse de voleur, de sorcière, de traître ou que sais-je encore. Dans quelques années, une fois leurs opposants évincés, ils seront en passe de s'asseoir sur le trône de la cité en ayant déjà un plan pour s'emparer de celui de Valitta ! Ce sont des meurtriers calculateurs sans foi ni loi. Si je fais tout cela, ce n'est effectivement pas que pour cette « sans couleur », mais aussi pour mettre des bâtons dans leurs roues. Si je peux les ralentir jusqu'à ce que quelqu'un trouve le courage de les arrêter pour de bon, je le ferais !

— Comment l'avez-vous appelée ? s'enquit soudain Alhuïa.

— Une « sans couleur », une « albinos » si ce terme vous est plus familier. Ces êtres précieux vivent un calvaire dès la naissance à cause de nombreuses craintes et superstitions. Ceux qui atteignent l'âge adulte sont chanceux.

— Ce sont des êtres exceptionnels, ajouta la surveillante. D'autant plus lorsqu'ils se tournent vers la maîtrise de la magie. J'ai déjà vu pareille créature à l'œuvre par le passé.

— C'est une magicienne, précisa l'apothicaire. Elle porte des menottes anti-magie en permanence. Ils ne veulent pas prendre le moindre risque avec elle. De quoi pensez-vous qu'elle soit capable ?

— De tout ! clama Alhuïa. Le commun des mortels n'a accès qu'à une infime partie des connaissances inscrites dans l'Immatériel. Pour être plus exacte : nous avons accès à tout, mais ne pouvons en conserver qu'un fragment. Chaque mage ne peut maîtriser qu'un nombre de sorts limité. Une fois cette limite atteinte, pour une raison que nous ignorons encore à ce jour, nos esprits se ferment. Quels que soient nos efforts, il nous est tout bonnement impossible d'en apprendre de nouveau. Cette règle est la source d'une immense frustration parmi les pratiquants des arcanes. Par ailleurs, les sorts les plus complexes semblent abaisser encore davantage cette limite. C'est pour cela qu'il existe deux écoles : ceux qui maîtrisent de nombreux sorts simples et ceux qui se limitent à une poignée d'incantations très puissantes.

Cependant les « sans couleur » ne font pas partie du commun des mortels. Pour eux, cette limite n'existe pas. Ils peuvent apprendre encore et encore. Ils peuvent engranger tous les trésors de savoir que l'Immatériel a à offrir. Ils peuvent explorer ses régions reculées pour en tirer les connaissances les plus secrètes.

Elle se redressa d'un bond et se tourna vers Oscar.

— J'ai fait une erreur, mon enfant. J'étais persuadée que mêler Élise à notre quête était une mauvaise idée. Le contraire est vrai. Je crois même que devant l'ampleur de la tâche qui se profile à l'horizon, il te faudra des alliés de taille.

— Que se passe-t-il ? demanda Oscar en constatant la mine effrayée de l'elfe.

— Ma propension à refuser l'aide des autres n'est due qu'à de longues années de méfiance. Malgré cela, j'ai compris que sans toi, sans ton adresse au combat, je serais morte face à cette horde d'affreuses créatures. Ne tombe pas dans le même piège sans issue que moi. Trouve des êtres d'exception désireux de te prêter main-forte, et garde-les à tes côtés.

***

Comme si une mauvaise blague surgissait soudain dans sa mémoire, Bélios émit un rire grave. Il inspira en se frottant le visage et s'approcha de la porte de la cellule sous le regard prudent d'Aëlyss.

— Eh ! Geôlier ! s'exclama le vétéran. Es-tu là ?

— Bah oui ! Qu'est-ce qu'il croit celui-là ? Imbécile ! brailla le bonhomme au bout du couloir.

— Je te conseille de te retourner. Tu as de la visite !

— On en entend des conneries, c'est pas croyable ! Pour qui tu te prends pépé ? Faudrait penser à… Par les dieux ! Vous êtes qui vous ?

Aëlyss bondit de sa couche, vraisemblablement stupéfaite. Bélios leva une main, l'invitant à garder son calme et maintenir le silence. Le geôlier poussa une série d'injures diverses et variées, renversa sa chaise et ferma la porte menant à l'extérieur du cachot. Finalement, il se calma et baragouina entre ses dents déchaussées. Bélios afficha un air des plus satisfaits.

— Princesse, nous allons bientôt quitter cette cellule.

— Tu es bien curieux, vieil homme…

***

— Il se trouve que je peux entrer au château, avoua Élise.

— Comment ? demanda Oscar.

— Qu'est-ce que cela peut te faire ? Tu ne sembles pas vouloir m'aider de toute façon.

— Moi je t'aiderai, rétorqua Alhuïa.

Oscar grogna en inspectant l'extérieur. Les rues alentour étaient agitées. Quelque chose se préparait et soufflait un vent de panique parmi la population et les miliciens.

— Notre ici touche à sa fin, marmonna-t-il. SI je suis le seul à pouvoir tenir cette épée, comment pourrait-on m'aider ?

— Voyons, ne sois pas si naïf ! s'emporta la surveillante. Brandir cette lame ne te rend ni omnipotent ni invincible ! D'autres peuvent surveiller tes arrières, t'offrir des ressources, un abri, des conseils. Ils peuvent t'épauler au combat, soigner tes blessures, lever des troupes. Il existe nombre de guerriers plus adroits que toi, et des mages aux pouvoirs que tu ne maîtriseras jamais. Par ailleurs, au fil du temps, tu apprendras à craindre certains ennemis bien plus que les eaux profondes !

Élise échappa un gloussement satisfait. Elle savait qu'Oscar était bon, mais il pouvait se montrer étonnamment têtu et désagréable quand quelque chose envahissait ses pensées. Le remettre à sa place faisait du bien de temps en temps. Malgré tout, elle ignorait tout du fardeau qu'il portait car lui-même n'avait pas toutes les réponses. Elle sentait cependant la détresse que cette situation provoquait en lui. Il était jeune, ce que son caractère, sa vaillance et son esprit pouvaient facilement faire oublier à une femme amoureuse. L'apothicaire s'approcha et passa une main sur sa joue et sentit sa nervosité s'apaiser légèrement. Elle reprit :

— J'ai menti à Friebald pour gagner du temps. Il m'accorde une journée pour terminer de soigner l'elfe. Je sais qu'il s'y tiendra car il ne prendra pas le risque de la tuer avant d'avoir obtenu ce qu'il désire. Il me reste donc une vingtaine d'heures devant moi, mais agir immédiatement, à la faveur de la nuit, me semble idéal.

— Vous avez donc un sauf-conduit jusqu'à elle, mais pas moi, reprit Alhuïa. Par ailleurs, cela me surprendrait qu'ils vous laissent seule avec leur captive.

— J'ai de quoi me débarrasser des gardes, de certains d'entre eux en tout cas. En revanche, j'avoue ne pas savoir comment vous faire entrer. Ils savent que je travaille seule.

— Par les catacombes, soupira Oscar. Vu l'agitation qui sévit dans les rues, les gardes ont certainement abandonné la surveillance des entrées. Si tu réutilises la porte de la fontaine et que tu trouves ton chemin jusqu'à la crypte du château, tu ne seras plus qu'à quelques pas des geôles.

Les deux femmes se regardèrent, étonnées. C'était un excellent plan, bien que très risqué.

— Nous devons faire preuve d'une grande coordination pour atteindre les cellules en même temps. Je crains que m'orienter à l'aveugle dans les catacombes ne compromette ce point.

— Mes contacts se feront un plaisir de nous aider, ricana Élise.

***

— Je peux influencer la perception des gens autour de moi, avoua Bélios. Je peux leur faire voir des choses, entendre des sons, déformer leurs rêves, ce genre de choses.

— Des illusions ?

— En quelque sorte, oui.

— Vous semblez ne pas réellement savoir comment cela fonctionne.

— C'est vrai. Je n'ai pas étudié pour en arriver là, j'ai obtenu ces pouvoirs malgré moi.

— Je vous demande pardon ?

— Je suis un soldat, un vétéran. Toute ma vie, je l'ai passée à combattre Dehest sur le front. La magie m'était étrangère au plus haut point. Ce n'est que des années plus tard, quand j'étais… Peu importe, j'ai reçu ces pouvoirs d'un autre homme, et je crois que lui-même ne comptait pas me les transmettre.

— Comment le…

Un cri résonna dans le couloir. Il venait des étages supérieurs mais il était si déchirant qu'il traversa le château entier. La nuit était déjà bien entamée et un froid insupportable s'insinuait dans la cellule. Aëlyss comprit, et la peur s'empara d'elle.

***

— C'est quoi cette histoire ? balbutia le petit bonhomme en se tenant le nez. Vous m'voulez quoi ? On se connaît ?

Un filet de sang coulait sur son menton proéminent et entre ses doigts calleux. Il tituba en arrière, intimidé par l'homme qui venait de défoncer sa porte.

— Tes dettes te rattrapent, gronda Oscar en faisant craquer ses poings. Tu dois pas mal d'argent à Belle-Bosquet, pas vrai Jorn ?

Ledit Jorn Petits-pieds tenta de s'enfuir par une fenêtre. Oscar fut sur lui en une enjambée et le tira par le col. Il s'écrasa sur une table branlante qui céda sur le coup. Le type gesticula mais le jeune homme s'empara à nouveau de lui et le plaqua au mur sans ménagement.

— Tu comptais te cacher combien de temps encore ?

— Je suis surveillé ! clama Petits-pieds. Il fallait que les choses se tassent avant que je retourne la voir, c'est tout !

— Tout le monde surveille tout le monde dans cette ville.

— Forcément ! Les mages paient de vraies fortunes pour mettre la main sur les sorcières et ce genre d'individus, vous voyez ?

Oscar retourna Jorn face au mur et lui tordit le bras. Le bougre supplia d'une voix chevrotante. Le jeune homme relâcha légèrement sa prise.

— Je vais payer ! Je vais payer, lâchez-moi, bon sang !

— Je te propose quelque chose que tu ne peux pas refuser. Belle-Bosquet est prête à passer l'éponge sur la coquette somme que tu lui dois en échange d'un service.

— Je crois que je préfère lui donner l'argent.

— Fallait y penser avant, l'ami ! cracha Oscar en lui tordant le poignet. On raconte que t'as une carte des catacombes. Non ! Que tu l'as dessinée toi-même…

— Pas ça ! Je peux pas ! Le Gratte-panse me l'a déjà demandée et j'ai refusé. S'il découvre que… Arg, arrêtez !

— Donc, tu as bien cette carte…

— Dépêchons ! Il y a du mouvement dans notre direction.

— Si tu cries, marmonna Oscar, il ne restera plus assez de dents pour mâcher du pain quand j'en aurai fini avec toi. C'est clair ?

— Ça va, j'abandonne. Je vous donne la carte, et vous foutez le camp, c'est ça ?

— Exactement.

— Elle est dans la cheminée.

— Très bien, tu vas la chercher pour moi. Pas d'entourloupe, je suis juste derrière.

Résigné, Petis-pieds clopina jusqu'à l'âtre et farfouilla dans le conduit. Il tira un rouleau de fer noirci d'entre deux pierres et le confia à Oscar. Celui-ci le lança à la surveillante qui vérifia son contenu.

— C'est bien la carte, filons.

— Merci, Jorn. Tes dettes sont effacées, félicitations !

Les aventuriers s'éclipsèrent. Ils filèrent dans les ruelles pour rejoindre la maison d'Élise. Pour une raison qui leur échappait, le chaos s'était emparé d'une partie de la cité. Quelqu'un, ou quelque chose, avait semé le trouble sur son passage. C'est alors qu'une cloche d'alerte sonna dans la caserne.

— Je n'apprécie pas ce que tu as fait, Oscar, murmura Alhuïa. On aurait dit un véritable coupe-jarret. C'est à croire que tu as déjà fait cela.

— J'ai survécu comme j'ai pu…

De retour chez l'apothicaire, ils découvrirent les sacs qu'elle était en train de préparer. Le sauvetage de l'elfe n'était qu'une étape. Ils ne pouvaient escompter rester en ville une fois leur méfait accompli. La jeune femme rousse avait également troqué sa robe de laine contre des chausses droites et un chemisier vert serré à la taille. Un foulard exotique, offert par Oscar, retenait sa crinière en arrière.

— Jorn avait bien une carte, lança Oscar en posant le rouleau sur la table.

— Parfait. Changez-vous, nous devons faire vite.

— C'est de la folie là-dehors, ajouta la surveillante en refermant la porte.

— Raison de plus, aller :

Oscar retira sa tunique en piteux état. Élise l'observa avec attention. Elle sourit en sentant le rouge lui monter aux joues. Son regard se tourna alors vers Alhuïa qui se changeait également à la hâte. Sa beauté elfique ne s'arrêtait pas à son visage, ce qui ne manqua pas de faire naître nombre de questions dans l'esprit de l'humaine. Que faisaient-ils ensemble, cette créature et son amant ? Que s'était-il passé entre eux ? Elle se jura de tirer cela au clair dès que possible. Pour le moment, d'autres choses pressaient.

— Elfe, vous passerez par les catacombes en suivant le plan.

— Je viens avec toi, ajouta Oscar.

— Tiens donc ? grinça Élise.

— Puisque vous ne comptez pas changer d'avis, autant vous prêter main-forte.

— Soit. Une fois dans la crypte vous n'aurez plus de plan. Alors, écoutez bien. Traversez la chapelle intérieure et prenez l'escalier de droite, c'est l'accès des domestiques. Suivez les couloirs sans passer par la cuisine, les chambres ou quelque autre pièce. Vous devez trouver un couloir abandonné qui va jusqu'à l'aile est, à deux pas des geôles. Les portes seront probablement fermées à clef étant donné que cela représente une route toute tracée pour s'enfuir. C'est tout ce que je peux vous dire.

— Cela fera l'affaire.

— N'oubliez pas que si vous ne trouvez pas le chemin, je serais seule avec le sorcier.

— Nous trouverons.

***

— Si vous pouvez faire quelque chose immédiatement, bredouilla Aëlyss, faites-le je vous prie.

— Que se passe-t-il ?

— Il arrive. Il vient me chercher ! Le Reflet est dans le château.

— Comment a-t-il pu passer les gardes ?

— Rien ne l'arrête. Tôt ou tard, il trouve toujours un moyen de m'atteindre.

Bélios se posta devant la porte et expira longuement.

— Eh ! Geôlier ! Il se passe des choses étranges dans le château !

— Pas mes oignons ! Encore moins les tiens, voleur !

— J'aimerais aller vérifier moi-même si cela ne vous dérange pas.

— Ahah ! Ben voyons ! Il est pas net ou quoi ? Tant que t'y es, ramène-moi une bière. Une pinte, hein ? Pas un godet.

— Bon, cela suffit ! Vieil imbécile, ouvre-moi ! Je suis le sorcier Friebald et je t'ordonne d'obéir, moins que rien !

Le geôlier sursauta et marmonna. Il semblait parler à quelqu'un. Bélios se concentra plus intensément. La sueur perla sur son front et une goutte de sang s'échappa de son nez.

— Bien, m'sieur sorcier. Pardonnez-moi j'vous avais pas reconnu.

— Tait-toi, et fait vite !

— Oui, me voilà.

Les pas du gardien résonnèrent dans le couloir. Des cellules voisines s'élevèrent des voix. Certains passèrent une main dans la lucarne de la porte en gémissant. Le vieux Engelbrecht s'avança, comme sous l'emprise d'un puissant alcool et s'arrêta devant la porte. Il porta la main à l'énorme trousseau qui pendait à sa ceinture et inspecta les clefs une par une. Aëlyss était stupéfaite, elle se redressa et réprima le frisson d'angoisse qui parcourait sa nuque.

— Tu n'oublieras pas d'enlever les menottes de l'elfe, c'est clair ?

— J'ai pas… c'est pas moi qui ai cette clef, m'sieur sorcier.

— Friebald doit la garder, c'est sûr, chuchota Aëlyss.

— On trouvera une solution.

Le verrou résista. Mauvaise clef. Engelbrecht en essaya ainsi plusieurs. À chaque fois, sa main était de plus en plus fébrile. Finalement il inséra une clef qui glissa sans problème. Alors, il cligna des yeux et hoqueta. Il appuya une main sur la porte avant de glisser à terre en riant tel un dément. Finalement il cessa de bouger pour de bon.

— Son esprit n'a pas tenu bon. Je suis tellement navré Princesse.

— Tu as fait ton possible, souffla Aëlyss. Merci.

***

Deux gardes s'interposèrent en voyant arriver Élise, une caisse dans les mains. Ils restèrent muets, laissant intervenir le sergent qui arriva en traînant le pas.

— Je suis attendue, clama la jeune femme. Une prisonnière requiert mes soins.

— Vous êtes attendue, c'est vrai. Mais pas au milieu de la nuit.

Élise sentit son cœur frapper sa poitrine. Elle n'avait pas pensé à ce minuscule détail. Une erreur stupide qu'il fallait contourner sur-le-champ.

— Vous savez donc de qui je dois m'occuper.

— La sorcière pâle.

— Elle pourrait mourir d'un instant à l'autre.

— Et alors ?

— Alors, j'aimerais pouvoir donner les noms des imbéciles qui m'ont empêchée de la sauver à Friebald et Caspien. Ils seront ravis de savoir qui les aura privés de leur précieuse captive.

— Bartold, tu l'accompagnes au cachot.

***

Comme ils le pensaient, l'entrée dissimulée derrière le bassin n'était plus gardée. Oscar passa devant. Malgré quelques erreurs qui les menèrent dans des impasses, ils parvinrent rapidement à la porte de la crypte. Alhuïa éteignit sa torche à l'avance et ils se faufilèrent discrètement. Ils ne perçurent aucun bruit de l'autre côté. Finalement, Oscar passa la pointe de sa lame dans l'embrasure et souleva lentement le loquet. Sans un bruit, la porte s'ouvrit, dévoilant le caveau vide. Sans demander leur reste, les intrus progressèrent jusqu'à la chapelle, elle aussi déserte. Ce qui semblait être une aubaine à première vue devint rapidement sujet à inquiétude. Jamais les gardes ne laisseraient cet accès sans protection si quelque chose ne requérait leur présence ailleurs.

***

Le soldat marchait d'un pas rapide. Élise eut du mal à maintenir l'allure avec ses affaires sur les bras. Plusieurs groupes de miliciens s'activaient au son de la cloche d'alarme.

— Que se passe-t-il ? osa demander la jeune femme.

— Je sais pas trop. Il paraît qu'un type a semé la pagaille en ville.

— La pagaille ?

— Il a attaqué des gens dans plusieurs quartiers de la ville. Les gars ont trouvé plusieurs cadavres en sale état.

Soudain, un homme hurla quelques mots dans une salle voisine. Visiblement quelque chose se passait mal. Le garde escortant Élise tira son arme et saisit la saisit par le bras.

— Que faites-vous imbécile ? Nous devons nous rendre aux geôles !

— Je vais vérifier ce qui se passe, je vous laisse pas vous balader toute seule dans le château. On ira en bas après. Eh ! C'était quoi ce cri ? lança-t-il en ouvrant la porte. Tu…

Un soldat gisait contre le mur, son cou formant un angle étrange. Un autre était étalé de tout son long sur une table. Dans l'ombre de la porte opposée se dressait une silhouette indistincte. Ses yeux formaient deux billes blanches dans les ténèbres. Le garde jura en lâchant Élise et brandit son épée à deux mains. L'assassin resta immobile. En un battement de cils, un éclat reflétant la lumière de la lune traversa la pièce.

***

Ils avaient bien grimpé l'escalier de droite et rejoint les couloirs des domestiques. Ils rasaient les murs, prêts à sauter sur quiconque les surprendraient. Ils cherchaient partout sans trouver la fameuse porte verrouillée. Le temps filait sans que leur inspection ne se montre fructueuse. Des voix s'élevaient régulièrement. Au détour d'un large couloir aux multiples tentures, des pas résonnèrent, en nombre. Ils ne pouvaient pas assommer la moitié des occupants du château. L'un d'eux s'échapperait et préviendrait les gardes. Le groupe s'approchait rapidement. Alhuïa attira Oscar derrière une toile à la forte odeur d'humidité. Une troupe de serviteur investi subitement le couloir.

— Des morts ? s'exclama un jeune homme.

— Il y a un dangereux criminel en ville, restons sur nos gardes.

— Avez-vous entendu ? Il est probablement dans le château !

Une fois le calme revenu, les intrus soupirèrent de soulagement. En quittant leur planque, l'attention d'Oscar fut attirée par un détail étrange. Une seule tenture était totalement différente des autres. En outre, elle était bien plus récente. Il la repoussa en jurant, dévoilant ainsi la porte condamnée. Comme prévu, elle était fermée et malgré ses efforts, le jeune homme ne parvint pas à la faire céder.

— À toi de jouer, lança-t-il à sa comparse.

L'elfe posa la pointe de son sabre sur la serrure. Elle récita aussi vite que possible une longue incantation. À mesure qu'elle parlait, son ton devenait de plus en plus agressif. Alors, elle se protégea le visage et la porte vola en éclat.

— Ce n'est certainement pas passé inaperçu, en route ! clama Oscar.

Ils enjambèrent des caisses, des tonneaux et des sacs abandonnés. Le couloir sans fin avait servi de débarras depuis des années. Leur progression fut lente mais ils parvenaient à voir la lueur d'une torche un peu plus loin. Quelle fut leur déception lorsqu'ils arrivèrent face à une grille d'acier solidement fermée.

— La situation nous échappe, Alhuïa.

— Je le crains, mon enfant.


Texte publié par Galaad1800, 17 octobre 2021 à 19h16
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