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Tome 1, Chapitre 3 « Fenrir » Tome 1, Chapitre 3

« Ô créatures invisibles, forces occultes. Ô puissances interdites qui sommeillent au-delà des mondes. Que cet appel vous touche, qu'il vous parvienne depuis cette assemblée. Que vos ailes éthérées vous conduisent jusqu'à nous, car il est l'heure, l'heure de la peur, l'heure du festin et des marches silencieuses ».

Auteur inconnu.

« Les Hiérophantes, mages pratiquant la magie blanche, sont très répandus dans le monde. En effet, le pouvoir d'anéantir le poison ou de guérir une plaie est un atout intéressant pour tout peuple étranger aux vertus de la médecine moderne. Mais soyons clairs, il n'y a rien de plus efficace qu'un scalpel propre et des sangsues ».

Nora Schwalb, chirurgienne à la cour de Valitta.

« On raconte que Yre s'est matérialisée à partir de l'énergie lumineuse qui parcoure l'Immatériel. Pourtant personne ne peut l'affirmer. Pas de témoin, que des légendes. Le contexte idéal pour faire d'un mensonge un fait établi qui servira de base à des croyances et des dogmes pour des siècles et des siècles. Les elfes vouent un culte à cette créature imaginaire, si répandu que certains des nôtres se sont mis à partager leur foi ! Je ne crois pas à toutes ces foutaises. À mon avis, les elfes et leurs idées sont une menace, et une bonne guerre les remettrait à leur place ».

Damian « La Charge » Vraskin, Général des troupes d'infanterie lourde de Trekov.

***

Fenrir était sur le point de suffoquer. La tête maintenue sous l'eau par son assaillant, il perdait rapidement ses forces. Déterminé à ne pas se laisser faire, il se contorsionna violemment et parvint à asséner un coup de coude au brigand qui relâcha un instant son étreinte. Cela suffit à Fenrir pour le renverser et écraser son visage balafré dans la flaque vaseuse. Ses doigts s'enfoncèrent presque dans le cou du tueur alors qu'il le maintenait sous l'eau. Quelques secondes suffirent.

Fenrir poussa un soupir rauque en s'affalant à terre. Ses poursuivants ne lui laissaient pas une seconde de répit. À mesure qu'il faiblissait, il frôlait un peu plus la mort. Il trancha la cordelette des bolas enroulées autour de ses chevilles et se redressa tant bien que mal. Le territoire des elfes n'était plus très loin.

Combien de tueurs sont à mes trousses ? pensa Fenrir. Trois étaient morts au cours de la dernière semaine, mais d'autres viendraient bientôt. Il le savait, il le sentait. Ils seraient bientôt sur lui, et cela signerait son arrêt de mort.

La pluie se mit à tomber. Fenrir força l'allure et parvint à un campement de bûcherons. Les lieux étaient déserts, aussi, le vagabond décida d'inspecter les cabanes à la recherche de quelques provisions. Il mit la main sur une hache, bien plus adapté au combat que sa vieille dague. Son estomac criant famine, il ne fit pas la fine bouche et engloutit un quignon de pain ranci et une pomme gâtée. Enfin, le gaillard s'enroula dans une étoffe déchirée, faute de meilleure protection contre les intempéries.

Après un court repos, Fenrir reprit sa route au pas de course tout en jetant constamment des regards derrière lui. Pour le moment, il était seul. Les trombes d'eau cessèrent seulement pour laisser place à un vent à glacer les os. Lorsque le soleil se coucha, il remarqua une lueur en contrebas, sur une route longeant un bosquet. Il s'approcha à pas de loup jusqu'à ce qui semblait être le campement d'une petite caravane marchande. Plusieurs charrettes étaient installées en cercle autour d'un feu et plusieurs silhouettes s'agitaient. Transit de froid et blessé, Fenrir ne pouvait se passer de cette aubaine. Il s'avança lentement en faisant assez de bruit pour que les voyageurs le repèrent. Cela ne manqua pas. Un type bondit en avant, un bâton aux embouts renforcés à la main. Les autres accoururent vite.

— Qui c'est qui va là ?

— Un vagabond ? ajouta un autre.

— J'ai besoin de me sécher, gronda Fenrir.

— Ma parole, il est dans un sale état le bougre !

— C'est pas bon signe, ni pour lui, ni pour nous.

— Je vous veux aucun mal les gars.

— Alors, ça te dérange pas de jeter tes armes ?

Fenrir soupira et obtempéra. Un petit homme ramassa la hache et la dague avant de s'éloigner. Les autres le scrutèrent en le maintenant à distance. Des voix s'élevèrent, trahissant la présence de femmes et d'enfants. Soudain, une vieille femme apparut. Elle clopina jusqu'aux deux hommes indécis et saisit le bras de l'un d'eux.

— Mémé, pas maintenant, bafouilla le jeune homme.

— Oh ! Le pauvre homme est gelé ! s'exclama la vieille femme. Venez près du feu.

— Non, on sait pas ce qu'il veut.

— Arrêtez donc votre scène ! Je crois qu'on sait tous que s'il avait voulu vous tuer, ce serait déjà fait. Pas vrai ?

Fenrir ne répondit pas et attendit que les hommes lui fassent signe d'avancer. Lorsqu'il pénétra dans le cercle lumineux, chacun constata son air sinistre et éprouvé. De la crasse le couvrait de la tête aux pieds. Ses vêtements étaient plus proches de l'amas de guenilles que de la tunique d'un voyageur. Il s'agenouilla devant les flammes et frotta ses mains éraflées et tremblantes. Les discussions s'arrêtèrent.

— Je vais pas vous manger, plaisanta le guerrier en jetant un regard aux curieux.

Ces quelques mots firent frissonner une femme qui attrapa ses enfants et les éloigna. Une autre sursauta alors qu'elle s'affairait à préparer une soupe, de l'autre côté du feu. Un des hommes s'avança et tendit une outre à Fenrir. Il but une longue rasade avant d'essuyer le vin qui coulait sur sa barbe broussailleuse. La doyenne l'observait depuis son petit tabouret.

— Et d'où il vient comme ça ? lança-t-elle enfin.

— De Gletsieg, marmonna Fenrir. Des pillards ont attaqué. J'ai fui.

— C'est à dix jours d'ici, au moins ! s'étonna un homme.

— J'étais suivi.

— Était ?

— Plus maintenant.

Cette phrase jeta un voile glacé sur l'assemblée. Le vagabond soupira. Une nouvelle fois, la doyenne brisa le silence d'un rire haut perché. S'appuyant sur sa canne, elle approcha de la marmite et s'exclama :

— Ça sent bon dis-moi !

— C'est bientôt prêt, mémé, précisa la jeune femme.

— Tu manqueras pas de servir notre invité, hein ?

La femme jeta un regard apeuré vers Fenrir et haussa les épaules.

Une dizaine de minutes s'écoula durant laquelle l'atmosphère se détendit légèrement. La soupe fut servie, et la jeune femme tendit une écuelle à l'inconnu. Il l'attrapa sans cacher son impatience mais lui adressa un son inarticulé en guise de remerciement. Il dévora son repas en quelques minutes sous les regards stupéfaits des mouflets.

— L'avez faim le bougre, souffla celui qui semblait guider le groupe.

— Échapper à des pillards à pieds, j'imagine que ça creuse le ventre, oui !

— Merci, ajouta Fenrir. C'est très bon.

Il termina sa phrase en scrutant tour à tour la doyenne et la cuisinière. Celle-ci afficha un sourire mal assuré avant de retourner auprès des enfants.

Plus tard dans la nuit, les discussions s'orientèrent vers de plus sombres sujets.

— Ces bandits nous causent bien des soucis. Parait même que les pirates de l'ouest sont en train de s'entendre avec eux !

— Ma parole, ces chiens sont plus organisés que not' bon roi. Pfeee…

— Te fatigues pas, Raoul, tu sais bien que le roi de Maréno, c'est un berger comme les autres, avec une couronne sur la tête.

— Pays de malheur…

— C'est pas le plus puissant des royaumes, c'est sûr, reprit Fenrir. Mais c'est le seul qui a pas encore de frontière avec Dehest. Donc, c'est le plus sûr.

— Vu comme ça…

Les autres acquiescèrent en maugréant, comprenant qu'ils ne pouvaient espérer le bon, et seulement se contenter du moindre mal.

Au fur et à mesure, les marchands allèrent se coucher, ainsi que les femmes et les enfants. Quelques types restèrent debout afin de monter la garde autour des charrettes. Finalement, seuls Fenrir et la vieille restèrent devant le feu vacillant.

— Il est toujours temps de se racheter, mon gars.

— Quoi ? souffla Fenrir. J'ai rien…

— Ce que tu feras par la suite comptes plus que ce que tu as déjà fait.

Le vagabond resta bouche bée, ce qui fit rire la doyenne. Elle finit à son tour par s'éloigner. Fenrir s'allongea sur sa cape devant le feu et sombra en quelques secondes. Il fut réveillé par un petit garçon qui tapotait sa botte avec une branche, espérant certainement quelque réaction extraordinaire. Sa mère se précipita vers lui et bredouilla une excuse maladroite. Fenrir se redressa en grognant, toujours en proie à de nombreuses douleurs. Lorsque tous furent debout, il aida au rangement. Alors, le chef du groupe lui rapporta ses armes.

Ils étaient fins prêt à partir lorsque deux silhouettes se dessinèrent au sommet de la colline au sud-est. Deux cavaliers. Fenrir jura en posant une main sur la poignée de la hache. Les autres s'agitèrent.

— Des pillards ?

— Oui.

— Faut pas rester là !

— Ils vous rattraperont. Il faut s'occuper d'eux ici.

Bien que les marchands n'approuvassent guère ce plan, ils admirent qu'il n'y en avait pas d'autre. Les deux jeunes hommes brandirent leurs armes. L'un portait un bouclier et une petite hache qui était plutôt un outil qu'une véritable arme. L'autre en revanche tenait une épée de bonne facture bien que légèrement émoussée. Soudainement, les cavaliers chargèrent en hurlant. Les enfants gémirent à leur tour et se cachèrent dans les bras de leurs mères, recroquevillées dans les charrettes.

Le premier bandit lança un filet sur le marchant à l'épée et l'envoya à terre d'un coup de talon une fois à son niveau.

— C'est celui-là qu'on veut, cracha-t-il en désignant Fenrir.

Le vagabond roula pour esquiver un coup de lance. Du coin de l'œil, il remarqua le second marchand essuyer assaut après assaut, planqué derrière son bouclier miteux. Le combat allait tourner au massacre. Voyant le bandit à la lance se diriger vers le type empêtré dans le filet, Fenrir saisit une pierre et la lança de toutes ses forces. Il atteignit sa cible à l'arrière du crâne. Le gaillard hurla en s'écroulant de sa selle. Avant qu'il ne puisse se redresser, Fenrir était sur lui et abattait sa hache en travers de sa poitrine. Le vagabond aida le marchand à se libérer et s'empara de la lance. Il esquiva in extremis la masse redoutable de son second adversaire et riposta en jurant. La lance se ficha dans le flanc du bandit dont le cri se perdit dans sa gorge. Il chuta à son tour et Fenrir lui asséna un coup supplémentaire afin de s'assurer de son sort.

Les deux marchands étaient ébahis. Fenrir venait de tuer deux cavaliers armés avec une aisance hors du commun. Ils étaient soulagés d'être en vie, mais leur méfiance envers l'étranger reprit le dessus. Aussi, ils hâtèrent le départ sans plus s'occuper du sort de leur invité de la veille. Alors qu'ils s'apprêtaient à décamper, le fugitif s'approcha, la mine sombre. Derrière lui trépignaient les montures des bandits. Il tendit les brides à l'un des hommes qui afficha un air encore plus abasourdit.

— Revendez-les, marmonna Fenrir. Prenez ça comme mon remerciement et mes excuses pour ce qui vient de se passer.

— Tu en aurais plus besoin que nous si tu comptes fuir d'autres cavaliers.

— Là où je vais, je crains qu'ils ne m'accompagnent pas.

— Comment ça ?

— Le territoire des elfes.

— Tu comptes mourir ?

— Un jour ou l'autre, ça arrivera.

— Dans ce cas, je prends les chevaux. Inutile qu'ils partagent ton sort.

Fenrir gloussa en hochant la tête. Le convoi s'éloigna. Le guerrier solitaire monta la garde afin de s'assurer que personne ne se lancerait à leur poursuite, puis il s'affaira à fouiller ses victimes. Il dégota une paire de gants, une seconde dague et quelques vivres.

Reprenant sa route à bonne allure, il dépassa une crête rocheuse, dévoilant l'orée du Berceau Sylfan. Quelques lieues à peine le séparaient alors de ce royaume inconnu. Lorsque le soleil atteignit son zénith, il parvint aux premiers arbres et malgré sa volonté de continuer, il s'arrêta, tous les sens en alerte. Il se sentait observé, du moins le croyait-il fortement. Quelques minutes passèrent durant lesquels il resta immobile, doutant soudain de son choix. Pourtant, aucune bête monstrueuse ne fondit sur lui, aucune troupe d'elfes féroces n'apparut pour le cribler de flèches. Pas même un animal apeuré ne s'enfuit en découvrant sa présence. En réalité, le silence régnait. Un silence si parfait qu'il en devenait oppressant.

Fenrir se ressaisit, lança un regard derrière lui et s'élança vers les bois. Il préférait confier sa vie à l'inconnu qu'à ses anciens compagnons, désormais poursuivants, et le sort funeste qu'ils lui réservaient. Très vite, la clarté de la plaine s'évanouit entre les troncs massifs. L'air devint lourd, chargé d'une odeur de sève intense. Une vie nouvelle s'invita alors autour de l'intrus, une vie agitée et bruyante. Des cris d'oiseaux et d'animaux furtifs se mêlaient aux craquements des branches mortes et au frisson des fougères. Le guerrier escalada une pente boueuse en s'agrippant à des racines. Parvenant presque au sommet, une tête grise et carré se pencha sur lui. Les yeux noirs et brillant de l'animal étrange le fixèrent un instant, puis lâchant un grognement las, se détournèrent. Fenrir se hissa sur le bord juste à temps pour constater le corps trapu et couvert de piquants de la bête qui repartait lentement. Peu après, un cortège de bébés, eux aussi hérissés de pointes fines se faufila à découvert, suivant les traces de leur mère en piaillant.

Fenrir se dirigeait vers ce qu'il pensait être le nord bien que les repères habituels ne semblassent pas adaptés à cette région. Par ailleurs, le terrain devenait de plus en plus difficile à arpenter. Des crevasses éventraient le sol, dévoilant des pentes raides et chaotiques donnant sur des ruisseaux sinueux. Les arbres devenaient de plus en plus gros, de plus en plus haut. Les plantes qui couvraient le sol formaient un véritable filet qui s'accrochait aux jambes du fugitif. Il savait que s'il était perdu, ses poursuivants devaient l'être aussi, ce qui d'une certaine manière était une bonne nouvelle.

Un oiseau aux ailes rouges passa lentement au-dessus de sa tête et poussa un cri si strident qu'il résonna dans son crâne durant de longues secondes. Fenrir se remémora alors une légende parlant de certaines créatures capables de paralyser ou tuer de leur chant, ou de leur regard. Alors, lorsque le sifflement s'apaisa, il pressa le pas afin de distancer l'animal mystérieux. Après ce qui lui semblait avoir été des heures, le vagabond fit une pause sous un arbuste aux larges feuilles, assis sur un rocher, afin de prendre un repas rapide. Un petit rongeur au pelage roux descendit le long d'un arbre pour inspecter le vagabond de plus près. Fenrir lui jeta un morceau de pain sec que la petite bestiole s'empressa d'engloutir. L'homme déboucha l'outre de vin et prit quelques gorgées bienvenues. Ce petit plaisir chassa ses pensées les plus sombres, de moins le fit-il un moment.

Il arriva en vue d'une petite butte dégagée, éclairée par les rares rayons dorés qui parvenaient à percer les cimes. Le guerrier s'avança avec précaution et scruta autour de lui. Étonnamment, l'agitation qui perdurait depuis des heures s'était soudain atténuée. Ce n'était pas le même silence pesant qu'à la frontière, mais il sentait parfaitement que quelque chose ici tenait les animaux à l'écart. Loin d'être inconscient, il décida de ne pas traîner plus longtemps et enjamba les rochers qui perçaient la végétation. C'est alors qu'il découvrit une chose qui lui glaça le sang. Derrière la butte gisait une carcasse blanchâtre et gigantesque. En approchant, il constata qu'il ne s'agissait que d'une peau, épaisse et sèche, creuse. C'était un tube irrégulier et déchiré qui allait se perdre plus loin dans la végétation.

— Par les dieux, c'est quoi cette chose ? murmura Fenrir en touchant la surface morte.

Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions. Un vibration se rependit dans le sol, accompagné d'un grondement. La terre craqua et se souleva légèrement, laissant choir les rochers de la butte. Fenrir jura en s'éloignant. Il lui fallut un instant pour retrouver la direction qu'il voulait suivre. Ce fut l'instant de trop. Un corps gris luisant s'échappa de la butte. Le serpent monstrueux secoua les touffes d'herbe et la terre noire qui recouvrait sa tête et cligna des yeux en inspectant les alentours. Il posa alors ses pupilles fendues sur l'intrus prit de terreur. Une longue langues fourchue fouetta l'air à plusieurs reprises alors que la bête se dressait face à sa nouvelles proie. Ce monstre de plus de dix toises s'était éveillé d'un long sommeil, et il avait faim. Sentant l'assaut imminent, Fenrir bondit sur le côté, juste à temps pour éviter que la gueule aux crocs acérés ne se referme sur lui.

Laissant échapper un cri de panique, le guerrier prit ses jambes à son cou. Retrouvant une partie de ses moyens, il fit en sorte suivre une piste trop étroite pour la créature afin de la forcer à faire des détours. Efficace, certes, mais la taille et la puissance du serpent lui permettaient de ne jamais être bien loin. À maintes reprises il manqua de se faire étriper ou avaler et ne dut sa survie qu'à ses réflexes foudroyants. Le simple grondement de l'animal écrasant la végétation sur son passage glaçait le sang.

La poursuite s'éternisait, et Fenrir savait qu'il ne pourrait maintenir ce rythme indéfiniment. À plusieurs reprises, il faillit se faire prendre au piège des anneaux gris bleuté du serpent qui parvenait à lui couper la route. Ils rivalisaient d'ingéniosité, l'un pour fuir, l'autre pour manger. Le guerrier épuisé se jeta dans une pente raide et dégringola lourdement entre les arbustes et les rochers. Sa besace quitta son épaule et il ne s'arrêta pas pour la retrouver. L'animal n'était plus derrière lui, plus visible en tout cas, aussi, Fenrir s'écroula entre deux larges rocs afin de reprendre son souffle. Un feu terrible remplissait ses poumons. La sueur et la crasse voilaient ses yeux. Il tâta son flanc, mais l'outre de vin avait elle aussi disparu. Il jura à nouveau en se redressant maladroitement. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans que le serpent ne se montre, pourtant Fenrir savait qu'il n'avait pas abandonné. Un craquement lui fit faire volte-face, puis un autre. Rien. Pas un mouvement ne se dessinait hors de sa cachette. Son cœur bondit lorsqu'il finit par apercevoir la silhouette ondulante au-dessus de lui, en équilibre sur les branches noueuses qui formaient une sorte de passerelle. Horrifié, il échappa une fois de plus à la mort d'un cheveu et repartit à toute allure.

Au terme d'une nouvelle lieue de course effrénée, Fenrir, en nage, crasseux et blessé aperçu une clairière. Incapable de maintenir ce rythme, il décida de faire face. Il se dirigea vers la lumière et sauta par-dessus un tronc couché. Atterrissant dans un parterre de trèfles roses, il tira sa hache et l'empoigna des deux mains. Une brise mystique l'enveloppa alors qui se retournait. Peu après, la bête se présenta. Sa gueule triangulaire se balançait de gauche à droite et semblait afficher un rictus victorieux. Fenrir poussa un rire grave qui stimula sa fureur et se prépara à frapper. Le serpent s'avança lentement dans la lumière, faisant luire ses solides écailles.

— Approche saleté ! Montre-moi ce que tu as dans le ventre ! hurla Fenrir.

— Vainbhaum ! Que me ramènes-tu encore ? scanda une voix sévère.

Le serpent frémit légèrement et s'affaissa. Une lueur verte suspecte emplit ses yeux. Fenrir se retourna, intrigué, et se trouva alors face à une petite elfe rousse, vêtue d'une tunique de feuilles tressées. Elle s'avança pieds nus sur l'herbe humide de la clairière. Contrairement à son apparence juvénile, son regard, lui, semblait témoigner d'une longue vie.

Fenrir baissa sa garde et remarqua alors qu'il était dans un jardin au centre duquel se dressait une cabane atypique, large et basse dont le toit était couvert de plantes. Quelques barrières rudimentaires encerclaient des plantations étranges aux couleurs et aux formes surprenantes.

— Tu peux y aller, Vainbhaum, je m'en charge, ajouta l'elfe en faisant un signe las de la main.

Aussi fou que cela parut au guerrier, le serpent monstrueux siffla, se secoua et disparu dans la forêt. Fenrir toujours à bout de souffle ne put retenir un rire nerveux.

— Quelle bête monstrueuse ! lança-t-il. Bon sang, cet endroit est un nid à…

— Pas un pas de plus, humain, trancha la rousse d'une voix puissante. Tu n'es pas le bienvenu. Tu vas répondre à mes questions.

Le visage de Fenrir s'assombrit. Il jeta un regard furtif à la hache dans sa main, et évalua la distance qui le séparait de la créature rousse. C'est là qu'il remarqua l'intense lueur de défi qui brillait dans ses yeux émeraude.

— N'y pense même pas, petit homme.


Texte publié par Galaad1800, 12 octobre 2021 à 11h53
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