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Tome 1, Chapitre 1 « Aëlyss » Tome 1, Chapitre 1

« Qu’est-ce qui détermine la justesse d’une cause ? Comment faire la différence entre le bien, le mal, le pire et le meilleur qui soit ? Si nous trouvions un moyen d'en juger, qui devrait rendre pareille sentence ? Qui, au nom de tous, pourrait endosser une responsabilité si colossale ?

» Autant de questions que mes élèves ne cessent de me poser. Comme à chacun d'eux, je vous réponds : je l'espère, personne. Remettre nos vies entre les mains d'une force extérieure ne relève que de la folie et de la faiblesse d'esprit. »

Sir Reiner « Cyclone » Baer, chancelier de l’académie magique de psychokinésie.

« Tout événement qui survient dans notre vie n'est que le résultat de causes dont nous sommes seuls responsables. Sommes-nous en mesure de changer le passé ? Non. Quel est alors notre rôle dans ce flux incessant ? Observer. Les obstacles sont autant de mains tendues pour nous aider à évoluer. Il en va de même pour chaque individu, chaque peuple, chaque civilisation. Les plus sages sauront saisir ces mains. »

Anonyme, date inconnue, lieu inconnu.

« À chaque victoire, Dehest emporte des cohortes interminables de prisonniers qui finissent toujours par rejoindre leurs rangs. Nous savons cependant qu'ils ne sont plus les mêmes. Ce sont des coquilles vides, animées par quelque magie impure et un objectif funeste. »

Baltazar Dremius, Conseiller à la cour d’Opiath.

***

Le fragment de verre fila à toute allure et passa à un pouce du visage d'Aëlyss. Elle esquiva maladroitement et tituba. Son assaillant cauchemardesque s’avançait lentement sans la quitter de ses yeux ronds et luisants. Saisie d'épouvante, l’elfe se jeta dans la pente et roula sur les rochers jusqu’à atteindre la plaine. Elle s’enfuit à toutes jambes, incapable de jeter un regard en arrière. Après une longue course qui la mena à l'orée d'un bois touffu, elle fit une halte. La créature, le Reflet, comme Aëlyss la nommait, était hors de vue pour le moment. Elle savait cependant qu'il reviendrait, il le faisait toujours.

Cette attaque soudaine avait forcé Aëlyss à laisser sa couverture et ses vivres derrière elle. Faire demi-tour était hors de question. Il lui fallait donc atteindre Laaria au plus vite et espérer trouver un village encore habité. Elle s’enfonça dans le bois et progressa tant bien que mal au milieu des buissons. Le silence était de temps en temps perturbé par le cri d’un corbeau ou le frémissement des fougères au passage d’un petit animal craintif. Le ciel gris annonçait de futures chutes de neige.

L’elfe parvint aux rives de la Hordelv, une large rivière non loin de la frontière nord-est de Laaria. Elle fit une halte et examina la berge de part et d’autre. Pas de pont. Par ailleurs, traverser à la nage était impensable par cette température. Un détour s'imposait, ne manquant pas de nourrir ses craintes.

Une heure s’écoula avant que Aëlyss ne remarque des traces récentes. Elle remonta la piste non sans faire preuve d'une grande prudence. L'elfe n'escomptait pas foncer tête baissée dans leurs rangs. Les premiers flocons commencèrent à tomber lorsqu'elle entendit du bruit provenant d'une étroite cuvette bordée de hauts sapins. Elle se posta à couvert de larges rocs et observa ce qui semblait être un campement de fortune. Son sang se glaça en constatant ses occupants. Des revenants, féroces soldats de Dehest. Ils occupaient la région, comme Aëlyss le craignait. Redoublant de discrétion, elle tira son arme et s'avança à pas de loup. Trois guerriers maléfiques s'affairaient à charger des caisses dans un chariot. Visiblement, ils ne se doutaient pas de la présence de l'elfe. Elle bondit au milieu du campement. De sa main libre elle traça une série de symboles devant elle. Les guerriers tirèrent leurs armes sans effacer leur expression morte de leurs visages gris. En silence, ils s'avancèrent vers elle. Aëlyss termina son rituel, projetant une lourde pierre sur ses adversaires par la force de son esprit. La surprise fonctionna à merveille. Le projectile frappa le crâne du guerrier le plus proche qui s'effondra dans la neige. Les deux autres ne cillèrent pas et arrivèrent au contact. Au terme d'un échange fracassant, l'elfe se dégagea et tua sur le coup le deuxième guerrier d'un second projectile enchanté. Aëlyss vint à bout de son dernier adversaire d'une estocade précise sous le bras. Le calme retomba aussitôt. L'elfe s'assura qu'aucuns renforts n'étaient en route avant de reprendre son exploration.

Regagnant la berge, elle découvrit la passerelle construite par les envahisseurs. Avant de s'y engager, elle s'agenouilla au bord de l'eau afin de laver le sang sur ses mains. Elle soupira lourdement en contemplant son reflet. Elle était née ainsi, aussi pâle qu'il fut possible de l'être. Ses cheveux, ses sourcils, même ses cils étaient d'un blond presque blanc et ses yeux anormalement sensibles étaient ornés d'iris bleu glacé. Fille du couple royal de Mihuryss, il ne fallut pas longtemps avant qu'elle ne se voit attribuer le surnom de « Princesse blanche ».

Ces souvenirs en entraînèrent d'autres, provoquant un tourbillon d'émotions vives et douloureuses dans son esprit. Victime d'un maléfice étrange, elle s'était retrouvée enfermée dans une étrange prison durant des années. Elle n'aurait pu dire combien, n'ayant croisé personne depuis son évasion, événement qui par ailleurs n'avait pas plus d'explication que les autres. Déjà tourmentée par les doutes et les mystères, elle constata alors l'anéantissement de son pays, de son peuple entier. Ne subsistait que cendres et ruines croulantes de ce qui fut jadis la nation florissante des Érudits. C'est à cet instant que le Reflet fit sa première apparition, forçant sa fuite vers des terres qu'elle pensait habitées, à la recherche de soutien. Cela faisait environ huit mois qu'elle errait, évitant les troupes de Dehest, survivant avec ce qu'elle parvenait à dénicher dans leurs camps ou dans quelque ruine abandonnée. Désormais, elle touchait au but.

L'elfe redoubla d'efforts pour se tirer de ses pensées. Elle entama la traversée du pont et reprit sa route vers Laaria. Malgré sa victoire, elle restait sur ses gardes. Les menaces étaient nombreuses et revêtaient bien des formes. Plus tard dans la journée, elle parvint aux abords d'une vieille tour austère et humide, surmonté d'un drapeau en lambeaux. Contournant l'édifice avec précaution, Aëlyss découvrit la façade écroulée. L'endroit avait été abandonné depuis longtemps. L'elfe fit une halte à l'abri de la tour, découvrant par la même occasion les vestiges d'un camp d'éclaireurs partis à la hâte, ou découverts. Une sacoche contenait quelques rations gâtées mais comestibles qu'elle s'empressa de dévorer. Dès que le temps le lui permit, elle reprit la route à bonne allure.

Aëlyss dévala la pente, toujours sur le qui-vive, se faufilant entre les épicéas et les pins, glissant sur les rochers plats. Il était établi que les elfes se déplaçaient avec une aisance presque surnaturelle, et certaines rumeurs laissaient entendre qu’ils ne pesaient pas plus lourd que des enfants. Durant les heures qui suivirent, elle traversa une rivière en sautant sur une série de rochers noirs, et effraya un renne ainsi qu’un couple de castors en atterrissant de l’autre côté. Bientôt, de l’agitation se fit entendre en direction de la plaine, en contrebas. Sur les quelques toises de forêt qui s’étendaient encore devant l’elfe, les arbres devenaient de plus en plus épars avant de laisser place à des arbrisseaux et quelques jeunes bouleaux. Aëlyss s’aplatit derrière de longues fougères et scruta la plaine. Très vite, elle remarqua une troupe de revenants qui tentait de prendre un pont défendu par une vingtaine de soldats humains. Le large fleuve formait la nouvelle frontière entre le royaume humain et les terres conquises par Dehest. Les ponts étaient des points stratégiques d'envergure. Aëlyss frissonna en comprenant que durant son absence, les choses ne s’étaient pas arrangées, et personne ne semblait capable de repousser cet ennemi mystérieux.

Alors que l'elfe échafaudait un plan rapide, le combat tournait à l’avantage des revenants sur le point de percer le mur de boucliers des humains. La masse sombre des créatures agissait tel un seul être infâme dont l’unique but était d’anéantir toute résistance. Elle estima qu’il était temps d’intervenir et s’avança hors des bois. D’un pas de velours, elle rejoignit les abords du champ de bataille et se posta sur les premiers pavés du pont. Elle inspira longuement en faisant craquer ses doigts. Alors que les humains usaient de toutes leurs forces pour repousser les assauts des revenants, Aëlyss écarta les bras, paumes des mains vers le bas. Tout autour d’elle, des armes et des débris frémirent puis se soulevèrent lentement. Alors, une pluie de lances, de pierres et d’épées s’abattit sur les revenants. Plus de dix guerriers s’effondrèrent avant que les lignes arrière ne se retournent pour se protéger. Malgré le succès de son embuscade, l’elfe sentit son cœur bondir face au silence et aux regards froids des revenants. Elle propulsa une dernière volée d’armes qui vint se fracasser sur leurs larges boucliers, abattant tout de même deux guerriers supplémentaires.

Tout à coup, le mur d’acier s’ouvrit pour laisser sortir deux guerriers qui marchèrent d’un pas assuré vers l’Érudite qui dégaina son arme et avança à leur rencontre. D’une esquive rapide, Aëlyss se plaça dos à la balustrade afin d’éviter toute attaque à revers, puis fit en sorte d'éloigner ses adversaires l’un de l’autre. D’une série de bottes précises, elle parvint à abattre un guerrier. Elle n’eut pas le temps de retirer sa lame avant que l’autre ne la charge. Elle lui fit alors face et non sans user de ses pouvoirs de télékinésie, elle le désarma. Le revenant fit quelques pas en arrière afin de récupérer une masse au sol, mais Aëlyss était déjà sur lui, le percuta d’un coup de pied et enfonça violemment une hache dans son casque.

L’elfe se jeta sur son épée, et parvint à la décoincer juste à temps pour parer une puissante attaque d’un nouvel adversaire qui était sorti des rangs. Elle n’eut d’autre choix que de reculer face aux assauts redoutables. Aëlyss tenta une contre-attaque, pivota sur un pied et trancha la gorge du revenant qui s’écroula face contre terre. Le mouvement avait cependant manqué de précision, lui valant une estafilade repoussante sur le dos de la main. Alors qu’elle redressait la tête, ses espoirs de victoire s’estompèrent. Les revenants avaient repoussé les mortels encore plus loin, et cinq guerriers armés de lances se dirigeaient désormais vers elle. Un instant, elle hésita entre prendre la fuite ou tenter un dernier sort, destructeur.

Brutalement, un éclair bleu zigzagua entre les revenants, provoquant des spasmes irréguliers dans leurs corps livides. Aëlyss saisit sa chance en même temps que les humains survivants pour les achever au sol. L’érudite remarqua alors un humain richement vêtu monté sur un cheval gris robuste. Le caparaçon de l’animal était orné des armoiries de Castelbrume, importante cité située plus au sud. L’homme mit pied à terre et réajusta sa cape épaisse. Il tenait un long sceptre d’argent orné de saphirs et de lapis. Ses cheveux gris étaient ceints d’une étroite couronne de laiton gravé et plusieurs bagues étaient passées à ses doigts osseux. Il avait l’air assez âgé, mais semblait toujours vif et puissant.

Un psychique humain… Quelques-uns vivent encore, pensa Aëlyss en reprenant son souffle.

Petit à petit, des soldats s’attroupaient autour d'Aëlyss, attentifs au moindre de ses faits et gestes. L’érudite savait qu’elle n’était pas tirée d’affaire, car quoi qu’elle ait fait pour combattre les revenants, elle était une étrangère et se trouvait du mauvais côté de la frontière.

L’elfe essuya sa lame ensanglantée et la rangea lentement dans son fourreau avant de présenter ses mains vides aux humains qui lui barraient la route. Certains levèrent leurs lances dans sa direction afin de la maintenir à bonne distance. Aëlyss lançait des regards furtifs derrière les rangs afin d’observer le mage qui avait retourné la situation. Elle était certaine qu’il serait le seul à pouvoir agir en sa faveur.

— Je souhaite m’entretenir avec votre supérieur, je ne suis pas de Dehest, lança Aëlyss à un des soldats.

— Le capitaine Caspien viendra vous parler sous peu, en attendant, faites pas un geste, répondit-il froidement en agitant sa lance.

Aëlyss inclina légèrement la tête et ne bougea pas d’un pouce. Les blessés étaient évacués du pont et ramenés dans le fortin sur la berge sud. Des cris, tantôt de désespoir face à la perte d’un proche, tantôt de douleur sévère retentissaient dans la plaine avant de se perdre dans le lointain. Des chevaux faisaient gronder leurs sabots et poussaient des hennissements puissants.

Le mage apparut alors derrière les lignes des soldats et d’un geste de la main ordonna qu’on lui laisse le passage. Il se présenta devant l’elfe blessée, s’inclina, tenant, d’une main, son bâton, et gardant l’autre dans le dos. Après un court silence, il prit une inspiration lente en affichant un léger sourire.

— Vous assurez ne pas être une ennemie, mais en ces temps troublés vous conviendrez qu’il est difficile de croire une étrangère en provenance des contrées conquises.

— Je comprends votre doute, Capitaine. En revanche, je ne viens pas de Dehest, mais de Mihuryss.

Les soldats échangèrent quelques regards suspicieux et des murmures craintifs.

— Commencez donc par retirer votre capuchon, que nous puissions voir à qui nous avons affaire.

L’elfe soupira et leva lentement les mains. Alors qu’elle dévoilait son visage d’albâtre, les murmures reprirent de plus belle. Un des soldats de première ligne marmonna quelques mots et cracha sur les pavés. Aëlyss fixa le mage d’un regard perçant, mais sans défi aucun. Le capitaine Caspien fit deux pas en avant sans effacer son sourire étrange.

— Ainsi, la Princesse blanche nous fait l’honneur de sa présence ! Quelle surprise !

— Vous me connaissez ? s’étonna Aëlyss.

— Très chère, vous êtes célèbre parmi les mages ! Vos capacités magiques sont fameuses et ont eu tôt fait de rendre jaloux certains de mes compères.

— Ce serait un honneur que de m’entretenir avec vous et vos collègues…

— En échange de l’accès à Laaria, bien entendu, trancha Caspien en agitant son sceptre.

Aëlyss acquiesça d’un mouvement de tête. Les soldats trépignaient, et certains s’adressèrent à leur capitaine. Le mage leva alors une main, stoppant leurs suppositions. Il s’avança ensuite d’un pas nonchalant mais rapide et attrapa les épaules de l'elfe en affichant un large sourire.

— Ce serait avec plaisir que je converserai avec vous Princesse, vraiment…

Aëlyss comprit trop tard ce qui était sur le point de se passer, et tenta de se libérer, en vain. Le mage effleura son front du bout du doigt et elle s’effondra, consciente, mais incapable de bouger.

— Mais vous avez disparu durant près d’un siècle, et aux dernières nouvelles vous êtes responsable de la chute du royaume de vos parents, et de la mort de votre peuple.

Juste avant de sombrer dans l’inconscient, l’érudite vit le mage commander ses soldats. Ils vinrent la saisir et la soulever, alors que les autres la fusillaient du regard.

Lorsqu’elle s’éveilla à nouveau, elle se trouvait dans une cage étroite, montée sur un chariot, non loin de la tente qui semblait appartenir au mage. Elle se redressa douloureusement et remarqua que la blessure sur sa main avait été nettoyée et bandée. De larges bracelets scellés entre eux et gravés de runes enserraient ses poignets.

— Des chaînes anti-magie… soupira Aëlyss.

Au même moment, le mage sortit de sa tente, et vint s’installer sur un petit siège pliant, un gobelet à la main.

— Vous espériez certainement que j’omette les menottes, n’est-ce pas, Princesse ?

— Effectivement, cracha Aëlyss en le toisant du regard.

— Ah, les elfes. Vous nous considérez comme des barbares ignorants. Cela vous a déjà joué des tours, et cela arrivera encore, je le crains, déclara Caspien d’un air triomphant avant de prendre une longue gorgée de vin.

— Si je ne suis pas encore morte, c’est qu’il y a une raison, reprit la princesse en se rasseyant.

— Bien sûr, mais vous savez déjà laquelle. Vous avez mentionné votre enclin à partager vos connaissances, et mon intérêt reste sincère. Ainsi, si vous acceptez de me transmettre certaines choses, je pourrai…

— Vous vous moquez de moi, mage ? s’exclama Aëlyss. Vous pensez réellement que j’ai l’intention de vous faire part de quoi que ce soit après ce que vous m’avez fait ?

— Je craignais cette réaction, mais ce que vous ne comprenez pas, c’est que je ne solliciterai votre coopération qu’une seule et unique fois. Quoi qu’il en soit, j’obtiendrais ce que je souhaite concernant votre savoir ou votre but sur nos terres.

— Que vous vous perdiez dans l’Immatériel, félon, vous n’obtiendrez rien de moi. Vous ne comptez pas m’accorder la moindre aide ni liberté de toute façon.

— Non en effet, soupira le mage en terminant sa coupe. Vous le savez certainement, mais vous êtes un spécimen rare, unique même. Après avoir soutiré vos dernières paroles, nous étudierons vos organes.

Aëlyss blêmit et se détourna du mortel qui pouffa avant de retourner à l’abri. La journée passa, puis vint la nuit. L’elfe ne parvint à fermer l’œil qu’une heure ou deux, tiraillée par le froid et l’effet des menottes sur son esprit. Lorsque le soleil reparut au-dessus des montagnes, elle était plus fatiguée que la veille.

L’activité dans le camp avait à peine diminué durant la nuit, car les soldats avaient bien des choses à faire. Ils avaient brûlé les morts des deux camps, et repris le pont. De nouvelles barricades, pour le moment rudimentaires, longeaient la berge et des archers montaient régulièrement la garde du haut de plusieurs tourelles. Un homme trapu aux cheveux gris broussailleux s’approcha de la cage et déposa un bol contenant du gruau froid et un morceau de pain, ainsi qu’un gobelet de bière. L’eau potable était une denrée rare, ainsi, il était préférable de boire de l’alcool que de s’empoisonner. Aëlyss s’empressa de manger, bien qu’elle exprimât son dégoût par une grimace.

Le capitaine Caspien sortit de sa tente et bâilla bruyamment. Il salua non sans un soupçon de malice sa prisonnière et attrapa un morceau de viande séchée dans une petite assiette en bois. Il jeta un regard à Aëlyss et désigna un autre morceau de viande de sa main libre.

— J’imagine que cela ne vous intéresse pas, souffla le mage en mastiquant.

L’érudite ne lui adressa qu’un regard noir et bu la bière d’une traite.

— Ahah ! Que de vertueux principes ! ironisa Caspien en s’éloignant.

Plusieurs longues heures passèrent, sans rien d’inattendu. Enfin, le mage revint se poster devant la cage. Il avait revêtu une cuirasse décorée et une lourde cape de fourrure. Il portait son sceptre d’argent et une masse reposait sur son flanc. Il s’appuya sur une roue du chariot pour se pencher plus près de la lucarne aux épais barreaux. Son armure contraignait ses mouvements et il jura en repoussant vivement sa cape.

— Je crains que nous ne puissions nous revoir avant mon retour à Castelbrume, souffla-t-il. Il me reste une mission à accomplir ici. Vous, cependant, vous prenez la route pour la cité d’ici une heure. Veillez à rester obéissante, mes hommes ont ordre de vous garder vivante, mais pas indemne…

— Peste soit de vous et vos brutes ! fulmina l’érudite en frappant violemment la cage du pied, ce qui ne provoqua en réaction qu’un rire satisfait.

Enfin, le chariot se mit en route et Aëlyss s’éloigna du fort. Le chaos de la route l’empêchait de profiter du voyage pour se reposer, et elle jura une fois de plus en tentant sans succès de se défaire de ses menottes. Malgré la menace que représentaient les soldats escortant le chariot, Aëlyss n’eut pas à subir d’insultes ou de sévices. De temps à autre seulement, un garde jetait un œil dans la cage afin de s’assurer que leur captive ne faisait rien de stupide.

— Qu’est-ce que tu regardes, humain ?

— Une traîtresse…

— Tu fais référence à une époque que tu n'a pas connu…

— Ça ne change rien, le capitaine l’a dit.

— C’est tout ? Lui-même n’était pas né, imbécile ! Ici, il n’y a que moi qui suis au courant de la vérité, et étrangement, je suis la seule à qui on ne demande pas d’explications.

Le soldat, visiblement troublé, s’éloigna pour ne pas continuer la discussion. Un autre bougre aux airs de véritable primate vérifia que la cage était bien fermée en secouant la porte violemment de son énorme main gantée.

Bien entendu, l’érudite ne préparait rien. Sans la clef des menottes, blessée, désarmée et éreintée, elle n’avait aucune chance. Elle s’était fait capturer très facilement, et cela la faisait bouillir au plus profond de son âme de sorcière érudite renommée.

Les elfes avaient une affinité innée pour la magie. Ils pouvaient puiser dans l’Immatériel pour créer des sorts variés et des objets enchantés uniques. Ce lien intime les rendaient cependant plus vulnérables aux assauts magiques. Pour cette raison, Caspien avait pu la neutraliser d’un simple touché.

Aëlyss entendit soudain les gardes s’exclamer et rire. Elle se redressa tant bien que mal et scruta l’extérieur par la lucarne donnant sur l’avant de la route. Castelbrume était en vue.


Texte publié par Galaad1800, 11 octobre 2021 à 17h41
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