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Tome 1, Chapitre 8 « chapitre 8 » Tome 1, Chapitre 8

Il est amusant de noter à quel point la hiérarchie influence nos peurs, en particulier à cause de notre rang au sein de celle-ci.

En tant que Consul, je bénéficie d’une certaine immunité et liberté de mouvements. Toutefois, l’idée d’avoir un jour à répondre de mes actes devant le Ministre, autorité suprême d’Escarpe, me laisse pantelant… S’il n’a pas le droit de me destituer sans réunir le Conseil – une procédure établie afin que nous ne sombrions pas dans une dictature –, il peut néanmoins l’envisager et manipuler ledit Conseil dans son sens, d’autant que sa voix y est la plus importante.

Les Maires, eux, sont sous le joug des Consuls. Ainsi, ils s’affolent à chacune de nos visites, car nous avons tout pouvoir sur eux : nous les employons afin de veiller sur nos terres et nos citoyens.

Les citoyens, pour leur part, craignent les Maires. En particulier leurs décisions, qui régissent leur vie.

Quant aux esclaves… Les Crock’vies s’effraient des citoyens eux-mêmes.

Journal du Consul Næss.

Kaliska tomba du baquet et se replia sur elle-même. Il était cependant trop tard ; dans un grincement qui lui parut assourdissant, la trappe s’ouvrit et une paire de chaussures marron s’engagea sur l’échelle.

Elle tenta de se glisser derrière l’étagère, mais le peu d’espace disponible ne le lui permit pas. La panique lui retourna les entrailles. À moins d’affronter son visiteur et à condition que nul ne l’attende en haut, elle ne s’en sortirait pas…

L’intrus progressa sur les barreaux et se révéla être une intruse, que Kaliska avait plusieurs fois aperçue de loin. Plus jeune qu’elle en apparence, vêtue simplement et munie d’une besace élimée, elle semblait appartenir aux plus défavorisés d’Embrun.

Le cœur de Kaliska cogna jusqu’à ses tempes. Elle était piégée comme un rat.

La villageoise parvint au milieu de l’échelle, referma la trappe derrière elle, puis poursuivit sa descente malgré la pénombre.

— N’aie pas peur, chuchota-t-elle.

Pétrifiée, Kaliska ne répondit pas. Ne pas avoir peur ? Elle avait toutes les raisons d’y céder !

— Je ne te veux aucun mal. Personne ne sait que tu te caches ici. Tu es l’esclave de Sæther, n’est-ce pas ?

Une boule d’appréhension se forma au creux de sa gorge. Si la jeune femme évoquait Leif, cela signifiait qu’elle était au courant de l’accusation qui planait au-dessus d’elle… Était-elle là afin de la livrer aux soldats ? Avait-on placé une prime sur elle ? Kaliska étouffa un sanglot.

— Je m’appelle Sigrun. Acceptes-tu que j’approche ?

— Je n’ai pas d’entraves ! déclara-t-elle vivement en jouant la seule carte à sa disposition. Ma magie est libre.

— C’est ce qu’il se raconte, en effet. Tu as créé une sacrée pagaille. Quoi qu’il soit, tu n’auras pas à te servir de tes pouvoirs. Je ne compte pas m’en prendre à toi et les tiens n’ont pas pour habitude d’en user de manière offensive, je me trompe ?

De tels propos l’intriguèrent. À Embrun ou ailleurs, rares étaient les Hommes un tant soit peu informés des us et coutumes de son peuple.

— Ils veulent ma mort, souffla Kaliska.

La prénommée Sigrun acquiesça.

— Tu ne serais pas ici, sinon. Rassure-toi : je n’ai pas l’intention de te dénoncer.

— Ah non ?

— Je viens t’apporter mon aide.

La méfiance envahit Kaliska.

— Je suis recherchée. On me reproche le décès de mon maître…

— Puis-je approcher ? répéta Sigrun.

— Non !

Désespérée par son propre ton suppliant, elle pinça ses lèvres. Grande Déesse, elle transpirait la crainte !

— Je vois…, soupira Sigrun. Commençons par l’essentiel, alors. Je ne pense pas que tu aies tué quiconque.

Les mains moites, Kaliska la dévisagea. Se montrait-elle sincère ou essayait-elle de la duper ? Il lui fut impossible de le déterminer ; dans tous les cas, elle était à sa merci. Incapable d’imaginer une stratégie, elle décida d’être franche.

— Leif était mon ami. Je ne lui aurais jamais causé le moindre tort.

— J’ai eu vent des rumeurs, oui. Ses voisins le prétendaient trop bon envers sa captive, presque paternel.

— Il l’était.

— Difficile d’envisager que tu aies désiré ou projeté sa mort avec de telles informations.

Kaliska haussa un sourcil. L’attitude de Sigrun l’étonnait de plus en plus.

— Vous… vous seriez prête à me croire sur parole ?

— Il est normal d’écouter toutes les versions d’un drame lorsque celui-ci survient. Et le fait que la plainte émane de la veuve Sandvik me pousse à ne pas y accorder beaucoup de crédit. Elle déteste les Lycanthus et ne manque pas une occasion de les malmener, nul ne l’ignore.

Kaliska hocha la tête.

— Elle m’a remarquée près du corps de Leif sans mes entraves et en a tiré ses propres conclusions, mais je jure sur la Forêt que je ne suis pas responsable !

La détresse perçait dans sa voix et Kaliska regretta de ne pas mieux réussir à contrôler ses émotions. Elle ne désirait pas paraître fragile, pas devant une humaine.

— Inutile de jurer, lui assura Sigrun. Mon instinct m’affirme que tu ne mens pas. Si tu avais volé la vie de ton maître, rester à ses côtés était un non-sens ; ça revenait à t’accrocher une pancarte « coupable » autour du cou, comme tu l’as découvert à tes dépens. Tu as été assez lucide pour t’enfuir et te cacher, tu es loin d’être bête. Il n’y a donc qu’une explication à ta présence près de Sæther : le chagrin.

Rassérénée par ses propos, Kaliska se détendit.

— Pourquoi êtes-vous là ?

— Parce que tu t’es terrée dans cette cave, répondit Sigrun. Ton comportement m’a intriguée, mais je n’ai pas souhaité te déranger – a priori, tu ne commettais pas un crime, il n’y a que des ruines. Puis j’ai appris ce qui s’était passé et j’ai compris qui tu étais. Je n’étais pas sûre de ta culpabilité, et j’ai décidé de venir te parler.

Kaliska se mordit la langue. Personne ne l’observait au moment de se glisser dans le sous-sol, elle en était convaincue… Si son interlocutrice l’avait repérée, qui d’autre ? L’angoisse lui remua les entrailles.

— Ai-je l’autorisation d’avancer maintenant ?

Le ton moqueur la décontenança. Leif excepté, elle n’avait pas l’habitude d’être traitée en égal, d’avoir à donner son consentement ou son non-consentement sur quoi que ce soit.

— Vous n’appréhendez pas que je vous blesse ? s’enquit-elle.

— Tu n’as pas de raison de me meurtrir, donc non. Est-ce un oui ?

— Oui…

Avec lenteur, Sigrun gagna le baquet qu’elle avait délaissé à son arrivée et s’y installa.

— Comment t’appelles-tu ? l’interrogea-t-elle ensuite.

— Kaliska.

— Bien. J’ai une mauvaise nouvelle, Kaliska. Tu es traquée et tu as déclenché l’ire de tout le hameau.

— Rien d’étonnant, murmura-t-elle après avoir dégluti. Leif était apprécié.

— Les gardes ont commencé à fouiller les chaumières et les fermes, ils s’éloignent peu à peu de la place. Ils finiront par venir dans le coin et certains risquent de songer à la cave, surtout si les habitants leur donnent un coup de main.

L’annonce lui provoqua des sueurs froides.

—… J’avais prévu de m’enfuir durant la nuit, avoua-t-elle avec peine.

— Merci.

Kaliska observa Sigrun avec stupeur.

— Pourquoi ?

— De te confier à moi. Ce n’est pas facile et ta méfiance n’est pas endormie, j’imagine.

Ses joues se teintèrent de rouge ; il s’agissait de la stricte vérité.

— Enfin, reprit Sigrun, je suis là pour t’aider. On ne te trouvera pas, je te le promets.

— Par quel miracle ?

— Ma famille possède une grange. Elle a déjà été vérifiée. Je… j’ai souvent offert mon soutien à des esclaves qui en avaient besoin. J’essaie d’être discrète, mais les gens parlent et ont des soupçons, qui sont parvenus aux oreilles des autorités. Par chance, j’étais blanche comme neige lors de la fouille.

— Je ne veux pas vous attirer d’ennuis.

Sigrun haussa les épaules.

— Ils ne se présenteront pas chez nous une seconde fois, d’autant plus que ma belle-sœur leur a assuré que j’étais partie à Chandor pour la journée.

— Vous n’êtes pas obligée de me protéger. On… on ne se connaît même pas.

— C’est vrai. Toutefois, je ne serais pas très fière de moi si j’abandonnais une innocente à son sort.

Touchée, Kaliska la remercia avant d’émettre ses craintes.

— De quelle façon espérez-vous m’emmener chez vous ? Nous n’aurons pas effectué trois pas que je serai pointée du doigt.

Sigrun remua, atteignit sa besace, puis en sortit une robe brune ainsi que des jupons.

— De vieux vêtements à Sanna, ma belle-sœur, expliqua-t-elle. Ils seront probablement trop larges, mais l’illusion marchera. Tous recherchent une captive. Ils ne prêteront pas attention à deux roturières rentrant chez elles. Je vais relever tes cheveux en un chignon pratique et porté par de nombreuses femmes, d’accord ?

La gorge de Kaliska se serra. Le plan était risqué, elle le pressentait. Néanmoins, elle n’avait pas de meilleure option. Si Sigrun était sincère, si elle n’aspirait pas à la piéger, elle constituait son meilleur espoir.

Elle attrapa les habits proposés, se redressa, puis ôta le tissu gris qui la recouvrait – sans se soucier du mouvement de tête pudique que son geste lui attira – et se changea. Endosser cette nouvelle identité était désarçonnant.

Malgré sa faible facture, la robe prêtée lui sembla d’une richesse immense tant elle était douce et confortable, loin de la rugosité de sa tenue habituelle. Le décolleté était trop grand pour sa poitrine, la jupe flottait sur ses hanches ; cependant, l’effet n’était pas catastrophique et la longueur était idéale car elle camouflait ses pieds nus.

— Qu’en dites-vous ? demanda-t-elle avec crainte.

— Il fait trop sombre pour que j’en juge réellement, mais je suppose que ça suffira. Pense à garder les yeux baissés. Seuls les loups possèdent un tel regard, il te trahirait.

Kaliska opina, puis se laissa coiffer.

— Voilà. À compter de maintenant, interdiction de me vouvoyer, décréta Sigrun. Si d’aventure nous croisons quelqu’un, il faudra être crédibles : nous serons deux amies en train de discuter.

— Je m’y emploierai, promit-elle.

— Parfait. Alors prions le Père afin que notre entreprise soit couronnée de succès.

Après deux ou trois secondes, Sigrun ajouta :

— Ou la Déesse. Excuse-moi, j’ai parlé trop vite.

— À part vous… toi, personne n’aurait songé à me proposer de m’adresser à Seva, répliqua Kaliska. J’aurais beaucoup de mal à me sentir offusquée.

Elle fut gratifiée d’un sourire.

— Ne bouge pas, je vais vérifier que la voie est libre. Désormais, la prudence est une priorité.

Avec lenteur, Sigrun remonta l’échelle et poussa la trappe de plusieurs centimètres.

— Rien en vue. Suis-moi.

Sigrun dégagea l’ouverture et s’en extirpa parmi les décombres calcinés. L’estomac noué, Kaliska la rejoignit, avant de jeter des coups d’œil anxieux autour d’elle.

— Essaie de te détendre, de te comporter normalement. Ta nervosité te rend suspecte.

Elle acquiesça et se morigéna en silence.

— Tout ira bien, la rassura Sigrun avant de lui enjoindre de se mettre en route.

Les sens en alerte, elles évoluèrent dans Embrun en accordant un soin particulier à leur itinéraire. Elles privilégièrent les rues moins fréquentées, évitèrent de frôler les habitations qu’elles dépassaient et esquivèrent les rencontres. De temps en temps, le murmure du vent leur apportait l’écho d’un cri, d’une conversation ou du cliquetis caractéristique produit par la ceinture d’un garde en mouvement.

Le chemin jusqu’à la grange mentionnée plus tôt par Sigrun n’était pas long. Pourtant, il parut durer des heures à Kaliska. Son cœur manquait un battement à chaque bruit, ses genoux s’entrechoquaient à chaque ombre qu’elle surprenait. Nauséeuse, elle faillit s’évanouir à deux reprises lorsqu’un individu se trouva à portée de vue, mais comme l’avait prédit Sigrun, nul ne prêta attention à deux amies qui déambulaient dans les ruelles.

Elles atteignirent leur but, vérifièrent qu’elles n’étaient pas épiées et pénétrèrent dans l’abri. L’odeur du foin chatouilla les narines de Kaliska, qui retint un éternuement. Ses muscles se détendirent. Réussi… elles avaient réussi ! Elle ne parvenait pas à le réaliser.

— Tu seras en sécurité ici, déclara Sigrun. Tu n’as plus qu’à attendre la nuit.

— Merci.

— Je t’en prie. Tu as une idée d’où aller, ensuite ?

Elle confirma d’un geste.

— La Forêt ? s’enquit Sigrun avec curiosité.

— C’est l’unique endroit où j’ai ma place.

— Et où tu recevras de l’aide.

— De… l’aide ? répéta Kaliska, stupéfaite.

— Il y reste des Lycanthus.

La révélation la foudroya. Tandis que Sigrun s’expliquait d’un timbre incertain, elle en demeura muette.

— J’ignore s’il s’agit de captifs évadés ou de survivants des purges, néanmoins je les soupçonne d’être à l’origine des rumeurs sur les esprits.

— C-comment ? bégaya-t-elle.

Sigrun dansa d’un pied sur l’autre.

— J’avais des doutes. Je n’arrivais pas à admettre l’existence des fantômes. Le Père… Je sais que tu n’as pas foi en lui, mais moi si et… le Père est bon et généreux. Pourquoi n’accueillerait-il pas les tiens dans Son Jardin ? Depuis que je suis petite, on m’enseigne qu’il aime chaque création. Alors, rejeter les Lycanthus à leur mort ? C’est d’une absurdité sans nom, n’est-ce pas ?

Kaliska hocha la tête. Le point de vue se défendait.

— Mes parents étaient contre l’esclavage. Ils ont agi toute leur vie selon leur conscience et ils ont aidé autant d’asservis qu’ils le pouvaient. Ma mère était très douée avec les soins. Quant à mon père, il n’avait pas son pareil pour inventer des solutions. Ils intervenaient dans l’ombre, ne possédaient pas les moyens de se dresser contre les lois qu’ils abhorraient, mais ils ne restaient pas impassibles. Ils ont évité à tes pairs un grand nombre d’ennuis et étaient mes modèles. Je me suis juré de poursuivre leur œuvre.

— C’est très altruiste et courageux de ta part, murmura-t-elle, soudain étranglée par l’émotion.

Le discours de Sigrun lui faisait malgré elle penser à Leif. Il lui rappelait ses ambitions la concernant, sa patience, son optimisme… Lui non plus n’avait jamais abandonné sa lutte silencieuse.

— Au début, je n’osais pas défier seule les maîtres d’Embrun ou des environs en assistant leurs serviteurs, lui confia Sigrun. Je culpabilisais de ne pas quitter mon inertie tout en étant terrorisée à l’idée d’être surprise. Mon frère ne désirait pas continuer à prendre des risques, je n’avais que moi sur qui compter. La situation était… désarmante.

Kaliska opina derechef. Elle ne se sentait pas le cœur de lui reprocher sa peur – elle-même avait parfois souhaité que Leif s’investisse moins dans sa demande d’affranchissement au cas où son acharnement lui aurait attiré les foudres du Consul Iversen.

— À cause de cette culpabilité peut-être, j’ai commencé à m’interroger sur le caractère hanté de la Forêt, à admettre une éventuelle présence bien réelle. J’ai réfléchi durant des heures et des heures, toujours un peu plus persuadée que des Lycanthus y évoluaient et protégeaient leur territoire. Puis je me suis posé une question… Comment mes parents auraient-ils réagi ? La réponse s’est révélée simple : ils les auraient encouragés ou aidés.

— Tu y es allée ?

Kaliska nota l’empressement qui pointait dans sa voix et déglutit, gênée de brusquer la jeune femme. La curiosité la dévorait. Existait-il vraiment des survivants au massacre qui l’avait privée de sa meute ? Des esclaves étaient-ils parvenus à fuir et à reconstruire leur vie parmi les sapins, à l’instar de leurs ancêtres ? Oh, il fallait qu’elle le découvre ! L’idée de se réfugier auprès d’eux était si délicieuse après ce qu’elle avait vécu.

— Je n’ai pas réussi à y pénétrer, avoua Sigrun sans s’offusquer de son ton. Lors de ma première « tentative », je m’y suis rendue avec un panier de victuailles… Des bruits étranges m’ont effrayée dès que je m’en suis trop approchée ; je me suis empressée de déposer mes offrandes à l’orée des arbres avant de filer ! Quand j’y suis retournée, un animal avait tout saccagé. Il n’y avait pas le moindre signe qu’un Lycanthus se soit montré.

— Logique. Si mon peuple se cache bel et bien là-bas, la prudence s’imposait. Ton don avait des allures d’un piège destiné à affirmer ou infirmer leur présence.

Sigrun acquiesça.

— Je ne m’en suis pas inquiétée. Je suis revenue à plusieurs occasions, souvent avec des couvertures ou de quoi manger. Il a fallu des mois, pourtant mes cadeaux ont fini par être acceptés. Ma théorie était juste. Je me comportais chaque fois de façon identique : j’arrivais, étais repoussée par « les esprits », j’abandonnais ce que je transportais avec moi et m’en allais. Mais au bout d’un moment, mes colis ont disparu.

Kaliska trépignait. La nouvelle était presque trop belle pour y croire. La Forêt, sa merveilleuse Forêt, abritant une partie de sa race, refusant de céder à la politique d’Escarpe, se révélant libre… Les larmes lui montèrent aux yeux.

— Un jour, je me suis interdit de partir. Malgré les sons, puis les pâles et spectrales silhouettes de Lycanthus que j’imaginais distinguer au travers des branchages, je suis demeurée là, immobile… Il ne s’est rien passé. Rien ! Ils n’ont pas cherché à m’effrayer davantage. Alors j’ai compris. Ils ne voulaient pas que je m’aventure dans leur domaine, mais ne me considéraient pas non plus en ennemie. J’ai donc respecté leur volonté. J’ai continué à leur amener des choses que je pensais utiles, mais je me suis abstenue de franchir la lisière.

Sigrun soupira.

— Je ne suis jamais entrée en contact avec qui que ce soit, et mes preuves sont maigres. Une bête ou un mendiant pourrait récupérer mes offrandes et il m’est impossible d’affirmer l’inverse puisque je ne les vois pas s’envoler. Cependant, je n’ai pas de doutes. La forêt est habitée, j’en mettrais ma main à couper.

Emportée par sa certitude, Kaliska s’apprêtait à lui demander pourquoi aucun captif d’Embrun n’avait, semble-t-il, été informé de la situation et pourquoi elle ne les aidait pas à s’y établir, quand les paroles de Leif se rappelèrent à elle.

Des désertions répétées attireraient l’attention sur l’endroit, qui serait envahi comme naguère… Le risque ne pouvait pas être pris. Sigrun le réservait probablement aux cas d’urgence ; des cas similaires au sien.

— J’espère que tu as raison, chuchota-t-elle.

— Tu le sauras ce soir. Nous voyagerons après le couvre-feu. D’ici là… je vais avoir besoin que tu te dissimules là-haut.

Sigrun désigna le grenier de la grange.

— Dag, mon frère, et Sanna ignoreront ta venue, d’accord ? Moins de personnes seront au courant, mieux ça vaudra.

Compréhensive, Kaliska accepta d’un signe de tête. À sa place, elle aussi aurait choisi de protéger sa famille et de les tenir à l’écart.

— Je serai discrète.

— Merci. Ne t’inquiète pas, je t’apporterai à manger entre-temps. Sois juste prudente, ne réponds que lorsque tu entendras ma voix.

— Bien.

— Tu t’en sortiras ?

— Grâce à toi, oui.

Sigrun la gratifia d’un sourire amical.

— On réussira, Kaliska. Les soldats ne t’arrêteront pas.

***

Merci pour votre fidélité :)

La semaine prochaine, un nouveau personnage fait son entrée en scène : Deirdre !


Texte publié par Rose P. Katell, 2 décembre 2021 à 10h53
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