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Tome 1, Chapitre 16 « L'empreinte » Tome 1, Chapitre 16

Attention : ce chapitre a été mis à jour après sa publication sur le site, Un bout de texte à été ajouté à la fin !

Rappel des derniers chapitres : Après s'être aventuré dans la forêt, Eikichi a acquis partiellement un baku, yôkai qui émet un gaz hypnotique. Il a été gravement blessé lors de la confrontation. Tokias n'a pas été blessé, mais il a subi les effets du gaz. Il a manqué de peu de tuer Eikichi avec son arc et il a frappé sa sœur qui essayait de l'aider à sortir de sa transe.

Nous retrouvons donc Tokias cette semaine ! Il digère les derniers évènements, tourne en rond et perd patience !

Bonne lecture !


Un soupir s’échappa des lèvres de Tokias sans qu’il ait le temps de le retenir. Plongé dans sa lecture, Eikichi ne fit aucun commentaire. En vérité, il était probable qu’il ne l’ait même pas entendu.

Cela faisait trois jours que les deux amis exploraient la documentation rassemblée par Rokas sans y trouver d’éléments intéressants. Si dans les premières heures, Tokias avait escompté y dénicher quelque chose d’utile, cela faisait un moment qu’il avait perdu tout espoir.

La plupart des rouleaux évoquaient de vieilles légendes ou traditions oubliées et les plus récents traitaient tous du Clan lié à un kitsune qui avait précédé celle actuelle. Heikô l’avait dissout afin de protéger la population de ses mœurs sanglants. Une des missions de son père avait d’ailleurs été de s’assurer qu’il ne demeurait pas de vestiges de ce groupuscule.

La manche du kimono d’Eikichi déjà remontée sur son épaule gauche, il saisit un pinceau d’une main incertaine. Les poils plongèrent dans l’encre avant de laisser des traces tremblantes sur la feuille. Les traits dessinés, trop épais ou superposés, ne permettaient pas de dire avec conviction s’il s’agissait du kanji de l’arbre ou du chiffre six.

— J’ai l’impression d’être revenu au jour où j’ai essayé d’écrire pour la première fois, maugréa Eikichi.

Tokias avait oublié que son camarade était arrivé analphabète à Heikô. Cependant, Eikichi avait un caractère travailleur et appliqué, si bien qu’il ne lui avait pas fallu longtemps pour rattraper son retard.

Un nouveau grognement s’échappa des lèvres d’Eikichi. Avec mille précautions, il réajusta sa posture afin de soulager sa jambe. Si le coup de tête du baku dans son genou n’avait laissé qu’une ecchymose, il n’en était pas moins douloureux selon la position.

Comme à chaque fois qu’ils étaient à proximité, Tokias ne pouvait s’empêcher de surveiller étroitement Eikichi. Il observait ses gestes, ses pupilles, tout ce qui démontrerait que son kage incomplet le dévorait de l’intérieur.

Si en journée, rien ne l’avait alerté jusque-là, il en était autrement la nuit. Des frissons agitaient le repos d’Eikichi qui gémissait dans ses rêves. Le matin, il paraissait se battre avec ses couvertures afin d’échapper au sommeil. Tokias était persuadé que par moment ses yeux basculaient du côté yôkai, mais il n’avait pu en avoir la preuve, la pénombre ou les paupières closes de son ami, l’empêchant d’en être témoin.

Tokias lui-même n’avait pas un regard beaucoup plus détendu, hanté par la vision de la kitsune qui ne s’effaçait pas malgré les jours qui passaient. Il en venait à espérer retourner dans cette fichue forêt : tuer le baku permettrait peut-être de mettre fin à ses cauchemars.

Ce n’était malheureusement pas d’actualité. Pas tant qu’ils n’auraient aucun indice quant à sa cachette. Bien que son impatience grandissait d’heure en heure, même Tokias reconnaissait que s’aventurer à l’aveuglette dans les bois serait du suicide.

Cela le ramenait donc à la pièce des archives où ils ne trouvaient rien et dont ils avaient presque fait le tour.

De légers coups sur la porte attirèrent son attention. Il pressa l’épaule d’Eikichi pour le sortir de sa lecture.

— Bonjour Sekka ! l’accueillit Eikichi sur un ton las.

Cette dernière les dévisagea tour à tour un long moment, puis ses yeux se posèrent sur « l’œuvre » d’Eikichi.

— Je suis la secrétaire de mon père, mais si tu veux que je prenne des notes pour toi aussi, c’est possible !

Eikichi secoua la tête avec véhémence avant de s’arrêter, la main sur la tempe. La migraine qui l’avait soudain saisi le faisait grimacer. Tokias répondit à sa place :

— Nous avons presque fini d’explorer les documents de papa et jusque-là, il n’y avait rien qui soit digne d’être relevé, sinon je l’aurais fait.

Tokias se retint de justesse d’ajouter qu’elle pouvait aussi se mêler de ses affaires, conscient que cette remarque serait un peu puérile. Ce n’était néanmoins pas l’envie qui lui manquait. Depuis qu’ils s’étaient installés chez Rokas, c’est comme si elle était partout à la fois. La voir se rendre indispensable avec son petit sourire en coin mettait les nerfs de Tokias à rude épreuve. Pour ne rien arranger, l’œil au beurre noir qu’elle se gardait bien de dissimuler renforçait sa culpabilité ce qui accentuait son attitude acerbe envers elle.

— J’irai contrôler les bordures de la forêt, dit-il par impulsion.

L’idée fit le tour de sa pensée et plus Tokias y songeait, plus il l’appréciait. Il avait besoin d’être dehors, d’agir. Peut-être même qu’il pourrait brûler quelques jubokko afin d’évacuer la tension des derniers jours.

— Chiaki et papa voudront connaître ton parcours. Et je doute que tu puisses y aller seul.

— Je suis grand et un guildien formé par Heikô. C’est aussi de ma responsabilité d’assurer la sécurité aux abords du village.

Sekka leva les yeux au ciel ce qui accentua sa colère.

— Je ne suis pas ton frère ou le fils de Rokas, s’emporta-t-il. Je suis Tokias, un guildien en qui Haneki-dono a confiance.

— D’accord, d’accord, Tokias, je laisse à papa et Chiaki le « plaisir » de discuter avec toi ! Au départ, j’étais venu vous annoncer que le repas était prêt. Tu pars tout de suite ou tu manges avant ?

Eikichi qui tentait de sortir de sous la table où il s’était assis offrit à Tokias l’excuse parfaite pour ne pas répondre. Le soulevant par les épaules, il l’aida à se remettre sur ses jambes.

Dans la pièce à vivre, Rokas était déjà installé, l’esprit ailleurs. Il les accueillit avec un sourire qui disparut vite pour laisser place à des sourcils froncés.

— Sekka, grommela-t-il tandis qu’elle entrait à son tour, je t’ai demandé de ne pas te montrer désagréable avec ton frère.

— Je suis innocente, se justifia-t-elle, les mains en l’air. Si tu n’as pas besoin de moi, j’aiderai Eikichi cet après-midi.

— Seulement s’il est d’accord ! Je te ferai chercher si un yôkai messager me parvient.

Régulièrement, Haneki lui adressait des missives par le biais de kageka et la dernière remontait à plusieurs semaines. Rokas espérait qu’elle arriverait vite et que cela lui permettrait de demander des renforts dans de plus brefs délais.

Sekka s’agenouilla au bord de l’antre afin de les servir et, après avoir aidé Eikichi à prendre place, Tokias s’occupa de déposer les plateaux que sa sœur avait généreusement remplis devant chacun.

La vaisselle lui était moins familière que celle de Chiaki. En vérité, c’était l’ensemble des lieux qui lui était étranger. À présent qu’il était là, il réalisait que « chez lui », c’était chez le Daimyo où il avait vécu la majeure partie de son enfance. Il chassa ces pensées avec agacement, fatigué de cette dissonance entre ce qu’il était et ses souvenirs. Il était plus que temps qu’il passe à autre chose.

De nouveau, l’idée de sortir le soulagea. Après son inspection, il s’entraînerait. Si certains villageois se montraient intéressés, il en affronterait quelques-uns.

Alors qu’il allait s’asseoir pour dévorer son repas, depuis l’extérieur, Chiaki appela :

— Rokas-dono ?

— Pas de simagrées, entre Chiaki.

Bien que plus petit que Rokas ou Tokias, il dut se baisser pour passer la porte. Son air grave alerta tout le monde. Chacun se tendit dans l’attente de la mauvaise nouvelle.

— Je pense que le baku s’est aventuré dans Tamura. Il faut que vous veniez voir...

— Où ça ? s’exclama Tokias.

Avant que quiconque n’ait pu réagir, il avait bondi sur ses pieds et il atteignait déjà la sortie. Chiaki lui bloqua le passage avec son bras.

— Tu ne peux pas y aller comme ça ! s’indigna-t-il. Tu ne sais pas sur quoi tu vas tomber.

Tokias ne comprenait pas les réticences de Chiaki. Si le baku était là, c’était une chance à ne pas rater.

— Chaque minute qui passe est une minute perdue ! s’exclama Tokias. Il va nous échapper ! C’est une occasion inespérée de mettre fin à la situation sans s’aventurer sur le territoire de la kitsune.

L’air buté, Chiaki secouait la tête sans retirer son bras. L’idée de chasser physiquement le Daimyo dérangeait Tokias et il se tourna vers son père afin qu’il appuie sa décision.

Rokas se leva et sa silhouette sembla occuper tout l’espace. Cela renvoya Tokias à son statut de petit garçon ce qui l’agaça au plus haut point : à cet instant, il devait plus que jamais agir comme un membre de la Guilde. Il bomba le torse et se redressa afin de faire face à son père.

— Quelqu’un a vraiment vu le baku ? demanda Rokas à Chiaki.

— Non, répondit ce dernier. Nous avons trouvé des empreintes inhabituelles et du sang à proximité de chez Bunji. Lui-même n’est pas sorti ce matin. Peut-être que je me fais des idées et que ce n’est qu’une crise provoquée par son alcoolisme, mais mon instinct me souffle que ce n’est pas le cas. Un petit groupe de volontaires monte la garde au cas où le yôkai apparaîtrait.

L’ardeur de Tokias se calma lorsqu’il comprit qu’il s’agissait de Bunji. La mort de sa fille, puis de sa femme avaient complètement détruit l’homme qui s’était rabattu depuis longtemps sur l’alcool. Enfant, Tokias avait été témoins de ses errances durant lesquelles il déambulait à la frontière de la forêt, hurlant des insultes ou les noms des disparues jusqu’à ce que quelqu’un, souvent kotone, le ramène chez lui et l’aide à décuver.

— Tu es sûr de ce que tu avances ? insista Rokas. Bunji perd de plus en plus la raison...

— Je me suis approchée de chez lui et je peux te garantir que je n’avais jamais observer une telle empreinte de ma vie ! répliqua Chiaki. Il y a quelque chose d’étrange : mes entrailles me l’affirment. Je n’ai laissé personne entrer, j’avais peur que le baku se soit réfugié à l’intérieur et qu’il ait relâché son gaz hypnotique. Je ne voulais pas...

— Eikichi est en transe, l’interrompit Sekka depuis l’étage où Tokias ne l’avait pas vue disparaître.

Ils se tournèrent vers lui d’un même mouvement. Les paupières d’Eikichi étaient closes et son visage, tendu. Des tics parcouraient ses lèvres qui semblaient murmurer des paroles inaudibles. Un frisson secoua soudain le corps d’Eikichi, puis une grimace déforma ses traits. Il rouvrit les yeux en balançant la tête comme pour chasser une sensation désagréable.

Durant un instant, trop fugace pour que Tokias en soit certain, les pupilles d’Eikichi lui apparurent d’une forme moins ronde que la normale et son iris, plus clair.

— Nous vous écoutons, l’invita à parler Rokas, une fois que Eikichi fut de nouveau parmi eux.

— Je n’arrive pas à me connecter au baku. Je ressens une part de lui, mais elle m’est inaccessible. Je ne saurais pas dire s’il est à proximité.

— Le mieux serait encore de se rendre sur place, conclut Rokas. Tokias pourra vérifier ce qu’il en est grâce à son onibi.

Enfin, ils y venaient, exulta intérieurement ce dernier. Chiaki avait baissé son bras et Tokias put récupérer son arc qui demeurait près de la porte.

— Tu devrais rester ici, Eikichi, exposa Tokias.

— Non !

Eikichi se racla la gorge avant de poursuivre plus calmement :

— Je veux dire que si Chiaki-dono a raison et qu’il y a du gaz, comme je n’ai pas l’air d’y être sensible, il vaut mieux que je sois sur place.

— Et si l’Attirance te faisait de nouveau perdre la tête ? répliqua Tokias.

Sa patience s’amenuisait : retarder l’inspection lui apparaissait comme une aberration.

— Et si c’est toi qui succombais à l’hypnose, intervint Sekka qui arrivait depuis une pièce en retrait.

Il la fixa, les poings et la mâchoire serrés. Face à son expression furieuse, Sekka soupira, puis haussa les épaules.

— C’est pour cette raison que je ne m’approcherai pas de chez Bunji, annonça Rokas. Si je perds le contrôle, je n’ose pas imaginer ce qui pourrait se produire.

Chiaki se frotta l’arrière du crâne avec un air contrarié.

— En tant que Daimyo, je suppose qu’il vaudrait mieux que je ne participe pas non plus. Je ne suis pas certain de vous apporter grand-chose de toute façon.

Ils se tournèrent tous vers Tokias dans l’attente de son verdict.

— Eikichi et toi dirigez cette mission, expliqua Rokas. Vous êtes en désaccords et il vous faut vous décider.

Tokias envisagea un court instant d’annoncer qu’il s’y rendrait seul, mais il se doutait qu’il devrait négocier avec Eikichi voire avec son père pour qu’on le laisse partir. Encore une fois, ce serait une perte de temps.

Malgré cela, si Eikichi l’accompagnait, cela forcerait Tokias à avoir toujours un œil sur lui et s’il y avait une confrontation avec le baku, cela pourrait devenir dangereux.

— Eikichi et moi irons sur place… avec Sekka, ajouta-t-il non sans peine.

Sa sœur lui offrit un énorme sourire en réponse. À ses pieds, il y avait un tas d’étoffes dont dépassait un étui plutôt long pour un coutelas. Sans plus de cérémonie, elle obligea Eikichi à lui faire face afin de l’habiller.

Comprendre qu’elle avait anticipé sa décision donna l’impression à Tokias d’avoir été manipulé depuis le début.


Le glossaire s'est enrichi d'un terme : onigiri ! Comme toujours, si des termes vous semblent flous, n'hésitez pas à les signaler ^^

Bonne fin de journée !

Glossaire :

(n'hésitez pas à me signaler les termes qui vous ont posé problème !)

Atsuko : concubine de Chiaki

Chiaki : Daimyo de Tamura

Daimyo : Chef territorial, il a un pouvoir de justice, de politique et de représentation.

Haneki-dono : Grand Maître du Sanctuaire Nord d'Heikô

Hanko : (terme non inventé) ce sont des tampeau, des sceaux qui permettent d'identifier la personne qui a écrit un document. Cela remplace notre signature. Ils sont encore utilisés de façon courante aujourd'hui et nombreuses sont les familles qui en possèdent deux : un pour les documents très officiels (achats de maison, mariage) et un deuxième pour le quotidien ( signer un reçu pour le facteur...)

Hiragana : (terme non inventé) c'est un syllabaire japonais

Jubokko : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, arbre vampire, il a l'apparence végétale, mais se nourrit du sang de ses proies.

Kage : c'est le don que possède Eikichi et Tokias. Il leur permet d'insuffler un esprit yôkai dans leur ombre pour en faire usage comme d'une marionnette. Le terme est tiré du mot ombre en japonais.

Kageka : c'est un utilisateur du kage

Kasha : Yôkai qui a l'apparence d'un chat géant et dont plusieurs parties de son corps sont enflammées

kitsune : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, renard à la forme et la taille mouvante

Konazawa : ville où se trouve le Sanctuaire où ont été formé Eikichi et Tokias

Kotone : concubine de Chiaki

Nikô : ville portuaire à l'ouest de l'île où sont envoyés Riani et Ôdan

Ôdan : camarade de promotion de Tokias et Eikichi

Onibi : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai ressemblant à un feu follet géant et kage de Tokias

Onigiri : boule de riz fourrée !

Saneyama : île sur laquelle se déroule l'histoire.

Sekka : petite soeur de Tokias

Tamura : ville où se déroule la mission d'Eikichi et Tokias

Tomoe : (prénom japonais) nouvel aspirant kageka

Yukata : (terme non inventé) kimono en coton très léger qui, à l'origine, ne se portait que dans les bains publiques


Texte publié par Sizel, 4 mars 2022 à 15h41
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