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Tome 1, Chapitre 13 « Illusion » Tome 1, Chapitre 13

Vous êtes à la moitié de l'histoire... Enfin à la louche ! J'aimerais finir la réécriture du tome 1 d'Heikô pour fin Mars, c'est un défi loin d'être gagné, mais je vais essayer de tenir mon objectif. Je finalise un chapitre sur deux jours (un pour la réécriture, puis un de correction), parfois j'arrive à les enchaîner donc ça me semble tout à fait possible.

Quoi qu'il en soit, voici un chapitre du point de vue de Tokias qui devrait permettre de mieux comprendre le chapitre précédent !

Bonne lecture !


Tokias fixait le ciel voilé sans réussir à réintégrer la réalité. De l’herbe lui chatouillait la joue et une bosse de terre était désagréable dans son dos, mais, s’il en avait conscience, il ne parvenait pas à se sentir concerné.

Ses yeux se fermèrent.

L’image de la kitsune s’imposa à lui et il les rouvrit quelques secondes plus tard. La peur demeurait présente. Il ne s’agissait pourtant que d’une illusion : le yôkai n’avait pas été réellement là, mais il avait du mal à l’intégrer.

Si Sekka ne l’avait pas bousculé…

… il aurait tué Eikichi.

De loin, de très loin, une petite voix lui soufflait que ça aurait été une catastrophe.

— Tokias !

Rokas lui pressait le bras avec la force de son angoisse. Une main força Tokias à tourner la tête et leurs yeux se croisèrent. Ceux de son père ne se fixait pas sur lui : sa vue était encore plus mauvaise que ce qu’il s’était imaginé.

Une chaleur, d’abord douce, puis s’intensifiant au-delà de l’acceptable, finit de ramener Tokias à l’instant présent. À leurs côtés, le kasha de Rokas l’observait avec la vue qui manquait à son père.

— Ça va ! maugréa-t-il enfin. Ça va !

Malgré ses répétitions, les mains calleuses de Rokas continuaient de se poser sur lui comme pour vérifier que chaque os était bien à sa place.

— Papa, ça va ! Je n’ai pas été blessé.

La réalité de ce propos lui était douloureuse. Sa sœur avait un œil au beurre noir et probablement plusieurs ecchymoses à cause de lui. Troublé par l’Attirance, Eikichi avait été attaqué et n’avait pu se défendre avec lucidité. Et lui s’en sortait sans la moindre égratignure. Cela aurait pu être une source de fierté si cela avait été grâce à ses capacités, mais la vérité était bien différente et il en avait conscience.

— Que s’est-il passé ? demanda Rokas. Tu n’es peut-être pas blessé, mais tu n’es pas dans ton état normal, tout comme les autres.

Un regard sur ce qui entourait Tokias lui apprit qu’Eikichi n’était plus à ses côtés. L’herbe avait été piétinée par endroit et des taches de sang subsistaient là où son ami s’était trouvé un peu plus tôt. L’idée qu’il soit reparti en quête de son yôkai, seul, lui broya l’estomac. Les yeux écarquillés, il agrippa le bras de son père.

— Où est Eikichi ? Il était allongé et…

— Doucement ! Nous l’avons juste transféré dans un lieu plus confortable. Ça fait plusieurs minutes qu’on est arrivés, mais ni toi ni Sekka ne nous répondiez.

Tokias tourna la tête pour repérer sa cadette, Rokias pointa la rive de la rivière où elle s’était assise, les pieds dans l’eau trop fraîche.

— Elle refuse de parler, expliqua Rokas. J’ai constaté qu’elle avait le visage tuméfié, doit-on craindre d’autres blessures plus graves ?

Tokias se força à revivre les évènements dans la forêt.

S’il avait compris qu’Eikichi était en prise avec un animal, il ne l’avait pas clairement vu. Une chose était sûre néanmoins, Sekka était restée en retrait de cette confrontation, elle avait assuré leurs arrières avec son arc.

— Je ne pense pas, dit-il sans conviction.

Rokas regarda sa fille avec l’air contrarié, puis soupira.

— Rentrons.

Tokias n’eut pas le temps de demander où que déjà son père tirait sur son bras pour l’aider à se mettre debout. Après quelques pas hésitants, ses jambes retrouvèrent leur stabilité et Tokias put se concentrer sur autre chose.

— Comment va Eikichi ?

— Inconscient et fiévreux. Kotone devait s’occuper de lui, elle nous en dira plus. La symbiose devait être très forte pour qu’il soit à ce point éprouvé.

Tokias secoua la tête avec lassitude.

— Le kage est toujours incomplet. Il y a eu un échange de sang, mais le baku s’est enfui.

— Un baku ? répéta son père.

Il fronça les sourcils.

— Un baku ! Ils vivent dans les marécages, pour ce que je sais il n’y en a pas dans cette partie de l’île. Je n’ai pas souvenir d’avoir lu quoi que ce soit à son sujet depuis bien longtemps. C’est un gros animal ?

— Je ne l’ai pas vraiment vu, c’est Eikichi qui a dit ce que c’était. Je me suis pourtant approché de l’endroit où Eikichi se débattait avec, mais c’est comme si j’avais été incapable de regarder la scène en face. J’ai donné un coup de pied dans le vide et le yôkai a volé, je suppose donc que ce n’est pas très imposant.

Tokias chercha dans sa mémoire ce qu’il savait à propos de cet animal. Pas grand-chose au demeurant. On ne l’avait pas vu depuis plusieurs années et il était réputé pour être très discret.

Rokas garda le silence de longues minutes. Ils allaient entrer chez lui quand il lâcha une exclamation :

— Les textes parlent de vision…

— J’ignore comment ça fonctionne, murmura Tokias, mais j’avais l’impression que la kitsune se trouvait là, devant nous et qu’elle allait tuer Eikichi…

— Je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu un kageka lié à cet animal à Heikô. Les kageka de baku remontent à la période antérieure à la Guilde.

Chiaki écarta un rideau pour les permettre d’entrer dans la maison.

— Comment te sens-tu ? s’inquiéta-t-il à l’attention de Tokias.

Avant qu’il ne puisse répondre, Rokas intervint :

— Il va avoir besoin d’un peu de temps, on en reparlera tout à l’heure quand Kotone se sera assurée que tout va bien. Tu risques d’avoir du travail dans les prochaines heures.

— Tamura est en danger ? s’inquiéta Chiaki.

— Il va falloir être prudent. Tu peux ramener Sekka par ici ? Elle est restée près de la rivière et je préférerais qu’elle ne soit pas seule. Il est possible qu’elle ait eu des visions et qu’elle ait un comportement étrange.

— Ça changera pas beaucoup de d’habitude…

La plaisanterie ne toucha pas Rokas dont l’expression demeurait marquée par l’angoisse. Chiaki n’insista pas. Il pressa l’épaule de Tokias en signe de réconfort, puis quitta la maison sans traîner.

Rokas entra chez lui, suivi de Tokias, amer d’y être invité dans de telles circonstances. Atsuko était sur place et avait investi le foyer où elle s’activait. Près d’elle des langes et de l’eau propre attendaient.

— Kotone s’occupe d’Eikichi, leur indiqua-t-elle à voix basse. La blessure de sa main est préoccupante, mais il est difficile de dire à quel point. Kotone affirme que cela ne justifie pas son inconscience. Elle n’a vu aucune plaie à la tête non plus. Nous avons envoyé un messager afin d’avoir l’avis d’un guérisseur, mais il mettra plusieurs jours à rejoindre Tamura.

— Il semble que son état soit causé par son kage, expliqua Rokas. Seule la mort du yôkai le libérera.

— Il faudra retourner dans la forêt ? s’inquiéta Kotone.

— Je l’ignore pour le moment, soupira Rokas, mais c’est malheureusement à craindre.

Il y eut un instant de flottement, rompu par Kotone qui appelait Atsuko à la rescousse.

Tokias s’assit lourdement à la table basse. Il remarqua alors que son père écartait les portes du temple destiné à rendre hommage aux ancêtres. Une petite statue à l’effigie de la kitsune s’y trouvait nichée. Il alluma un bâton d’encens et émit une oraison silencieuse.

Quand Rokas rouvrit les yeux, Tokias l’interpella :

— Tu pries la kitsune ?

— Je la remercie de ne pas vous avoir fait du mal à toi ainsi qu’à ta sœur.

L’image fugace de Sekka, le dos en sang, s’imposa. La kitsune n’avait pas toujours été si clémente.

— ...et je lui demande de tuer le baku. Dans notre situation, c’est la meilleure chose qui pourrait se produire.

Durant un instant, Tokias envisagea de l’imiter, mais il ne put s’y résoudre. Il emprisonna une de ses mains avec la deuxième pour calmer le tremblement que provoquait son image dans son esprit.


La prochaine fois, il y aura donc une petite pause interlude... sauf si je rajoute un autre chapitre du point de vue d'Eikichi ! Je ne suis pas encore sûre de moi !

À la semaine prochaine !

Glossaire :

(n'hésitez pas à me signaler les termes qui vous ont posé problème !)

Atsuko : concubine de Chiaki

Chiaki : Daimyo de Tamura

Daimyo : Chef territorial, il a un pouvoir de justice, de politique et de représentation.

Haneki-dono : Grand Maître du Sanctuaire Nord d'Heikô

Hanko : (terme non inventé) ce sont des tampeau, des sceaux qui permettent d'identifier la personne qui a écrit un document. Cela remplace notre signature. Ils sont encore utilisés de façon courante aujourd'hui et nombreuses sont les familles qui en possèdent deux : un pour les documents très officiels (achats de maison, mariage) et un deuxième pour le quotidien ( signer un reçu pour le facteur...)

Hiragana : (terme non inventé) c'est un syllabaire japonais

Jubokko : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, arbre vampire, il a l'apparence végétale, mais se nourrit du sang de ses proies.

Kage : c'est le don que possède Eikichi et Tokias. Il leur permet d'insuffler un esprit yôkai dans leur ombre pour en faire usage comme d'une marionnette. Le terme est tiré du mot ombre en japonais.

Kageka : c'est un utilisateur du kage

Kasha : Yôkai qui a l'apparence d'un chat géant et dont plusieurs parties de son corps sont enflammées

kitsune : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, renard à la forme et la taille mouvante

Konazawa : ville où se trouve le Sanctuaire où ont été formé Eikichi et Tokias

Kotone : concubine de Chiaki

Nikô : ville portuaire à l'ouest de l'île où sont envoyés Riani et Ôdan

Ôdan : camarade de promotion de Tokias et Eikichi

Onibi : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai ressemblant à un feu follet géant et kage de Tokias

Saneyama : île sur laquelle se déroule l'histoire.

Sekka : petite soeur de Tokias

Tamura : ville où se déroule la mission d'Eikichi et Tokias

Tomoe : (prénom japonais) nouvel aspirant kageka

Yukata : (terme non inventé) kimono en coton très léger qui, à l'origine, ne se portait que dans les bains publiques


Texte publié par Sizel, 11 février 2022 à 10h17
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