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Tome 1, Chapitre 7 « Tamura » Tome 1, Chapitre 7

Dans le dernier chapitre, vous avez eu droit à un petit interlude avec Yumi et dans le précédent, Tokias et Eikichi entamait leur périple jusqu'à Tamura !

Et dans ce chapitre... Je vous laisse découvrir ce qu'il en est ;)

Bonne lecture


Plus les jours se succédaient et plus Tokias cherchait des repères familiers dans le paysage.

Cet arbre biscornu lui rappelait quelque chose, tout comme ce gros rocher… Sa mémoire d’enfant cependant ne lui permettait pas d’en avoir l’assurance. Il serrait les dents et avançait sans évoquer les doutes qui le hantaient.

Un peu en retrait, Eikichi peinait à tenir son rythme. Il agrippait tour à tour les racines qui se présentaient devant lui afin de se hisser sur la butte à la paroi pentue. La fatigue le rendait de moins en moins prudent et les glissades se faisaient plus nombreuses.

Bien que Tokias n’en montre rien, il était tout aussi épuisé par les derniers jours. Cela faisait quatre nuits qu’ils dormaient à la belle étoile et la veille, une grosse ondée inhabituelle pour la saison avait déferlé sur eux. Malgré la protection de leur chapeau à large bord et la forêt épaisse, ils avaient fini trempés jusqu’aux os.

À la fatigue du voyage s’ajoutait celle du kage que Tokias sollicitait trop. Il essayait de garder autant que possible l’onibi à leur côté et son endurance laissait à désirer. Cette preuve de faiblesse l’énervait ce qui n’arrangeait en rien son humeur. Malgré cela, la perspective d’avancer à l’aveugle sans les sens de son feu follet pour repérer d’éventuels ennemis lui paraissait inconcevable.

Tokias jeta un regard noir à la végétation qui lui bouchait la vue : Tamura devrait être déjà visible !

Eikichi, pourtant très sceptique, avait fini par accepter l’idée d’emprunter un raccourci pour gagner une journée. Plus les kilomètres se succédaient et plus Tokias craignait de s’être trompé.

Un soupir s’échappa de son camarade lorsqu’ils atteignirent le sommet de la colline. Eikichi appuya son dos contre un arbre au tronc moussu, puis s’étira avec soin. L’air maussade, Tokias décrocha sa gourde de son panier et en avala une bonne rasade. La légèreté de l’outre lui indiqua qu’il faudrait se remettre en quête d’une source d’eau pure bientôt. De nouveau, cela les ralentirait...

— Ah ! s’exclama Eikichi.

D’instinct, Tokias lâcha sa gourde et attrapa le pommeau de son coutelas à la hanche. Il le dégaina tout en faisant volte-face.

L’expression d’Eikichi ne manifestait aucune inquiétude tandis qu’il s’avançait pour mieux observer la scène à travers les branchages devant lui. Un sourire avait même étiré ses lèvres, une première depuis un long moment.

— C’est Tamura, ça ?

Tokias cligna des yeux, puis tordit le cou afin de suivre le regard de son camarade. L’après-midi était déjà bien entamé et l’ombre des montagnes Enkei couvrait une bonne partie du paysage. Malgré cela, en contre-bas, on distinguait des toits nichés dans le coude d’une large rivière et, si l’on plissait assez les paupières, de la fumée qui s’en échappait.

— Je commençais à douter de toi, s’amusa Eikichi, mais tu avais raison !

— Pour qui me prends-tu ? répondit Tokias avec mauvaise foi. J’ai grandi ici, je ne peux pas me tromper !

Désormais plus guilleret, Eikichi se pencha pour apercevoir le chemin qui leur restait à parcourir.

— Tu crois qu’on arrivera ce soir ?

— Ce serait après la nuit tombée, mais je pense qu’en se pressant un peu, c’est tout à fait possible ! Tu t’en sens capable ?

Eikichi marqua une hésitation.

— La route est en pente et la perspective d’avoir un lit à l’abri ainsi qu’un repas chaud devrait aider !

Tokias rengaina son arme, puis ramassa sa gourde qui s’était vidée. Il s’engagea dans le sentier qui se dessinait à peine dans les arbres en grande partie couverts de lianes et de mousse. Quelques mètres plus loin, il s’immobilisa lorsqu’il constata qu’Eikichi ne le suivait pas.

— On y va ?

— J’essaye de repérer les lieux. Le torii est immense !

— Autant que le danger de s’aventurer dans son territoire : il vaut mieux qu’il soit clairement délimité !

— Mais Tamura est pratiquement à ses pieds !

À contrecœur, Tokias revint sur ses pas. Il était impossible de rater le torii malgré la distance : une énorme poutre rouge était posée sur deux piliers de la même couleur et dépassait la cime des arbres les plus anciens. Les premiers toits du village n’en étaient éloignés que de quelques mètres.

— Les habitations dans ce coin sont rares, ce sont surtout des marginaux qui y vivent. La majorité de la ville se trouve le long de la rivière. Tu auras un meilleur aperçu une fois à Tamura.

Eikichi finit par acquiescer et, enfin, ils purent se remettre en route.

La forêt laissait peu à peu la place à des champs de riz, de thé et quelques potagers. À cette heure tardive, plus personne n’y travaillait, mais quelques torches brûlaient encore. Le chemin qu’ils empruntaient, bien que creusé par endroits, était bien plus entretenu et ils ne courraient plus le risque de trébucher à chaque pas.

Dès qu’il aperçut les premiers pavés, Tokias fit disparaître son onibi et un frisson de fatigue traversa tout son corps.

Le bruit de la rivière leur parvint avant qu’il n’atteigne la rue centrale de la ville. Eikichi observait les alentours avec curiosité.

— On va où ? murmura-t-il.

— Chez le Daimyo ! répliqua Tokias avec surprise. Où voudrais-tu qu’on aille à cette heure-là ?

— Chez ton père ?

La réponse figea Tokias. La pensée de se présenter devant lui, le kimono boueux et débraillé, le rendit honteux.

— Haneki-dono ne nous a pas dit qu’il tenait un comptoir, balbutia-t-il. J'ignore même où il a été installé... Non, énonça-t-il finalement avec conviction, nous devons aller chez le Daimyo. C’est de toute façon dans les usages.

Eikichi leva le nez à la recherche de la demeure en question, mais Tokias savait sans aucun doute quelle direction prendre. Les souvenirs affluaient tant qu’il avait du mal à les tenir à distance : il était incapable de dire si l’odeur des desserts concoctés par la vieille dame et le bruit du moulin étaient réels ou dans sa tête.

Après quelques minutes de marche, ils débouchèrent sur une zone plus dégagée. Une ruelle joliment pavée de cailloux ronds menait jusqu’à une maison sur deux étages plus larges que les autres. Une torche brillait devant l’entrée comme pour inviter les visiteurs à s’en approcher.

Durant une seconde, Tokias se vit jouer devant avec les enfants du village. D’un mouvement agacé de la tête, il chassa l’image. Sa main tendue agrippa une corde d’une poigne ferme. Tandis qu’il la secouait, une cloche teinta. Le silence lui répondit, puis, très vite, le bruit d’un pas saccadé résonna dans la demeure.

— Entrez, entrez, leur dit une femme depuis l’intérieur.

Tokias et Eikichi avisèrent leurs pieds boueux avec un air sceptique.

— Eh bien, qu’attendez-vous ?

Le rideau suspendit devant la porte s’écarta et Tokias ne put s’empêcher de sourire en voyant la femme rondelette aux cheveux poivre et sel qui l’observait. Si le front d’Atsuko était marqué de plus de rides qu’auparavant, elle avait peu changé. Un rire presque enfantin l’agita quand elle le reconnut.

— Vous voici ! Nous vous attendions !

Atsuko tendit la main pour les encourager à entrer.

— Nous ne sommes pas très propres, s’excusa Eikichi qui n’osait obéir.

— Peu importe, s’emporta-t-elle, je nettoierai après ! Chiaki ! Kotone ! Nous avons de la visite !

Tokias quitta sandales et chaussette, puis monta les quelques marches qui le séparaient d'Atsuko. Avec un petit cri joyeux, elle le serra contre elle.

— Je suis tellement contente de te revoir, tu nous as manqués.

Ses bras mirent quelques instants à se refermer à son tour autour de la femme qui était minuscule en comparaison. Après tant de jours en pleine nature, le contraste était trop brutal pour qu’il parvienne à l’intégrer. Il revenait en tant que représentant d’Heikô et on l’accueillait comme le petit garçon qu’il avait été. Si cette étreinte lui faisait plaisir, il n’était pas sûr que cela soit convenable.

Enfin, Atsuko le lâcha pour s’intéresser à Eikichi. D’une main autoritaire, elle souleva son menton pour l’observer de plus près.

— Vous n’avez pas l’air en grande forme, on va vous requinquer en moins de deux ! Chiak…

— Ne crie pas comme ça, le rabroua un homme chauve, tu vas réveiller tout le quartier.

Tokias reconnut sans mal celui qui avait veillé sur lui et sa sœur lorsque son père était en mission. En retrait, Kotone réajustait son kimono. Une mèche blanche se détachait au milieu de sa chevelure sombre.

— Bienvenue à Tamura, aspirants d’Heikô, les salua-t-elle de façon bien plus protocolaire.

Chiaki leur adressa un immense sourire qui fit écho à celui sur les lèvres de Tokias.


La semaine prochaine, vous aurez l'occasion de rencontrer deux nouveaux personnages (dont une que certains attendent avec impatience !).

Glossaire :

(n'hésitez pas à me signaler les termes qui vous ont posé problème !)

Atsuko : concubine de Chiaki

Chiaki : Daimyo de Tamura

Daimyo : Chef territorial, il a un pouvoir de justice, de politique et de représentation.

Haneki-dono : Grand Maître du Sanctuaire Nord d'Heikô

Hanko : (terme non inventé) ce sont des tampeau, des sceaux qui permettent d'identifier la personne qui a écrit un document. Cela remplace notre signature. Ils sont encore utilisés de façon courante aujourd'hui et nombreuses sont les familles qui en possèdent deux : un pour les documents très officiels (achats de maison, mariage) et un deuxième pour le quotidien ( signer un reçu pour le facteur...)

Hiragana : (terme non inventé) c'est un syllabaire japonais

Jubokko : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, arbre vampire, il a l'apparence végétale, mais se nourrit du sang de ses proies.

Kage : c'est le don que possède Eikichi et Tokias. Il leur permet d'insuffler un esprit yôkai dans leur ombre pour en faire usage comme d'une marionnette. Le terme est tiré du mot ombre en japonais.

Kageka : c'est un utilisateur du kage

kitsune : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, renard à la forme et la taille mouvante

Konazawa : ville où se trouve le Sanctuaire où ont été formé Eikichi et Tokias

Kotone : concubine de Chiaki

Nikô : ville portuaire à l'ouest de l'île où sont envoyés Riani et Ôdan

Onibi : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai ressemblant à un feu follet géant et kage de Tokias

Tamura : ville où se déroule la mission d'Eikichi et Tokias

Tomoe : (prénom japonais) nouvel aspirant kageka

Yukata : (terme non inventé) kimono en coton très léger qui, à l'origine, ne se portait que dans les bains publiques


Texte publié par Sizel, 17 décembre 2021 à 10h05
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