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saison 2, Chapitre 8 « Chapitre 6 » saison 2, Chapitre 8

Fuir... jusqu'à ce que ça devienne impossible...

Bonne lecture !

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Son poing serré réveilla l’inflammation de sa blessure et lui permit d’échapper à sa torpeur. La présence du baku s’estompait enfin. Eikichi en ressortit galvanisé, son ouïe et son odorat étaient décuplés. Son corps demeurait perclus de douleurs sourdes, le souffle lui manquait, mais son esprit était plus clair que jamais.

La lumière de la lune ne suffisait pas à éclairer le sous-bois et ils butaient sur les racines ou les branches tombées. La lanière de sa dernière sandale s’était brisée et désormais, elle pendouillait à sa cheville sans utilité. La plante de ses pieds était en feu à cause des coupures et échardes qui s’y nichaient.

À sa droite, la respiration de Sekka devenait de plus en plus erratique. Malgré cela, elle s’accrochait et sa foulée battait l’herbe aussi vite qu’elle le pouvait.

Derrière eux, Tokias les poussait dans le dos pour qu’ils accélèrent, mais Sekka, comme Eikichi, avait déjà atteint leur limite. Sa voix les pressait pourtant à puiser dans leurs réserves sur un ton angoissé :

— Allez, allez, dépêchez-vous.

Cette course folle pour ils ne savaient où, ne pourrait pas se poursuivre bien longtemps. La confrontation était inévitable et Tokias devait bien s’en douter. Sekka trébucha au point de perdre l’équilibre. Elle glissa sur le sol jusqu’à un buisson.

Tokias se prit les pieds dans la jambe de sa sœur et s’effondra à son tour. Son juron résonna d’autant plus fort dans le silence de la nuit. Eikichi se précipita sur Sekka qui se relevait avec peine. Il lui attrapa le bras pour l’aider à se mettre debout.

Une lueur double alerta Eikichi. Il repéra la silhouette féline du nekomata tout près. Ses deux queues enflammées s’agitaient derrière lui.

Le chat noir feula dans leur direction sans les attaquer pour autant. Tokias se dressa entre eux, puis il puisa dans la clarté de la lune afin d’alimenter l’onibi. Le feu follet s’éleva, deux fois plus petit que de coutume : il y avait trop peu de lumière pour le nourrir.

— Couchez-vous ! les mit en garde Sekka.

Eikichi se jeta par terre. Le bruit mat d’une pointe qui pénétra dans un tronc le fit frissonner. Il découvrit une flèche plantée là où se trouvait sa cuisse quelques secondes plus tôt.

La chaleur de l’onibi leur passa au-dessus tandis que Tokias l’envoyait sur leur adversaire. Il s’était redressé et muni d’un bâton, il faisait face au nekomata qui était désormais à moins de trois mètres d’eux. Derrière lui, une femme les fixait.

Eikichi se leva à son tour et explora les alentours en quête d’une arme afin de soutenir son ami. Le teint trop pâle, Sekka le regardait fouiller les buissons, appuyée contre le tronc d’un arbre.

— Reste à terre, marmonna Eikichi. Tu n’es pas en état de te battre.

— Elle ne cherche pas à nous tuer, murmura-t-elle, sinon ce serait déjà fait. Et je ne suis pas sa priorité.

Grâce à la flamme vacillante de l’onibi, Eikichi observa leur adversaire avec plus d’attention. La femme qui les tenait en tenaille avait le crâne rasé et des tatouages sur toutes les parties visibles de son corps. La kageka l’ignorait autant que Sekka, elle ne s’intéressait qu’à Tokias qui se battait contre le nekomata.

L’assurance de son expression le piqua à vif. Elle jouait avec eux et s’amusait des efforts de Tokias pour les protéger.

Que pouvait-il faire ? La seule réponse qui lui vint à l’esprit l’effraya. Les yeux écarquillés, il se tourna vers Sekka en quête d’une autre idée.

— Ton baku est notre meilleure chance, marmonna-t-elle d’une voix trop faible.

Le regard d’Eikichi passa de la kageka à Tokias qui se démenait comme il pouvait avec son bâton pour garder le nekomata à distance. Chaque coup porté contre le yôkai, diminuait un peu plus son arme, réduite en cendres par les flammes.

— Si Tokias m’approche…

— Je le tiendrais éloigné, le rassura-t-elle.

Sekka avait les yeux fermés, l’arrière de la tête soutenue par le tronc. Eikichi ne savait pas ce qui lui arrivait, mais il devrait s’en préoccuper dès que possible. Malgré ça, il se força à faire abstraction de son état et il se concentra sur sa cible. Il recula derrière un buisson plus haut que les autres afin de se protéger de l’arc.

Tokias gémit tandis qu’une des queues du nekomata fouetta sa joue. Eikichi peinait à oublier ce qui l’entourait. C’était la première fois qu’il invoquait son baku de façon volontaire et il craignait de ne pas y parvenir.

Ces craintes n’avaient pas lieu d’être. Cela lui parut naturel comme si, toute sa vie, il avait attendu ce moment. Il puisa dans l’essence du baku et la redirigea dans son ombre. Bien que la lune ne soit pas pleine, le yôkai n’eut aucun mal à prendre forme. L’animal se tenait là, devant lui, bien réel et tangible. Son corps trapu était traversé de mouvements parasites qui le rendaient encore plus vivant. Ses oreilles s’agitaient comme pour chasser les moustiques et sa queue tournait sur elle-même.

— Eikichi, elle t’a repéré, le rappela à l’ordre Sekka.

La kageka ennemie fixait sa création avec les sourcils froncés. Son assurance avait déserté son visage. Tel un marionnettiste, Eikichi bougea les doigts pour conduire le baku vers leur adversaire. Cette dernière banda l’arc sans tirer pour autant. Elle les observait et les évaluait, cela ne faisait plus aucun doute.

Eikichi réalisa qu’il n’avait pas besoin de ses mains pour piloter son baku. Une simple pensée lui permettait de le guider où il le souhaitait. Le vent joua un rôle prédominant dans la diffusion du gaz. Il venait dans leur dos et envoya la brume hypnotique sur la kageka. Son arme demeurait dirigée sur l’animal qui avançait d’un pas tranquille. Le sourire narquois qu’elle affichait s’effaça peu à peu. La flèche trembla dans l’arc et quand elle relâcha la corde, le projectile disparut dans les buissons près d’elle.

Eikichi observa le souffle de la kageka s’accélérer tandis que le baku avait presque atteint ses pieds. Elle gémit et tomba à genoux. Comme pour se moquer d’elle, le yôkai s’assit entre ses jambes, la trompe levée pour inonder son nez.

— Et qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Tokias dans son dos.

La main lourde de son ami se posa sur son épaule. Son bâton pendait au côté de sa cuisse et le nekomata avait disparu. Son expression se décomposa tandis qu’il l’observait.

— Eikichi ! s’alarma-t-il. Tes yeux sont…

Sekka ne le laissa pas finir.

— On n’y va ! les pressa-t-elle. On discutera plus tard.

Afin de contourner la femme et le baku, Sekka s’élança à l’est. Elle longea la lisière d’un pas vif. En contrebas, bien que le village soit toujours endormi quelques lumières étaient allumées. Après une brève hésitation, Tokias en fit autant, non sans jeter un regard anxieux à son attention.

Eikichi marcha droit sur l’ennemi qui sanglotait désormais. Il lui arracha l’arc qu’elle avait encore dans les mains, son carquois et le katana à sa ceinture. Quand il saisit le sac de la kageka, cela rompit la transe dans laquelle l’avait plongé le baku. Elle tira un coutelas d’une de ses manches et le planta dans le yôkai. L’animal se délita sous ses yeux, le laissant seul face à la femme.

Bien que le baku ait disparu, la kageka n’était pas libérée de l’illusion pour autant : son regard était plein de larmes et des sanglots d’effrois, dignes d’un enfant, continuaient d’agiter son corps. Elle tenta de lui porter un coup de couteau maladroit. Eikichi la désarma sans mal. Il essaya de dénouer le cabas sur son dos. Enfin, le tissu se démêla. Dans un geste désespéré, la kageka tira un bâton. Eikichi reconnut une fusée d’urgence au bout. Il n’eut pas le temps de la récupérer, d’un coup de pied dans le ventre, elle le repoussa.

La kageka créa un nekomata difforme et instable. Sa queue embrasée ne tient qu’une seconde, mais cela suffit à enflammer le signal d’alerte dont elle s’était saisie. Un éclair rouge zébra l’air, puis disparut bien au-delà de la cime. Une explosion indiqua que la fusée était arrivée au bout de sa course : tout le voisinage était prévenu d’un danger.

Eikichi rejoignit Tokias et Sekka quelques mètres plus loin. Ils prirent de nouveau la fuite sous le couvert des arbres. Le pas alourdi par la fatigue et la peur.

Bien que le baku ait disparu, Eikichi ne parvenait pas à échapper complètement à l’essence de son yôkai. Il lui semblait que sa vision manquait de couleurs. Il lui faudrait quelques secondes de calme pour redevenir lui-même…

Redevenir lui-même, prit-il conscience.

Comme s’il n’était plus tout à fait humain.

*****

La semaine prochaine, Tokias et Eikichi commenceront à confronter leur vision des choses...

Bonne journée et à vendredi !

Glossaire :

(n'hésitez pas à me signaler les termes qui vous ont posé problème !)

Akuma : un akuma (dans mon univers !) est un kageka qui se laisse dévorer par son yôkai. Il perd son humanité et se transforme parfois physiquement. Guidé par l'instinct animal , il ne fait alors plus la différence entre le bien et le mal.

Atsuko : concubine de Chiaki

bun : Le man bun vient de l'anglais et se traduit littéralement en « chignon homme ». Il est utilisé afin de décrire un homme aux cheveux longs avec un chignon sur l'arrière de la tête qui remonte vers le haut.

Chiaki : Daimyo de Tamura

Daimyo : Chef territorial, il a un pouvoir de justice, de politique et de représentation.

Haneki-dono : Grand Maître du Sanctuaire Nord d'Heikô

Hanko : (terme non inventé) ce sont des tampeau, des sceaux qui permettent d'identifier la personne qui a écrit un document. Cela remplace notre signature. Ils sont encore utilisés de façon courante aujourd'hui et nombreuses sont les familles qui en possèdent deux : un pour les documents très officiels (achats de maison, mariage) et un deuxième pour le quotidien ( signer un reçu pour le facteur...)

Hiragana : (terme non inventé) c'est un syllabaire japonais

Jubokko : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, arbre vampire, il a l'apparence végétale, mais se nourrit du sang de ses proies.

Kage : c'est le don que possède Eikichi et Tokias. Il leur permet d'insuffler un esprit yôkai dans leur ombre pour en faire usage comme d'une marionnette. Le terme est tiré du mot ombre en japonais.

Kageka : c'est un utilisateur du kage

Kasha : Yôkai qui a l'apparence d'un chat géant et dont plusieurs parties de son corps sont enflammées

kitsune : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, renard à la forme et la taille mouvante

kôjô : c'est le nom du ryû possédé par Yumi

Konazawa : ville où se trouve le Sanctuaire où ont été formé Eikichi et Tokias

Kotone : concubine de Chiaki

nekomata : yôkai qui ressemble à un gros chats. Il possède deux queue enflammée.

Nikô : ville portuaire à l'ouest de l'île où sont envoyés Riani et Ôdan

Ôdan : camarade de promotion de Tokias et Eikichi

Onibi : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai ressemblant à un feu follet géant et kage de Tokias

Onigiri : boule de riz fourrée !

ryû : dragon (asiatique bien sûr !). Les individus sont très différents les uns des autres et ils possèdent des capacités différentes. Ils sont considérés comme éteints en Saneyama

ryûka : individus capables d'insuffler l'essence d'un dragon dans son ombre. Ce sont des kageka très rares et ils appartiennent tous au Clan Ryûka dont ils sont les membres les plus puissants.

Saneyama : île sur laquelle se déroule l'histoire.

Sekka : petite soeur de Tokias

Tamura : ville où se déroule la mission d'Eikichi et Tokias

Tomoe : (prénom japonais) nouvel aspirant kageka

Yukata : (terme non inventé) kimono en coton très léger qui, à l'origine, ne se portait que dans les bains publiques


Texte publié par Sizel, 10 mars 2023 à 09h43
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