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saison 2, Chapitre 7 « Chapitre 5 » saison 2, Chapitre 7

Vous aviez laissé nos trois camarades en pleine réflexion : devaient-ils s'abaisser à voler ou non ?

Bonne lecture !

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Même si la nuit était tombée depuis longtemps, la moiteur demeurait dans l’air. Chaque mouvement, aussi minime soit-il, les faisait transpirer. Excités par l’eau à proximité, les moustiques étaient si bruyants que les oiseaux nocturnes étaient à peine audibles. De temps à autre, une chauve-souris éparpillait le nuage d’insectes insatiables qui mettait à mal l’immobilité de Tokias.

Entre eux et leur cible, un champ de riz dont les feuilles finissaient de s’ouvrir. Il était proscrit de rejoindre la maison en se faufilant dans la végétation : les clapotis qu’ils ne manqueraient pas de provoquer les rendraient bien trop localisables.

Il leur faudrait passer par les chemins terreux qui séparaient les parcelles de culture. Néanmoins, deux chiens allaient et venaient avec une excitation toute canine. Ils ne les avaient pas encore repérés, mais quand ce serait le cas, nul doute qu’ils aboieraient afin de prévenir les propriétaires. Tokias ignorait comment ils parviendraient à éviter que cela se produise. Bien que cela fasse un long moment qu’il y réfléchissait, aucune idée ne lui avait traversé l’esprit.

Dans l’après-midi, ils avaient exploré les alentours du village en quête d’une cible prometteuse : rien n’avait trouvé grâce à leurs yeux. Entre les demeures protégées par des murets, les chiens qui se trouvaient partout, aucune maison ne leur avait semblé plus judicieuse. Sans parler de la pagode sur laquelle s’enroulait un dragon qui dominait les lieux. Tokias ignorait si elle était occupée, mais cela rendait le danger d’autant plus présent.

Enfin, la dernière lumière à la fenêtre s’éteignit : c’était ce qu’ils attendaient depuis plusieurs heures déjà. Malgré ça, aucun d’eux ne bougea.

Un des chiens aboya et dans la seconde qui suivit une lueur émergea. La flamme vacillante d’une lanterne éclaira l’intérieur, avant d’apparaître sur le palier. Un homme couvert d’un châle observa les alentours, puis fit volte-face. La porte claqua avec force dans son dos.

— Je ne sais pas si nous réussirons à voler quoi que ce soit, s’inquiéta Eikichi. Peut-être qu’on devrait s’éloigner et tenter notre chance ailleurs ?

— Les chiens sont une vraie plaie, approuva Tokias. Si au moins nous avions une arme...

— Tu les aurais tués ? s’étonna Eikichi.

— Tu trouves ça pire que de piller la maison d’une famille pauvre ? répliqua Tokias.

Leur échelle de valeurs était mise à mal au nom de leur survie et cela perturbait plus Tokias qu’il ne voulait bien l’avouer. Il s’était toujours imaginé vertueux, au service des faibles et de ceux dans le besoin.

Pas voleur…

… ou tueur de chiens.

Et cela serait dans le meilleur des cas. S’il y avait une confrontation, Tokias devrait peut-être choisir entre sa vie et celle d’un autre humain. Cette perspective le glaçait d’effroi.

— On pourrait essayer de jouer sur leurs nerfs, proposa Sekka.

Bien que Tokias n’accorde que peu d’intérêt au plan de sa sœur, il l’invita à poursuivre :

— Tu es une spécialiste en la matière : on t’écoute.

— Si les chiens aboient sans arrêt pour rien, il y a un moment où les maîtres ne sortiront plus vérifier l’extérieur.

Tokias réfléchit plusieurs secondes à l’idée avant de hocher la tête.

— Pourquoi pas, céda-t-il.

— Comment penses-tu les faire aboyer ? demanda Eikichi.

Sekka fouilla le sol et dénicha une pierre. Elle l’envoya de toutes ses forces dans la rizière. Un plop indiqua que le projectile avait touché l’eau. Un des chiens se mit à l’arrêt et jappa en direction du bruit. Cela ne dura pas longtemps, néanmoins le maître sortit avec sa lanterne. Il harangua son animal avec colère.

— Il n’a pas l’air patient, s’amusa Tokias.

À son tour, il chercha une pierre et la lança.

De nouveau, cela fit réagir un des chiens, le plus jeune et inexpérimenté, devina Tokias. Cette fois-ci, aucun humain ne vérifia l’extérieur.

— Il a déjà perdu patience ? s’étonna Tokias.

Cela lui semblait trop facile.

— Il attend probablement que le deuxième chien aboie aussi avant de sortir, suggéra Eikichi.

Consciencieux comme à son habitude, il avait entrepris d’empiler les cailloux et pierres qui se trouvaient à proximité. Tokias en choisit une particulièrement grosse dans l’espoir que ça fasse assez de bruit pour alerter le deuxième chien. Il la plaça en équilibre sur son épaule et la propulsa avec autant de force que possible. Elle retomba bien trop près d’eux. L’énorme « plouf » que cela provoqua, étouffa son juron.

Tokias attrapa Sekka par le bras et il la força à reculer jusque sous les arbres, tandis que les chiens couraient vers eux. Les deux aboyaient à en perdre la voix et cette fois-ci le propriétaire ne mit pas longtemps à sortir, la lumière dans une main, une hache dans l’autre.

Les chiens restaient à la lisière de la forêt et s’agitaient de plus en plus tandis que l’homme les rejoignait. Dans la lueur de la lanterne, Tokias voyait son regard aller et venir là où ils étaient sans s’arrêter sur eux. Pour le moment, ils n’avaient pas été découverts. Immobiles, ils retenaient leur souffle.

Peu à peu, les hurlements des chiens changèrent. L’un jappa et repartit vers la maison la queue entre les jambes. Le deuxième avait le poil dressé sur la nuque et grognait dans leur direction.

Tokias inspecta autour de lui afin de comprendre ce qui se passait. À quelques mètres d’eux, la kitsune fixait l’homme, les babines retroussées. Les pupilles écarquillées, il allait crier quand un morceau de tissus fourré dans sa bouche lui intima le silence.

— Eikichi, murmura Sekka.

Le pan de son kimono devant le nez, elle reculait avec précaution le tirant par la manche pour qu’il en fasse autant. Sonné, Tokias se laissa entraîner sans même retirer le bâillon. Plus ils s’éloignaient, plus l’image de la kitsune vacillait. La silhouette d’Eikichi se dessinait peu à peu à sa place. Une fumée pâle s’échappait de ses lèvres, comme s’il avait froid. Enfin, Tokias trouva assez de lucidité pour retirer le morceau de tissus et l’utilisa pour se protéger du gaz du baku.

— Il perd pied, s’inquiéta-t-il. Il va devenir un akuma.

Le villageois s’était un peu avancé dans le sous-bois. Erreur de sa part : il était désormais en proie à la brume hypnotisante. Son expression se tordit peu à peu tandis que la terreur grandissait dans son esprit. Il recula et sanglota de plus en plus fort. Il finit par tomber à la renverse dans la rivière. Comme si cela lui avait permis de reprendre contact avec la réalité, il sortit de la rizière et courut jusqu’à la maison.

Sekka attrapa une pierre et la lança dans l’épaule de Eikichi. Ce dernier grogna, puis se massa l’endroit. La fumée cessa d’émaner de lui. Il tourna la tête à leur recherche.

— Tokias ? Sekka ?

Avec précaution, ils s’approchèrent. D’un geste autoritaire, Tokias força Eikichi à lever les yeux. Les éclats de la lune se reflétèrent dans des pupilles humaines.

— Qu’est-ce qui te prend ? s’emporta Eikichi qui retira son menton.

— Tu n’as pas eu conscience de dégager du gaz ? demanda Sekka.

— Du gaz ? répéta-t-il.

— Du baku, précisa Tokias. C’est ce qui a effrayé l’inconnu et les chiens.

— Je… commença-t-il. La présence du baku était plus forte et j’ai perdu le contact avec ce qui m’entourait. Je crois que ma peur lui a donné plus de puissance.

Tokias en resta sans voix. Était-il déjà trop tard pour son ami ? Est-ce que le yôkai avait pris le pas sur sa nature humaine ? Si c’était le cas, cela ne ressemblait pas à ce qu’on lui avait enseigné à Heikô. Eikichi le dévisageait avec désespoir et Tokias se doutait que les mêmes pensées le préoccupaient.

— Ça nous a tirés d’affaire, rappela Sekka.

Tokias ne parvenait pas à savoir si c’était dans son tempérament de tout voir du bon côté ou si elle était inconsciente. Il en conclut qu’il s’agissait d’un mélange des deux.

— On va abandonner l’idée du vol pour le moment, annonça Tokias. Nous attendrons une meilleure occasion.

Sekka s’approcha d’Eikichi au point de n’être qu’à quelques centimètres.

— Tu penses que tu pourrais contrôler l’apparition du gaz ? Cela nous offrirait un avantage non négligeable.

C’était définitivement de l’inconscience, se rectifia Tokias. Doublé à un sens moral minimaliste.

— Cela rendrait tous les habitants fous, s’insurgea Eikichi.

— Si c’est rapide, ça devrait aller, répondit Sekka avec une assurance tout à fait disproportionnée.

Eikichi ouvrit et referma la bouche plusieurs fois avant de secouer la tête.

— De toute façon, la question ne se pose pas : je ne pense pas pouvoir le contrôler.

Sekka plissa les yeux et se frotta le menton.

— Ce serait la peur le déclencheur, hein ?

Tokias l’attrapa par l’épaule pour la forcer à reculer.

— L’heure n’est pas aux expérimentations. Dans l’immédiat, on s’éloigne autant que possible. On ne sait pas s’il va appeler du renfort.

Sekka consentit à hocher la tête. Le regard torve qu’elle jetait de temps à autre à Eikichi alarma malgré tout Tokias. Il devrait la surveiller de près. Eikichi n’avait pas besoin de subir les idées tordues de sa sœur en plus du reste.

Avant de s’éloigner, il observa la maison. La lanterne était encore allumée à l’intérieur. Les deux chiens étaient devant la porte, l’un sur l’autre. Une petite ombre sur le chemin de terre attira son attention. S’il y avait eu un ratier, il ne l’avait pas repéré plus tôt. La silhouette déambulait avec trop de souplesse pour qu’il s’agisse d’un chien.

— Tokias ? l’appela Eikichi déjà éloigné de plusieurs mètres.

— Ouais, j’arrive.

Le chat noir, d’une taille supérieure à la moyenne, avançait droit sur eux. Une anomalie serra l’estomac de Tokias. Il fixa l’animal avec l’espoir de se tromper : deux queues battaient au rythme de sa démarche.

— Un nekomata ! s’affola Tokias.

Le yôkai devait l’avoir entendu, car il accéléra le pas dans leur direction. Tokias fit volte-face et se mit à courir, ignorant les branches basses qui lui fouettaient le visage. Sans les ménager, il poussait Sekka et Eikichi devant lui afin qu’ils avancent aussi vite que possible.

centrer]*****

La semaine prochaine, nos trois compagnons seront donc en pleine course poursuite avec à la clé une confrontation ?

Bonne journée et à vendredi !

Glossaire :

(n'hésitez pas à me signaler les termes qui vous ont posé problème !)

Akuma : un akuma (dans mon univers !) est un kageka qui se laisse dévorer par son yôkai. Il perd son humanité et se transforme parfois physiquement. Guidé par l'instinct animal , il ne fait alors plus la différence entre le bien et le mal.

Atsuko : concubine de Chiaki

bun : Le man bun vient de l'anglais et se traduit littéralement en « chignon homme ». Il est utilisé afin de décrire un homme aux cheveux longs avec un chignon sur l'arrière de la tête qui remonte vers le haut.

Chiaki : Daimyo de Tamura

Daimyo : Chef territorial, il a un pouvoir de justice, de politique et de représentation.

Haneki-dono : Grand Maître du Sanctuaire Nord d'Heikô

Hanko : (terme non inventé) ce sont des tampeau, des sceaux qui permettent d'identifier la personne qui a écrit un document. Cela remplace notre signature. Ils sont encore utilisés de façon courante aujourd'hui et nombreuses sont les familles qui en possèdent deux : un pour les documents très officiels (achats de maison, mariage) et un deuxième pour le quotidien ( signer un reçu pour le facteur...)

Hiragana : (terme non inventé) c'est un syllabaire japonais

Jubokko : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, arbre vampire, il a l'apparence végétale, mais se nourrit du sang de ses proies.

Kage : c'est le don que possède Eikichi et Tokias. Il leur permet d'insuffler un esprit yôkai dans leur ombre pour en faire usage comme d'une marionnette. Le terme est tiré du mot ombre en japonais.

Kageka : c'est un utilisateur du kage

Kasha : Yôkai qui a l'apparence d'un chat géant et dont plusieurs parties de son corps sont enflammées

kitsune : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai, renard à la forme et la taille mouvante

kôjô : c'est le nom du ryû possédé par Yumi

Konazawa : ville où se trouve le Sanctuaire où ont été formé Eikichi et Tokias

Kotone : concubine de Chiaki

Nikô : ville portuaire à l'ouest de l'île où sont envoyés Riani et Ôdan

Ôdan : camarade de promotion de Tokias et Eikichi

Onibi : (terme non inventé, mais légende réinterprétée) yôkai ressemblant à un feu follet géant et kage de Tokias

Onigiri : boule de riz fourrée !

ryû : dragon (asiatique bien sûr !). Les individus sont très différents les uns des autres et ils possèdent des capacités différentes. Ils sont considérés comme éteints en Saneyama

ryûka : individus capables d'insuffler l'essence d'un dragon dans son ombre. Ce sont des kageka très rares et ils appartiennent tous au Clan Ryûka dont ils sont les membres les plus puissants.

Saneyama : île sur laquelle se déroule l'histoire.

Sekka : petite soeur de Tokias

Tamura : ville où se déroule la mission d'Eikichi et Tokias

Tomoe : (prénom japonais) nouvel aspirant kageka

Yukata : (terme non inventé) kimono en coton très léger qui, à l'origine, ne se portait que dans les bains publiques


Texte publié par Sizel, 3 mars 2023 à 07h23
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