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Tome 1, Chapitre 2 « Entre les montagnes et le ciel - Mouvement 2 » Tome 1, Chapitre 2

La forteresse est une bâtisse sans grâce, élevée à des fins défensives, trois siècles plus tôt. Ses murs de pierre grise se confondent avec le promontoire rocheux qui lui sert de socle. Un simple pont de bois et de corde la relie au pic de l’angèlerie. Luciel pourrait traverser cet espace en volant, mais la plupart des humains de Cimes lui envient ses ailes ; il redoute d’exciter leur jalousie.

De l’autre côté du pont, une poterne donne accès à la cour intérieure. Devant lui se dresse le donjon circulaire qui abrite les appartements du seigneur. Les gardes à son entrée s’écartent pour lui livrer passage. Le jeune ange ignore leur visage fermé et leur regard hostile. Il adopte une posture empreinte d’humilité, attentif à ne provoquer personne. Même si ses semblables supportent sans mal l’air glacé de l’altitude, une terrible sensation de froid le transperce jusqu’aux os dès qu’il pénètre dans la forteresse. Il s’avance dans une vaste salle à peine éclairée par d’étroites fenêtres. Dans les coins que le jour n’atteint pas, quelques flambeaux crachotent des flammes blêmes, sans parvenir à dissiper la pénombre qui y stagne. Tout au fond, un escalier épouse la courbe du mur pour mener au premier étage. Luciel monte les marches une par une, en repliant ses ailes autant que possible pour éviter qu’elles ne heurtent la paroi.

Il émerge dans une pièce percée de larges baies. Des boiseries ouvragées dissimulent la maçonnerie brute. Pourtant, l’endroit semble plus hostile encore au jeune ange. Sur une estrade surélevée siège Euresme, maître de la forteresse de Cimes : un homme mince et sec, d’une cinquantaine d’années, revêtu de somptueux habits de laine brodée et de cuir de cornu. Son trône, sculpté dans un unique bloc de pierre, représente un dragon assis. Ses pattes avant forment les accoudoirs, tandis que sa tête s’abaisse au-dessus de celle du seigneur. À ses côtés, sur un fauteuil plus modeste, se trouve une femme blonde au front ceint d’un simple fil d’argent : son épouse, dame Elfella.

Luciel s’approche, les yeux au sol, les poings serrés le long de ses cuisses.

— Tu as pris tout ton temps pour rentrer, petit ange, articule la voix tranchante d’Euresme.

Jamais le seigneur n’emploie son nom ni celui d’aucun de ses semblables. Sans doute tient-il à montrer que pour lui, ils ne sont que des outils, pas des individus.

— Messire, répond l'ange docilement, j’ai remis dans le délai imparti le message que vous m’aviez confié pour la dame de Neiges. C’est au retour que des turbulences m’ont retardé…

Il déteste se justifier face à cet humain cruel, mais il n’a pas vraiment le choix s’il veut assurer la sécurité de Solia. Euresme se penche en avant et le vrille de son regard gris aux reflets métalliques :

— Qu’est-ce qui me prouve que tu dis vrai ?

— Je vous donne ma parole.

— Ta parole ? Que vaut la parole d’un petit ange ? demande le seigneur d’un ton doucereux. Je pourrais appeler un scruteur pour déterminer si tu mens ou non…

Luciel réprime à grand-peine les frissons qui courent le long de son dos. Il se redresse et s’oblige à affronter le visage impitoyable de son maître.

— Messire, pourquoi me serais-je mis volontairement en retard ? répond-il avec une franchise absolue. Je connais les conséquences que pourraient entraîner mes manquements.

Les doigts chargés de bagues pianotent sur la patte du dragon :

— Deviendrais-tu insolent, petit ange ? Tu n’insinues tout de même pas que mes jugements sont infondés ?

— Bien sûr que non, messire !

— Je l’espère, petit ange… alors, écoute-moi bien !

Euresme se recule dans son trône avec un sourire narquois :

— Je sais parfaitement que tu ne t’attardes jamais à dessein. Je souhaite juste que tu t’appliques à donner le meilleur de toi-même. Les missions que je te confie sont importantes, pas de simples vols de routine pour te détendre les ailes ! Tu m’as bien compris ?

Le jeune ange déglutit avec peine :

— Oui, messire.

— Bien. C’est bon pour cette fois, mais si tu veux conserver ta chaîne aussi longtemps que possible, fais en sorte de me satisfaire. Si tu te montres assez zélé et compétent, je demanderai à l’angelier de la traiter avec plus de clémence.

— Merci, messire…

— Disparais à présent !

Il appuie ses paroles d’un geste de la main, comme pour chasser une mouche de sa manche. Luciel pose un genou à terre et incline la tête, puis se relève et file vers l’escalier, pour retrouver Solia au plus vite.


Texte publié par Beatrix, 24 septembre 2021 à 00h55
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