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Tome 1, Chapitre 4 « Volonté défaillante » Tome 1, Chapitre 4

Engagée dans l’une des ruelles du centre commercial, Jessica y parcourt quelques centaines de mètres.

Elle y croise, distraite, une multitude de passants qu’elle ne regarde même pas. Ne prête aucune attention aux vitrines des magasins, aux portes de service. Encore moins aux couleurs attrayantes des publicités placardées entre les échoppes qu'elle longe.

Absente, la jeune fille se contente de remonter l’artère jusqu’à atteindre un carrefour imposant.

Au croisement de cet immense hall carré, trois rues viennent se jeter. Celle du bas, par laquelle elle arrive. Une à sa droite. Et, en face : son objectif.

Au centre de la vaste salle, sur une large bande d’un gazon vert, se répartissent plusieurs séries de quatre bancs disposés en losanges.

Chacun de ces quadrilatères urbains renferme en son sein, une colonne publicitaire ronde de près de quatre mètres de hauteur. Inlassables bonimenteurs, leurs hologrammes délivrent flots de messages mercantiles à un public sous influence.

Assise sur les sièges bondés, une foule nombreuse s'y repose. Profite de cette halte au milieu des interminables couloirs du complexe commercial.

Mélangés à la clientèle bigarrée, regroupés ça et là en grappes communautaires aux couleurs assorties, des employés de copros avoisinantes profitent de cette pause pour oublier leur travail harassant.

Parmi les personnes installées sur l’air de repos, certains lisent ou jouent, concentrés, les yeux rivés sur l’écran de leurs holopads.

D’autres, mangent des sandwichs aux ingrédients variés.

D’autres encore, font une sieste contemplative La tête inclinée en une vulnérabilité assumée, ils défient brouhaha des aller-venues et pesanteur.

En surplomb de cet endroit, une baie vitrée baigne la pelouse d’une lumière blafarde.

Au travers de la surface transparente, les étages du centre commercial s'élèvent vers un ciel chargé de nuages gris.

Alors que Jessica pénètre dans le grand hall, l’un des clients installé sur le banc le plus proche, se sent soudain terrassé par la bouchée de trop. Sa main rendue flasque par l’apathie, ploie sous son ridicule fardeau. Fait pencher l’emballage. Met en branle les derniers vestiges de son encas.

Tandis que sa saisie se relâche, les lois de la physique se mettent à l'œuvre. Une boulette de pain sort du petit sac. Puis, une seconde prend sa suite. Enfin, le dernier quart du casse-croûte les rejoint dans l’herbe rase. Rebondit entre les pieds du dormeur. Éveille le regard amusé de l’un de ses voisins.

Attirée par la précieuse nourriture, une petite créature de la taille d’un rongeur, vient sans crainte s’en saisir. Faufile sa fourrure brune entre les chaussures de l’individu. Entraîne son précieux butin à sa suite.

Une trappe s’ouvre dans le sol verdoyant. La bestiole s’y réfugie. Laisse le clapet se refermer derrière elle.

Prendre le temps d’observer la pelouse, révélerait d’autres petites silhouettes besogneuses sortir parfois de leurs terriers artificiels. Ramasser les déchets tombés sur leur territoire. Contribuer à laisser les lieux impeccables de propreté.

Soudain pris de remords, de retour de sa micro sieste coupable, l'homme se redresse. Essaye de retrouver un peu de sa consistance. Porte le petit sachet à son autre main.

Malgré l’inclinaison forcée de l'emballage, seules quelques miettes dévalent la pente.

Déconcerté, l’individu jette un œil fatigué alentour. Le tourne bientôt vers le sol. Pense pouvoir y deviner la probable destinée de son repas.

Après quelques secondes de vaine recherche, il réalise enfin, dépité, que le sac s’est vidé de son contenu.

Son déjeuner, à quelque endroit qu’il se soit envolé, vient de se terminer de façon prématurée.

Il hésite un moment. S’estime rassasié. Essaye au moins de s’en convaincre. Scrute l’horizon à la recherche d’un possible plan B.

Ses yeux ne mettent pas longtemps à se distraire de leurs objectifs. Attirés, tel le papillon par la lumière d’un halogène irrésistible, ils s’arrêtent sur les courbes gracieuses d'une fille aux cheveux bruns.

La silhouette élancée, vêtue d’un blouson de cuir bleu, la démarche automatique, elle passe devant les tables d’un petit restaurant rapide.

Le constat s’avère douloureux. Sa terrasse noire de clients chanceux, lui rappelle la précarité de sa condition.

Ramené à la dure réalité de son ventre vide, il ne s’attarde pas plus longtemps sur la vision enchanteresse de cet ange de passage. Il doit s’en détacher à contre-cœur, s’il veut évaluer la longueur de la file d’attente enlisée en avant des guichets.

Ses chances de pouvoir s’y approvisionner semblent minces. Bien trop de monde !

Il se rabat alors vers le petit restaurant dos à lui. Même constat, même conclusion désolante : le timing serait trop serré pour un nouvel achat. Lui, employé d’habitude ponctuel, retournerait en retard au travail. Inconcevable !

Bien... C’est l’occasion de tirer les leçons de cet échec : demain il essayera de se rendre à la Cafétéria. C’est toujours confortable là-bas et cela fait bien trop longtemps qu’il s’en détourne.

Pour l’heure, tant pis, il va devoir se contenter de cette frugale collation !

S’il ne peut pas manger, il peut au moins s’intéresser aux passants.

Où se trouve cette brune à la démarche de robot ? Elle lui a semblé singulière et il voudrait bien partager, l’espace d’un instant, un peu de la destinée de cette belle inconnue.

Ses yeux pleins de curiosité remontent la ruelle improvisée entre les étales des magasins et le gazon.

Pas de chance ! Elle semble avoir disparu... Elle se cache sûrement dans l’une de ces nombreuses boutiques, là devant… Ou alors…

Ah non, la voilà ! Elle se situait juste un peu plus loin que prévu !

Elle atteint la zone fumeur, extension ouverte dans le coin supérieur gauche du grand hall.

Grâce à son mur d’air en provenance du plafond, plus bas à cet endroit, les relents immondes de tabac n’envahissent jamais les autres parties du complexe. C’est quand même ingénieux !

La fille passe maintenant à côté de l’entrée de la salle et de son distributeur automatique de tabac. Placé bien en vue des esprits influençables, à lui, naturaliste convaincu, il ne serait jamais venu à l’idée d’y mettre les pieds.

Intéressant ! Il semble que la brune non plus, ne s’attarde pas : elle continue son avancée mécanique vers l’allée nord. Peut-être aura-t-elle la chance de se poser à la Cafét, Saint Graal des gourmets pressés ?

Ah non, perdu ! Elle se fige tout à coup. Tourne la tête vers l’appareil comme si elle venait de reconnaître en lui un vieil ami. Finit par faire demi-tour en sa direction.

Sans surprise, elle s’y arrête. Semble y acheter quelque chose.

La main refermée sur un petit objet rectangulaire, elle disparaît dans l’un des renfoncements. Hors de vue.

Pffff ! Quel gâchis ! Aucune volonté, cette fille ! Bon, ben, dommage ! Trouvons quelqu’un d’autre à observer !

Tout comme son estomac, la curiosité de l’employé modèle restera sur sa faim.


Texte publié par Erval, 8 septembre 2021 à 22h38
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