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Tome 1, Chapitre 1 « Récurrences » Tome 1, Chapitre 1

« Alors... Voilà maintenant plusieurs semaines que je fais le même cauchemar... J’ai l’impression… Enfin... Je dirais... Chaque nuit !

C’est difficile à décrire... C’est à la fois très confus et très vivace dans mon esprit. Comme si j’avais déjà vécu cette situation... Une sorte de souvenir... En moins bien détaillé !

Un souvenir… On se souvient de ce qu’on a vu avec plus de précision. On se souvient des bruits, des odeurs, des couleurs. Enfin, je crois !

Sauf que là, ben... tout est fade, tout est gris, je sais pas ! Et si c’était vraiment un souvenir... J’ai le sentiment que ce n’est pas moi dans ce rêve... On dirait plutôt un personnage de la série de la veille au soir !

Le seul bémol là-dedans, c’est qu’un gars comme celui-là, réel ou pas, je l’aurais pas oublié ! Alors que lui...

Enfin, bref ! J’sais pas trop comment vous expliquer… Je vais quand même essayer… Je suis là pour ça, après tout !

Tout commence, la nuit, quelque part dans Megacity.

Enfin... Je suppose... Parce que... Ben... Je ne reconnais aucun bâtiment… Pas le moindre petit monument ou lieu célèbre…

C’est tellement grand, aussi, Megacity ! On ne pourrait pas tout visiter, même si on y habitait toute une vie, alors…

Bon... Vous me direz... Y a les infos, les reportages, les films, c’est sûr ! Sauf qu’on nous abreuve de tellement d’images dans tous les sens... Comment on pourrait toutes les mémoriser ? Et surtout, à quoi ça servirait ?

Ok, j’conviens que dans ce cas précis, ça serait bien pratique… Est-ce que je pouvais prévoir, moi, en avoir besoin un jour ?

Tout ce que je peux affirmer - sans trop que je sache pourquoi d’ailleurs - c’est qu’elle me semble familière, cette mégalopole-là... Juste un sentiment... Une impression, quoi…

Bref ! Je vous détaille ce que j’y vois, parce que si je m’arrête toutes les cinq secondes pour commenter, on n’a pas fini !

Remarquez… Vous seuls pourriez juger de ce qu’il vous faut en fait… Moi, c'est mon premier rendez-vous. Alors que vous, vous êtes là tous les jours !

Je reprends !

Je flotte au-dessus des bâtiments... Un peu comme une caméra s’approcherait lentement de la première séquence d’un film. Vous voyez l’idée ? Un plan large, puis un travelling progressif vers l’avant, pour... Comment dire ça ? Euh… Finir par atterrir ? Ouais ! Je le trouve bien approprié, ce mot : atterrir... juste au beau milieu de plusieurs artères qui se croisent.

Autour de moi, les trottoirs sont bondés de monde.

Je marche… Enfin... Un homme marche sur un trottoir. Il porte un long manteau de cuir noir qui lui descend jusqu’aux chevilles.

Je précise, au cas où ce serait important, car c’est une constante dans tous les rêves. Alors que les passants, ou la jeune femme que je vais décrire après, peuvent être habillés de façons différentes.

Je continue : la peau de cet homme tire sur le mat. Peut-être à cause de ses origines ethniques ou parce qu’il revient de vacances. Je peux pas affirmer. En tout cas, ça donne à son visage des couleurs plutôt harmonieuses, et ça met en valeur ses cheveux blonds coiffés en brosse.

Les traits de son visage sont fins et plutôt agréables à regarder...

Ses yeux sont cachés par de petites lunettes de soleil rondes aux verres violets, qui lui donnent un air plutôt cool. Je m’écouterais, j'achèterais bien les mêmes !

Selon les nuits, il porte une sorte de piercing au sourcil gauche, ou parfois un petit tatouage noir le long de son cou. Que ce soit l’une ou l’autre de ces décos, ça ressemble à un insecte.

J’y connais rien en insectes, hein ! Alors, vous le décrire en détail… C’est un truc plutôt long avec deux paires d’ailes sur l’avant.

Si ça a jamais existé, ça devait être une bestiole horrible ! Vous savez… du genre à écraser avec sa chaussure avant que ça ne vous saute dessus !

Enfin, bon ! J’aime les animaux, les papillons, tout ça... je suis pas un monstre, non plus ! Beennn... elles ont le droit de vivre aussi... Ouais, c’est sûr !

Sauf que, ces machins là, ah ça non ! Je supporte pas ! Rien que de les voir s’approcher, même de loin.... Brrr ! Ça me donne la chair de poule !

Et là, je suis juste en train d’y penser... Alors en vrai, vous imaginez comment je pourrais réagir !

Euh… où j’en étais déjà ? Ah oui !

Donc, l’homme marche... Et il croise des passants dans une grande rue.

Les passants sont très nombreux, je dirais, comme une foule un jour de soldes, et ils n’ont pas l’air de remarquer que je suis là. Je veux dire… j’ai l’impression qu’ils foncent tous sur moi… Comme si j’existais pas ! C’est oppressant ! J’éprouve vraiment la sensation qu’ils veulent tous me marcher dessus !

Parfois, y en a même un qui me bouscule ! Pas dans tous les rêves, hein ! Souvent, on va dire...

Attendez…. Maintenant que j’y pense... C’est quand même marrant, ça !

Ça me fait juste réaliser ce que pourrait ressentir une bestiole comme celle dont je viens de vous parler, si tout le monde faisait comme moi et tentait de l’écraser. Ça va peut-être me faire reconsidérer ce que je pense sur ces trucs moches, là.

Ça doit pas être facile tous les jours, une vie de bestiole, finalement… Éviter toutes ces chaussures qui essayent de vous piétiner à longueur de journée, alors que vous vous contentez juste de vivre votre petite vie d’insecte qui a rien demandé à personne…

Mince... Je m’excuse ! Je perds encore le fil… Euh…

Donc, j’me fait bousculer... Et bien sûr, j’me laisse pas faire : j’essaye de foudroyer l’importun du regard.

Quand je tente de le faire, c’est là que je remarque qu’il n’a pas de visage. Aucun passant n’en possède ! À chaque fois ! Dans tous les rêves !

Aussitôt, je me sens super mal à l’aise et je m’arrête au milieu de la rue. J’tente d’y scruter les gens.

À partir de là, j’bascule dans un sentiment de vertige accompagné de frissons. Ils me parcourent le dos, tout le long de la colonne vertébrale. Vous savez, comme quand on prend une douche super froide, genre glaciale et qu’on est à la fois surpris et frigorifié. C’est presque physique… Oui c’est ça ! Je le ressens physiquement !

Pourtant, ça ne me réveille pas ! Je reste là de longues minutes à observer toutes ces silhouettes sans visage. Des hommes, des femmes, des enfants…

Et soudain je croise le regard d’une brune. C’est toujours la même brune mais dans des tenues et avec des coupes de cheveux différentes...

Cette brune, je dirais que c’est une elfe, je sais pas ! En tout cas, elle a un beau visage aux traits fins et des oreilles pointues !

Bon, après, je peux pas dire... Y a toujours des malades pour trouver classe de se mutiler le corps pour ressembler à ce qu’ils ne sont pas ou à ce qu’ils voudraient devenir. Sauf que bon, comme c’est assez réussi et que ça lui va plutôt bien, je vais considérer que c’est une elfe…

Par contre.... Ses jambes ! Elle a deux jambes chromées ! Je l’ai vu plusieurs fois quand elle portait une jupe courte.

Je comprends pas qu’on puisse s’afficher avec des prothèses comme ça et s’en foutre… Moi. si j’avais fait remplacer mes deux jambes, je voudrais pas que ça se sache… Oh grand ça non !

Bref ! C’est vraiment la seule personne dans la foule qui semble pourvue d’un visage. Et en plus, elle est jolie et elle me sourit.

Pas à pleines dents, hein ! C’est plus un sourire… euh… pas timide… Comment je dirais… Plutôt un sourire de quelqu’un que vous connaissez… pas un ami… hummm... Un banquier ! Oui c’est ça ! Votre banquier qui vous accueillerait sans rendez-vous, mais qui ne saurait pas encore si vous êtes là pour déposer de l’argent ou pour fermer votre compte.

Vous voyez un peu de quel genre de sourire il s’agit ?

Son sourire, sa beauté peut-être, je sais pas trop, m’apaisent et j’en oublie les passants. Je dirais presque qu’ils sont de moins en moins nombreux autour de nous, comme s’ils avaient commencé à disparaître sans que je m’en rende vraiment compte.

Parfois, la fille me fait un clin d’œil, ou alors elle opine dans ma direction, ou encore elle m’adresse un signe amical de la main. Bref ! Dans chaque rêve, elle me fait comprendre que je dois la suivre.

Puis, elle se détourne de moi et je la regarde s’éloigner jusqu’à disparaître dans une petite rue.

Je me décide à obtempérer et je presse le pas pour la rattraper.

Une fois dans la ruelle, je m’arrête net. Il y fait si sombre que je n’arrive à rien voir. Même la lumière de la rue n’éclaire rien, comme si rue et ruelle étaient des lieux différents... Déconnectés !

Il est bizarre ce mot : “déconnecté”... C’est pourtant le premier qui me vient à l’esprit pour définir le mieux cette impression que j’ai à ce moment de mon rêve.

J’essaye de scruter l’obscurité à la recherche de la fille, sauf que je n’y vois rien. Y a aucun bruit non plus !

Au moment où je me demande comment je pourrais bien m’éclairer, une lumière s’allume au-dessus de ma tête.

Je suis seule au milieu de la ruelle face à un mur gris. A côté de moi, il y a une benne à ordures. Ça ne sent pas très bon d’ailleurs ! C’est la seule odeur dont je me souviens vraiment... Celle d’un truc pas frais qui serait resté trop longtemps au soleil. Ça me perturbe. J’en reste grogui sans que ça dure très longtemps.

Car, tout à coup, quelqu’un sorti de nul part me saisit par le biceps et me plaque dos contre la paroi.

C’est la brune.

Elle me retient fermement de sa main gauche, puis elle m’attrape le cou de l'autre. Et je peux dire que sous ses apparences fragiles, elle possède une sacrée poigne : elle serre si fort que j’ai l’impression que je vais étouffer !

Elle finit par abandonner mon bras pour venir poser son index sur mes lèvres, comme si elle voulait m’imposer le silence.

De toute façon, je m’étrangle à moitié, j‘essaye même pas d’émettre le moindre son d’objection !

Elle relâche son étreinte de ma gorge, puis, je vois sa tête s’approcher de mon visage. Elle retire son doigt de dessus ma bouche et ses lèvres se posent sur les miennes.

J’ai toujours la même sensation quand elle m’embrasse : ses lèvres ! Elles sont froides ! Froides comme la mort !

C’est à ce moment là que j’entends le bruit mécanique d’une éjection. Vous savez : ce son que fait un holster intégré à une prothèse quand il éjecte une arme : Clic ! Psssshit ! Ils fabriquent ça chez Airbones Techno. Ça permet de dégainer plus vite, il parait.

Et devinez quoi ? Le canon de cette arme ? Je sens son froid métallique sur ma tempe. Un froid qui ressemble aux lèvres de la brune.

Et il y a un déclic. Soudain, une détonation. Une détonation si forte qu’elle résonne en écho dans la ruelle.

Là, tout se passe au ralentit : je me vois de face, le haut de ma tête éclate et mon sang gicle sur le mur. Il y a des morceaux de cervelle aussi, ou quelque chose de solide dans ce genre là. Je vous fais pas un dessin... Rien que de revoir la scène pour vous la raconter, ça m’écoeure…

Et après ça, je m’écroule.

C’est toujours à l'instant où mon corps touche le sol que je me réveille en sueur dans mon lit.

Le plus bizarre là dedans ? C’est ce miaulement que j’entend parfois, juste avant de me révei.... »


Texte publié par Erval, 12 août 2021 à 23h28
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