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À vous dire le vrai je ne sais pas si je dois vous conter cette histoire. Car elle pourrait modifier votre perception des choses et dans le pire des cas, attirer à vous un être que croyez-moi, vous ne voulez pas rencontrer. Aussi, si vous êtes un tantinet sensible aux histoires d'épouvante, je vous conseille vivement de vous en tenir là.

Je me dois toutefois de préciser que si l'envie de relater les événements qui se sont produits la nuit du 13 janvier 1972 dans la région des Cotswolds, dans le comté de Worcestershire, me taraude, c'est dans l'espoir d'éviter qu'un tel drame ne puisse se reproduire. Je vous laisse seul juge pour décider si vous devez poursuivre ou non.

Ainsi donc, cette fameuse nuit, les Mc Flinchster organisaient une petite soirée entre amis dans leur ravissante maison en pierre, agréablement située loin de toute autre habitation au bout d'un petit sentier à travers les bois. Jeunes mariés, Isaac et Elizabeth Mc Flinchster en avaient fait l'acquisition cinq ans auparavant et en étaient heureux.

Les invités étaient en nombre, et parmi eux se trouvait Shaun Bradick, un ancien camarade d'université d'Isaac. Depuis sa rupture avec celle qu'il espérait voir devenir sa femme il était au trente-sixième dessous et peinait à sortir la tête de l'eau. Comme à son habitude, il vida d'une traite le premier verre qu'on lui tendît.

- Ceci augure une excellente soirée, s'exprima-t-il ensuite comme une espèce de bénédiction.

Les conversations allaient bon train. On se remémorait les souvenirs de la faculté de droit, on discutait de la possible fusion avec le comté de Herefordshire, on écoutait avec plaisir les anecdotes extravagantes de Betty Hall à propos de son dernier voyage en Europe.

Elizabeth ne tarda pas à proposer aux convives de passer à table, et s'en fut en cuisine chercher le potage qu'elle avait prévu en entrée.

- Cette soupe est la bienvenue, approuva Colin Prite. Il fait un froid de canard ces temps-ci.

Tout le monde en convint sauf Shaun qui fit remarquer qu'on entendait le début d'une averse sur les carreaux, et qu'il aurait neigé si les températures étaient si basses.

- Mais quel rabat-joie, s'exaspéra Colin.

Shaun et Colin ne s'appréciaient guère et ce, depuis leur rencontre. Shaun reprochait toujours à Colin le manque de rigueur dans les affirmations qu'il faisait et ne pouvait s'empêcher d'en souligner l'inexactitude. Du moins trouvait-il qu'il s'était orienté dans la bonne direction car Colin était très présent sur la scène politique, et Shaun considérait tous ses semblables comme d'habiles menteurs.

- Messieurs, s'il-vous-plaît, clama franc et fort Isaac pour couper court.

Mais l'ambiance s'était tout à coup radoucie et laissa un temps le repas en suspens.

- Betty, raconte-nous une autre histoire je t'en prie, demanda Elizabeth, presque suppliante.

- Je vous ai déjà parlé du piètre niveau d'anglais de nos voisins Français ?

- Des tonnes de fois ! éclata de rire Shaun. Lizzie, le potage était excellent. Maintenant si vous me le permettez, je vais prendre un peu l'air. Et je prendrai soin de ne pas congeler, lança-t-il à Colin comme une pique.

- Enfin tu n'es pas sérieux, s'inquiéta Elizabeth.

- Je ne serai pas long, et ce n'est pas une petite pluie qui m'effraie.

Il enfila son manteau, s'empara de son parapluie, et emporta au passage une bouteille de gin.

- Pour me tenir compagnie, plaisanta-t-il.

Quand il ouvrit la porte d'entrée, un froid insidieux s'engouffra dans la maison et tous frissonnèrent. Isaac proposa de rajouter des bûches pour alimenter le feu et disparut dans une autre pièce.

- Tout se passait si bien, se désespéra Elizabeth. En plus le dîner va refroidir.

- S'il ne se montrait pas aussi con, tempêta Colin.

- Bon sang mais tu ne peux pas faire un effort ? s'emporta Betty. Vous êtes comme chien et chat depuis toujours je le sais. Mais il traverse une mauvaise passe ces temps-ci. Il a besoin de notre soutien.

- Qu'il aille se faire voir ! Tu n'en as toujours eu que pour lui. Mais tu veux que je te dise, il n'en a strictement rien à fiche de toi.

Betty sentit la moutarde lui monter au nez et gifla Colin, sous le regard implorant de la maîtresse de maison qui ne savait pas quoi faire pour apaiser les tensions.

Dehors, le vent hurlait. La pluie tombait dru et le froid cinglait le visage de Shaun. « C'est vrai qu'il ne fait pas chaud » admit-il. Il avança un peu sur le sentier et il lui sembla percevoir un bruit étrange à travers les arbres. Il quitta la route et s'enfonça dans la végétation à l'aspect mourant, ainsi délestée des feuilles et de l'éclat qu'on lui connaissait au printemps.

Tout en avançant, il prit une première gorgée d'alcool et manqua glisser sur une racine, renversant par là-même une partie de la bouteille. Il jura ce qu'il pouvait et s'arrêta contre un arbre le temps d'avaler encore un peu de la précieuse boisson. Celle-ci le réchauffait et lui apportait un réconfort dont elle seule était à même de lui dispenser.

Il se remit en marche, malgré les premiers signes d'ivresse qui se manifestaient. Légèrement titubant, il prit soin de regarder où il posait les pieds, tandis que son esprit s'évadait loin de cette forêt et de cette Angleterre qu'il aimait tant, pour s'évanouir en Californie et au souvenir de jolies boucles blondes flottant au vent sous un coucher de soleil en été. Quelle merveilleuse année ç'avait été.

Très vite, il se trouva agenouillé devant elle, dans un autre temps, à attendre impatiemment sa réponse. Elle était arrivée, implacable, brûlante, meurtrière, et il en gardait la cicatrice fumante et vivace. Il retourna alors à la réalité et dans un instant d'intense émotion, il réalisa que depuis lors son cœur était semblable à cette forêt. Vidé de sa substance, brisé. Il acheva d'un trait le reste de la bouteille et l'envoya se fracasser contre la branche d'un arbre. Puis il fit de même avec le parapluie, qui s'envola au loin, emporté par le vent fougueux.

Un épais brouillard s'était levé, qui occultait complètement la déjà faible lumière de la lune. Shaun estima qu'il était peut-être temps de rentrer, mais il n'était plus bien sûr du chemin. Il entendit soudain un autre bruit étrange, plus loin, par-delà les veilleurs immobiles de la forêt.

- Ohé y a quelqu'un ? beugla-t-il sous l'effet de l'alcool.

Mais il n'y eut pas de réponse. Il décida de marcher en direction de l'origine du son.

- Hou-hou ! réitéra-t-il.

Là encore, il perçut un bruit, mais qu'il réussit quelque peu à définir cette fois-ci. On eut dit le bruit de quelque chose de mat cognant contre les arbres de manière énergique et répétée. De plus, cela se rapprochait, et vite, mais Shaun ne voyait pas à deux mètres. Il lui semblait entendre des murmures.

- Et bien quoi ? Vous avez peur de vous montrer ? gueula-t-il. Espèce de taré ! Je vous crache dessus, conclut-il en associant le geste à la parole.

La chose fondit tout à coup sur lui et il n'eut pas plus d'une seconde pour réagir quand il vit ce qui arrivait. Perdu au milieu des bois, il hurla.

Chez les Mc Flinchster, personne ne parlait quand le cri déchirant leur parvint. Elizabeth débarrassait les assiettes creuses avec l'aide de son mari, Colin maugréait assis dans un fauteuil, et Betty se réchauffait les mains dans l'âtre du feu. Ils eurent tous un sursaut et Isaac cassa de la vaisselle.

- On aurait dit la voix de Shaun, vous ne croyez pas ? risqua Betty.

- C'est peut-être le vent, répondit Colin sur un ton qui se voulait rassurant sans y parvenir.

Et à cet instant il y eut une coupure de courant. Les femmes laissèrent échapper un cri et Isaac brisa une nouvelle assiette.

- Pas de panique, une branche aura cogné contre un câble électrique, ce n'est pas si rare, expliqua-t-il. Je vais chercher des bougies.

- Je viens avec toi ! s'imposa sa femme.

À la lumière des flammes elle se blottit contre lui et ils rejoignirent la cuisine. Colin s'était rapproché de Betty et la prit dans ses bras pour la calmer. La pluie semblait vouloir rentrer dans le salon et le toit donnait l'impression d'être raclé par un ongle de géant.

Les Mc Flinchster reparurent rapidement apportant avec eux la chaleureuse ambiance de l'éclairage à la bougie.

- J'ai peur, chuchota Betty.

- Je vais aller voir si Shaun va bien, proposa Colin pour faire le beau.

- Je viens avec toi, dit Isaac.

- Vous êtes fous tous les deux ! Vous ne comptez tout de même pas nous laisser seules ici, reprocha Elizabeth.

- Elle a raison, si vous devez sortir, je préfère encore être avec vous.

- Ce serait idiot par ce temps, fit Colin. Et puis ce n'est sûrement rien.

- Vous n'avez qu'à fermer la porte derrière nous.

- Et puis quoi encore ? Qui sait ce qu'il y a dehors ? Plus nous sommes nombreux et mieux ce sera, raisonna Betty.

- Mais enfin qu'est-ce que tu vas imaginer ? Tu te racontes trop d'histoires, même si c'est ce que j'aime le plus chez toi, glissa Colin.

- Prenez quelque chose avec vous, conseilla Elizabeth. Je ne sais pas moi, le tisonnier par exemple. Et j'ai laissé la binette dans l'entrée en finissant de jardiner cet après-midi.

- C'est entendu, dit résolument Isaac. Allons-y.

Et au même moment on toqua à la porte. Tous se figèrent.

- Shaun c'est toi ? Entre c'est ouvert, fit Elizabeth.

La porte s'ouvrit, amenant des gerbes de pluie et le câlin du froid dans la maison. Mais personne ne parut sur le seuil.

- Shaun ? risqua une nouvelle fois Elizabeth.

- Je vais voir, annonça Isaac.

- Je reste près des filles, au cas où, expliqua Colin qui s'était subitement dégonflé.

Doucement, après s'être saisi du tisonnier qu'il tenait bien fermement devant lui, Isaac s'approcha de l'entrée. Il ne voyait toujours personne. Il passa la tête à l'extérieur mais ne remarqua pas âme qui vive. Puis son regard fut attiré par un objet coincé sous le porche.

- Shaun nous fait une blague, cria-t-il soulagé. Il y a son parapluie.

Et alors ceux qui demeuraient encore à l'intérieur le virent. Shaun vint s'aplatir contre les carreaux de la fenêtre avec fracas. Cette fois, ce fut Colin qui hurla le plus fort.

- Referme cette satanée porte ! Dépêche-toi !

Mais avant qu'Isaac ne réagisse il y eut un éclat de rire triomphal, et Shaun se dégagea de la fenêtre pour revenir à l'intérieur.

- Ah vous êtes trop vous ! Vous devriez voir vos têtes ! Lizzie, tu veux bien aller me chercher une serviette s'il-te-plaît je suis trempé.

- Tu nous expliques ? éructa Colin, vexé et honteux de son manque de virilité.

- Nous t'avons entendu hurler, reprocha Betty. Tu voulais nous faire peur, et bien c'est réussi merci.

- Attendez calmez-vous. Ce n'était pas mon but. Je n'y voyais que dalle et mon parapluie qui s'était envolé au loin m'est revenu dessus en pleine figure. Ça m'a un peu surpris je l'avoue. Mais c'est vrai qu'en rentrant j'ai eu envie de vous faire une petite farce.

- Toi tu as encore trop bu, jugea Elizabeth qui fila à la salle de bain pour qu'il puisse se sécher.

- Allez ne m'en veuillez pas trop. C'était tordant avouez.

- Repassons à table et finissons ce repas. Cette soirée est un fiasco, commanda Colin.

Le dîner se prolongea sans accroc mais l'humeur n'était plus à la fête.

- Isaac c'est l'heure, rappela sa femme qui s'était éclipsée à la cuisine pour revenir avec deux somnifères.

- Vous avez du mal à dormir ? s'étonna Betty.

- Disons que ça nous rassure.

- Le brouillard ne s'est pas levé et le temps est pourri, intervint Colin. Je ne sais pas si c'est très prudent de prendre la voiture. Vous pouvez nous loger si jamais ?

Les Mc Flinchster échangèrent un regard mystérieux.

- Oui nous devrions pouvoir nous arranger, assura Sean.

- Alors il faut leur en parler, pressa Elizabeth. Je vais chercher d'autres somnifères.

- C'est quoi encore cette histoire ? demanda Shaun, intrigué.

- Ce n'est rien du tout, répondit Isaac. C'est d'une bêtise. Je n'ose même pas vous en parler, vous allez penser que nous sommes fous.

- Vous en avez trop dit maintenant, fit Betty, pragmatique.

Isaac sembla hésiter un instant en les fixant l'un après l'autre. Puis il se racla la gorge.

- Puisque vous y tenez. C'est arrivé l'année dernière. Nous recevions Hugh, le frère d'Elizabeth. Il faut savoir que son frère était un véritable génie de la finance. Toujours en voyage d'affaires. Mais il était fatigué de son train de vie et pour la première fois il avait trouvé le temps de venir se reposer chez nous.

- Était, était, ton frère est mort ou quoi Lizzie ? demanda Shaun, totalement débridé à cause de l'alcool.

- C'est bien pis que ça, lui répondit-elle, faisant planer sur les invités un voile de mystère. Continue Isaac, moi je ne peux pas.

- Son frère est en hôpital psychiatrique depuis sa venue chez nous. Il s'est produit quelque chose une nuit. Il devait être trois ou quatre heures du matin. Elizabeth et moi avons été réveillés en sursaut par des cris atroces, des hurlements qui nous hantent encore aujourd'hui. Nous avons accouru dans la chambre de Hugh et nous avons découvert avec horreur qu'il était couvert de sang.

Elizabeth eut alors un sanglot et Isaac devint livide.

- Ses yeux. Il n'avait plus ses yeux. Nous avons immédiatement appelé une ambulance et l'avons accompagné jusqu'à la clinique où il a été stabilisé. Quand il est revenu à lui, il était extrêmement désorienté et en proie à une vive panique. Il ne cessait de répéter que la chose lui avait arraché les yeux parce qu'il l'avait vue. C'était affreux. Le service psychiatrique est intervenu et a conclu qu'il était devenu fou. Mais lui continuait à nous dire qu'il fallait nous méfier et surtout ne jamais ouvrir les yeux la nuit. Qu'il avait été réveillé à cause d'une envie pressante mais qu'il avait tenté de se rendormir et d'attendre le petit matin. Qu'il avait alors entendu un souffle tout près de lui, et qu'il sentait une présence dans sa chambre. Qu'il avait fait ce qu'il ne faudrait jamais que nous fassions, c'est-à-dire ouvrir les yeux en pleine nuit, car alors la chose saurait que nous ne dormirions pas et qu'elle se jetterait sur nous. Que ce qu'il avait vu était terrible.

- Il en tenait une sacrée couche, conclut insensiblement Shaun.

Betty, elle, était terrifiée. Elizabeth poursuivit.

- Il a été jugé déficient mental de très haut niveau, et les médecins ont supposé qu'il avait disjoncté à cause du surmenage et s'était arraché les yeux. Mais il y avait un point obscur. Nous n'avons jamais retrouvé ses yeux. Les médecins ne s'en inquiétèrent pas et nous répondirent qu'il les avait peut-être jetés par la fenêtre, voire même qu'il les avait mangés.

- Quelle horreur, lâcha Betty qui ne tenait plus en place.

- Depuis cette fameuse nuit, continua Isaac, il nous est arrivé d'avoir du mal à trouver le sommeil et d'être éveillés en pleine nuit. Et nous ne pouvons affirmer avec certitude que ce n'était que notre imagination, sous le coup des paroles de Hugh, mais nous avons entendu des choses nous aussi. J'ai moi aussi eu l'impression de sentir quelqu'un d'autre dans la chambre que j'entendais respirer. Et Elizabeth a même senti une caresse sur son visage, elle a fait un effort titanesque pour ne pas ouvrir les yeux. Nous avons essayé de nous raisonner mais nous sommes dans l'impossibilité de le faire alors depuis, nous prenons des somnifères. Comme ça nous sommes sûrs de ne pas nous réveiller avant le matin. Et maintenant je parie que vous devez nous trouver tout aussi fous que son frère.

- Cette histoire me suffit amplement, finit par dire Betty. Je ne passerai la nuit ici sous aucun prétexte ! Colin ramène-moi je t'en supplie.

Face à l'urgence de la demande, il se leva et récupéra les manteaux.

- Nous partons, se contenta-t-il de dire.

- Soyez prudent, fit Elizabeth, affreusement gênée de cette situation.

Puis tous se tournèrent vers Shaun avec un air interrogateur. Colin se fit même violence pour lui proposer de le ramener aussi vu son état.

- Cette nuit s'annonce tout aussi merveilleuse que cette soirée, annonça Shaun.

- Alors prends ce somnifère, lui intima Elizabeth.

- Foutaises. Tout ceci n'est qu'un ramassis de conneries. Et la cause en est votre imagination. Montrez-moi ma chambre, je vais me coucher.

Sur ces mots, Elizabeth, très contrariée, lui indiqua la chambre où le drame s'était produit et revint au salon pour dire au revoir à ses invités. En à peine dix minutes, la soirée prit fin et les Mc Flinchster furent couchés.

Dans son lit, Shaun Bradick décuvait difficilement et ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il se tournait et se retournait sans cesse sans succès. Il ressassait l'histoire saugrenue de ses hôtes, affligé d'apprendre à quel point ses amis pouvaient se montrer sensibles. Il finit par s'endormir sous les coups de minuit.

Au-dehors les éléments ne laissaient aucun répit. La pluie battait les fenêtres et le vent crissait sur les tuiles, provoquant des sons stridents. La température extérieure baissa encore et cette variation s'en ressentit immédiatement dans la maison.

C'est d'ailleurs ce qui tira Shaun de ses rêves, un simple coup de froid. Les yeux clos, il ramena la couverture jusqu'à son visage, pensant se rendormir aussitôt. Mais il fut interpellé par le parquet qui grinçait. Il n'y prêta pas trop attention car il savait bien qu'une maison vit, et que ce sont des choses qui arrivent. Cependant, cela se reproduisit plusieurs fois et en écoutant bien, il estima que le bruit ressemblait plus à un pied qui se poserait au sol.

Alors il repensa à la mise en garde. Il ne fallait surtout pas ouvrir les yeux. Mais il n'y croyait pas le moins du monde, et était sur le point de se redresser dans le lit quand il devina une respiration. Sans bouger, les sens en alerte, il tendit l'oreille. Il l'entendait distinctement et il sentit le bas du lit s'affaisser comme si quelqu'un venait de s'asseoir.

« Ce n'est que ton imagination abruti ! ».

Mais il sentit un souffle contre sa joue et un murmure qui l'accompagnait. « Est-ce que tu dors ? » crut-il comprendre.

À cet instant il ne faisait plus le fier, même s'il restait persuadé qu'il n'y avait là que la manifestation de sons produits par les éléments, et à quoi son cerveau se chargeait de donner un sens morbide. Il devait en avoir le cœur net. Il envoya valser ses draps et ouvrit les yeux. Là, dans l'ombre du buffet qui se trouvait à sa droite, il vit une chose aux contours indéfinis qui se tourna vers lui. La chose avait des yeux bleus et il fixa son regard à l'intérieur. Alors il comprit ce qui allait lui arriver. Son hurlement déchira la nuit.

Ici s'achèvent les événements de la nuit du 13 janvier 1972. Comme vous pouvez vous en douter, Shaun Bradick a été retrouvé par les Mc Flinchster les orbites creuses. Et plus tard, quand il aura été soigné pour éviter que l'hémorragie ne le tue, il reconnaîtra qu'il avait tort et que Hugh avait entièrement raison. Sa version fut simplement différente en un point. La chose avait les yeux bleus. Elizabeth Mc Flinchster avait alors raconté que dans sa famille, son frère Hugh était le seul à avoir hérité des yeux clairs de leur arrière-grand-père.

Sur ce, je me dois de vous laisser car je tombe de fatigue. Mais avant, je me dois aussi de vous préciser un élément crucial de cette histoire. Elle concerne Betty Hall. Morte de peur, cette dernière a pensé qu'elle serait en sécurité si elle quittait la maison. Mais il n'a jamais été dit que la chose ne pouvait se manifester que dans la campagne anglaise profonde. Au contraire, si vous vous renseignez un peu, vous verrez que des épisodes similaires se sont produits et sévissent encore en tout point du globe. Ils sont simplement passés sous silence pour ne pas effrayer inutilement les gens.

Je vous souhaite une agréable nuit. Et personnellement, je porte un masque pour dormir.


Texte publié par Baptiste A., 28 juillet 2021 à 00h38
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