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La nuit commençait à tomber lorsqu’il put enfin jeter l’encre. Heureusement pour lui, une corde avait été abandonnée près de la bite d’amarrage, il testa sa résistance puis attacha le sloop au quai. Il arracha les vieilles cordes de sa voile et se dirigea vers la corderie d’un pas pressé.

Il ne prit pas le soin de s’annoncer et enfonça la porte d’entrée, il trouva Krantz, le cordier, affalé sur la table et confit dans l’alcool. Il était beau, le meilleur cordier de l’archipel de Tarentella ! John s’avança et jeta les cordes rongées sur la table, le cordier tressailli mais ne s’éveilla pas pour autant. Le pirate tapa des deux poings sur la table :

« KRANTZ ! » s’écria-t-il.

Cette fois-ci, le cordier sursauta et resta droit sur sa chaise, il s’essuya le coin de la bouche et la panique se lut sur son visage quand il reconnut John Brigham :

« John, qu’est-ce que… Que me vaut l’honneur de ta visite ? » demanda-t-il innocemment.

« Les cordes Krantz, ou plutôt cette maudite ficelle que tu as osé me vendre il y a seulement deux semaines » répondit-il en pointant les doigts sur les restes de cordes qui jonchaient la table.

« T’énerves pas John ! » tenta-t-il de le calmer.

« J’ai passé trois putains de jours à dériver en pleine mer parce TU m’as vendu de la merde ! » s’empourpra le pirate « Et comble de l’humiliation, j’ai dû m’abaisser à demander aux « Drinking Parrots » de me remorquer jusqu’aux côtes, ça m’a couté la moitié de mon chargement. Et toi tu trouves le moyen de me demander de ne pas m’énerver ! Je devrais te fendre en deux, le cordier ! » postillonna-t-il.

« Je suis désolé… » fit Krantz.

« Et tu peux ! Et heureusement que tu l’es ! C’est peut-être ça qui va te sauver ! » dit-il essayant de s’adoucir.

« C’est le matériel que je reçois, les palmiers sont pourris, la qualité est horrible, et tu n’es pas le premier à qui je dois rendre des comptes » dit-il le regard oscillant entre les cordes et le visage de son invité.

« Ça n’explique pas pourquoi tu t’obstine quand même à vendre de la merde, et de la merde qui met des vies en danger qui plus est, et en plus au prix de tes meilleurs cordages ! »

« Faut bien vivre ! »

« NOYE DANS L’ALCOOL ! » s’énerva à nouveau le pirate, il souffla longuement « Faut que je me calme sinon je vais tout péter ici ! »

« Prends un verre ! » l’invita Krantz. Il ne se fit pas prier et se servit un grand verre de rhum qu’il but d’une traite :

« Je pourrais te tuer Krantz, je t’assure que c’est ce que je fais d’habitude », il s’asseyait sur une chaise libre « Cinq ans que tu t’occupes de mes cordages, cinq ans que je te fais confiance, c’est dur Ludwig, très dur à encaisser. Tu ne peux évidemment pas me rembourser en cordages, est-ce que t’as au moins de quoi me payer ? »

« Je n’ai plus rien John, je suis fauché, c’est ma dernière bouteille de rhum, après c’est la fin. » dit-il, John observa les étoiles à travers la petite lucarne qui donnait sur la mer.

« Je suis crevé, on va aller se coucher et on parlera de ça demain, je suis sur qu’on va trouver une solution » ses derniers mots sonnèrent comme une menace et le cordier passa la nuit à rêver de doigts coupés et de supplice de la planche.

Lorsque le cordier se réveilla le lendemain, il trouva John en train de mettre à sac la corderie.

Ils fouillèrent les vieux documents comptables de la corderie et finirent par tomber sur un vieux livre poussiéreux :

- Ah ça, ça vient de grand père Krantz, on ne l’a jamais ouvert, mon père pensait que c’était le registre des commandes, rien d’important.

Poussé par la curiosité John l’ouvrit, comme il s’en doutait il s’y trouvait bien les noms de clients et même certains noms de pirates qu’il connaissait, il le parcourra quelques instant et une feuille volante glissa d’entre les pages pour atterrir sur le sol, John s’en saisit et lu :

« Toi, maître parmi les cordiers,

Si courage un jour t’en prend,

Vogue sur les flots avec témérité,

Et trouve l’objet que tu convoites tant.

Un lien puissant et mythique,

Libérant force et nouant dur.

Un cordage aux atouts magiques,

Qui ne connaît pas cassure »

Il retourna le parchemin où figurait une carte, il ne connaissait pas l’île qui était dessinée sur la feuille mais selon les indications elle se trouvait tout au Nord de Tortuga, Tortuga se trouvant elle-même à l’Est de Tarantella :

- Krantz, j’ai trouvé un truc, un truc génial ! Un truc qui peut tout arranger, lis-moi ça.

Le cordier lu le manuscrit, écarquillant les yeux au fil de la lecture puis leva les yeux vers John :

- John ! Si tu trouves ce « cordage magique » on est riche !

- Si JE trouve ? Tu rigoles mon vieux tu viens avec moi !

- Mais ! Tu sais bien que jamais quitté l’île, je ne vais jamais survivre en mer !

- N’oublie pas que tu m’en dois une, et une sacrée, je ne te laisse pas vraiment le choix et je veux t’avoir à l’œil !

Krantz prépara ses affaires sans joie et prit tout son temps, ça ne suffisait pas pour dissuader John de le prendre avec lui sur son sloop. Il l’aida à tout empaqueter et une bonne heure plus tard, ils avaient embarqué sur l’ « Espadon ».

John lui prépara une couchette dans la cale, puis il ouvrit sa propre réserve et en sortit quelques bouteilles d’un étrange élixir au reflets marron :

« Si ça ne va pas, n’hésite pas à prendre une bonne gorgée de ce truc, c’est contre le mal de mer, depuis que j’embarque de la marchandise humaine c’est devenu indispensable ! » lui dit-il

« Tu fais dans la vente d’esclaves maintenant ? » demanda Ludwig d’un air dégouté.

« Sacrebleu ! Tu m’insultes ! Je fais un peu de chasse à la prime de temps en temps… »

L’air soulagé, le cordier fourra la bouteille d’élixir dans la poche intérieur de son manteau.

« Allez viens, je vais te montrer comment ça marche ici ! » lança le pirate.

Ils montèrent sur le pont et John commença à encorder la voile, Krantz le regarda faire, un peu déçu de ne pas avoir vu la voile habillée de ses propres cordes. Il l’aida à fixer les cordes sur le piano mais il le laissa volontiers s’occuper du mat.

Lorsque tout fut enfin prêt, ils levèrent l’ancre et la voile et John le laissa sonner la cloche alors que le bateau commençait à caresser les flots :

« Il nous faudra deux bonnes journées avant d’atteindre Tortuga, ne t’inquiètes pas, il y a de quoi faire ici, si tu veux tu peux charger les canons, ça sera déjà ça de moins à faire le moment venu »

« Parce qu’on va se servir des canons ? »

« Qui sait ! » répondit le pirate en souriant toutes dents dehors.

Le cordier pâlit et il prit une gorgée d’élixir. Dans quoi s’était-il embarqué !


Texte publié par Valkyria_Myklebust, 25 mai 2021 à 13h09
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