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Tome 1, Prologue Tome 1, Prologue

Une nuit d'encre était venue se déposer sur les steppes, alors qu'un vent glacial et violent venait balayer les étendards qui flottaient fièrement quelques jours plus tôt. Une odeur âcre de cadavres en décomposition s'insinuait dans les narines du cavalier qui connaissait depuis son plus jeune âge les cimetières à ciel ouvert.

Sa principale priorité était d'éviter les serpents Tarasques qui rampaient au milieu des broussailles, dévorant la chair des morts, avec pour seule source de lumière sa torche qu'il tendait droit devant lui.

Malgré la peur et l'inquiétude qui tordait ses entrailles, il devait continuer sa course, afin que lui-même ne termine pas dans l'estomac de ses créatures et surtout, il devait retrouver son roi à tout prie.

Le souffle court et le cœur battant, il sentit subitement sa monture se braquer quand un serpent d'environ six mètres de long sortit de l'ombre pour venir se jeter sur lui en poussant un cri strident, capable de détruire l'ouïe de sa cible. N'importe qui serait déjà mort dans cette situation, mais pas lui. C'est dans un geste presque surnaturel qu'il sortit sa lame et trancha la tête de la créature qui s'effondra lourdement à terre dans un grondement sourd.

Le sang de l'homme se glaça instantanément quand il comprit que ce bruit avait attiré l'attention des autres bêtes et plus particulièrement en réalisant que leurs sifflements se faisaient de plus en plus proches.

Craignant pour sa vie, il déglutit péniblement tout en éperonnant sa monture qui elle aussi certainement effrayée, partit dans une course précipitée. Les battements de cœur mêlé au souffle du vent auraient pu diminuer ses perceptions auditives, mais ses sens en alerte, il distinguait parfaitement le bruissement de leur corps dans les broussailles et plus particulièrement le craquement des os sous poids de leur corps. Heureusement, il pouvait compter sur ses talents de cavalier émérite et sur sa monture qui faisait partie des races les plus rapides dans tout le pays de Dobrisovo.

Plusieurs minutes s'étaient écoulées depuis sa course-poursuite quand il réalisa qu'une forêt sombre avait laissé place aux grandes plaines où les Tarasques n'osaient pas s'aventurer de peur de rencontrer d'autres créatures plus imposantes et plus effrayantes qu'eux.

L'obscurité n'aidant pas à atténuer sa peur, il dut se résoudre à ralentir la course, afin que son cheval retrouve son calme et son endurance. Il en profita pour balancer sa torche de gauche à droite pour agrandir sa visibilité, jusqu'à ce que les battements dans sa poitrine reprennent un rythme régulier, en découvrant que les sabots de son cheval foulaient une route de terre limitée par des rangées de champignons magiques.

D'après les légendes, ils auraient été plantés par les dieux, il y a de cela plusieurs siècles, permettant à l'homme de parcourir ces contrées sans crainte de se faire attaquer par les monstres qui peuplaient cette terre.

Alors que l'homme continuait son chemin sans inquiétude, il leva son regard vers les cimes des arbres pour découvrir des millions de lucioles venir se déposer entre les feuilles. Envoûté par la magie de ce spectacle, il réalisa bien vite que leur lumière délicate était en train d'illuminer la route, comme si elle connaissait les raisons de sa quête et qu'elles s'inquiétaient que celui-ci s'en détourne pour aller se perdre dans les profondeurs des bois.

Galvanisé par ce qu'il considéra comme un cadeau des dieux, il esquissa un sourire du coin des lèvres, priant au plus profond de son âme pour les remercier, avant de fixer ce sentier qui le mènerait enfin à son but. C'est donc mû par un nouvel espoir qu'il lança son cheval à pleine allure le long de celui-ci, tout en serrant nerveusement ses poings contre la bride, craignant qu'il n'arrive trop tard.

L'homme réalisa bien vite que de nombreuses heures venaient de s'écouler en constatant que les faibles lumières des insectes avaient fait place aux rayons du soleil qui traversaient l'épaisse verdure des arbres, illuminant la flore qui s'était parée aux couleurs de l'arc-en-ciel.

Surpris par la beauté qui venait de l'entourer, il ne put s'empêcher, malgré la vive allure de son destrier, d'observer les fleurs qui éclos à son passage, lui donnant l'impression que les fées somnolentes le saluaient d'un immense sourire à leur réveil, tout en le saupoudrant d'un délicat parfum.

Pourtant, il dut se résoudre à faire disparaître les questionnements que ces illusions avaient provoqués dans son esprit, lorsque des grognements mêlés à des cris retentirent dans l'immense forêt.

N'écoutant que son courage, il éperonna sa monture qui en un hennissement accrut sa vitesse, lui donnant ainsi presque l'illusion qu'il volait entre les arbres.

Serrant fermement les rênes, il priait intérieurement pour que le pire ne se soit pas passé.

Atteignant enfin son objectif, c'est avec horreur qu'il découvrit un décor sanguinolent. Les fleurs qui quelques minutes plus tôt avaient revêtu leur plus belle couleur avec leur agréable senteur, étaient à présent recouvertes de sang qui avait atteint la cime des arbres, lui faisant réaliser la boucherie que ces pauvres gens avaient été victimes.

Choisissant de descendre de son cheval, épée à la main, observant avec les alentours, tandis qu'il se dirigeait à tâtons vers le corps inanimé d'une femme dont le dos ensanglanté portait les stigmates de nombreuses griffures d'une bête sauvage.

S'agenouillant difficilement devant le cadavre, il tendit ses doigts tremblant vers le corps étendu et s'empressa de le retourner, priant les dieux qu'un malheur ne soit pas arrivé.

Faisant à présent face à ce regard livide, il retint péniblement un haut le cœur, en réalisant avec horreur que son cauchemar était devenu réalité. Cette femme n'était nul autre que la reine Arnfried, souveraine de Dobrisovo.

Submergé par le chagrin, il quitta à regret sa bien-aimée reine, pourtant, il ne souhaitait pas perdre espoir de retrouver les autres membres de la famille royale.

Avançant prudemment, il observait chaque recoin d'ombre, jusqu'à ce que son regard découvre avec effrois le corps du jeune prince Thiemo dont les entrailles avaient été à moitié dévorées, ainsi que celui de la princesse Héraïs dont seul un ruban en soie précieuse était enroulé dans sa chevelure brune seule rescapée de sa torture.

La lèvre tremblante, il dut abandonner à regret les dépouilles des deux adolescents pour partir à la recherche du chef de famille, ainsi que de la dernière princesse Aldna.

Déglutissant difficilement, il prit la décision de poursuivre son chemin, posant par précaution sa main sur le pommeau de son épée. Chacun de ses pas était une véritable torture, plus particulièrement quand il réalisa que le chemin était jonché des corps de la garde rapprochée qui tout comme la famille royale avaient subi une attaque de bêtes sauvages.

C'est avec que peu d'espoir qu'il continua son exploration jusqu'à ce qu'une silhouette familière se dessine devant lui, lui provoquant un soupir de soulagement. Mais sa joie ne fut que de courte durée, en apercevant le roi appuyé péniblement contre un tronc, stoppant comme il le pouvait, l'écoulement de son sang.

- Majesté ! Hurla-t-il en courant à son encontre pour s'agenouiller devant lui. Je suis là ! À présent, tout va bien se passer, assura-t-il en fouillant dans sa sacoche de cuir le moyen de stopper l'hémorragie.

- Hogo, mon ami, souffla péniblement Arnfreid en relevant son seul œil qui avait survécu à l'attaque. Je suis heureux de te voir, même si cela est la dernière fois.

- Ne dites pas cela, vous allez vous en sortir, assura-t-il les larmes brouillant peu à peu sa vue. Je vous le promets, insista-t-il en posant un linge blanc qui se gorgea instantanément de sang.

Le roi qui savait pertinemment que son heure était venue posa difficilement sa main sur celle de son ami et chevalier, tout en esquissant un faible sourire d'où s'échappait son liquide sanguin qui tombait en gouttes sur leurs doigts.

- C'est fini pour moi, murmura-t-il entre deux quintes de toux. Tu as toujours été mon ami et mon soldat le plus fidèle. Je veux donc te confier mon trésor le plus précieux qui reste sur cette terre, toussa-t-il avant d'exprimer une grimace de douleur. C'est ma petite Aldna, indiqua-t-il en tournant laborieusement sa tête sur le côté, indiquant ainsi la présence de sa fille dissimulée derrière le tronc. Elle va avoir besoin de toi et de tous tes bons conseils. Je veux que tu la protèges jusqu'à ce qu'elle soit en âge de reprendre notre royaume.

- Je te le promets, sanglota-t-il en serrant l'étreinte de sa main, avant de venir poser son front sur celui du monarque. Elle deviendra une grande reine et combattante émérite. Et je la chérirai comme ma propre fille.

- J'en suis heureux, souffla le roi en un dernier soupir.

Hogo, les joues ruisselantes de larmes, dut se résoudre à abandonner le corps de son souverain, avant de le contourner pour tenir sa promesse et prendre soin de la jeune princesse. À peine fit-il le tour de l'arbre que la stupeur s'empara de lui quand il découvrit qu'un renard blanc s'était couché tout contre la petite fille de cinq ans.

La surprise fut encore plus grande quand il réalisa que ce n'était pas n'importe quel renard, il s'agissait d'un Kitsune qui recouvrait le corps de l'enfant à l'aide de ses neuf queues. Il savait que cet animal était l'emblème de cette famille, mais jamais au grand jamais, il n'aurait pu imaginer que cette créature légendaire apparaîtrait en ces circonstances et plus particulièrement pour cette future reine.

Alors qu'il tentait de s'approcher d'elle, il vit l'animal ouvrir ses yeux pour venir les poser sur lui. Déglutissant difficilement, il n'osa pas faire le moindre geste, car il connaissait les légendes sur eux et il ne souhaitait pas les rendre réelles.

- Oh, Cher Dieu protecteur, déclama-t-il tout en s'agenouillant et en baissant la tête en signe de respect. Je viens en paix. Je souhaite simplement tenir la promesse que j'ai faite à son père. Je vous en prie accordez-moi votre confiance.

Attendant patiemment le moindre geste de la bête, Hogo n'osa pas bouger le moindre muscle de peur que celle-ci n'accepte pas sa prière. Il prit pourtant la décision de relever sa tête quand il sentit la langue du renard venir se poser sur sa main, découvrant qu'à l'aide de ses nombreuses queues, il déposa avec délicatesse l'enfant devant lui, dégageant une à une les fourrures blanches qui la protégeaient.

- Je vous remercie pour votre confiance, j'en saurais être digne, ajouta-t-il en déposant sa cape sur le corps menu.

Une bouffée de chaleur s'empara subitement de son cœur, en réalisant que le Kitsune avait incliné sa tête dans leur direction avant de disparaître dans une brume blanche qui venait d'entourer la clairière. Aveuglé par celle-ci, il dut se résoudre à clore les paupières.

Dès l'instant, où les rouvrit, il réalisa que le brouillard avait totalement disparu et qu'une toile de tissu avait été déposé devant le visage endormi de l'enfant, celui-ci contenait les deux alliances de ses parents, le ruban de soie de sa sœur et la dague de son frère.

Le cœur lourd, il emballa précieusement les objets, avant de délicatement glisser ses bras sous le corps de l'enfant qui gémit légèrement avant d'être précieusement plaqué contre sa poitrine.

- Ne vous inquiétez pas, Princesse, susurra-t-il tout contre sa chevelure. Je prendrais bien soin de vous, conclut-il en posant un doux baiser sur sa tête.

Dès l'instant, où il se retourna, l'étonnement se figea sur ses traits, en réalisant que le corps de son ami avait totalement disparu et que l'herbe avait retrouvé sa couleur originelle. Il prenait à présent conscience que cette forêt était emplie de magie, comment pouvait-il autrement, alors que malgré la saison hivernale qui recouvrait le monde, ses arbres étaient toujours parés de leur feuille et de fleurs, belles comme celle du printemps.

Malheureusement, il n'avait pas le temps de s'émerveiller sur la beauté de cet environnement, il se devait de mettre Aldna à l'abri, c'est donc d'un pas précipité qu'il grimpa sur son cheval, prenant soin de ne pas perturber le sommeil de sa pupille.

Comme attendu de son trajet à travers les bois, il n'y eut aucun incident, mais à mesure qu'il se rapprochait des steppes, l'angoisse grandissait de plus en plus en lui. Comment pourrait-il affronter les milliers de Tarasques, alors qu'aucune de ses mains n'aurait la possibilité de s'emparer de son épée ?

Mais la question ne se posa plus quand en passant les derniers troncs, il vit apparaître devant lui la forme mi humaine et mi bestiale d'un Kitsune qui sabre en main, exterminait avec une puissance surnaturelle chaque serpent qui se jetait sur lui.

Les yeux ronds, Hogo laissa avancer son cheval à pas feutrés, espérant ne pas attirer les autres Tarasques pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'observer le style aérien du dieu protecteur. Un frisson se propagea le long de sa colonne vertébral quand Hogo découvrit sa mâchoire remplie de dents pointues s'étira en un large sourire, alors qu'il était en train de ranger son katana dans son fourreau. Le voyant tourner son regard rouge dans sa direction, un soupir de soulagement s'échappa de ses poumons en le voyant incliner sa tête devant lui.

Prenant à présent conscience que son chemin certes semé d'embûches, mais soumis à la protection des dieux, il salua à son tour la créature, avant de partir au galop en direction de ses terres.


Texte publié par Lolie, 16 avril 2021 à 16h02
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