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Tome 1, Chapitre 1 « Chapitre 1 » Tome 1, Chapitre 1

Albina reprit connaissance la première. Ses yeux clairs habitués à l’obscurité se mirent à détailler ce qui l’entourait. Sans savoir comment elle s’était retrouvée dans une petite pièce où le seul mobilier existant était une table en bois posée contre l’un des murs. Sur celle-ci, la silhouette d’une bouteille en verre se dessinait dans la pénombre. Lorsque son regard se porta sur la gauche, elle prit conscience qu’elle n’était pas seule. Un homme se trouvait allongé le dos sur le même parquet terne et usé par les années où elle était assise.

La jeune femme se précipita sur lui. Sa poitrine se soulevait à chaque respiration, preuve qu’il n’était qu’endormi. En un sens, cette constatation la rassura. Être enfermée avec un mort n’aurait rien eu de réjouissant.

Albina se redressa pour aller voir ce qu’il y avait sur la table. Mis à part une lettre et la bouteille, elle ne trouva rien. Son esprit arriva rapidement à la conclusion qu’on l’avait enfermé dans une cellule en compagnie d’un inconnu. Après tout, il n’y avait que des murs sans fenêtres autour d’eux. Ce qui n’était pas un mal pour elle, puisqu’elle craignait les rayons du soleil. Ainsi ils ne l’atteindraient pas.

Le seul moyen de sortir était la porte fermée à clé. Il n’y avait aucune poignée pour l’ouvrir et la pousser ne donnait rien. Elle était en métal sur plusieurs épaisseurs. Pendant l’espace d’un instant, Albina eut l’impression qu’on l’avait enfermée dans un coffre-fort. Ce qui était peut-être la vérité. Un piège conçu pour elle et ces semblables.

Le fait qu’elle ne se souvienne pas de la façon dont elle avait atterri là l’effrayait. L’avait-on assommée ? Pourtant elle n’en portait aucune trace. En passant la main dans ses cheveux, elle n’avait trouvé aucune bosse. Droguée ?

Normalement, cela ne devait plus avoir d’effet sur son corps.

Plutôt que de se poser des questions vaines, la jeune femme se rabattit sur la lettre. Ses doigts la saisirent pour la lire. L’écriture était petite et penchée, un peu difficile à déchiffrer.

« Bonjour, chers monstres,

Je vous propose un petit jeu. La bouteille sur la table contient de l’eau bénite. Si vous la buvait, vous mourrez. Seul l’un d’entre vous sortira en vie de cette cellule. Reste à savoir lequel. Bien sûr vous pouvez choisir de vous sacrifier, mais je doute que des créatures sanguinaires telles que vous soient capables de faire un geste aussi altruiste. La solution la plus simple est donc de vous entre-tuez pour gagner.

Le premier levé aura un avantage sur l’autre. À voir quelle bassesse, vous mettrez en oeuvre. »

Du bout du doigt, Albina caressa la bouteille. Cela aurait été si facile, mais non. Elle ne pouvait s’y résoudre. Pour ne plus y penser, elle préféra tourner les talons en abandonnant la lettre sur la table. La jeune femme se précipita jusqu’à l’inconnu. Un sourire lui monta aux lèvres alors qu’elle s’asseyait près de lui. Avec beaucoup de délicatesse, elle souleva la tête de l’homme afin de la placer sur ses genoux. Celui-ci ne bougea pas. Il était toujours plongé dans le sommeil. Albina aurait pu en profiter pour se débarrasser de lui. Si elle avait été plus vicieuse, elle l’aurait fait.

Sa main passa avec délicatesse sur le front de l’endormi. Elle ne savait même pas pourquoi elle faisait ses gestes. Était-ce pour se dédouaner ou alors pour s’occuper quelque peu ?

L’homme grogna avant d’ouvrir les paupières. Ses iris bleutés se plantèrent dans les siens ? De la surprise se peignit sur son visage. Comme elle auparavant, il se demandait sans doute ce qu’il faisait en ce lieu.

– Bonjour, murmura-t-elle avec un sourire. Je suis Albina.

Il se redressa et plissa les yeux d’un air soupçonneux. D’un geste de la tête, l’inconnu appréhenda l’espace autour de lui.

– Nous sommes enfermés…

Il se retourna vers la jeune femme.

– Que fait-on ici ?

Albina resta agenouillée sur le sol alors que l’homme s’approchait de la porte pour frapper dedans. Il y eut un grand bruit, mais cela n’abîma pas le métal. De rage, il se mit à donner des coups de poing avec plus de force. La jeune femme le regarda s’agiter avant de se lever pour venir poser la main sur son bras.

– Cela ne sert à rien. Vous allez juste vous blesser !

– C’est déjà le cas, gronda-t-il en lui montrant l’état de ses phalanges.

Du sang coulait sur sa peau arrachée. Cette vision peina Albina. Elle se saisit des doigts de l’inconnu. Avec rage, il se défit de son emprise.

– Vous devez souffrir…

– Ça guérira. En attendant, c’est quoi ce bordel ?

– Un sombre jeu…

Avec hargne, il donna un grand coup de pied dans le mur. Celui-ci ne bougea pas d’un pouce.

– On ne pourra pas sortir comme ça.

– Tant que je n’ai pas essayé, je ne peux pas le savoir ! Qui est derrière tout ça ?

Albina haussa les épaules en regardant le blond s’échiner contre la porte. Après quelques minutes, elle reprit la parole.

– Vous allez vous briser les os.

– Ça guérira.

Ces paroles la renseignèrent sur l’état de son compagnon. Il était comme elle. Le savait-il seulement ? L’avait-il senti ? À nouveau, elle posa les doigts sur son bras.

– Ne vous faites pas souffrir pour rien.

Étrangement, l’homme se calma alors qu’elle caressait le dos de sa main.

– Quel est votre nom ?

– Quelle importance !

Elle lui fit un sourire apaisant.

– C’est mieux pour se parler.

Son regard se fixa sur elle.

– Tu es une jolie…

Il parut hésiter sur le terme à employer.

– Détendez-vous et asseyez-vous. Je vais vous expliquer le sinistre jeu qui se déroule en ces lieux. Ensuite, je vous expliquerai mon idée pour que vous puissiez vous échapper.

L’inconnu soupira avant de donner un coup de poing dans le vide. Dans un geste rageux, il se laissa tomber sur le sol.

– Ed, lâcha-t-il.

– Pardon ?

– Ed Valence. Enfin Edwin. C’est ça mon nom.

Avec délicatesse, elle s’assied à son côté.

– C’est quoi ton nom déjà ?

– Albina. Albina Alans.

– Ok, je vais t’appeler Al ! Alors Al, comment on peut se tirer d’ici ?

À nouveau, ses yeux clairs la fixèrent avec attention.

– Le seul moyen pour que s’ouvre la porte, c’est que l’un de nous meurt. Mais n’ayez crainte, ça sera moi. Je n’ai plus l’envie de continuer cette vie vaine. J’aimerais juste pouvoir vous compter mon histoire avant cela.

– C’est pas trop long, j’espère.

La jeune femme ne prêta aucune attention à la réflexion. Si elle voulait parler, c’était avant tout pour elle. Se remémorer le plus dur pour le grand final. Peut-être aussi pour se donner du courage et se rappeler pourquoi elle faisait ce geste. Après tout, son compagnon de cellule était grossier et violent. Tout comme ce monde en définitif.

– Avez-vous mieux à faire ? Tenter d’enfoncer la porte avec vos poings, par exemple.

Il baissa les yeux sur ses mains blessées.

– Ça guérira.

– Oui, ça finit toujours par guérir. Seulement ici, il n’y a aucune nourriture à disposition alors plus vous utilisez vos pouvoirs, plus vous aurez faim.

Ses prunelles se plantèrent sur elle.

– La petite dame a oublié d’être bête. Dommage que toutes les vérités ne soient pas bonnes à dire…

– Je me suis déjà résignée à mourir. Quel est le risque ?

Du coin de l’œil, Ed l’observait. Avec son dos droit et sa tête haute, elle n’avait rien d’une condamnée à mort. Elle évoquait une force tranquille. Il émanait de son corps une détermination sans faille qui le poussa à lui laisser une chance.

– Bon, vas-y, raconte ton truc. J’espère juste qu’il n’y aura pas d’histoire d’amour larmoyante.

Ses grands yeux verts se fermèrent sous l’effet de cette remarque. C’était comme si elle tentait de retenir les larmes qui tendaient à naître en leur sein. Malgré ses vêtements usés, elle avait des bonnes manières qui traduisaient une éducation poussée. Sans se l’avouer, Ed désirait en savoir plus sur elle.

– Rassurez-vous, il n’y a pas de romance parce que je n’en ai jamais vécu. En un sens, c’est l’une des choses qui a manqué à ma vie : trouver une personne qui accepterait de se marier avec moi pour former…

Elle fut interrompue.

– T’es encore vierge ? Si c’est ton souci, je veux bien me dévouer pour régler ce problème.

D’un geste de la tête, elle lui fit comprendre que ce n’était pas le cas.

– J’ai eu un enfant…

– Une mère… Ça perd de son intérêt. Les mioches, ça ne donne pas envie !

– À présent, je ne le suis plus. Et je ne le serai plus jamais. N’avez-vous jamais pensé à ce que ça faisait d’être parent ?

Il lui jeta un regard dégoûté.

– Les mouflets, c’est pas mon truc. Ça chie, ça pisse, ça dégueule et en plus, ça hurle en permanence. Si j’en ai, je n’en ai pas connaissance et c’est tant mieux. Ce n’est pas mon problème.

Albina soupira.

– Quelle vision ! Vous ne savez rien des instants de tendresse et de complicité. De l’amour et de la confiance que vous donne un enfant. Il vous aide à devenir une personne meilleure à chaque fois que votre regard se pose sur lui.

– Ai-je envie d’être une personne meilleure ? ricana Ed.

Le silence se fit dans la pièce, juste brisé par le bruit de la botte du blond qui frappait le parquet. Si la jeune femme ne parlait pas rapidement, il allait sûrement se lever pour taper le mur, à moins qu’il se décide à attaquer le sol pour ce coup.

– Nous aspirons tous à nous élever. C’est pour ça que nous cherchons à acquérir des connaissances, à devenir plus forts ou plus rapides…

Un large sourire éclaira le visage du blond.

– De ce côté-là, je pense bien m’en être tiré !

– C’est parce que nous sommes ce que nous sommes que nous nous retrouvons enfermés ici. Ce qui d’ailleurs, a un aspect assez effrayant puisque nous n’en avons aucun souvenir. Cela veut dire que la personne a réussi à nous maîtriser pour nous amener dans cette cellule.

La mâchoire d’Ed claqua.

– Quand je le tiendrai, je lui ferai regretter d’être né !

Le poing du blond se serra. Avant qu’il ne puisse frapper quoi que ce soit, il eut la surprise de sentir la main de la jeune femme sur la sienne.

– Pour ça, il faut déjà sortir d’ici.

Il se renfrogna.

– Je n’attends que ça. J’ai hâte !

D’une voix claire, elle se mit à parler. Les mots se glissèrent dans la pièce et Ed se surprit à l’écouter beaucoup plus attentivement qu’il ne l’aurait pensé. Cependant, il prit soin de le cacher.


Texte publié par Nascana, 25 avril 2021 à 02h31
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