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Tome 1, Chapitre 2 Tome 1, Chapitre 2
Gus et Hank étaient quasiment des institutions à Gotham. Tout le monde connaissait ces deux vieillards toujours vautrés sur leurs chaises longues à observer les allées et venues de la rue principale, comme s’ils n’avaient rien d’autre à faire. Ce qui était exactement le cas.
    
    « Tiens voilà l’autre épouvantail. » S’exclama Gus brusquement.
    
    S’il est vrai qu’un épouvantail était censé être inquiétant, alors Jonathan Crane n’avait pas volé son surnom. Son visage osseux, son teint livide, sa silhouette rachitique, ses habits noirs, tout en lui évoquait le terme sinistre. Même sa charrette avec ses grincements incessants participait à cette impression. A vrai dire l’effet était si réussit, qu’on pouvait se demander s’il n’était pas voulu.
    
    « Je me demande bien où il va cet oiseaux de malheur ? » Dit à son tour Hank entre deux crachements de chique.
    
     « Il vient de prendre le chemin du nord-ouest. Il n’y a que la maison des Arkham dans cette direction. »
    
    « Le seul coin du comté à avoir le mauvais œil. Et comme par hasard c’est là qu’il va. »
    
    « T’oublies le cimetière. Josh le fils du maréchal-ferrant, y a vu un fantôme la semaine dernière. Et puis les corbeaux y trainent toujours. C’est de mauvaise augure, ce genre de bestiole. Et...»
    
     Le rapport de Gus sur le cimetière prendrait bien le restant de la journée. Malgré tout il arrivait parfois à ce vieux gâteux de voir juste, comme par exemple sur la destination de Jonathan.
    
    Amadeus Arkham avait construit sa maison dans une zone isolée à l’extérieur de la ville, afin que personne n’entende les cris de sa mère atteinte de folie. Etait-ce la mère qui dans un accès de démence, en était à l’origine ? A moins que se soit Amadeus ou son épouse ne supportant plus de vivre ainsi ? Quoi qu’il en soit on finit par retrouver la famille Arkham décimée suite vraisemblablement à une tuerie collective. Ce carnage remontait une quinzaine d’années. Depuis la bâtisse était inhabitée.
    
    Mais s’il en avait un que ce passé ne rebutait pas, c’était bien Jonathan. La mort était un peu comme son animal de compagnie. Il descendit de sa carriole, chassa de la main la poussière accumulé sur ses vêtements pendant le trajet, et alla frapper à la porte.
    
    Au vue de sa réputation on se serait attendue à un bâtiment de couleur sombre et aux formes biscornues. En fait cette maison était agréable du moins de l’extérieur. Elle ne possédait pas ce style rustique répandue dans les environs avec ses rondins proéminents. La façade était constituée de planches lisses et régulières, quelques décorations abstraites ornaient les volets et la porte. Fallait-il y voir un signe comme le mal frappe n’importe où ?
    
    « J’arrive tout de suite !!!!!!! » Dit Harleen avant d’ouvrir.
    
    Il fallait bien loger la nouvelle docteur quelque part. Et comme elle ignorait tout du passé de l’endroit, on avait profité de l’occasion.
    
    Une fois la porte ouverte, Jonathan ajouta de l’amabilité à son air sinistre et habituel.
    
    « Bonjour docteur. Je suis Jonathan Crane, le croque-mort de la ville. Je viens pour monsieur Dent. »
    
    « Il est tiré d’affaire. » Répliqua la docteur avec un enthousiasme virulent.
    
    C’est tout juste si elle ne tira pas la langue. Il est vrai qu’elle méritait de enorgueillir de cette réussite. Le pauvre marshal s’était prit trois balles dans la partie gauche de son visage. Dans le but de retirer les éclats il avait été nécessaire de se plonger dans la chair, de tordre des os, et d’enlever de la peau par endroit.
    
    A défaut de son apparence, Harleen était parvenue au moins à lui sauver la vie. Et ce n’était déjà pas si mal.
    
    Au-delà de l'exploit technique la docteur y avait trouvé une autre satisfaction. Plonger les mains dans la chair et le sang, dans la vie elle-même et la sentir lutter, avait été grisant. Même si elle le niait, Harley espérait vivre de nouveau une expérience similaire.
    
    « Puis-je le voir ? » Demanda Jonathan imperturbable. « C’est un ami. »
    
    « Entendu mais pas longtemps. Il est fatigué. » Répondit la médecin comme une maitresse d’école faisant la leçon à un de ses élèves. « Il est dans la pièce au fond du couloir. »
    
    Le croque-mort suivit le chemin indiqué, puis une fois se sachant hors de vue de Harleen se permit une chose extrêmement rare chez lui : un sourire.
    
    
    
*********************

    
    
    Bruce désirait impressionner ses employés lors de la visite de la mine. Alors il présentait un air sérieux pour ne pas dire guindé devant l’alignement de mineurs lui faisant face. On aurait dit un général inspectant ses troupes.
    
    Comme on pouvait s’y attendre ces visages offraient un mélange de suie et de fatigue. Par-delà ces deux éléments émergeaient de l’inquiétude. La plupart d’entre eux n’avait même pas connu Bruce enfant. A quoi devaient-ils s’attendre de la part de cet inconnu ?
    
    D’une nature observatrice Bruce le perçut assez rapidement. Il chercha alors une solution chez ces regards méfiants, ce qui ne fit qu’augmenter la tension. Finalement son analyse porta ses fruits. Il le reconnut, et laissa le naturel revenir. Ce fut comme une délivrance.
    
    « Lucius Fox ! Vous êtes encore parmi nous ? »
    
    « Comment aurais-je pu partir ? Je dois tant à votre père. »
    
    Il est vrai que peu de gens aurait nommé un noir au poste de contre-maitre. A l’instar d’Alfred, Lucius n’avait pas subit de changement, mis à part ses tempes grises.
    
    Il bénéficiait toujours de cet air apaisant lui permettant de se faire obéir sans même élever la voix. Cette retrouvaille décontracta non seulement le jeune patron mais aussi ses employés.
    
    A le voir si familier avec l'un des leurs, les ouvriers commencèrent à l'adopter. Après ce léger épanchement Bruce redevint rigoureux.
    
    « Messieurs je vous remercie de votre accueil. Vous pouvez retourner à vos occupations. »
    
    Bruce retint le contre-maitre par le bras. Il tenait une excellente opportunités de se renseigner vraiment sur la situation, et ne comptait pas la laisser partir. Jamais Lucius ne mentirait. C’était comme si il voulait combattre tous les préjugés pesant sur sa communauté par une honnêteté exemplaire voir excessive.
    
    « Que donne le moral parmi les hommes ? »
    
    « Les conditions de travail sont bonnes. Nous n’avons pratiquement jamais d’accident. »
    
    « Mais...? » Demanda Bruce sentant un non-dit.
    
    « Mais il y a eu la dernière paye. Elle a été volé. »
    
    « Comment ? »
    
    « Par le gang de Falcone lorsque que nous avons fait venir les fonds par le train. Cela s’est déjà produit il y a deux mois. Nous n’avons pas eu de chance. »
    
    « C’est plus que de la malchance. » Conclut gravement Bruce.
    
    Il n’était en rien un homme de loi habitué à ce genre de chose. Toutefois il savait étudier les composants d’un problème et en tirer une solution.
    
    « J’y ai déjà pensé. Mais ça ne peut être qu’un hasard. Par sécurité la paye est toujours acheminée à une date différente. »
    
    « Et qui est au courant de ces dates ? »
    
    « Celui en charge de la gestion des finances. »
    
    Bruce sentit que son employé tournait de nouveau autour du pot. Il ne voulait clairement pas révéler cette information. Pourtant le jeune homme persévéra. Il n’était du genre à laisser un travail inachevé.
    
    « C’est-à-dire ? »
    
    « Alfred Pennyworth. »
    
    Il s’agissait de la pire réponse possible. Un homme aussi loyal qu’Alfred ne pouvait en aucun travailler en sous-main pour Falcone. Une autre grande qualité d’Alfred était sa rigueur. Ce qui rendait impossible une fuite d’informations de sa part.
    
    Si Bruce voulait résoudre cette énigme, il faudrait creuser plus loin. Et cela signifiait éventuellement se rapprocher du gang de Falcone.
    
    Du fait de la mort de ses parents, Bruce préférait éviter la violence, la vraie, pas celle se limitant à échanger des coups de poing avec un imbécile dans un train. De toute manière il n’avait jamais touché une arme à feu de sa vie. Il s’agissait d’un des rares oublis de son éducation. D’ailleurs ce n’était pas vraiment un oubli ? Thomas et Martha Wayne voulaient comme fils un homme moderne et civilisé, et non un reflet de la violence passée.
    
    Bruce passa à l’inspection de la mine. Il fit consolider un boisage par là, vérifier la présence éventuelle d’une poche de grisou par-ci... Sa journée fut on ne peut plus remplie.
    
    A le voir s’afférer ainsi les ouvriers admirent définitivement que le fruit n’était pas tombé loin de l’arbre. Leur nouveau patron était encore vert, mais prometteur.
    
    Puis vint le soir. Bruce prenait son café dans la bibliothèque avant le coucher. Le travail ne lui occupait plus l’esprit. Alors certaines pensées finirent par l’assaillir. En tant qu’héritier de la famille Wayne il était de son devoir de veiller au bien-être de son entreprise, et de Gotham en général. Or l’affaire Falcone concernait les deux.
    
    Que devait-il faire ? Il n’était en rien un de ces durs à cuire de l’ouest, comme semblait l’être le shérif Gordon. D’un autre côté cet homme était visiblement dépassé par la situation. Malgré tout Alfred le décrivait comme un shérif expérimenté à la carrière exemplaire.
    
    N’y avait-il donc aucune solution ?
    
    Sans doute était-ce à cause de la proximité des livres que lui revint en mémoire cette histoire. Bruce l’avait lut peu après le meurtre de ses parents. Un homme rendait y justice à lui seul. Forcément au vue de sa situation, ce thème lui plut d’emblée.
    
    La lettre volée d’Edgard Poe comprenait un autre aspect. A l’époque Bruce n’y avait pas fait attention. A présent il en allait différemment. Le héros le chevalier Auguste Dupin devait retrouver une lettre d’une haute importance dérobée par un certain D.... Dupin était parvenu à ses fins sans menace, ni affrontement, uniquement par sa perspicacité.
    
    Or si Bruce ne savait pas jouer du révolver, il avait apprit lors de ses études ingénierie à résoudre bien des problèmes par la simple réflexion. Par conséquent il pouvait malgré tout être utile au comté à sa manière, et suivre les désirs de son père.

Texte publié par Jules Famas, 4 mars 2021 à 16h52
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