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Tome 1, Chapitre 36 Tome 1, Chapitre 36

Tampa, mercredi 14 juillet 2032

La Cabana.

Un petit bar à tapas du centre-ville, dont la terrasse débordait sur le trottoir. Il y avait bien longtemps que Gary n’y avait plus mis les pieds. Son club de sport se trouvait pourtant juste à côté. Fut un temps où il y mangeait deux fois par semaine, après chaque séance de transpiration intensive. Mais ce temps-là était révolu. Il avait tiré une croix dessus, pour un tas de raisons.

Aujourd’hui, c’était différent. Il avait rendez-vous.

La demoiselle avait du retard ; il l’attendait à l’intérieur, perché sur un tabouret, une petite bière sans alcool à portée de main pour accompagner sa solitude. Après un coup d’œil sur la rue, il sortit un petit carnet bleu de sa sacoche, ainsi qu’un stylo. Il ouvrit le premier à la page d’aujourd’hui et, avant d’oublier, y rajouta ces deux lignes :

« - 5 inscriptions ;

- sandwich au thon ; »

Il s’en voulait tellement pour le sandwich… Heureusement, le nombre de clients qu’il avait convaincu, depuis ce matin, de s’inscrire aux stages d’Éthernal compensait un peu cet écart de conduite. Mais on était encore loin de sa performance de lundi ; il avait tellement cartonné, ce jour-là ! Un sans-faute total avec extra bonus :

« Lundi 12

- Méditation ;

- 4 inscriptions ;

- 5 dollars ;

- 2 gélules detox ;

- Pas d’alcool/café/viande/poisson ;

- 53 sourires ; »

53… Ça c’est du chiffre, Morgan ! T’as assuré. Adam sera fier de toi.

Il referma son carnet en le pinçant entre ses doigts, puis le rangea hors de vue. La journée n’était pas terminée ; il avait encore le temps d’ajouter quelques BA[1] à sa liste. Pour les sourires, par contre, il faudra repasser… Il avait peu d’espoir d’exploser son compteur avec la soirée qui l’attendait. Il appréhendait ce moment depuis des jours ! Après l’avoir repoussé deux fois et annulé jeudi dernier, il ne pouvait plus se défiler.

Il but une gorgée de bière pour noyer son amertume. À cet instant, son portable se mit à vibrer.

« Hey, félicitations ! »

Le message provenait de Faith, sa nouvelle collègue. Il l’avait rencontrée à son dernier stage de réincarnation – stages qu’il se payait grâce à une retenue sur ses prochains salaires. En seulement deux semaines, ils étaient devenus les meilleurs amis du monde. Il faut croire que ce genre d’expérience rapprochait les âmes ! Hélas, ce n’était pas elle qu’il attendait ce soir… Car s’il avait eu rendez-vous avec Faith, ils n’auraient certainement pas choisi La Cabana pour dîner.

« Félicitations ? Pourquoi ? » envoya-t-il en retour.

« J’ai vu que tu étais encore au top du tableau des meilleurs employés de la semaine. »

« Ah ! Oui merci 😊 J’commence à avoir la technique. »

En réalité, il se donnait à 1000 % tous les jours, afin de pouvoir payer et les dettes de son père, et ses gélules, et ses stages – qui restaient coûteux malgré la réduction appliquée aux employés. Il multipliait ses heures, rentabilisait au maximum ses trajets et ne s’encombrait plus d’aucun scrupule avec ses clients. Heureusement, l’Agence Rhapsody Blue avait de nouveau la côte et le nombre de portes qu’on lui claquait au nez avait grandement diminué. Alors oui, même s’il était crevé, il s’en sortait plutôt bien. Même chose pour son âme, qu’il polissait un peu plus à chaque nouvelle réussite. Un jour, il deviendrait cet homme honnête et respectable – et riche aussi, bien sûr – au karma sans tache et sans reproche qui rendrait fier sa mère, et ce jusque dans la mort et au-delà. Pourquoi se contenter du sommet de la plus haute montagne quand on pouvait viser la lune ?

« La technique ? Tu veux dire, ton sourire qui fait craquer les grand-mères de Sunset Park ? »

« J’veux dire, le talent, ma chère. Un jour, j’t’apprendrai. »

Un flash de cheveux turquoise traversa son champ de vision.

« Je dois te laisser, j’ai rendez-vous… Dîner avec une amie. »

« Ah. Bon courage… »

« Merci ! A+. »

« Bon courage »... Si quelqu’un lui avait dit ça quelques mois plus tôt, il n’aurait pas compris. Du courage ? Mais pourquoi faire ? Pour bavarder, prendre des nouvelles, rire un bon coup, bien manger, bien boire, puis enchaîner sur une piste de danse ? Ça paraissait absurde. Et pourtant, le Gary d’aujourd’hui ne comprenait que trop bien.

« Hey, Morgan ! Ça fait super longtemps !

— Salut Malika ! Ouais, désolé… J’suis débordé, à mon nouveau taff.

— Ça se voit. T’as une mine affreuse. »

Sa franchise lui avait manqué. Il l’appréciait toujours autant, Malika. Il n’avait jamais cessé de l’admirer. Ce n’était pas sa présence qui lui posait problème, mais plutôt ce qu’elle impliquait. Elle s’approcha et l’enlaça comme autrefois. Ses mèches turquoise lui chatouillèrent la nuque.

« Tu dors, au moins ?

— Ça va. J’ai quelques soucis aussi, ça aide pas.

— Ah, désolée. Si tu veux en parler…

— Non, pas vraiment. Mais c’est sympa de proposer.

— Comme tu veux. Ton costume… Je t’avais jamais vu avec ! Il te va super bien. Avec la petite chemise-cravate et tout, tu es très élégant ! »

La cravate… Un must pour tout employé régulier à Éthernal. Gary hocha la tête d’un air embarrassé devant la moue appréciatrice de Malika. Ce ridicule petit bout de tissu semblait soudain peser une tonne autour de son cou. Il aurait dû l’enlever avant que son amie n’arrive. Question de fierté. D’intégrité. Il résista à l’envie de l’arracher.

« Tu sais ce que tu veux ? dit-il en indiquant le menu, histoire de changer de sujet.

— Je vais juste prendre comme d’habitude. Et toi ?

— Euh… Faut qu'je regarde, attends. »

Quand, autrefois, il venait après le sport ou avec Malika, lui aussi prenait toujours la même chose ; à force, il avait perdu l’habitude de regarder la carte. Il prit celle-ci entre ses doigts et la parcourut d’un air anxieux.

Gambas… Jambon… Calmar… Moules… Cabrón[2] ! Je m’en doutais. J’ai déjà mangé ma portion de viande pour cette semaine. Je fais quoi maintenant, hein ?

Il esquiva le regard curieux de son amie et leva la main vers le serveur.

« Hola ! Vous avez choisi ?

— Pas encore… J’me demandais, vous avez quoi comme tapas végétariens, à part ceux aux patates ?

— Euh… Laissez-moi voir. »

L’homme lui indiqua trois autres petits plats, à base de pain, fromage ou légumes. Gary en commanda un de chaque.

« Et de l’eau, s’il vous plait. »

Lorsqu’il fut parti, Gary reporta son attention sur Malika. Elle le dévisageait avec de grands yeux écarquillés comme s’il venait de se transformer en alien.

« Mais enfin ? Tu… fais un régime ? Tu es malade ?

— Non. J’fais attention, c’est tout…

— Attention ? À quoi ? Ta ligne ? »

Elle sourit, moqueuse, en le détaillant des pieds à la tête.

« Comme si tu avais besoin de ça…

— J’fais attention à ma santé. Et puis t’sais, avec tout c’qu’on raconte sur la réincarnation…

— Aaah, c’était donc ça ! C’est drôle, j’aurais jamais cru que t’y serais sensible. »

Il haussa les épaules, gêné. Heureusement qu’il ne lui avait jamais parlé de son travail en détail. Il n’osait imaginer sa réaction.

« J’ai réfléchi… »

Quand leurs assiettes débarquèrent à table, Gary clôt les paupières à demi lorsque le fumet des croquettes de jambon – son tapas favori – effleura ses narines. Non ! Il ne craquerait pas… On ne triche pas avec la réincarnation, son coach Adam le leur avait suffisamment répété. À lui, à Faith, et aux autres.

T’avais qu’à pas jouer au con quand t’étais môme. Maintenant, assume ! Sois fort. Tu veux pas renaître en limace, pas vrai ?

La limace, c’était la fameuse appli « Get Ready » qui la lui avait prédite. Il savait bien que ce n’était qu’un jeu. Il le savait et pourtant…

Mieux vaut ne prendre aucun risque.

Il chassa ses peurs, ses remords et frustrations, saisit l’un de ses pan con tomato[3] et mordit dedans à pleines dents. Il se doutait que cette soirée serait difficile. Il avait accepté de venir ici au lieu de proposer un resto végétarien et ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.

À sa droite, il surprit le coup d’œil attristé de Malika.

« Pardon… Je n’aurais pas dû commander ça. En fait, on n’aurait même pas dû manger ici.

— Tu pouvais pas savoir… Je t’ai pas prévenue avant. Et puis ça me change un peu… c’est bon aussi, le pain à la tomate ! »

Elle ne répondit rien et l’observait en silence. Il étira les lèvres en un sourire forcé. Un de plus qu’il pourrait rajouter à son carnet. 37+1, 38 sourires en tout pour aujourd’hui. Peut mieux faire !

« Vraiment, insista-t-il. T’inquiète pas, mange.

— Bon. Très bien, alors… »

Leur discussion dévia sur le nouveau compagnon de la jeune femme, ainsi que sur son travail à elle. Quand il fut question du sien, il resta le plus vague possible. Il savait que Malika n’approuverait pas : elle ne croyait pas en la réincarnation et traitait Rhapsody Blue de complotiste.

À 19 heures 30, le portable de Gary se mit à vibrer. Du pouce, il pressa l’écran pour éteindre l’alarme. C’était l’heure de ses gélules. Recommandées par Éthernal, elles purifiaient le corps et la pensée. Si lui ne distinguait pour l’instant aucun changement notable depuis qu’il en prenait, certains de ses collègues ou clients les trouvaient formidables. Peut-être qu’avec le temps… ?

Il sortit sa plaquette, détacha deux gélules, puis les avala avec une gorgée d’eau. D’après la notice, il fallait toujours les prendre à la même heure. Sans cet impératif, il aurait évité de les sortir devant Malika.

« Et ça, c’est pourquoi ? C’est bien ce qui me semblait, que tu étais malade…

— Des vitamines.

— Ah. »

Le regard de Malika se voila. Elle semblait triste, ce qui le fit aussitôt regretter son mensonge. Il le préciserait sur son carnet, qu’il avait menti. Ça ferait descendre son score de la journée, mais tant pis. À quoi bon payer ces stages, s’il ne s’acquittait pas correctement de ses devoirs ?

On ne triche pas, avec la réincarnation.

« Mais ça va, hein ? Je vais bien, l’assura-t-il.

— T’en donnes pas l’impression… »

Gary haussa les épaules et détourna le regard. Il aurait dû refuser ce dîner. C’était toujours la même histoire... Avec son ex-patronne aussi, il s’était fait charrier quand il avait refusé de boire la bière qu’elle lui avait offerte. Quand même, il avait du mal à comprendre : pourquoi les gens se montraient-ils aussi intolérants ? Il en avait sa claque de ces regards moqueurs, de cette pitié ou de ces remarques inutiles sur sa santé. Toutes ces privations, cette discipline au quotidien, c’était déjà assez difficile. Pourquoi fallait-il que les gens en rajoutent ?

Si leur âme était déjà pure et sans tâche, tant mieux pour eux… Mais lui, Gary, avait encore un long chemin à parcourir pour racheter la sienne et s’éviter une réincarnation catastrophique. Il aimerait que son entourage le comprenne et respecte ses efforts.

Mais c’était sans doute trop demander… Surtout à des gens qui n’y connaissaient rien. Comme Malika. Ou comme sa patronne. Son ex-patronne.

✲°˖✧*✧˖°✲

À la tombée de la nuit, Gary accueillit comme une délivrance le moment où il se sépara de Malika et put marcher son propre chemin. Sa main gauche plongea dans sa poche et se referma sur la surface polie de sa pierre fétiche. Il la fit jouer entre ses doigts, trouvant dans ce geste un réconfort équivalent à celui d’une cigarette.

Un mouvement, sur le trottoir d’en face, accrocha son regard. Dans un renfoncement, à l’abri des lumières agressives des lampadaires, un sans-abri s’installait pour la nuit. Ça tombait bien : il manquait encore quelques points à Gary pour bien finir sa journée. Il traversa et sortit un billet de sa poche pour le déposer aux pieds du mendiant. Il ajouta un sourire à son geste. Très important, le sourire.

38+1, 39.

+ 10 dollars à un SDF.

Voilà qui devrait suffire pour aujourd’hui. Il pouvait rentrer et rejoindre son lit, un peu plus serein.

Une autre épreuve l’attendait pourtant, un peu plus loin dans la rue. Elle l’appelait, d’un petit bourdonnement lamentable, alors qu’il patientait à l’arrêt de tramway. Gary baissa les yeux sur la source du bruit et distingua une petite forme noire et brune, à quelques centimètres de ses pieds. Recroquevillé sur le dos, l’insecte brassait l’air de ses pattes. Une paire d’ailes translucides et un collier de fourrure : une grosse abeille – ou quelque chose du genre. Elle mourrait en silence dans l’ombre du banc. En silence et dans l’indifférence de tous. Il n’y avait que lui, Gary, pour y prêter attention.

Il l’observa, longuement. Ses bourdonnements résonnaient dans sa tête et jusque dans son cœur. Elle lui faisait pitié. Quelle vie misérable… Si cette abeille avait été humaine autrefois, quelles horreurs avait-elle pu commettre pour tomber aussi bas ?

« Si votre âme est noire, sale, fatiguée ou usée, ses possibilités de réincarnation seront limitées. Elle ne trouvera de connexion en ce monde que dans les bas-fonds de l’humanité. Voire pire : dans le règne animal. »

Sa poitrine se serra. Il s’imagina à sa place, agonisant sur le béton à l’issue d’une existence aussi courte que pénible. Non, il ne finirait pas comme ça ! Le plus terrible, avec cette idée de renaître en bestiole, c’est qu’il devenait difficile, voire impossible, de grimper à nouveau les échelons. C’est vrai ça, comment faire, lorsqu’on est une bête, pour purifier son âme ? Comment se comporter en « bon petit insecte » ? L’ascenseur ne marchait-il qu’à sens unique ? Humain vers animal et non l’inverse. Ce qui serait logique, quand on pense que les insectes constituent la majeure partie des êtres vivants. Même si finalement, avec un si petit cerveau, ils doivent s’en foutre de leur prochaine vie.

Le problème avec la réincarnation, c’est que le monde en savait trop, et trop peu à la fois. Lui, Gary, aurait préféré ne rien savoir du tout. Rester ignorant, mais heureux.

Il déglutit face à la détresse de l'abeille qui tentait désespérément de se redresser. La pauvre… Elle souffrait. Il devait agir… Il vérifia qu’il était seul – puisqu'il s’apprêtait à commettre un meurtre, et de sang-froid en plus, il préférait éviter de le faire devant témoins. Personne en vue, parfait. Il hésita un instant, la gorge nouée. Puis il leva sa semelle droite et l’abattit sur la créature, l’achevant dans un craquement écœurant.

Va-t’en vers ta prochaine vie. Tu y seras plus heureuse… J’espère.

Son tramway arriva peu après. Mais lorsque les portes s’ouvrirent, il leur tourna le dos. S’éloigna de quelques pas. Et vomit dans le caniveau.

✲°˖✧*✧˖°✲

Le lendemain matin, lorsque Gary ouvrit les yeux, il eut l’impression d’avoir touché le fond, au sens littéral du terme. Tel un corps échoué au fond de l’océan, il se sentait lourd… Il pesait une tonne. Il avait coulé tout en bas, englué dans un tapis d’algues et de vase. Et la lumière gris sale de son velux lui semblait si loin, à des kilomètres au-dessus de lui, là où il ne pourrait jamais l’atteindre ni la toucher.

Il devait bouger. Préparer son sac et se mettre en route. Une longue journée de travail l’attendait. On comptait sur lui. Il comptait sur lui, aussi.

Mais ses membres ne lui obéissaient plus. Ils tremblaient de façon ridicule comme un lendemain de cuite. La nausée de la veille le rattrapa ; un haut-le cœur souleva sa tête de l’oreiller. Était-ce le thon d’hier qui lui retournait l’estomac ? Quelle idée de merde, ce sandwich. Son corps – non, son âme ! – le punissait pour son échec. Elle le clouait au lit, le poussait à régurgiter la souillure qu’il avait avalé.

Travailler. Il n’y arriverait jamais, pas dans cet état. Lui était-il possible de prendre sa journée pour cause de maladie ? Ça valait le coup de tenter…Pourvu que son patron comprenne ! Avec une peine infinie, il étira le bras pour attraper son téléphone. Avant de joindre Éthernal, il remarqua les appels en absence de sa mère.

2 messages vocaux.

Il appuya sur le bouton pour les jouer et colla l’appareil à son oreille.

« Message 1, jeudi 15 juillet, 5:52 :

Oh Gary… ! J’ai eu tellement peur. Où es-tu ? Peux-tu me rappeler ? S’il te plait… C’est important. »

« Message 2, jeudi 15 juillet, 6:08 :

Tu dois dormir encore… Écoute, des hommes sont venus tôt ce matin. Ils m’attendaient devant la porte. En rentrant du travail, je les ai vus, j’ai vu qu’ils avaient l’air dangereux. J’ai voulu partir, mais ils m’ont rattrapée. Ils m’ont forcée… à rentrer. Ils m’ont suivie à l’intérieur… Et… Oh Gary, rappelle-moi, s’il te plait. Je t’expliquerai. J’ai quelques bleus… mais ça va. Rappelle-moi, d’accord ? Je… Je t’aime. »

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Notes de bas de page :

1. "Bonnes actions".

2. "Imbécile" en espagnol.

3. Tranches de pain dur recouvertes d'ail, d'huile d'olive et de tomates.


Texte publié par Natsu, 23 juillet 2021 à 10h55
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